> « Le Pape va en Terre Sainte, avant tout comme un pèlerin »
Marie-Ange Siebrecht est la responsable des projets pour le Moyen-Orient, au siège de l’Aide à l’Eglise en Détresse (AED). Elle nous livre les principaux enjeux du voyage de Benoit XVI en Terre Sainte, quelques jours après un séjour en Israël et dans les Territoires Palestiniens.
Quelle est l’ambiance en Terre Sainte, à la veille de la
visite du Saint-Père ?
Les différentes Églises sont très occupées par les préparatifs. Naturellement, les Chrétiens se réjouissent de la venue du Saint-Père. Par exemple, on voit beaucoup de pancartes annonçant la visite du Pape. A Nazareth, on a même construit une sorte d’amphithéâtre où la messe avec le Pape aura lieu. A Bethleem aussi, quelque chose avait déjà été érigé, dans le camp de réfugiés d’Aida, que le Pape va également visiter. Cependant, la tribune des responsables était bien trop proche du mur qui divise la Terre Sainte, elle a donc été à nouveau déplacée. Vous voyez, il y a encore beaucoup de petits problèmes, mais les gens sur place continuent de travailler avec confiance et espèrent que le voyage sera une réussite.
Est-ce que chaque chrétien qui veut voir le Saint Père en
aura réellement la possibilité ?
Non, probablement pas. En tout cas pas les habitants de Gaza ni ceux de Bethlehem. Mais au moins le Pape sera-t-il très près de ces derniers. Mais il est clair que pour assister à la grand’messe à Nazareth ou à Jérusalem, beaucoup n’obtiendront pas l’autorisation.
Certaines voix de chrétiens se sont élevées pour dire que
le moment était mal choisi pour le voyage du Souverain Pontife.
Qu’en pensez-vous ?
Mais alors, quand sera donc le « bon moment » pour une visite du Pape en Terre Sainte ? C’est une grande question. Il y a toujours quelque chose qui ne va pas dans la région. Je peux seulement dire ce que j’ai vu et entendu : les gens attendent beaucoup de cette visite du Pape. Peut-être même trop. Car le Pape ne résoudra certainement pas tous les problèmes.
Que peut faire Benoît XVI pour répondre aux attentes
–immenses- des chrétiens de Terre Sainte ?
A vrai dire, le Pape ne peut que montrer sa bonne volonté et essayer de parler avec les responsables politiques et ecclésiastiques. Mais je sais par expérience à quel point cela est difficile en Israël. En outre, il veut surtout voyager en Terre Sainte en tant que pèlerin. Il veut aussi dire aux gens : « Je suis avec vous ! » Toutefois, que peut-il changer en profondeur ? Il est probable qu’il ne pourra guère raser ce mur terrible par sa visite, ni même éliminer les problèmes qu’il y a entre le Vatican et l’État d’Israël. Mais c’est déjà un signe important qu’il vienne. Nous devons attendre pour savoir quelles seront les orientations de ses discours. Egalement pour voir comment les gens le recevront. De ce point de vue aussi, tout est encore très brumeux en ce moment en Terre Sainte.
Quelles rencontres avez-vous faites lors de votre voyage
?
J’ai naturellement rendu visite avant tout aux partenaires des projets de l’Aide à l’Église en Détresse. Par exemple, j’ai été en Galilée, où la situation des chrétiens est naturellement comparativement bien meilleure que celle de la Cisjordanie, donc que la situation de la région de Bethléem. Malgré tout, en Israël ces gens sont considérés comme des citoyens de seconde classe, ce qui veut dire qu’ils n’ont pas la liberté qu’ont les autres Israéliens. Ils n’ont pas le droit de voyager comme les autres citoyens israéliens. Mais il y a quand même toujours 73 000 chrétiens grecs-catholiques en Galilée, ce n’est pas peu ! Et les paroisses sont très vivantes. Les gens s’y engagent pour maintenir en vie les paroisses. Cela m’a paru particulièrement positif. En effet, là-bas on n’a pas simplement entendu « donnez, s’il vous plait ». Les gens ont certes l’espoir que l’Aide à l’Église en Détresse apporte une aide, mais ils sont également prêts à offrir leur contribution afin que l’aide porte du fruit. Et cette contribution des chrétiens locaux est loin d’être une petite part.
Comment vivent les chrétiens de Bethléem et de Cisjordanie
?
C’est surtout à Bethléem que j’ai trouvé les plus grands problèmes. A cause du mur, les gens vivent là comme dans une prison ! Ils ne peuvent ni rentrer ni sortir. Ils se sentent comme des prisonniers et ils le sont effectivement ! La problématique principale est claire chez les jeunes couples chrétiens. Par exemple, un jeune homme avait une carte d’identité pour Jérusalem et pouvait y travailler. Mais sa femme n’avait pas le droit de quitter Bethléem pour vivre avec lui. De son côté, il n’avait pas non plus le droit d’habiter à Bethléem. Le résultat de cette situation est naturellement qu’ils tentent tous les deux de frauder avec de faux papiers. Ils vivent tous dans la peur, en se demandant s’ils pourront rentrer chez eux à la fin de chaque journée, ou si les membres de leurs familles pourront rentrer du travail ou d’une visite. C’est vraiment très difficile pour les chrétiens de la région de Bethléem – c’est un poids énorme qui pèse sur leurs épaules. Nous, européens qui visitons la Terre Sainte, nous ne comprenons pas cela et ne le remarquons pas non plus. Car nous pouvons aller partout et le parcours de Bethléem à Jérusalem est un saut de puce pour des étrangers. Mais pour les Palestiniens – et la plupart des chrétiens de Terre Sainte sont Palestiniens – c’est un problème douloureux.
En plus de la situation dramatique des chrétiens
palestiniens, quels sujets pourraient être abordés par Benoit XVI
?
Nous espérons que le Pape abordera le problème de la circulation des chrétiens palestiniens. À mon avis, cela sera et doit être une priorité de ses conversations et discours. Maintenant, que doit-on faire si les conversations n’aboutissent à aucun résultat satisfaisant ? Il est aussi question, entre autres, des règlements en matière de visa pour les ordres catholiques, pour les prêtres, les sœurs et les religieux. Pour les pasteurs, ça représente beaucoup de travail d’obtenir un visa. Par ailleurs, une discussion est en cours pour savoir si l’État d’Israël va exiger de l’Église le paiement d’un impôt. J’ai parlé avec beaucoup de Juifs d’Israël qui m’ont dit – et je ne fais que citer sans donner mon opinion personnelle ni celle de l’Aide à l’Église en Détresse - : « Notre nouveau gouvernement est raciste ». Vu comme cela, c’est accablant.
L’Aide à l’Église en Détresse est là pour aider – quelle que soit « l’oppression » sous laquelle se trouvent les chrétiens. Quels projets avez-vous visité en Terre Sainte lors de votre voyage ?
Nous avons rendu visite à quelques projets de construction dans
le nord d’Israël, en Galilée. Par exemple, nous soutenons la
construction d’un centre pastoral pour l’Église maronite. Pour
l’Église melkite, nous soutenons la construction de salles
paroissiales dans quelques villages. Là-bas, c’est très important
pour les communautés. Cela fait partie de leur mentalité de se
rassembler dans des salles paroissiales et d’y effectuer les
baptêmes, les communions, les mariages et aussi les
enterrements.
Nous avons aussi des bourses d’études pour les étudiants en
théologie et les séminaristes. En Cisjordanie aussi, nous aidons à
la reconstruction et à la rénovation des églises et des monastères.
Entre autres, nous aidons la bibliothèque universitaire de Bethléem
pour acheter de nouveaux livres. Par ailleurs, nous soutenons les
chrétiens à Bethléem pour qu’ils deviennent autonomes grâce à la
vente de produits en bois d’olivier. Les gens nous en sont
reconnaissants, et grâce à cette aide à l’autonomie nous avons pu
convaincre beaucoup de chrétiens de rester, qui sans cela auraient
émigré.
Que pouvons-nous faire ici en Europe pour accompagner les
voyages du Pape ?
Les chrétiens de Terre Sainte souhaitent surtout notre prière.
Nous avons entendu cela partout, et même le Patriarche nous a
encore dit avant notre départ : « J’ai demandé à tous les
monastères de Terre Sainte de prier pour le voyage du Pape, afin
que cela soit une étape vers l’avant pour les chrétiens» J’ajoute :
la prière est la contribution la plus importante que nous puissions
apporter de l’étranger.
Et celui qui voyage en Terre Sainte devrait veiller à ne pas
visiter que les lieux saints. On devrait aussi absolument rendre
visite aux « pierres vivantes ». Car les gens sont si
heureux quand ils remarquent que d’autres chrétiens prennent part à
la leurs peines et à leurs joies. Car malgré tous les déboires : Ce
sont toutes des paroisses très vivantes !







