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> Afghanistan

AfghanistanAPPARTENANCE RELIGIEUSE
Musulmans : 98,1 %
Autres : 1,9 %

Chrétiens :
Catholiques baptisés
: 300

SUPERFICIE
652 092 km2

POPULATION
29 863 000

RÉFUGIÉS
42

DÉPLACÉS
132 000

 
Malgré les efforts actuels du pays pour se réformer, la liberté religieuse y reste encore très menacée. Le gouvernement pro-occidental du président Hamid Karzaï (considéré comme un musulman modéré) est pris en étau entre les attentes des États-Unis et leurs alliés et celles des factions islamistes fondamentalistes représentées à son propre parlement. L’offensive talibane n’est pas seulement militaire - bien que 2007 ait été l’année la plus sanglante depuis leur chute en 2001 - mais est aussi politique et idéologique. En juillet 2006, le Grand Conseil afghan des oulémas - théologiens de l’islam - a demandé au président de rétablir la police religieuse qui opérait sous le régime des talibans. Karzaï n’a pas refusé. Au contraire, il a promis aux oulémas de présenter cette requête au parlement, soulevant l’inquiétude parmi les défenseurs des droits de l’homme. Sous les talibans, la police religieuse, officiellement connue sous le nom de « Département pour la promotion de la vertu et la prévention du vice », patrouillait les rues en punissant les femmes qui ne respectaient pas le port de la burqa, les hommes dont la barbe n’était pas correctement taillée, ou quiconque écoutait de la musique. Son but était d’imposer une interprétation fondamentaliste de la loi islamique à la population. Ce Département a été démantelé après 2001. Le ministre du Hajj et des Affaires religieuses, Nematullah Shahrani, a assuré que sa nouvelle version ne disposerait pas de forces de police, précisant que « le rôle du Département sera de dire aux gens ce qui est permis et ce qui est interdit dans l’islam » (The Independent, 17 juillet 2006).

Pour le moment, cette proposition n’a pas été approuvée. Cependant, dans la province de Khost, pendant le mois du ramadan de 2006 (septembre-octobre), une « commission pour la morale et l’observance des règles » a été instaurée de facto, arrêtant quiconque vendait de l’alcool, ou se livrait à des « gestes moralement inconvenables ». Cette commission n’avait pas été autorisée par le gouvernement central.

En 2006 et 2007 on a observé de graves violations de la liberté religieuse, qui ont aussi affecté la communauté musulmane majoritaire. Des événements tels que la condamnation à mort d’un homme pour s’être converti au christianisme, et les manifestations contre les caricatures danoises de Mahomet ont eu de larges et violentes répercussions à travers tout le pays.

La législation sur la liberté de culte

Dans un pays qui est entièrement musulman, le prosélytisme d’autres religions est considéré culturellement comme une opposition à l’islam, mais il n’y a pas de lois l’interdisant. Les étrangers accusés de prosélytisme sont expulsés. La Constitution de 2004 garantit aux « croyants d’autres religions la liberté de professer et de pratiquer leur foi dans les limites établies par la loi ». L’article 7 reconnaît l’engagement du pays à respecter la Déclaration universelle des droits de l’homme. Cependant, l’islam est défini comme religion d’État et « aucune loi ne peut contredire les principes de la religion sacrée de l’islam » (article 3). La charia, en tant que source de la législation, rend la garantie constitutionnelle des droits humains fondamentaux assez irréaliste et laisse peu de place à la liberté de culte. Le président et le vice-président doivent être musulmans, bien qu’il ne soit pas spécifié s’ils doivent être sunnites ou chiites.

L’apostasie et le blasphème ne sont pas régis par les lois nationales et l’article 130 de la Constitution stipule que, en cas de vide législatif sur un problème particulier, c’est le droit Hanafi qui doit être appliqué (école de loi sunnite orthodoxe observée en Asie centrale et australe). La diffamation de l’islam (blasphème) ou son abjuration (apostasie), n’étant pas prises en compte par la loi pénale, sont donc justiciables de la loi islamique - qui dans ce cas prescrit la peine de mort. Les conversions sont donc interdites de fait et ceux qui abandonnent l’islam pour embrasser d’autres religions sont contraints de pratiquer leur foi en secret.

En Afghanistan le pouvoir exercé par les mollahs et imams locaux est encore très puissant, spécialement à l’intérieur du pays, loin des centres urbains. Selon les experts de l’agence catholique AsiaNews, « le pays est toujours aux mains des mollahs et la charia a le dernier mot sur tout ». Ils ajoutent que l’évolution de l’Afghanistan prendra beaucoup de temps « parce que la religion y a des racines trop profondes et que les décisions des mollahs sont irréfutables ».

Les chrétiens

L’exemple le plus frappant des contradictions internes de la Constitution et des difficultés auxquelles se heurtent les chrétiens afghans est le cas d’Abdul Rahman. Cet homme de quarante et un ans, séparé de sa femme, a été arrêté en février 2006, après que sa famille, avec laquelle il était en conflit pour la garde de ses enfants, eut dénoncé sa conversion au christianisme à la police. Rahman, qui avait une bible sur lui, a été accusé d’avoir abjuré l’islam et d’être un apostat. Durant le procès en mars à Kaboul, il avoua qu’il s’était converti seize ans auparavant après avoir rencontré un membre du personnel soignant d’une ONG chrétienne venant en aide aux réfugiés afghans au Pakistan. Il avait alors émigré en Allemagne, où il avait résidé jusqu’en 2002. Après la chute des talibans, il était retourné dans son pays et avait demandé la garde de ses enfants. Le procureur général, Abdul Wasi, lui a offert l’annulation des accusations prononcées à son encontre en échange de son retour à l’islam. Rahman a refusé. Wasi, qui a alors dénoncé l’attitude du chrétien comme une insulte envers l’islam, a requis contre lui la peine de mort par pendaison. Une forte pression internationale a été exercée sur le président pour qu’il intervienne en faveur de Rahman. Son cas a ému le pape Benoît XVI, qui a écrit à Hamid Karzaï fin mars pour lui demander sa grâce. Rahman a été libéré la nuit du 27 mars en grand secret, après avoir été déclaré « mentalement instable et inapte à supporter un procès ». L’Italie lui a offert l’asile politique et il y vit toujours sous une étroite protection policière. Le 29 mars, alors que Rahman était sur le point d’arriver en Italie, l’Assemblée nationale afghane a protesté contre sa libération, déclarant que cela était « contraire aux lois nationales ». Les membres du parlement ont demandé au gouvernement « d’interdire et d’empêcher sa fuite » à l’étranger, et à la Cour suprême, qui avait ordonné sa libération, de « justifier sa décision ». Selon certains observateurs, cette prise de position n’était qu’une façon de s’attirer les faveurs de l’opinion publique. Dans plusieurs villes en effet, des manifestations à tendance extrémiste furent organisées. A Mazar-e-Sharif au nord, quelques centaines d’étudiants et de professeurs manifestèrent au cri de « Mort aux chrétiens ». Faiez Mohammed, un imam de Kunduz, ville du nord également, déclara: « Les chrétiens étrangers occupant l’Afghanistan attaquent notre religion. »

C’est précisément cette identification des chrétiens avec les troupes étrangères qui contribue à créer un environnement très hostile à la communauté chrétienne afghane, que l’on pourrait presque comparer à celle des catacombes. Les seuls chrétiens qui pratiquent leur foi ouvertement sont les membres de la communauté internationale, et l’unique église autorisée est la chapelle à l’intérieur de l’ambassade d’Italie à Kaboul. À la suite de l’affaire Rahman, un rapport du Secrétariat général des Nations Unies de septembre 2006 a signalé au moins trois cas similaires. Ils concernaient des chrétiens afghans convertis, dont l’un d’entre eux a eu une fin tragique, puisqu’arrêté pour meurtre, il s’est fait assassiner en prison par son compagnon de cellule qui avait découvert qu’il était chrétien.

Tous les chrétiens, sans distinction de confessions, sont accusés de prosélytisme en raison du zèle imprudent d’un grand nombre d’organisations protestantes. L’épreuve subie par un groupe de chrétiens sud-coréens, enlevés par les talibans dans la zone de Kandahar en été 2007, en est un exemple tragique. Le 19 juillet, sur l’autoroute reliant cette cité afghane du sud à Kaboul, un groupe de guérilleros talibans a arrêté le car dans lequel 23 Coréens voyageaient vers la capitale. La plupart étaient membres de la communauté de Saem-Mul, une nouvelle église protestante établie à Bundang, dans la banlieue de Séoul, par le pasteur Park Eun-Jo. Depuis 2004 celui-ci est aussi président de la Korea Foundation for World Aid, qu’il a fondée pour venir en aide aux pays en voie de développement, dont l’Afghanistan, malgré les tentatives de dissuasion du gouvernement de Séoul. Le porte-parole officiel des talibans, Qari Yousaf Ahmadi, s’est exprimé sans équivoque: « Les talibans savent bien que ces travailleurs humanitaires sont venus en Afghanistan pour convertir de bons musulmans ». Le 23 juillet, le Conseil coréen pour la religion et la paix (KCRP), une coalition de sept religions incluant des protestants, des catholiques et des bouddhistes, a publié un communiqué affirmant que « les otages sont des gens innocents qui font du travail volontaire dans les écoles maternelles et les hôpitaux sans hostilité politique ». Mais l’expérience passée avait persuadé les talibans du contraire. En août 2006, un groupe de missionnaires protestants sud‑coréens avaient projeté de mener une « marche pacifique » à Kaboul regroupant quelque 2.300 chrétiens; le gouvernement afghan avait pu les en empêcher à la dernière minute. La ville de Kandahar est le bastion du fondamentalisme islamiste, où les talibans, a rapporté le Korea Times, « sont obligés d’apprendre le Coran par coeur à l’âge de cinq ans et sont élevés dans la haine des autres religions, en particulier du christianisme. Depuis qu’ils ont perdu le pouvoir politique en 2001, suite à l’intervention de l’armée des États-Unis, leurs attaques terroristes contre les étrangers sont devenues de plus en plus fanatiques et féroces ». Les ravisseurs voulaient un échange de prisonniers, mais le gouvernement afghan a immédiatement fait savoir qu’il ne l’accepterait pas. Cette situation de crise s’est soldée par une conclusion dramatique: deux otages, dont le pasteur presbytérien Bae Hyung-kyu, qui dirigeait le groupe des 23 missionnaires, ont été tués dans les jours qui ont suivi l’enlèvement. Les autres victimes, qui comprenaient 16 femmes, ont été libérées en deux groupes séparés, les 13 et 30 août.

Pour s’assurer de la libération de ses ressortissants, le gouvernement de Séoul a été obligé de négocier directement avec les talibans et de promettre de retirer les troupes sud-coréennes du pays, ainsi que d’interdire toute activité missionnaire en Afghanistan. Selon Mgr Lazzaro You, évêque de Daejon, président de la branche coréenne de Caritas, ce geste « a humilié la nation »; de son côté, le prêtre responsable de la communauté internationale catholique à Kaboul, le père Moretti, a confié à AsiaNews qu’il s’agissait d’un « dangereux précédent qui pourrait être utilisé pour expulser tous les non musulmans du pays ».

Les musulmans

La liberté religieuse est loin d’être un droit, même pour les musulmans, qui représentent l’immense majorité de la population. Le blasphème est un délit imputé à tous ceux qui « ont une voix discordante », comprenant les journalistes, les femmes, et tout individu se risquant à poser des questions, exprimer des doutes ou dénoncer des injustices. En novembre 2007, plus d’un millier d’étudiants d’universités ont manifesté à Jalalabad, à l’est du pays, réclamant la peine de mort pour Ghaws Zalmai, qui avait été arrêté sous l’inculpation de blasphème. L’homme était coupable d’avoir distribué des milliers d’exemplaires du Coran traduits en dari (persan) dans une version qui n’avait pas été encore approuvée par les théologiens de l’islam. En février 2006, la vague des émeutes soulevée dans le monde contre la publication des caricatures de Mahomet considérées comme « blasphématoires » a aussi atteint l’Afghanistan, où en deux jours huit personnes moururent victimes de la violence.

En mars 2007, Kaboul a annoncé la création de ses premières écoles publiques coraniques (madrasas) qui introduiraient de nouveaux cursus. Le but du gouvernement est de contrer la politique talibane qui utilise l’éducation comme « une arme terroriste ». Il projette d’établir au moins une madrasa d’État dans chacune des 34 provinces du pays. La capacité totale d’accueil serait d’environ 50.000 élèves; 40% de l’emploi du temps serait consacré aux sujets religieux, 40% à la culture générale, et 20% à l’informatique et aux langues étrangères. On espère ainsi donner aux jeunes gens un meilleur bagage technique qui leur ouvrira de plus grandes possibilités d’emploi que celles offertes par les écoles coraniques traditionnelles, dont les étudiants finissent eux-mêmes généralement comme professeurs de religion, mollahs ou talibans. Toutes les activités de ces madrasas seront supervisées et contrôlées par le ministère de l’Éducation, qui a aussi l’intention d’y encourager la présence d’élèves féminines.

Des communautés minoritaires, comme les hindouistes et les sikhs, se plaignent de discrimination sociale et à l’embauche.

Signes positifs

On peut cependant noter quelques signes positifs apparus ces dernières années, indiquant une politique de plus grande ouverture de la part du gouvernement et permettant un certain degré d’optimisme. Pendant des années la petite communauté catholique s’est réduite à quelques soeurs de Charles de Foucauld et quatre ou cinq étrangers. Maintenant s’y sont adjoints des Asiatiques, des Africains, des Latino-Américains et quelques Européens. Depuis avril 2006, quatre soeurs de Mère Térésa se sont installées à Kaboul et y ont ouvert un centre servant de refuge aux enfants des rues les plus nécessiteux. Beaucoup ont craint que les islamistes ne s’élèvent contre l’existence de ce centre, mais pour le moment les soeurs n’ont fait que se concilier la sympathie de la population.

Une autre discrète et constante présence est celle des Petites soeurs de Jésus, qui travaillent toutes dans le secteur médical, notamment hospitalier. Elles sont en Afghanistan depuis 46 ans et sont la seule communauté chrétienne à s’être maintenue sous les talibans. En mai 2007, le Jesuit Refugee Service (JRS) a ouvert une deuxième mission, après celle de Herat, à Bamyan, dans la région extrêmement pauvre du Hazarajat. Les jésuites ici se consacrent à l’enseignement de l’anglais et de la biologie à l’université.

Signalons enfin la présence de Caritas International, soutenue par les organisations Caritas italienne, américaine, irlandaise, hollandaise et allemande.

 


Sources

 Korea Times
AsiaNews
AFP
Rapport annuel du Département d’État des États-Unis sur la liberté religieuse dans le monde
The Independent

 

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