> Pakistan: La “loi sur le blasphème” est manipulée par un groupe d´extrémistes
“Nous subissons la persécution en raison de cette loi que nous appelons ´loi sur le blasphème´”, a déploré le nonce au Pakistan, Mgr Adolfo Tito Yllana, le 3 août 2009. Le représentant du Saint-Siège a fait ces déclarations 2 jours après le meurtre de 8 chrétiens des villages de Gojra et de Korian, dans le district de Toba Tek Singh, au Punjab.
Au Pakistan,
la “loi sur le blasphème” est manipulée par des groupes
fondamentalistes et extrémistes. Parmi les victimes brûlées vives
le samedi 1er août par des fanatiques musulmans figurent un enfant
de 7 ans et quatre femmes.
Dans ce pays à très
forte majorité musulmane sunnite, l´accusation de profaner le Coran
est passible de la peine de mort. “Nous savons tous ici, a-t-il
poursuivi sur les ondes de Radio Vatican, que cette loi est
utilisée précisément contre les minorités comme les chrétiens”.
Cependant, Mgr Adolfo Tito Yllana a affirmé qu´il ne s´agissait pas
d´une question de religions, mais d´”un manque d´humanité d´un
groupe qui veut assujettir un autre groupe”.
“Toujours heureux et fiers d´être chrétiens”
“Nous
souffrons et ce n´est pas la première fois, a déploré le nonce,
mais nous serons toujours heureux et fiers d´être chrétiens”.
Saisissant souvent le même prétexte pour attaquer la minorité
chrétienne du Pakistan, les fondamentalistes musulmans ont accusé
des chrétiens d´avoir profané le Coran.
De son côté, Mgr
Lawrence John Saldanha, archevêque de Lahore, a affirmé à l´agence
catholique AsiaNews que les attaques contre les chrétiens sont des
actions “préméditées”. Il réclame une intervention plus décidée du
gouvernement pour protéger la minorité chrétienne, contrainte de se
“défendre toute seule”. Pour protester contre ce nouveau pogrom
antichrétien, les responsables chrétiens pakistanais ont annoncé la
fermeture des écoles et des instituts chrétiens durant trois jours
en signe de deuil.
Dans un communiqué
publié lundi, le Conseil oecuménique des Eglises (COE) à Genève a
lancé un appel au président pakistanais Asif Ali Zardari afin que
l´Etat protège davantage les chrétiens suite aux pogroms du 1er
août. L´assassinat de ces chrétiens dans le village de Gojra
“confirme la crainte que le gouvernement ne parvient pas à assurer
la protection de ses citoyens”, affirme le pasteur Samuel Kobia,
secrétaire général du COE.
Le secrétaire général du
COE a affirmé que les allégations de “profanation du Coran” étaient
dénuées de tout fondement et il demande au gouvernement pakistanais
de prendre les mesures nécessaires pour punir les coupables. Le COE
rappelle qu´il s´agit du troisième incident de ce type en deux mois
dans la région du Punjab. Profaner le Coran est passible de la
peine de mort au Pakistan, où l´islam sunnite est la religion
dominante. Les chrétiens, qui représentent moins de 3% de la
population, dénoncent les lois anti-blasphème, qu´ils estiment
instrumentalisées contre eux.
Les chrétiens invités à adopter un “profil bas”
Mgr Saldanha a pour sa part regretté que les chrétiens doivent se défendre tout seuls contre les attaques des fanatiques et leur a demandé de garder un profil bas afin que les extrémistes musulmans ne trouvent des “prétextes ultérieurs” pour commettre des violences sous des prétextes religieux. Actuellement, on assiste à un retour au calme dans la région. De son côté, la Commission “Justice et Paix”, présidée par Mgr Saldanha, a demandé au gouvernement d´éradiquer les racines “à la base de l´intolérance religieuse dans le pays”, en visant notamment la “loi sur le blasphème”, qualifiée d´instrument qui crée “la haine et la division”. (APIC, 04/08/2009)





