> Sri Lanka : Libérer les prêtres détenus dans des camps
L’Eglise catholique, qui a versé un lourd tribut à la guerre
civile au Sri Lanka, se bat pour libérer ses prêtres détenus dans
des camps de déplacés, rapporte « Eglises d’Asie ».
De Mannar et Jaffna, les deux diocèses du nord du Sri Lanka, celui
de Jaffna où la dernière phase de la guerre entre l’armée du
gouvernement et les Tigres tamouls s’est déroulée, a été le plus
durement éprouvé ; le P. Justin B.
Gnanapragasam, vicaire général du diocèse, parle d’une situation
« absolument terrifiante ». Son évêque, Mgr Thomas
Savundaranayagam, rapporte qu’une vingtaine de paroisses ont été
totalement détruites dans les régions de Killinochchi et
Mullaitivu. Les églises, couvents et centres d’accueil pour enfants
et personnes âgées ont été également fortement touchés. Quant aux
pertes humaines, elles restent pour le moment encore difficiles à
estimer ; des centaines de personnes au service de l’Eglise, de
nombreux prêtres et religieux ont été tués, gravement blessés ou
portés disparus, comme le P. Francis Joseph, 70 ans, lors de
l’assaut final le 18 mai dernier.
Parmi les ecclésiastiques gravement blessés lors du bombardement de
leurs églises, le P. James Pathinathan, membre de la Caritas et de
la Commission nationale pour la Justice, la Paix et le
Développement, se remet de ses blessures, tandis que le P.
Vasanthaseelan, également l’un des directeurs d’une des Caritas du
diocèse, attend d’être appareillé d’une jambe artificielle pour
remplacer celle perdue lors d’une attaque le 23 avril
dernier.
Tous ces prêtres et religieux avaient souhaité rester partager le
sort de leurs fidèles. Certains ont succombé à leurs côtés, comme
le P. Mariampillai T. Sarathjeevan, 41 ans, décédé d’un arrêt du
cœur le 18 mai, jour de la reddition du LTTE. L’urne contenant les
restes du prêtre tamoul, curé d’Urutharapuram, a été inhumée le 30
mai dernier dans le cimetière catholique de Jaffna, avec les
dépouilles de centaines d’autres victimes de la guerre. Lors de la
cérémonie, Genard Savarimuththu, un vieil ami du défunt, a souligné
que « ce prêtre d’un grand courage était resté avec ceux qu’il
servait, jusqu’au dernier jour de la guerre ».
L’inquiétude cependant demeure pour les prêtres qui sont toujours
détenus dans les camps de réfugiés. Mgr Thomas Savundaranayagam
confirme que cinq de ses prêtres sont retenus dans le camp de
Vavuniya. Il a écrit au ministère de la Défense afin de demander la
libération des prêtres, rappelant qu’« ils avaient été
secourus par les militaires qui les avaient sortis de la zone de
guerre. Ils travaillaient là-bas au service de la
population ». Le secrétaire de l’évêque de Jaffna, le P.
Genolton Vijintus Rajanayagam, exprime les mêmes inquiétudes :
« Nous sommes dans l’ignorance totale des raisons pour
lesquelles ces prêtres sont détenus dans ces camps ».
Le gouvernement sri-lankais a annoncé officiellement, le 19 mai
dernier, sa victoire sur les séparatistes tamouls, mettant fin à
une guerre civile de plus de trente ans, à l’issue de trois mois de
combats d’une grande violence dans le nord de l’île où s’étaient
retranchés les Tigres tamouls, piégeant avec eux des dizaines de
milliers de civils. Le nombre des morts ne fait toujours pas
l’objet d’un bilan officiel ; Mgr Savundaranayagam affirme que,
dans la dernière bataille, 20 000 personnes au moins ont perdu la
vie.
Quant aux déplacés, ils sont actuellement plus de 300 000,
regroupés dans une quarantaine de camps contrôlés par l’armée, à
Jaffna, Mannar, Vavuniya et Trincomalee. Les conditions de vie dans
ces camps surpeuplés sont plus qu’inquiétantes : sans installations
sanitaires, eau, nourriture et médicaments en quantité suffisante,
les réfugiés sont la proie d’épidémies que les ONG, qui n’ont qu’un
accès restreint aux camps, se déclarent incapables d’enrayer.
« [Nous ne pouvons] fournir l’aide d’urgence qui est
nécessaire, y compris pour l’approvisionnement en eau et en
nourriture », a reconnu un responsable humanitaire sous le
couvert de l’anonymat.
Source : Eglises d’Asie







