Inde : arrestations pour soupçon de conversion au christianisme

Au Madhya Pradesh, État au centre de l’Inde, douze personnes ont été arrêtées et emprisonnées, le 14 janvier dernier, après avoir été accusées d’enfreindre la loi anti-conversion en vigueur dans l’État. Le 18 janvier, une treizième personne était incarcérée. (Source EDA)

ACN-20151113-31986Un homme aveugle, ainsi qu’une mère avec son enfant de 3 ans faisaient partie des personnes emprisonnées, d’après l’agence Ucanews. Trois jours plus tard, sept des douze personnes interpellées ont été relâchées. Parmi elles, Janu Bai, 35 ans. « Nous ne savions même pas pourquoi nous avions été arrêtés et mis en prison », a-t-elle expliqué ajoutant que le groupe s’était réuni à l’occasion de la fête hindoue du Makarsankrati, et qu’ils suivaient les enseignements de Jésus, sans pour autant se convertir au christianisme.

Au Madhya Pradesh, où le BJP, le parti nationaliste hindou, est au pouvoir depuis douze ans, une loi anti-conversion est en vigueur, le Madhya Pradesh Freedom of Religion Act, qui punit les conversions obtenues par « la force » ou « des moyens frauduleux ».

Pour Richard James, responsable d’un forum chrétien dans l’Etat du Madhya Pradesh, « la police est main dans la main avec les extrémistes hindous. Depuis que le BJP est au pouvoir, ils font régner la terreur parmi les minorités religieuses, et particulièrement envers les chrétiens ». Pour certains responsables chrétiens, les lois anti-conversion ont pour but de contrôler les activités des Eglises chrétiennes, notamment dans les secteurs de l’éducation et de la santé, car ce sont des domaines qui peuvent être interprétés comme des « incitations à la conversion ».

Ironie du sort, le Vishva Hindu Parishad (VHP, Conseil mondial hindou) a récemment annoncé qu’au cours des dix dernières années, il aurait converti 500 000 chrétiens et 250 000 musulmans indiens à l’hindouisme. Selon Pravin Togadia, président du VHP, ces conversions ont été réalisées dans le cadre de la campagne visant « au retour à la maison », des chrétiens et des musulmans d’Inde, ces minorités étant considérés par les extrémistes hindous comme des hindous indument convertis à ces deux religions, qui à terme doivent revenir à l’hindouisme.

ACN-20151113-31990Pour le P. Gyanprakash Topno, porte-parole de la Conférence des évêques catholiques de l’Inde, interrogé par Ucanews, ces déclarations soulèvent de graves questions concernant l’application des lois anti-conversion dans le pays. Même s’il se montre dubitatif quant à la véracité des chiffres avancés par le VHP, il confirme que le Conseil mondial hindou s’est engagé dans la conversion à l’hindouisme de chrétiens, particulièrement auprès des chrétiens aborigènes du Jharkhand, du Chhattisgarh et du Madhya Pradesh.

Sept Etats d’Inde ont voté une loi anti-conversion
En Inde, sept Etats ont voté une loi anti-conversion : le Gujarat, l’Arunachal Pradesh, l’Orissa, le Madhya Pradesh, le Chhattisgarh, le Rajasthan et l’Himachal Pradesh (Le Tamil Nadu, dans le sud de l’Inde, où les chrétiens sont nombreux, avait également fait voter une loi anti-conversion, mais elle a été rapidement abrogée.)

Plus de 365 agressions anti-chrétiennes en 2015
ACN-20151118-32381D’après le rapport annuel de l’organisation chrétienne indienne Catholic-Christian Secular Forum (CSF), sur la persécution des chrétiens en Inde, publié le 18 janvier, plus de 365 agressions anti-chrétiennes ont été dénombrées en 2015. Selon Joseph Dias, président de l’organisation, ce chiffre est minoré car il ne tient pas compte des nombreuses agressions anti-chrétiennes non enregistrées. En effet, « certains chrétiens ne souhaitent pas déclarer les violences qu’ils ont subies, de peur de se mettre à dos les responsables politiques, ou de subir de nouvelles représailles ».
Le constat est pourtant là. Les attaques anti-chrétiennes ont augmenté de 20-25 % chaque année depuis cinq ans, note l’organisation chrétienne. Viols, profanations d’églises, interruptions des offices et meurtres. Selon Joseph Dias, « les meurtres ont quasiment doublé en un an et le plus alarmant est l’étendue géographique de cette sphère de violence. En 2014, nous avions recensé des violences dans 18 Etats indiens. En 2015, 23 Etats sur 29 sont concernés ».

Pour Joseph Dias, cette étendue des attaques s’explique notamment par l’arrivée au pouvoir, au plan fédéral, du BJP, en 2014, certains groupes extrémistes hindous ayant alors considéré qu’ils avaient le « feu vert » du gouvernement pour faire de l’Inde une nation exclusivement hindoue, en multipliant les attaques anti-chrétiennes, et en « reconvertissant à l’hindouisme », les minorités religieuses.

(source: EDA)

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