> Pakistan : Huit chrétiens brûlés vifs à Gojra. L’AED demande l’abolition de la loi sur le blasphème
La communauté chrétienne du Pakistan a annoncé, lundi 3 août, un
deuil de trois jours après la mort de sept chrétiens tués samedi à
Gojra dans la province du Pendjab par
un groupe de musulmans qui accusait les chrétiens d’avoir blasphémé
le Coran. Deux enfants, un frère et une soeur âgés de 6 et 13 ans,
leurs parents et leur grand-père de 75 ans, sont mort carbonisés
dans leur maison, à laquelle les assaillants ont mis le feu, ainsi
qu’à une quarantaine d’autres habitations de chrétiens.
Cette attaque a été déclenchée par des musulmans en colère, qui ont
rapporté que des enfants ont créé des confettis pour un mariage à
partir des pages d’un vieux livre d’école qui contenaient des
versets du Coran, ce qui s’est finalement avéré faux.
Marc Fromager, directeur de l’AED souligne que ces événements ne
sont que les derniers d’une longue série d’actes d’oppressions
confusément liés à la loi sur le blasphème pakistanaise. Les
sections B et C de l’article 295 du Code pénal pakistanais
indiquent que les offenses contre le Coran sont passibles de
l’emprisonnement à vie et que les actes de profanation du
« “nom du Saint prophète Mohammed” sont passibles de mort ou
d’emprisonnement à vie ». Il y a aussi des ordonnances, les
hudud, qui sont des peines légales comprenant le fouet ou la
lapidation pour des activités comme l’adultère, le jeu et la
consommation d’alcool.
« Il est clair que les lois sur le blasphème favorisent
les abus », considère Marc Fromager. « C’est une épée de
Damoclès au dessus de la tête des minorités chrétiennes. On se sert
de la loi comme on le veut : pour régler ses comptes. Dans
plusieurs cas, la loi n’est qu’un prétexte utilisé à d’autres fins.
Au passage on détruit des écoles et des hôpitaux gérés par des
chrétiens, mais également les maisons et bien sûr, les églises. Il
faut abolir cette loi inique, l’AED le demande haut et
fort ».
Selon Mgr Coutts, évêque de Faisalabad (photo), cette attaque
était, « sans aucun doute, l’une des pires » que les
chrétiens aient connues.
Selon lui, les regrets et les excuses publiques des autorités ne
sont rien si aucune action véritable n’est entreprise pour prévenir
de tels événements. Depuis plusieurs années, l’une des actions
réclamées par l’archevêque de Lahore est l’abolition pure et simple
de la loi pakistanaise sur le blasphème. Mais l’évêque reconnaît
également que ces évènements ont provoqué une réaction et une
mobilisation unanime au Pakistan. Le Premier Ministre Yousuf Raza
Gilani s’est rendu sur les lieux le 6 août et a annoncé une réforme
de la loi concernant le traitement des minorités religieuses. Reste
à espérer que les déclarations seront suivies d’effets.





