200 millions de chrétiens ne peuvent vivre leur foi librement > faire un don

2011-2016 : notre action au Moyen-Orient

21 décembre 2015 : l’AED a accordé 30 nouveaux projets d’aide d’urgence en Irak et en Syrie (montant tenu confidentiel par sécurité).

15 septembre 2015

Depuis 2011, le début de la guerre en Syrie, l’AED a envoyé 19,5 millions € pour aider la Syrie et l’Irak. Ce montant s’élève à 32,6 millions € pour le Moyen-Orient.

Notre aide en chiffres :

Depuis 2011 :

19,5 millions € versés pour l’Irak et la Syrie
+ de 1000 projets
financés au Moyen-Orient
200 projets en Irak pour aider plus de 150 000 réfugiés

Aide de l'AED au Moyen Orient et population chrétienne, septembre 2015

L’AED soutient en priorité le travail pastoral de l’Église là où elle est trop pauvre pour s’acquitter de sa mission par ses propres moyens, et là où elle subit la persécution. Au Moyen-Orient, l’AED fournit aussi une vaste aide humanitaire, car elle contribue à ce que les chrétiens restent au Moyen-Orient et n’émigrent pas. Car sinon, dans un proche avenir, il n’y aura plus d’Église à soutenir dans le berceau du christianisme.

Il est nécessaire d’analyser attentivement l’évolution qui a eu lieu au cours des cent dernières années. Avant la première guerre mondiale, la proportion de chrétiens au Moyen-Orient était de 20 %. Aujourd’hui, il n’y a plus que 4 % de chrétiens – et la tendance est à la décroissance. La situation change à un rythme effrayant. Ainsi, 8 à 10 familles chrétiennes quittent chaque jour l’Irak.

Les chiffres officiels affirment que sur 1,5 million de chrétiens autrefois présents dans le pays, seuls 450 000 sont encore présents. En réalité ils ne sont pas plus de 250 000. En Syrie, la situation n’est pas meilleure : cela fait déjà longtemps que les chrétiens les plus riches ont quitté le pays. Les autres restent parce qu’ils n’ont pas les moyens de se construire une nouvelle vie ailleurs.

En Terre Sainte aussi, le nombre de chrétiens continue de diminuer rapidement. Les chrétiens représentent une minorité de plus en plus faible sur les lieux saints (comme par exemple Bethléem). Même au Liban, le seul pays du Moyen-Orient qui fut à majorité chrétienne dans un passé récent, et dont les statistiques officielles parlent encore aujourd’hui de près de 50 % de chrétiens, le pourcentage réel serait maintenant de 25 à 35 % : et là-bas aussi, la tendance est à la baisse.

Il n’y a que dans la péninsule arabique où le nombre de chrétiens est en augmentation. Ce phénomène s’explique par l’afflux de travailleurs migrants en provenance d’Inde, des Philippines (etc.) qui doivent vivre et travailler ici, pour la plupart dans des conditions proches de l’esclavage. Malheureusement, on peut bien parler d’un esclavage de masse. Plus de 1,5 million de catholiques vit dans ces conditions sur la péninsule arabique, dont seulement 10.000 ont l’occasion (en secret) d’assister à la messe chaque semaine. Les quelques 1.490.000 qui restent n’ont hélas pas la moindre possibilité de pratiquer leur religion.

LA TRAGÉDIE SYRIENNE

240 000 morts
12 millions de réfugiés dans le besoin

La guerre civile en Syrie s’éternise. Avec 76.000 morts, l’année 2014 a atteint un record sanglant. La mort du Père Frans van der Lugt, âgé de 75 ans, brutalement assassiné le 7 avril 2014, a été particulièrement triste pour l’Église catholique. Il avait travaillé pendant 50 ans au Moyen-Orient, dont 48 ans en Syrie, et était courageusement resté sur place avec les chrétiens et les autres habitants de la vieille ville encerclée de Homs, malgré les violents combats. Il a aidé les nécessiteux jusqu’à en mourir. Beaucoup le considèrent comme un saint. Sa tombe est de plus en plus un lieu de pèlerinage.

Ceux qui sont restés en Syrie ont de plus en plus besoin d’aide. Les prix explosent, beaucoup de choses ne peuvent plus être achetées qu’au marché noir, de plus en plus de gens sont au chômage et ne peuvent même plus payer le loyer ni les produits de première nécessité. Il y a un besoin urgent de nourriture, de carburant, de médicaments et d’aide pour les opérations et les autres traitements médicaux.

Plus de la moitié des hôpitaux de Syrie ont été détruits ou gravement endommagés, et il n’y a plus qu’environ 43 % des hôpitaux qui puissent encore fonctionner aujourd’hui. À Homs, la situation est encore plus dramatique, car la ville a été le théâtre de violents combats, et les hôpitaux ont été ciblés par les deux parties au conflit. Les usines pharmaceutiques syriennes ont été détruites et ont dû interrompre leur activité, c’est pourquoi les médicaments sont rares et très chers.

Par ailleurs, beaucoup de gens souffrent de problèmes psychologiques graves et ont besoin de soins de longue durée et d’un traitement psychiatrique. L’AED travaille en étroite collaboration avec les Jésuites. Le besoin d’aide à l’éducation et à la formation des enfants chrétiens est de plus en plus important, car sinon ils n’ont pas d’avenir. En règle générale, il n’y a pas à attendre d’aide des autres organisations dans ce domaine. C’est avec notre soutien que les sœurs du Bon Pasteur, au Liban dans la vallée frontalière de la Bekaa et à Baalbek, accordent un traitement thérapeutique aux réfugiés syriens traumatisés.

LES CHRÉTIENS D’IRAK FACE A L’ÉTAT ISLAMIQUE

L’année 2014 a également été une année sanglante pour l’Irak, avec un triste record. D’après les données du gouvernement, plus de 15.000 personnes ont été tuées par des actes de violence, et 22.000 autres personnes ont été blessées. Ces chiffres sont les plus élevés depuis le dernier pic de violence en 2007.

L’événement décisif et dramatique a été l’invasion par la milice djihadiste « État islamique » (« Daech » en arabe). Elle s’est accompagnée de massacres, tortures, décapitations et d’autres atrocités effroyables commises sans scrupules contre les minorités ethniques et religieuses. Presque tous les chrétiens ont fui Mossoul et d’autres villes des environs. Cet exode du 6 août a marqué la fin d’une longue tradition de présence chrétienne. À Mossoul, c’est la première fois depuis 1600 ans qu’aucune messe n’est célébrée.

Les membres de l’État islamique sont fiers de leur cruauté envers les « infidèles », et les somment de se convertir, de payer l’impôt de capitation (la « Jizya »), ou de mourir par l’épée. Ils n’ont plus la prétention de combattre pour la liberté ou la libération. Leur seul objectif est de tuer leurs ennemis, d’anéantir les mécréants et d’établir la « oumma » dans un État islamique qui ne serait plus composé que de croyants sunnites. Puis, comme le dit l’un des chefs de l’État Islamique, ils se tourneront vers les pays occidentaux pour y apporter le nouvel ordre, même si pour cela ils doivent tuer 50, 100 ou 150 millions de personnes. Cette campagne génocidaire de meurtre de masse est tout à fait réussie : les gens ont tellement peur d’eux qu’ils fuient leurs maisons avant l’arrivée de la milice islamique.

Bon nombre de chrétiens en sont arrivés à soupçonner que les pays occidentaux aient planifié d’éloigner complètement les chrétiens du Moyen-Orient et d’y établir une sorte de gouvernement musulman. Pour preuve, ils font remarquer que les soldats Français ont été envoyés au Mali pour lutter contre les terroristes, mais que la France a accueilli volontiers les chrétiens de Syrie, sans les aider directement à se débarrasser des fanatiques djihadistes. Il est difficile de prouver ces accusations, mais elles montrent clairement que les chrétiens pris au piège se sentent abandonnés et trahis par beaucoup.

L’aide de l’AED

Au départ, l’AED a fourni une aide d’urgence pour que ces chrétiens survivent (tentes, eau, médicaments, colis alimentaires), puis des logements en dur avant l’hiver (bungalows avec chauffage, eau chaude, construction du village Werenfried pour 1000 réfugiés, location dans des appartements à Erbil), puis soutien pour réconforter et soutenir les religieux et les prêtres, souvent eux-mêmes refugiés, pour qu’ils continuent leur travail d’abnégation auprès des plus pauvres (par ex sur 100 sœurs dominicaines irakiennes, 72 sont réfugiées. Elles passent leur journée à visiter des réfugiés….) et bien sûr la construction d’écoles : 8 écoles pour 15.000 élèves réfugiés

Parmi leurs nombreux besoins, les autorités de l’Église ont en effet très rapidement déclaré que l’éducation était une priorité absolue. Mgr Warda rappelait encore fin mars que « Tuer est un crime mais empêcher une génération d’aller à l’école est un autre crime. » Urgence de construire ces écoles car très vite, les leaders religieux ont vu très clairement que l’une des premières causes de départs des chrétiens dans d’autres pays était le manque d’avenir pour leurs enfants, et le manque d’école. Or la priorité des évêques est de tout faire pour aider les chrétiens à rester sur place, car les chrétiens portent en eux cette culture de réconciliation et de paix.

Conscient que la situation ne sera pas rétablie rapidement, dès octobre 2014, quelques mois après l’arrivée de l’État Islamique, l’AED avec l’Église locale (Mgr Warda, Mgr Nona) a décidé de  construire 8 écoles pour 15.000 enfants réfugiés au Kurdistan.

 Comment fonctionnent les écoles financées par l’AED ?
L’AED finance la construction des écoles et les salaires sont payés par le gouvernement irakien. Les professeurs sont des irakiens, réfugiés eux même, parlant arabe (important car au Kurdistan, la langue est le kurde, or les réfugiés sont Irakiens parlant arabe). La construction des écoles se fait toujours sur des terrains chrétiens, ce qui est plus sûr pour l’avenir, compte tenu de la situation actuelle.  Le principal souci des réfugiés est vraiment l’avenir de leurs enfants. 2 à 6 familles quittent chaque semaine le pays.

Beaucoup d’Irakiens veulent partir. Mais il n’y a pas de solution idéal car ceux qui partent doivent attendre au Liban ou en Jordanie souvent pendant des mois ou des années la délivrance d’un visa. Or la vie la bas est très cher et impossible d’y travailler. Certains reviennent au bout de quelques mois en Irak.

D’autres restent : ceux qui n’ont pas le choix, car être réfugiés dans un autre pays devient un luxe, , et ceux qui disent «  Nous ne laisserons pas notre terre, nous sommes ici et nous sommes fort dans notre foi ». Pour tous ceux qui restent, l’école est vraiment très importante.

 L’école est une source de motivation pour les élèves comme pour les parents. Et elle est aussi facteur d’unité pour les familles, de projet commun et de rencontres entre élèves musulmans et chrétiens. Elles redonnent aussi une mission aux soeurs dominicaines qui ont perdu 13 couvents/écoles l’été 2014.

Détails de notre aide 2014 en Irak

« Les membres de l’Église travaillent de manière de plus en plus efficace et coordonnée, pour le bien de la population, qui le reconnaît d’ailleurs bien. Lors de mon récent séjour dans la ville chrétienne de Marmarita, à proximité de la frontière libanaise, les gens ont manifesté une immense reconnaissance pour l’aide qui a été rendue possible grâce à nos bienfaiteurs. Ils ont dit que c’est grâce à nos bienfaiteurs qu’ils survivent. Un garçon que j’ai rencontré m’a parlé en arabe, il ne m’a dit qu’un seul mot : shoukran, merci. Nous avons tous été très émus. Les larmes aux yeux, une vieille femme m’a demandé de continuer à aider les chrétiens de Syrie afin qu’ils puissent rester. »
Père Halemba, responsable des projets Moyen-Orient de l’AED