Nuit des Témoins 2016 : les grands témoins

L’AED invite des grands témoins pour honorer les martyrs de la foi, prêtres, religieuses, religieux et laïcs engagés ayant perdu la vie ces derniers mois par fidélité au Christ.

Au cours de la Nuit des témoins, les personnalités suivantes donneront leur témoignage sur la réalité de la situation des chrétiens dans leur pays respectif:

  • Métropolite Jean-Clément JEANBART (Syrie)

Archevêque d’Alep

Greek-Catholic Archbishop Jean-Clément Jeanbart of Alep, Syria« Gardez courage. L’espérance nous permettra de survivre. La paix viendra. Et quand elle viendra, la Syrie sera un beau pays » exhorte en avril l’infatigable monseigneur Jeanbart, 72 ans. Né à Alep dans une fratrie de 12 enfants qui compte un prêtre et une religieuse, il est archevêque de sa ville natale depuis 20 ans. A la tête de l’un des plus vieux diocèses de l’Eglise Universelle – qui existait déjà en 325 – et fort de cet héritage, rien ne semble arrêter ce véritable entrepreneur de Dieu.

Car monseigneur Jeanbart est un bâtisseur. A son actif, entre autres, 3 églises, 2 écoles, 4 Instituts, des logements, foyers d’étudiant et dispensaires. Mais outre la truelle et le mortier, c’est sur la jeunesse qu’il construit l’avenir. « J’ai eu la joie d’ordonner 10 prêtres » s’émerveille l’ancien curé de paroisse à Alep et ex-aumônier général de la Jeunesse Etudiante Chrétienne (JEC). Dès 1995, le nouvel évêque poursuit son apostolat auprès des jeunes et s’attache particulièrement à leur formation. 7 ans après avoir accompagné 280 Syriens aux Journées Mondiales de la Jeunesse de Paris, en 1997, il réalise même un tour de force : en 2004, il brave l’interdiction gouvernementale de rassemblement et réunit plus de 4000 jeunes chrétiens pour une version syrienne des JMJ à Alep.

Comme tout bon entrepreneur, le métropolite cherche à créer des liens durables. Il établit le Comité de Développement Patriarcal en 1982, fonde l’Union Melkite Catholique Internationale en 1986 et reçoit du Saint-Siège la charge de Visiteur apostolique pour les melkites d’Europe Occidentale en 1999.

Depuis 2011, début de la guerre en Syrie, les événements virent au tragique. « Aujourd’hui, les bombes tombent comme de la pluie sur les quartiers de la ville » déclare l’ecclésiastique en septembre. Il a été délogé de son archevêché, détruit pas les obus. Sa « mission a pris une nouvelle tournure ». Il « pleure avec les centaines de milliers de victimes sacrifiées » et doit « consoler le Peuple de Dieu, continuer à braver la tempête, oublier [ses] 70 ans, courir partout pour alléger les poids des privations multiples ». Dont acte. Son nouveau mouvement s’appelle « Bâtir pour rester » et se veut un rempart contre l’exode. « On cherche à nous détruire, nous cherchons à bâtir. On cherche à nous expatrier, nous luttons pour rester. Tout ce que nous attendons, c’est la paix.

  • Mgr Joseph COUTTS (Pakistan)

Archevêque de Karachi, président de la conférence des évêques du Pakistan

 « Le Premier Ministre [du Pakistan] a négligé la sécurité des églises » accuse monseigneur Coutts en mars 2015, à la suite d’un attentat visant des chrétiens de Lahore. Mais aussitôt il « appelle tous les chrétiens à exprimer leur protestation de manière pacifique, sans violence qui, elle, ne sert à rien ». A travers cette double déclaration, une personnalité se dessine : à la fois ferme et pacifique.

Ferme, car en tant que président de la conférence épiscopale du Pakistan depuis 2011, l’archevêque joue un rôle clé dans la lutte pour les droits des chrétiens et n’hésite pas à dénoncer les manquements gouvernementaux Déjà en 2010, sa campagne internationale contre les lois anti-blasphème (peines de mort pour qui est accusé de profanation du Coran) n’était pas passée inaperçue, avec plus de 75 000 signatures rien que pour le Pakistan.

Une personnalité pacifique aussi, car au-delà de la barbe ouatée de patriarche, l’homme de foi choisit la paix. Il suffit de lire « Ne crains pas petit troupeau », la lettre destinée à réconforter ses fidèles en 2011 alors qu’il fait lui-même l’objet de menaces de mort : « nous devons construire la culture de la paix avec courage et plénitude de foi » écrit-il. En 2013, il reçoit le Prix Paul VI de la Bonté pour son travail en faveur de la liberté religieuse. Et lors de l’inauguration de Good news radio – 1ère radio catholique née au Pakistan qu’il lance en 2014 – il compte que désormais « les personnes reçoivent dans tout le pays un message d’espérance pour améliorer leur vie selon les valeurs de paix ».

Même si Joseph Coutts voit le jour en Inde (à Amritsar) en 1945, il donne sa vie au Pakistan. Séminariste à Karachi où il enseigne après son ordination sacerdotale, il est nommé recteur de séminaire au Nord-est du pays. A 43 ans, il devient évêque d’Hyderabad. A 53, il change de diocèse pour Faisalabad et à 67, retour à Karachi, cette fois comme archevêque.

  • Sœur Lika MAROOKI (Irak)

Religieuse dominicaine en exil au Kurdistan

soeur Liqaa« Vous avez une demi-heure pour rassembler vos affaires et partir ». L’injonction tombe à 23h, le 6 août 2014, à quelques kilomètres de Mossoul. Sœur Lika, qui habite Qaraqosh depuis l’âge de 10 ans, doit échapper à la menace de l’Etat Islamique comme 70 autres religieuses dans le village. 5ème d’une fratrie de 7, elle pensait pourtant ne plus être obligée de fuir, après avoir quitté Bagdad en 1988. Aujourd’hui, sa famille survit dans un camp au Kurdistan irakien. 2 de ses frères ont trouvé refuge en France et au Liban.

En 1990, quand son père de 49 ans meurt, la vocation de Lika prend corps. « Quel est le sens de la vie ? » interrogent ses 12 printemps. « C’est la mettre au service des gens. » 7 années plus tard, elle entre chez les sœurs Dominicaines de Sainte Catherine de Sienne et voue son cœur aux autres.

L’été 2014 marque un tournant dans sa vie. En août, après à peine 2 jours d’exil, sœur Lika demande à sa supérieure générale l’autorisation de se consacrer aux réfugiés. Accordé. Comme elle n’a, elle-même, nul part où reposer la tête, elle passe deux mois à Erbil, en hébergement d’urgence dans la capitale du Kurdistan irakien, puis installe des caravanes pour les Dominicaines dans le jardin du couvent de la ville. En même temps, elle vient en aide à 250 émigrés, vivant parfois à 4 ou 5 familles dans une pièce de 4 m2 et travaille un an, sans relâche, dans une école de 12 classes, montée à la hâte. « L’espoir est faible, le futur des enfants, incertain. Ceux qui vont à l’école, ne reçoivent pas plus de 2 heures d’instruction par jour. C’est trop peu, » s’insurge la religieuse. « C’est difficile de vivre ici car on ne parle même pas kurde. On ne trouve pas de travail stable. Personne ne peut se projeter dans l’avenir. »

En 2015, elle se voit confier l’accompagnement de 50 jeunes, très éprouvés par l’exil. La Dominicaine de 37 ans, mélomane, organise chorales, récitals et soirées de prière car « par le chant, on oublie ses soucis » affirme-t-elle. « Il faut leur redonner espoir. La majorité d’entre eux sont rongés par la colère. » En français, « lika » signifie « rencontre », un hasard ?

  • P. Antonio Aurelio FERNANDEZ ( Soudan)

Prêtre trinitaire

comunion1_2« Au Soudan, un garçon peut coûter 300 euros, une fillette, 250 » rapporte le père Antonio Aurelio Fernandez, président de  Solidarité Internationale Trinitaire  depuis 2015. Cet organisme, fondé en 1999 par les Pères Trinitaires, soutient les personnes persécutées dans le monde à cause de leur foi, notamment les enfants soudanais chrétiens vendus par des marchands d’esclaves islamiques. «Beaucoup présentent des marques aux poignets car ils dorment assis, les bras attachés au tronc d’un arbre pour qu’ils ne s’enfuient pas. »

C’est le charisme des Trinitaires, vieux de plus de 800 ans, qui suscite la vocation du père Aurelio. Leur dévouement au service des chrétiens prisonniers des musulmans, « sans autre armure que la miséricorde » convainc ce natif de Cordoue. Il revêt l’habit bardé de rouge et bleu à la fin de ses études d’ingénieur, en 1994, et devient prêtre l’année suivante. Depuis, l’ecclésiastique ne ménage pas sa peine.

En 2001, il implante sa communauté au Caire pour venir en aide à plus de 30 000 réfugiés de la guerre au Soudan venus en Egypte, dont les enfants rachetés à leurs geôliers. « Au Nord-Soudan, la dictature islamique dicte sa loi. Ceux qui ne professent pas la religion d’Etat sont considérés comme des choses » témoigne le père Aurelio qui multiplie les allers-retours sur place. « Ils n’ont aucun droit. Quant au Sud-Soudan, la pauvreté y est immense,  spécialement dans la ville de Rumbek, bombardée pendant des années deux fois par jour» s’alarme-t-il. Avec cette fondation dans la capitale égyptienne, l’homme au scapulaire floqué entend « créer une présence continue des Trinitaires dans le monde musulman pour favoriser le dialogue interreligieux. »

A partir de 2005, le père Aurelio occupe aussi le poste de vice-président de l’Aide aux missionnaires du Soudan, association dédiée à l’assistance matérielle et économique, première structure étrangère à pouvoir fouler le sol de Rumbek après la dernière guerre civile.

Aujourd’hui, à 51 ans, il poursuit son combat de Khartoum à Djouba et donne de nombreuses conférences pour alerter sur la situation des chrétiens dans cette zone de l’Afrique. A commencer par celle des esclaves arrachés à leur captivité qui « réapprennent à sourire, avec le temps ».

Ils donnent leur vie pour le Christ, venez prier pour eux !
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