Philippines : assassinat du père Cecilio Lucero une exécution extrajudiciaire

Mardi 8 septembre, une grande manifestation a rassemblé des sympathisants de l’organisation œcuménique de défense des droits de l’homme, Promotion of the Church People’s Response (PCPR), à laquelle avait appartenu le P. Cecilio Lucero, tué par balles au volant de sa voiture dans la province de Samar-Nord, le 6 septembre, dans des circonstances encore mal définies. Pour les manifestants dénonçant l’assassinat du prêtre, il n’y a aucun doute : « Le défenseur des pauvres et des opprimés » est une nouvelle victime des « exécutions extrajudiciaires » en augmentation dans la région, des assassinats non élucidés par la police et sur lesquels enquêtait justement le P. Lucero.
Selon les rapports de police, le P. Cecilio Lucero, 48 ans, curé de l’église Saint-Joseph Ouvrier à Catubig, dans le diocèse de Catarman, de la province Samar-Nord (Région des Visayas Orientales), a été abattu lors d’une embuscade au village de Layuhan, le dimanche 6 septembre, vers 8 h 30 du matin, alors qu’il rejoignait San Jose en camionnette par la route nationale.
Selon les premiers rapports de police, cités par Eglises d’Asie, une trentaine d’hommes ont fait feu sur le prêtre, avant que l’un des attaquants ne lui tire une balle dans la tête à bout portant, entraînant la mort sur le champ. Mais par la suite, des « témoins dignes de foi » ont parlé d’un groupe de 5 à 6 hommes seulement, portant des lunettes de ski (une caractéristique des « exécutions extrajudiciaires » aux Philippines) et, selon les rapports, ayant les visages camouflés sous un bonnet, un masque, étant vêtus d’uniformes de la police, ou encore de l’armée…
« Nous pensons que le P. Lucero était surveillé et suivi. Lorsqu’il est arrivé à San Jose, ses assassins l’attendaient », a déclaré Mgr Emmanuel Trance, évêque de Catarman, qui s’est déclaré « anéanti » par la nouvelle et a condamné fermement le meurtre du prêtre dans une déclaration diffusée sur le site de la CBCP (Catholic Bishops’ Conference of Philippines). « Depuis qu’il travaillait pour les droits de l’homme et allait partout enquêter sur les crimes qui avaient été commis, il s’était mis à dos les militaires comme les rebelles armés ».
L’engagement en politique des deux frères aînés du prêtre assassiné renforce, selon le prélat, la thèse selon laquelle l’assassinat du P. Lucero serait une exécution politique. Wilmar Lucero, ancien membre du Congrès, est actuellement en lice pour les présidentielles de 2010. Quant à Antonio Lucero, il est gouverneur adjoint de la province de Samar-Nord.
Selon le prélat le fait qu’une exécution extrajudiciaire puisse aujourd’hui viser un prêtre risque de répandre la peur au sein de toute la population.

 

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