> Pakistan : violentes attaques contre les chrétiens
Le 22 avril dernier, des islamistes ont attaqué la communauté
chrétienne de Taiser Town, un quartier d’une banlieue de Karachi
où vivent plus de 700 familles
chrétiennes dont 300 dépendent de la paroisse catholique St Jude.
Une foule d’environ 600 hommes, dont certains étaient armés est
entrée dans plusieurs maisons, tirant sur les habitants, brûlant
les bibles, saccageant les biens et mettant le feu à six
habitations.
L’attaque a fait quatre blessés graves et un mort, Irfan Masih, un
enfant de 11 ans, décédé le 28 avril de sa blessure par balle à la
tête. Depuis l’incident, quatre familles ont quitté la région et
plusieurs musulmans en possession d’armes lourdes ont été arrêtés
par la police, dont les chrétiens dénoncent aujourd’hui l’inaction
pendant l’attaque.
Selon différents témoignages recueillis sur place, le groupe
d’islamistes a envahi Taiser Town une vingtaine de minutes après
qu’une manifestation pacifique eut été organisée par une
quarantaine de chrétiens, protestant contre des inscriptions
récemment badigeonnées sur six de leurs lieux de culte chrétiens,
telles que « Vive les talibans ! » ou encore
« Chrétiens, convertissez-vous à l’islam ou préparez-vous à
payer la jizia (taxe prélevée sur les non-musulmans vivant sous la
charia, la loi islamique) ! ». Les manifestants chrétiens
s’étaient rapidement dispersés après qu’un groupe d’hommes armés
leur ait lancé des pierres avant d’ouvrir le feu.
L’attaque a pris par surprise la communauté chrétienne de Taiser
Town : « C’était horrible de les voir pénétrer dans les
maisons, frapper les femmes et les traîner par les cheveux »,
raconte Qudoos Masih, blessé au coude par balle. Zarina Masih,
quant à elle, a sauvé sa vie et celle de ses deux sœurs en se
cachant sous un lit. « Environ une douzaine d’hommes avec de
longues barbes ont pénétré dans notre maison alors que nous étions
en train de faire la vaisselle. Ils ont commencé à frapper nos
cousins et à détruire nos biens », témoigne-t-elle. Elle
ajoute que les assaillants les ont traités de kafir (‘infidèles’)
et leur ont dit « d’adhérer à l’islam ou de mourir »,
tout en brûlant les bibles et d’autres ouvrages chrétiens.
A la suite de cette attaque meurtrière, les Eglises chrétiennes ont
demandé que tous au Pakistan prient pour les victimes. Le 24 avril,
quatre prêtres catholiques se sont rendus sur les lieux du drame,
ont visité les blessés à l’hôpital et se sont entretenus avec la
communauté chrétienne ainsi qu’avec des représentants du Muttahida
Quami Movement (MQM), l’unique parti politique pakistanais qui
s’est déclaré opposé à l’application de la charia dans la vallée de
Swat.
« Il est temps aujourd’hui pour les chrétiens de faire l’unité. Nous condamnons la talibanisation du pays et l’extrémisme religieux. Nous devons porter l’affaire en justice », a déclaré le P. Emmanuel Yousaf Mani, directeur de la Commission « Justice et Paix » de la Conférence des évêques catholiques du Pakistan (NCJP). Il s’est engagé à faire verser 5 000 roupies à chaque victime et 10 000 roupies pour ceux dont les maisons avaient été incendiées.
Taiser Town est désormais patrouillée par d’importantes forces
de police, mais les chrétiens ont reçu comme conseil de ne pas
sortir de leurs habitations pour le moment. Cette attaque,
inhabituelle dans la province du Sind, relance l’inquiétude
grandissante des chrétiens envers le processus de talibanisation du
Pakistan, qui menace de s’étendre au-delà de la Province de la
frontière du nord-ouest, où il était jusqu’ici cantonné.
Depuis la signature en février dernier (et sa validation définitive
début avril) du très controversé accord entre le gouvernement
pakistanais et les islamistes, permettant à ces derniers
d’instaurer la charia dans la région de Malakand (comprenant les
districts de Swat, Buner, Shangla et Lower Dir) en échange
d’un cessez-le-feu, les talibans, forts de cette victoire, avaient
annoncé leur volonté d’appliquer la loi islamique dans tout le
Pakistan.
Les talibans ont rapidement tenté de pousser leur avantage en s’emparant, fin avril, du district de Buner, à une centaine de kilomètres seulement de la capitale, Islamabad. Le 28 avril, cédant à de fortes pressions internationales, le gouvernement pakistanais a lancé une offensive de grande ampleur contre les forces islamistes, reprenant le Lower Dir et, le 29 avril, la ville de Dagar, chef-lieu du district de Buner. Les combats auraient fait, selon les sources militaires, plus de 70 morts chez les talibans et provoqué l’exode de la population de la région, évalué pour l’heure à plus de 30 000 personnes.
(Source : Eglise d’Asie)







