> Algérie
APPARTENANCE
RELIGIEUSE
Musulmans : 96,7 %
Chrétiens : 0,3 %
Autres : 3 %
Chrétiens : 100 350
Catholiques baptisés : 5000
SUPERFICIE
2 381 741 km2
POPULATION
33 450 000
RÉFUGIÉS
94 137
DÉPLACÉS
-
Selon la Constitution adoptée en 1976 et révisée en 1996
« l’islam est la religion de l’Etat. La République garantit à
chacun le respect de ses opinions et croyances, et le libre
exercice des cultes » (art. 2). En outre, « la liberté de
conscience et la liberté d’opinion sont inviolables » (art.
36). A signaler qu’en Algérie le crime d’apostasie n’existe
pas.
Dans ce pays de 33 millions d’habitants, les chrétiens sont très peu nombreux : l’Eglise catholique reconnaît 5 000 fidèles (le gouvernement algérien en compte 10 000) ; pour leur part, les protestants seraient entre 3000 et 20 000. La plupart de ces chrétiens sont des étrangers (Européens, Libanais, étudiants d’Afrique subsaharienne, quelques Américains). Cependant, depuis les années 1990, on assiste à un mouvement de conversions d’Algériens musulmans au christianisme, en particulier en Kabylie. La plupart de ces convertis, mais pas tous, se font baptiser dans les communautés néo-protestantes d’origine américaine (baptistes, méthodistes, pentecôtistes, évangéliques).
Ces deux dernières années, la presse ainsi que certains imams algériens ou étrangers ont multiplié les reportages et les mises en garde contre ce qu’ils appellent « l’évangélisation » de l’Algérie. Ainsi, lors d’une visite à Tizi-Ouzou, fin mars 2006, le célèbre cheikh égyptien Youssef El Karadoui, a déclaré : « La Kabylie est une terre d’islam. Elle ne peut se dissocier de l’islam comme l’islam ne peut se dissocier d’elle. Ceux qui tentent vainement l’évangélisation de cette région se trompent de société. La Kabylie ne vendra pas sa religion qui est l’islam » (Liberté, Alger, 31 mars-1er avril 2006). Peu après, le cheikh Abderrahmane Chibane, président de l’Association des oulémas algériens, a affirmé : « De nouveaux croisés essaient par tous les moyens de christianiser les Algériens. La mosquée, l’école, les médias et les institutions de l’Etat doivent s’y opposer ».
A la même époque, le 15 mars 2006, Hamid I., Kabyle devenu chrétien et travaillant comme guide dans la basilique de Saint-Augustin d’Annaba, a été assassiné par des inconnus. Enlevé il a été battu, ses membres ont été brisés puis il a été égorgé et abandonné hors de la ville. Cette année-là également, une trentaine d’étudiants subsahariens, qui avaient participé à un week-end d’études bibliques à Tizi-Ouzou (Kabylie), s’étaient vu signifier leur expulsion d’Algérie. L’intervention de l’ambassadeur du Sénégal a cependant permis d’annuler cette décision (Le Monde, 26 février 2008).
Restriction de la liberté de culte chrétien
C’est dans ce contexte que diverses dispositions ont été prises par l’Etat visant à restreindre la liberté du culte chrétien. En date du 28 février 2006, le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a signé une ordonnance « fixant les conditions et les règles de l’exercice des cultes autres que musulmans ». L’autorisation des cultes non-musulmans relève désormais d’une Commission nationale des cultes, auprès du ministère chargé des affaires religieuses (art. 9). L’exercice de ces cultes est soumis aux conditions suivantes : « L’affectation d’un édifice à l’exercice du culte est soumise à l’avis préalable de la Commission nationale [...]. Est interdite toute activité dans les lieux destinés à l’exercice du culte contraire à leur nature et aux objectifs pour lesquels ils ont été destinés » (art. 5). « L’exercice collectif du culte est organisé par des associations à caractère religieux dont la création, l’agrément et le fonctionnement sont soumis aux dispositions de la présente ordonnance et de la législation en vigueur » (art. 6). Il a lieu exclusivement dans des édifices destinés à cet effet » (art. 7).
La même ordonnance prévoit des sanctions pénales. « Est puni d’un emprisonnement d’un an à trois ans et d’une amende de 250 000 à 500 000 dinars algériens quiconque, par discours oral ou écrit, affiché ou distribué dans les édifices où s’exerce le culte, ou qui utilise tout autre moyen audio-visuel contenant une provocation à résister à l’exécution des lois ou aux décisions de l’autorité publique, ou tendant à inciter une partie des citoyens à la rébellion, sous réserve de peines plus graves, si la provocation est suivie d’effets. La peine est l’emprisonnement de trois à cinq ans, si le coupable est un homme de culte » (art. 10). « Sous réserve de peines plus graves, est puni d’un emprisonnement de deux à cinq ans et d’une amende de 500 000 à un million de dinars algériens quiconque : incite, contraint ou utilise des moyens de séduction tendant à convertir un musulman à une autre religion, ou en utilisant à cette fin des établissements d’éducation, de santé, à caractère social ou culturel, ou institutions de formation, ou tout autre établissement, ou tout moyen financier ; fabrique, entrepose ou distribue des documents imprimés ou montages audio-visuels, ou tout autre support ou moyen qui visent à ébranler la foi d’un musulman » (art. 11). « Est puni d’un emprisonnement d’un à trois ans et d’une amende de 100 000 à 300 000 dinars algériens quiconque : exerce un culte contrairement aux dispositions des articles 5 et 7 de la présente ordonnance ; [...] prêche à l’intérieur des édifices destinés à l’exercice du culte, sans être désigné, agréé ou autorisé par l’autorité religieuse de sa confession compétente, dûment agréée sur le territoire national et par les autorités algériennes compétentes » (art. 13).
Ces dispositions ont été confirmées par une loi votée le 20 mars 2006 par le Conseil de la Nation, deuxième chambre du Parlement. Cette loi a fait l’objet d’un décret d’application publié au Journal officiel du 3 juin 2007 concernant la création, l’organisation et les compétences de la Commission nationale.
Ces nouvelles règles visent essentiellement les prédicateurs évangéliques, mais le protestantisme « historique » (luthérien ou réformé), présent en Algérie depuis des décennies, se sent concerné dans la mesure où les néo-protestants tentent de l’infiltrer pour acquérir la crédibilité qui leur manque. Quant à l’Eglise catholique, elle en ressent elle aussi de la gêne dans la mesure où les articles de presse relatifs à la conversion de musulmans par ces néo-protestants, souvent agressifs envers le christianisme, ne font pas la différence. En effet, les journalistes illustrent généralement leurs textes par la photo d’édifices catholiques, comme la basilique Notre-Dame d’Afrique, ou encore par le portrait de Mgr Henri Teissier, archevêque d’Alger, ce qui peut créer des amalgames dans l’esprit de la population, notamment des groupes islamistes. Mgr Teissier a réagi de la sorte à la situation ainsi créée : « Cette ordonnance s’adresse plutôt au mouvement évangélique, qui se développe en Algérie depuis une vingtaine d’années. Malgré tout, nous sommes aussi concernés par ce texte [...]. Nous sommes attristés que l’Etat algérien ait pris des mesures de cette sorte dans un domaine où c’est le respect de la conscience qui doit primer » (Il est vivant, juillet-août 2006).
En application de la nouvelle législation, la surveillance policière sur les lieux de culte chrétiens a été renforcée. En mai 2007, les autorités locales de 48 wilayas (départements) ont invité les catholiques présents sur place à quitter l’Algérie, ceci à la suite d’une directive venue de la capitale et justifiée par des menaces d’Al Qaïda au Maghreb. Les responsables de l’Eglise catholique ont dû saisir les plus hautes autorités algériennes pour faire annuler cette décision (Le Monde, 26 février 2008). Peu après, le Centre social du Corso (Alger), où travaillait le Père Blanc, Jan Heuft, au nom de Rencontres et développement, a été fermé (La Croix, 27 février 2008).
En juin 2007, cinq jeunes chrétiens ont été jugés à Tizi-Ouzou pour prosélytisme. L’un d’eux avait été piégé par un policier en civil qui lui avait demandé de la littérature chrétienne avant de l’arrêter lorsqu’il a reçu la Bible (La Croix, 3 septembre 2007). En novembre de la même année, quatre volontaires catholiques brésiliens de la communauté Salam, dont les papiers étaient en règle, ont été sommés de quitter le pays sous quinzaine, sans explication. Cette mesure a été levée par suite de l’intervention de l’ambassadeur du Brésil (Le Monde, 26 février 2008). Les autorités algériennes ont également refusé la moitié des visas demandés par l’Eglise catholique pour le renouvellement des communautés religieuses ou pour les visites des responsables des congrégations (La Croix, 27 février 2008). Tel a été notamment le cas de membres de la Mission de France, congrégation dont l’engagement en faveur de l’indépendance de l’Algérie est reconnu par les Algériens eux-mêmes (Le Monde, 26 février 2008).







