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> Azerbaïdjan

AzerbaïdjanAPPARTENANCE RELIGIEUSE
Musulmans : 83,7 %
Chrétiens : 4,6 %
Agnostiques : 11,3 %
Autres : 0,4 %

Chrétiens : 390 080
Catholiques baptisés
: 400

SUPERFICIE
86 600 km2

POPULATION
8 480 000

RÉFUGIÉS
2352

DÉPLACÉS
686 586

 

 

En Azerbaïdjan le droit à la liberté de conscience est garanti, même s’il arrive que des contraintes administratives donnent lieu à une répression manifeste, comme la censure exercée sur la littérature religieuse, le mode d’élection du clergé musulman, le contrôle effectué sur les activités des communautés religieuses non enregistrées.

La loi sur la liberté de conscience est en cours de remaniement par le parlement azeri depuis quelque temps déjà. Interrogé sur la raison de cette réforme, Agil Hajiev, porte-parole de la Commission d’État chargée des relations avec les organisations religieuses, a répondu que « cette loi n’a pas été modifiée depuis plus de neuf ans. Nous espérons que la nouvelle version ira dans le sens d’une meilleure défense de la liberté de conscience » (Forum 18 News Service, 14 août 2006).

Bien que le but officiel de cette révision soit de prendre en compte les nouveaux besoins et de lutter contre une vague montante d’extrémisme religieux, beaucoup dans le pays se montrent sceptiques quant au progrès qu’elle pourrait apporter en matière de liberté religieuse.

Selon Interfax du 14 février 2007, la nouvelle loi imposera par exemple des contrôles plus stricts sur les activités missionnaires. Un membre du parlement interrogé à ce sujet par cette agence de presse s’en est ainsi expliqué: « Les organisations missionnaires de mouvements religieux non conventionnels ont intensifié leurs activités en Azerbaïdjan et quelques-unes d’entre elles affichent des positions radicales. Ces organisations essayent d’inciter les citoyens azéri à rejoindre leurs rangs. Dans un grand nombre de cas, leurs activités ont prospéré à la faveur des faiblesses de la législation, raison pour laquelle un remaniement de la loi sur la liberté religieuse est devenu nécessaire. »

Les catholiques

La minuscule communauté catholique d’Azerbaïdjan ne rencontre pratiquement pas d’hostilité. Avec ses 130 membres autochtones, auxquels s’ajoutent environ 120 étrangers qui résident dans le pays pour y travailler, elle entretient de bonnes relations avec ses voisins.

Lorsque le cardinal Giovanni Lajolo, secrétaire du Vatican pour les relations avec les États, a visité l’Azerbaïdjan, le chef spirituel de la communauté islamique du Caucase a donné un dîner en son honneur, événement auquel ont participé quelque 200 invités venant du monde de la politique, de l’université, de l’économie, de la culture et de la religion (L’Osservatore Romano, 25 mai 2006).

Le 29 avril 2007, la communauté catholique a consacré son unique église, construite grâce à l’aide financière de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples et d’un grand nombre de bienfaiteurs, dont le chef spirituel musulman déjà cité, l’évêque orthodoxe de Bakou et le dirigeant de la communauté juive locale (Fides, 3 mai 2007).

Les protestants

Le vide idéologique et religieux laissé par le système soviétique a suscité un regain d’intérêt pour la religion chez beaucoup de jeunes gens, tendance qui a fait craindre aux membres du gouvernement une influence croissante d’éléments étrangers dans la population.

Portes Ouvertes, organisation qui défend les chrétiens persécutés dans le monde, a rapporté que les autorités azerbaïdjanaises essayent de mettre un terme à la conversion des musulmans au christianisme, le nombre des chrétiens étant passé de 40 au moment de l’indépendance en 1991 à environ 18.000 aujourd’hui (BosNewsLife, 2 février 2007). La raison que recouvre cet ostracisme réside dans le sentiment que le christianisme est étroitement associé à l’ennemi cardinal de l’Azerbaïdjan, l’Arménie, ce qui assimile les convertis aux traîtres.

Un pasteur baptiste, Zaur Balaev, a été condamné à deux ans de prison, sentence confirmée en appel, pour voies de fait sur des fonctionnaires publics (il est accusé d’avoir frappé cinq policiers). La communauté baptiste locale a immédiatement réfuté comme fausses ces accusations, le pasteur n’ayant pas la force physique pour les endosser, et a affirmé que la véritable raison de son arrestation était ses activités religieuses. Le révérend Balaev, responsable de la communauté baptiste à Aliabad au nord-ouest de l’Azerbaïdjan, avait été arrêté le 20 mai 2007 au cours d’une descente de police opérée en pleine réunion du groupe religieux qu’il dirige.

Le procès de Balaev s’est conclu par un verdict le 8 août 2007 attestant que la religion était bien à l’origine de son arrestation (Forum 18 News Service, 6 septembre 2007). La sentence commence en effet par affirmer que Balaev conduisait une réunion religieuse illégale à son domicile, dans le but d’entraîner des jeunes gens à ses offices religieux. Elle fait également mention de la plainte contre Balaev de l’imam local, Darchin Mamedov, pour « activité propagandiste illégale ».

Depuis 13 ans, la communauté baptiste d’Aliabad tente en vain de se faire enregistrer officiellement par les autorités. Ilya Zenchenko, président de l’Union baptiste d’Azerbaïdjan, a relaté qu’après un nombre incalculable de fois, son Église avait de nouveau tenté de se faire enregistrer en juillet 2007, et que le notaire public avait comme de coutume refusé de certifier sa demande, l’empêchant ainsi d’être transférée aux autorités compétentes.

Forum 18 News Service du 22 juin 2007 rapporte aussi qu’à Aliabad les fonctionnaires locaux dénient toujours un certificat de naissance aux enfants à qui les parents donnent un nom chrétien. Sans ce certificat, les enfants ne peuvent bénéficier de soins médicaux ni aller à l’école.

Les forces de police secrète ont fait irruption en pleine célébration liturgique dans une église adventiste du septième jour à Bakou; elles ont interrogé tous les participants et ont saisi des ouvrages de littérature religieuse. En outre, le pasteur de la communauté, Rasim Bakhshiyev, a été menacé de prison s’il persistait à rassembler son groupe. Lui et sept autres membres de la communauté ont dû verser une amende pour avoir essayé d’entraîner des jeunes gens à leurs offices religieux. La communauté avait déjà subi une descente de police l’été dernier, mais qui n’avait alors pas porté à conséquence.

Le même jour à Gyanja, le pasteur adventiste du septième jour Elshan Samedov a été menacé de prison s’il autorisait des enfants d’âge scolaire à assister à ses réunions. « Nous ne savons pas si les incidents de Bakou et de Gyanja qui ont eu lieu le même jour sont en relation » a déclaré un adventiste. « Cependant, il est significatif que deux jours plus tard, le journal d’opposition Yeni Musavat et la chaîne de télévision ANS nous ont accusé d’entretenir des liens avec des Arméniens » (Forum 18 News Service, 20 décembre 2007).

Suite à une descente de police la nuit du 24 décembre 2006 pendant une réunion des témoins de Jéhovah à Bakou, six citoyens étrangers ont été expulsés du pays fin 2006 et début 2007. Deux d’entre eux n’étaient même pas présents à la réunion, mais furent néanmoins expulsés à la faveur d’un règlement administratif qui ne requiert aucun ordre de justice. Leur faute? Ils ont été accusés d’avoir violé « l’interdiction aux étrangers de faire de la propagande religieuse » (Forum 18 News Service, 9 janvier 2007). La police a aussi saisi des ordinateurs, des textes religieux et de l’argent au cours de cette intervention.

En l’absence de service civil comme alternative au service militaire, l’objection de conscience reste un crime en Azerbaïdjan. Pour la première fois au cours de ces dernières années, un témoin de Jéhovah, Samir Huseynov, a été condamné en octobre 2007 à dix mois de prison sous cette inculpation (Forum 18 News Service, 22 janvier 2008). Tous les cas précédents s’étaient conclus par un jugement en suspens.

Les musulmans

L’Azerbaïdjan connaît un regain d’intérêt envers la religion, particulièrement envers l’islam, jusque dans ses interprétations les plus extrêmes provenant de l’étranger. Cela s’applique avant tout aux plus jeunes générations. On peut évoquer beaucoup de raisons à cette évolution. Dans un éditorial publié le 10 août 2007, Radio Free Europe/Radio Liberty a souligné que cette tendance résultait avant tout du vide idéologique laissé par la chute du régime soviétique. Par surcroît, le pays manque d’instruction islamique centralisée, l’opposition politique n’y est pas représentée, il y a une grande inégalité dans la distribution des richesses et la corruption s’est répandue aux plus hauts niveaux de l’État. Enfin, dernier point mais non le moindre, la grande majorité de la population éprouve de sérieuses difficultés économiques.

Inévitablement, cette nouvelle ferveur religieuse a suscité la crainte au sein du gouvernement que le terrorisme islamique ne s’étende. Celui-ci a donc annoncé son intention de soumettre à un contrôle plus strict l’éducation religieuse, spécialement celle des jeunes, et de prendre des mesures à l’encontre des groupes wahhabi suspectés d’activité terroriste.

Devant le nouvel intérêt de l’État envers la religion, beaucoup d’observateurs internationaux s’inquiètent sur le devenir de la liberté de conscience dans le pays. Pour Eldar Mamazov, ancien conseiller du président Heydar Aliyev, l’islam, sous sa forme la plus politisée, devient de plus en plus puissant. « C’est à cause du régime autoritaire », a‑t‑il déclaré. « Le gouvernement étouffe la démocratie, et met l’opposition sous pression. Cela ouvre une grande brèche en Azerbaïdjan et l’islam politique est en train de s’y engouffrer » (Radio Free Europe/Radio Liberty, 31 octobre 2007).

Ilqar Ibrahimoglu, imam modéré et défenseur des droits de l’homme, est d’accord sur ce point. Pour lui également, l’intérêt croissant du gouvernement envers la menace du terrorisme islamique provient de la volonté de museler toute dissidence.

Rasim Musabekov, analyste politique et spécialiste de l’Azerbaïdjan, exprime la même opinion: il redoute que la nécessité de mettre un frein aux activités suspectes de radicalisme ne restreigne les libertés individuelles, et ne réprime ceux « qui expriment leurs sentiments religieux sous des formes différentes des autres » (Eurasia Insight, 30 novembre 2007).

Le 4 mai 2007, BBC News rapportait qu’une cour de Bakou avait condamné le jour même le journaliste Rafiq Tagi et l’éditeur de la petite publication bimensuelle Sanat Samir Sadaqatoglu, à respectivement trois et quatre ans de prison, pour incitation « à la haine nationale, raciale et religieuse »; il leur était reproché d’avoir comparé, dans un article de novembre 2006, les valeurs chrétiennes et musulmanes, pour souligner que l’islam avait été une entrave à la liberté et à la croissance du pays. Leurs propos avaient suscité une vive réaction en Iran et parmi les musulmans les plus radicaux de l’Azerbaïdjan.

 

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