Les témoins de la foi
> Mgr Paul Hinder, l’évêque des six nations
Les six nations ne
concernent pas le tournoi du même nom qui voit s’affronter chaque
année, sur un terrain, l’Europe du rugby. Ici, il s’agit de six
pays désertiques confiés à un capucin suisse, Mgr Paul Hinder. Le
Vicaire apostolique d’Arabie, c’est son titre, a la charge des
Emirats Arabes Unis, où il réside, du Sultanat d’Oman, du Yémen, de
Bahreïn, du Qatar et enfin de l’Arabie Saoudite !
Six pays pour un seul évêque, telle est la première particularité
de ce Vicariat. La seconde étant les fidèles eux-mêmes, qui sont
tous des migrants, et de surcroît des migrants passagers. Les
chrétiens de ces pays y résident provisoirement, pour raisons
professionnelles, mais nul ne songe à s’y installer de manière
définitive. Pour Mgr Hinder, c’est un peu à l’image des premières
communautés chrétiennes, qui étaient migrantes à l’époque des temps
apostoliques. Autre similitude : les fidèles y sont très motivés et
très engagés au service de la communauté, avec un sens très fort du
volontariat.
Cet élan des fidèles est important à deux titres. D’abord,
l’organisation pratique des paroisses ne pourrait se faire
convenablement sans la participation active des laïcs. Les – trop
rares – églises sont saturées et malgré l’enchaînement des messes,
les foules y sont compactes, ce qui nécessite un réel génie
logistique que les prêtres seuls ne parviendraient pas à assumer.
Ensuite, cette motivation des fidèles est un réel réconfort pour
l’évêque qui confie qu’il n’aurait pas aimé être évêque en
Europe.
Ce soutien est d’autant plus indispensable que les difficultés ne
manquent pas. Même s’il existe des églises dans ces pays, sauf en
Arabie Saoudite, la liberté de culte y est tout de même réduite.
Les chrétiens y sont tolérés, avec plus ou moins de sympathie, mais
on leur fait bien comprendre qu’ils restent des étrangers, d’autant
que la plupart sont des Asiatiques (Philippins, Indiens, Sri
lankais, …) occupant généralement des postes en bas de l’échelle
sociale.
L’évêque a demandé de nouveaux terrains pour construire de
nouvelles églises mais la réponse, depuis trois ans, tarde à venir.
En Suisse, il y a 150 mosquées pour une population musulmane cinq
fois moins nombreuse que le nombre de chrétiens dans le Vicariat où
il n’y a pourtant que vingt églises ! A proportion égale, il
devrait y avoir 750 églises … A Jebel Ali, près de Dubaï, la route
qui mène à l’enclave des églises n’est toujours pas
goudronnée…
Mgr Hinder se décrit lui-même comme un « optimiste très
modéré » quant à l’évolution de la situation des chrétiens
dans cette région du monde. Quant au synode qui approche pour les
Églises au Moyen-Orient, il constate que les évêques latins y
seront minoritaires alors qu’ils représentent, en nombre de
fidèles, la plus grande Église. Au-delà de l’esprit cantonal, qui
définit souvent selon lui la position des différentes Églises au
Moyen-Orient, il espère que l’unité de l’Église s’en trouvera
renforcée, un peu à l’image d’un pack dans une mêlée : seule
l’union fait la force !







