200 millions de chrétiens ne peuvent vivre leur foi librement > faire un don

Carême 2016 : texte du témoignage de Mgr Jeanbart


Ndt crédit MA Mouterde
« C’était il y a cinq mois le 18 Août que, Khaled El-Assaad, 81 ans, grand archéologue et conservateur des vestiges de Palmyre, prestigieuse capitale du désert syrien, irremplaçable trésor, fut sauvagement décapité par Daech (ISIS) et exposé sur la place publique, accroché aux pierres de l’un des édifices de cette ville merveilleuse, officiellement déclarée patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1980 et qu’il avait su réanimer en la soignant toute sa vie durant.

Il y a un mois, la veille du Nouvel an, une voiture piégée a fauché à Kamishly 14 jeunes chrétiens rassemblés pour la fête.
Il n’y a pas plus que deux semaines, des familles entières, plus de 280 personnes femmes et enfants, jeunes et vieillards, avaient été sauvagement exécutés par les Djihadistes de l’Islam à Deir el Zor, au Nord de la Syrie, juste parce que l’un des leurs ne partageait pas leur croyance.

Il y a dix jours, un quartier chrétien et une énieme Eglise d’Alep avaient été la cible des mortiers et des bombes de ces mêmes Djihadistes qui croient faire la volonté de Dieu en persécutant ou même éliminant les autres.

Ne faut-il pas en même temps aussi parler des centaines de chrétiens innocents tués ou des Evêques et des Prêtres enlevés , des couvents antiques ou nouveaux saccagés et des lieux de culte dévastés par dizaines ? La liste serait bien longue, si je voulais relater tout ce qui arrive depuis presque 5 ans dans cette malheureuse Syrie, pays qui est le mien et qui est aussi celui des premiers chrétiens.
Que peut-on dire face à de tels carnages, à ces dégats inouïs et à ces crimes, ignobles et insupportables?

On peut parler d’une éradication systématique de toute une civilisation, de tout un patrimoine et d’une Histoire Merveilleuse et innéfable qui a su forger les structures d’une identité civilisée qui allait bien au-delà des particularismes mesquins et qui fut galvanisée par l’apport d’un patrimoine séculaire, particulièrement riche en valeurs humaines, culturelles, architecturales et financières.

On se trouve en face d’une nouvelle invasion barbare, sauvage et bien plus violente que celle que notre pays avait subi du temps des Mongoles, des Tartares au moyen-âge, et des Ottomans au début du 16ème siècle. Palmyre et les sévices qui y sont perpétrés sans arrêt, ne représente qu’une facette de ce que ces assaillants ont pu perpétrer en Syrie depuis bientôt cinq ans. Ils ont sauvagement assassiné des milliers d’innocents. Ils ont démoli des hôpitaux, détruit des écoles, des maisons, des usines, des commerces et des ateliers de toutes sortes et volé ce qu’ils trouvaient sur leur chemin. Ils ont saccagé des sites archéologiques et un patrimoine architectural inestimable : les fameux souks d’Alep et un très grand nombre des anciennes maisons patrimoniales très connues de la ville. Ils ont saccagé des lieux de culte aussi bien chrétiens que musulmans, insouciants de tout le mal irréparable qu’ils étaient en train de faire.

On assiste à l’établissement d’un régime radicalement confessionnel et théocratique, prétendument religieux et investi de pouvoirs constitutionnels fondamentaux, régime qui se croit autorisé à forger des lois civiles, relevant d’un dogmatisme exclusiviste et archaïque , qui ne supportent aucun recours et qui donnent lieu en fin de compte à une dictature sans merci d’un côté et à un esclavage sans pitié de l’autre.

On peut penser aussi bien à un plan de destruction systématique prémédité visant à éliminer tout ce qui constitue la richesse de ce pays sinistré qu’est la Syrie et tout ce qui lui permettra de se remettre de ses malheurs avant de nombreuses années. On dirait que le but caché est d’appauvrir le pays, de le ruiner et de paralyser son développement jusque-là remarquable dans ses performances : Industrielles, agronomiques, médicales, commerciales, touristiques, artistiques et académiques.

C’est une grande catastrophe qui nous frappe impitoyablement, et nous nous trouvons confrontés à de grands périls et peut-être même à une fatidique disparition. Face aux fléaux conséquents de toutes ces vicissitudes insupportables, une ‘’exode’’ préoccupante est en train d’engloutir dans la foulée un grand nombre de nos fidèles, ils se précipitent vers un Occident insouciant qui véhicule leur transport dans un processus qui a tout l’air de constituer une déportation en vraie et due forme , humanitaire dans ses apparences, mais inhumaine et néfaste dans sa réalité et ses conséquences aussi bien sur notre communauté nationale que sur la société civile et ecclésiale.

Il faut dire que ces frères chrétiens de Syrie dont nous parlons, sont bien les fidèles de la première heure, ils avaient été baptisés par les Apôtres eux-mêmes, à l’occasion de leur pèlerinage traditionel juif à Jérusalem, le jour de la Pentecôte. Ce sont ces mêmes chrétiens néophytes, qui rentrés chez eux dans les différentes villes de Syrie, avaient accueilli Paul à Damas pour l’éclairer, le baptiser, lui conférer l’ordination sacerdotale et l’envoyer témoigner à travers le monde, de ce temps-là, du Christ Jésus Unique Sauveur des hommes.

Depuis les premiers jours de sa vie deux fois millénaire, l’Eglise en Syrie n’a pas arrêté de donner des apôtres vaillants généreux de leurs propres personnes et de produire des fruits abondants de vie spirituelle. Tout cet apport avait alimenté et consolidé la Foi d’un très grand nombre de croyants en Jésus-Christ, en Orient comme en Occident. Des Saints innombrables ont su tracer pour l’humanité les chemins de la vertu et une légion de Pères remplis de Dieu, ont pu prodiguer à l’Eglise universelle un enseignement théologique riche et profond.

L’archéologie chrétienne, qui signe de son faste toutes les régions en Syrie, nous présente un patrimoine architectural incomparable d’édifices religieux et d’Eglises qui illustrent la longue histoire chrétienne de ce pays. Faut-il aussi oublier les millions de martyrs, qui durant deux mille ans ont accepté, génération après génération, de mourir plutôt que de renier le Seigneur. Certains de nos livres d’histoire parlent de près de vingt millions de martyrs morts en Syrie pour le Christ.

Quel que puisse être le nombre exact de ces innocents sacrifiés parce que Chrétiens, le fait est que cette vaillante Communauté ecclésiale qui a payé un prix incalculable pour rester fidèle au Maître, mérite l’attention et la sollicitude des croyants, non seulement en France ou en Europe, mais partout où il y a des chrétiens dans le monde. Aujourd’hui il faut penser aux descendants de ces premiers chrétiens en danger de disparition et tout faire pour les aider à continuer leur combat en vue de l’établissement du régne de de l’amour et de l’amitié entre les hommes de bonne volonté.

Parot, le grand archéologue français, disait que chaque homme doit avoir une double appartenance, celle à son propre pays et celle à la Syrie ! Ne peut-ont pas parler d’une double appartenance que devrait avoir tout chrétien, celle à sa propre Eglise et celle à l’Eglise de Syrie, mère des Eglises ? Aidez, je vous en prie, notre et votre Eglise de Syrie à survivre.

Nous supplions tous les jours le Seigneur pour qu’Il vienne secourir ses fidèles qui souffrent en Syrie et nous souhaitons que vous vous joigniez à nous dans cette prière insistante.

Nous faisons appel à vous, chers frères ici présents et nous appelons tous nos frères chrétiens répandus dans le monde à se joindre à nous, afin qu’ensemble nous puissions être les instruments de la Miséricorde Divine et une manifestation de sa Bonté en Syrie.
Nous appelons au secours de notre pays en détresse l’Occident et nous demandons plus particulièrement à la France, que nous chérissons, de faire une pause de révision et de réfléxion profonde, pour retrouver les valeurs qu’elle avait su nous inculquer dans ses écoles, depuis notre plus jeune âge et qu’elle avait pu fièrement offrire à la société humaine moderne, génération après génération. Valeurs Evangéliques, qui redonnent la priorié absolue à la vie sacrée de l’homme, à sa dignité et à ses droits inaliénables. Valeurs qui vont bien au-delà des intérêts politiques, économiques ou exclusivement financiers.

Nous nous débattons :

  • Pour aider les nôtres.
  • Pour donner de l’espoir.
  • Pour sauvegarder la présence Prophétique de l’Eglise au Moyen-Orient.

Si vous nous voulez du bien, bien chers amis, aidez-nous à rester chez nous !

Métropolite Jeant-Clément JEANBART
Archevêque d’Alep

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