Pakistan : les chrétiens cibles des fondamentalistes

Après le meurtre d’un pasteur protestant, Jamil Sawan, jeudi 17 novembre à Karachi, un commerçant chrétien, Jamil Masih, 50 ans et père de cinq enfants, a été tué à bout portant par deux inconnus alors qu’il ouvrait son magasin, dans le quartier chrétien de Essa Nagri, là où s’était produit le premier meurtre.
Les causes du meurtre ne sont pas connues, même si la police évoque une affaire d’ordre privée. Mais pour le père Mario Rodrigues, prêtre à Karachi et directeur des Œuvres pontificales missionnaires au Pakistan « les chrétiens sont souvent victimes d’exécutions sommaires. A Karachi, explique-t-il, il existe une grande insécurité dans la vie quotidienne pour l’ensemble de la population. Les minorités, dans ce cadre déjà difficile, sont plus vulnérables parce que moins considérées et moins protégées ».

Ces évènements dramatiques surviennent quelques jours après qu’un évêque et un pasteur protestant ont été obligés de fuir le pays, menacés de mort, pour de fausses accusations de blasphème. L’évêque protestant Pervaiz Joseph et le pasteur Baber Gorge ont été aidés par une association chrétienne, la « Legal Evangelical Association Development » (LEAD), pour quitter le territoire. Pour M Gill, le directeur de LEAD, « il s’agit d’une affaire très triste et emblématique des persécutions que les chrétiens subissent au nom de la loi sur le blasphème car l’évêque est une personnalité connue et très engagée dans le dialogue interreligieux et en faveur de la paix au plan national et provincial au Punjab ».

En visite ces jours-ci à Rome, où il a été présenté à Benoit XVI, Akram Gill, Ministre d’Etat au sein du Ministère chargé de l’Harmonie interreligieuse et lui-même catholique, s’est exprimé au sujet de la loi anti-blasphème : « Il s’agit d’un thème très délicat et très sensible aujourd’hui. Nous nous trouvons à un moment qui n’est pas très favorable pour l’affronter après les assassinats de Shabhaz Bhatti et de Salman Taseer. Les partis religieux et les groupes extrémistes islamiques sont très forts et ne veulent pas modifier la loi introduite par le dictateur Zia-ul-Haq. En ce moment, il n’est pas possible d’agir, mais nous cherchons cependant à motiver les partis politiques afin qu’ils ne favorisent pas les abus. Ceci constituerait déjà un premier pas important. Il faut ensuite créer une culture qui puisse porter à une révision partagée de la loi. De 1986 à ce jour, la loi a frappé plus de citoyens musulmans que citoyens chrétiens et hindous, ce qui devrait faire réfléchir également les musulmans. Dans ce cas également, le dialogue interreligieux est fondamental : si un climat d’harmonie interreligieuse ne se crée pas, aucun changement ne sera possible. »

Source FIDES

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