200 millions de chrétiens ne peuvent vivre leur foi librement > faire un don

Mgr Ghaleb Moussa Abdallah Bader, archevêque d’Alger

« Je n’avais jamais pensé servir à l’extérieur de mon Église de Jérusalem et de Jordanie. J’étais ici à mon travail, et un autre monde s’est ouvert devant moi. On m’a informée il y a deux semaines que je devais devenir archevêque de l’archevêché d’Alger à partir de mai 2008. J’ai demandé un temps de réflexion avant de donner ma réponse ». La réponse sera « oui ».

Mgr Bader est le premier archevêque arabe d’Algérie. Cela signifie un important changement d’orientation à l’intérieur de l’Église d’Algérie. Ce diocèse est pionnier dans le dialogue islamo-chrétien, c’est ainsi que le Vatican s’est décidé pour le philosophe et docteur en droit canonique né en 1951 en Jordanie, qui a été de 1996 à 2001 consulteur au « conseil pontifical pour le dialogue interreligieux » en tant qu’expert des relations avec l’Islam. Par ailleurs, il était président du tribunal ecclésiastique d’Amman. De telles expériences sont assurément un avantage dans un contexte tendu en matière de liberté religieuses. Bien qu’il ait été reçu avec chaleur par le diocèse, les critiques et insinuations ne lui ont pas été épargnées.

Depuis 2006, il est inscrit dans la constitution que les chrétiens sont tolérés en Algérie. Malgré tout, ils n’ont en aucun cas le droit d’évangéliser en public et ne peuvent pas non plus vivre pleinement leur foi. Par exemple, la loi n’autorise pas les prénoms chrétiens. Ces dernières années, il y a même eu une campagne de presse remettant en question la présence même de chrétiens en Algérie. De plus, les visas religieux ainsi que les menaces d’expulsion représentent un grand problème, un prêtre a même été arrêté dans l’ouest du pays. En 2006, le gouvernement a également approuvé une loi régissant les cultes non-musulmans, et prévoyant des peines élevées pour les « prosélytes ». Malgré ces difficultés, la pauvre Église catholique d’Algérie essaye de prendre soin de son héritage et de ses vocations.

L’Algérie n’a pas toujours été aussi marquée par l’islam qu’aujourd’hui. En Algérie, l’Église catholique remonte au IIème siècle et a vécu son apogée aux III ème et IVème siècle, à l’époque de Saint Augustin, évêque d’Hippone. Le Christianisme a toutefois été évincé de cette région par la propagation de l’Islam au début du Moyen-âge, et ce n’est qu’à partir du 19ème siècle que des chrétiens sont revenus, avec l’occupation française. De nombreux chrétiens ont quitté le pays il y a un demi-siècle lors du départ des anciens occupants, au moment de la fondation de l’État algérien. L’Algérie est aujourd’hui profondément enracinée dans ses valeurs et traditions arabo-musulmanes : la langue nationale est l’arabe, et l’Islam est religion officielle. 98% de la population est musulmane, et il y a 4.000 catholiques sur les quelque 35 millions d’habitants.

Par son mot d’ordre « connaître, aimer, servir, unir », Mgr. Bader voudrait affronter cette situation avec espoir, ce qu’il exprime par ces mots au Président du Haut Conseil Islamique : « L’Algérie est appelée à rester attachée à l’espérance. L’Église et les chrétiens se considèrent comme faisant fixement partie de ce pays, avec tous leurs devoirs, mais également avec tous les droits que cela implique. Surtout, l’Église continuera d’être au service de toute la société algérienne – comme elle l’a fait dans le passé et jusqu’à aujourd’hui – afin de contribuer au bien, à la paix, au bien-être et au progrès de ce pays et de ses citoyens ».

Il y a aujourd’hui dans le diocèse d’Alger 50 prêtres et religieux, 75 religieuses cloitrées et quelques milliers de fidèles chrétiens. Pour eux, c’est surtout la réalité du dialogue interreligieux qui compte, comme le confirme Mgr. Bader : « Le dialogue est le meilleur témoignage de foi que notre Église puisse donner, et est également beaucoup plus efficace que la prédication directe. Nous sommes heureux que ce dialogue soit accepté et très apprécié par les gens, étant donné qu’il est libre et sincère. Le dialogue est fondamental pour la vie de nos chrétiens et pour la paix civile dans nos pays. Il commence par de petits détails de la vie quotidienne ».

Par exemple, le diocèse organise concrètement des formations pour jeunes filles des régions rurales, tient des centres pour personnes handicapées et des bibliothèques pour étudiants. Cela permet surtout de mettre en valeur l’importance des relations avec les musulmans, par le service et l’amitié.

Aussi prions pour les chrétiens d’Algérie, et particulièrement Mgr Bader, qui porte le poids de cette Église en détresse…


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