Nigeria : « La force de l’Eglise m’a édifié », raconte Marc Fromager

Marc Fromager s’est rendu au Nigeria au début de la Semaine Sainte.
« J’ai rarement été autant impressionné par ce que j’ai vu là-bas en termes de persévérance dans l’adversité, nombre et qualité des vocations sacerdotales et religieuses, autorité de l’Eglise dans le pays, qui se fait respecter y compris au niveau politique… » a-t-il expliqué à son retour. (Voir entretien ci-dessous)

Crédit photo Raphaelle Autric /AED

Marc Fromager a répondu aux questions de Daniel Hamiche

Vous vous êtes récemment rendu au Nigéria, un pays qui est aujourd’hui à la une de l’actualité. Pourquoi ce déplacement ?
Vous le savez, l’AED soutient l’Eglise dans le monde entier, dans 150 pays pour être précis. L’Afrique recouvre à peu près le quart de notre budget, avec une Eglise en plein développement mais qu’il faut bien sûr aider. Le Nigéria est le pays le plus peuplé d’Afrique et en effet un des pays au cœur de l’actualité récente, notamment à cause des attentats antichrétiens qui se multiplient. Il était donc naturel pour moi de me rendre auprès de nos frères qui souffrent aujourd’hui, d’abord pour leur dire qu’on ne les oublie pas et aussi pour mieux comprendre ce qu’ils endurent là-bas afin de pouvoir mieux les aider.

Les médias français affirment que ce grand pays de quelque 162 millions d’habitants compterait 50 % de chrétiens et 50 % de musulmans. Qu’en est-il selon vous ?
Il est vrai que, quelque soient les pourcentages donnés, entre 45 et 50%, tous les médias, et pas seulement en France, veillent à systématiquement caler les deux communautés sur le même chiffre. Il y a évidemment un enjeu politique dans cette communication, on ne veut froisser personne, mais en même temps, il est possible que cela reflète la réalité, sachant par ailleurs qu’il est très difficile, en Afrique mais aussi dans d’autres régions du monde, d’avoir des chiffres précis et donc pertinents… Cela étant, plusieurs témoignages sur place m’ont fait part d’une croissance importante du nombre de chrétiens, qui seraient de facto aujourd’hui plus nombreux que les musulmans. C’est d’ailleurs une des raisons de cette tension que nous observons : les musulmans vivent assez mal cette évolution !

Que représente le Boko Haram dans ce pays et qu’est-ce, exactement, que cette secte islamiste ?
Boko Haram, cela signifie littéralement « les livres sont interdits », tout un programme… Seul le Coran trouve grâce à leurs yeux et leur ambition officielle est d’islamiser le pays en poursuivant l’instauration de la charia qui existe déjà dans un tiers des Etats nigérians. Il semblerait néanmoins qu’au-delà d’un noyau dur de fanatiques, un certain nombre de voyous de grand chemin gravitent dans l’orbite de ce groupe et que la distinction entre propagande islamique et activités mafieuses ne soit pas facile à faire. Finalement, il semblerait également que Boko Haram bénéficie au nord d’un certain nombre de complicités politiques qui en réalité utilisent le groupe pour déstabiliser le pays et notamment l’actuel Président qui est chrétien.

Comment l’Église catholique sur place analyse-t-elle le Boko Haram ?
Globalement, elle fait bien la part des choses et considère Boko Haram pour ce qu’il est, un groupe armé violent, politisé et dangereux à court terme, mais aucunement représentatif de la majorité de la population musulmane du pays. Concrètement, l’Eglise est néanmoins obligée d’adapter un certain nombre de précautions qui consistent en des mesures de sécurité renforcées autour des églises qui restent les principales cibles de ces terroristes. Cela étant, je dois dire que j’ai été agréablement surpris par la vitalité et même la force de l’Eglise au Nigéria, qui m’a vraiment édifié. Je connais pas mal de pays en Afrique et encore une fois, j’ai rarement été autant impressionné par ce que j’ai vu là-bas en termes de persévérance dans l’adversité, nombre et qualité des vocations sacerdotales et religieuses, autorité de l’Eglise dans le pays, qui se fait respecter y compris au niveau politique…

Que fait et qu’entend faire Aide à l’Église en Détresse sur place pour aider l’Église du Nigéria, et comment pouvons-nous contribuer à aider… ceux qui aident ?
Comme ailleurs, l’AED va poursuivre sa triple mission d’information, de prière et de partage, c’est-à-dire que nous allons poursuivre notre aide matérielle (553.000 € l’année dernière), sans doute d’ailleurs l’amplifier notamment pour reconstruire quelques églises, inviter nos donateurs à particulièrement prier pour eux qui vivent tout de même dans la crainte de nouveaux attentats, surtout au nord, et informer sur ce qui s’y passe avec une attention particulière pour ceux qui souffrent le plus de cette situation. Pour cela, nous avons évidemment besoin de personnes de bonne volonté…

Le reportage de l’AED est à découvrir dans le numéro de juin du magazine l’Eglise dans le Monde.



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