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Opération
Simon de Cyrène

Tel Simon de Cyrène qui a aidé le Christ a porter sa Croix, aidons un prêtre en détresse à supporter ses épreuves quotidiennes, par un effort de jeûne ou de pénitence. >>>



> Chine

ChineAPPARTENANCE RELIGIEUSE (* estimations)
Agnostiques : 50,3 %
Religion traditionnelle chinoise : 28,5 %
Bouddhistes : 8,4 %
Chrétiens : 7,1 % *
Autres : 5,7 %

Chrétiens : 94 451 087*
Catholiques baptisés
: 8 000 000*

SUPERFICIE
9 560 175 km2

POPULATION
1 330 297 000 habitants

RÉFUGIÉS
301 078

DÉPLACÉS
-

 


1 - Le Parti et les religions

2008 est l’année des Jeux olympiques de Pékin. Du 8 au 24 août 2008, des millions de gens viendront de toute la planète pour y assister et pourront aussi découvrir la vie quotidienne en Chine. Alors que le monde entier l’observe, la Chine veut montrer une vitrine exemplaire de compétence, de modernité, d’hospitalité et d’ouverture. La publicité chinoise voit dans les Jeux olympiques le couronnement de la modernisation de la Chine, et l’occasion de témoigner que le « Pays » est « semblable à tous les autres ». C’est pourquoi son gouvernement s’applique à éviter tensions, critiques ou conflits éventuels, y compris ceux pouvant surgir de la sphère religieuse.

Liberté de religion aux Jeux olympiques

Ces Jeux sont considérés par nombre de communautés religieuses du monde entier (protestants, tibétains, bouddhistes falun gong, etc.) comme une occasion de tester le degré de tolérance de la Chine en matière de liberté de culte. Beaucoup de membres de ces organisations se préparent depuis un certain temps déjà à profiter de cette période exceptionnelle pour évangéliser la population, distribuer des livres et autres supports didactiques exposant leur foi et rencontrer des membres chinois de leurs communautés.

La réaction de la Chine à ces pressions ne s’est pas fait attendre et des directives pour l’accueil des athlètes étrangers et des touristes ont aussitôt été diffusées. Le groupe directeur du Comité olympique de Pékin a spécifié qu’il était interdit d’ « importer des ouvrages de propagande religieuse ». Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a répondu aux critiques de la communauté internationale, interprétant cette mesure comme une interdiction absolue, en précisant que « les étrangers sont autorisés à apporter des objets ou des productions religieuses, imprimées ou audiovisuelles, pour leur usage personnel ». « Le droit à la liberté de culte, a-t-il ajouté, est garanti par la Constitution chinoise et par la loi » (Xinhua, 8 novembre 2007).

Il faut en conclure que les Jeux olympiques ne seront pas l’occasion d’un changement dans la réglementation en vigueur en matière de religion. En application des règles habituelles, il sera interdit de faire entrer sur le territoire chinois des textes du Falun Gong, que la Chine définit comme « un culte mauvais » hors la loi ; il sera interdit de distribuer des bibles ou d’autres livres religieux; toutes les actions soutenant le Tibet et le Dalaï lama, ainsi que toute rencontre avec des fidèles appartenant à des communautés clandestines sont passibles de poursuites pénales. Toute rencontre spontanée et non contrôlée entre des Chinois et des communautés étrangères est également interdite. Ces rencontres doivent être supervisées - et agréées - par l’Association patriotique correspondant au groupe religieux concerné.

Le site Internet des Jeux olympiques de Pékin (www.beijing2008.cn) ne mentionne que l’interdiction de faire entrer sur le territoire chinois des articles dangereux, du sang, des animaux infectés, des productions pouvant « porter atteinte à la politique de la Chine »; seule une note spécifie en bas de page: « il est recommandé de n’apporter qu’une seule bible à chaque visite en Chine » (voir http://en.beijing2008.cn/22/69/article212026922.shtml).

Le Politburo et la progression des religions

Il est cependant incontestable que le Parti se penche de plus en plus sur les religions, et manifeste un intérêt grandissant pour leur progression et leur influence sur la société. Le 18 décembre 2007, pour la première fois dans l’histoire de la Chine populaire, une session plénière du Politburo du Parti communiste chinois (PCC) a formellement abordé ce thème, et sans les habituels poncifs marxistes‑léninistes sur l’« opium du peuple ».

Un bref communiqué de l’agence Xinhua (du 19/12/2007) a rapporté que Hu Jintao lui-même, secrétaire général du Parti et président de la République, a développé au programme de cette session une intervention pour souligner le rôle positif de la religion, qui contribue, a-t-il déclaré, à construire une « société harmonieuse » (l’un de ses slogans favoris pour caractériser un pays où chacun jouit du bien-être, s’engage à travailler dans le respect de l’environnement, et où le fossé entre les riches et les pauvres est limité).

De sources confidentielles, AsiaNews rapporte que cette volonté de se pencher sur les religions et leurs bienfaits a été dictée par deux facteurs principaux:

a/ La crainte que la Chine ne revive les événements de Birmanie, pays qui entretient de bonnes relations avec elle, et où en été 2007, les manifestations pour la démocratie, contre la vie chère, et contre la junte militaire, ont précisément été déclenchées par des moines bouddhistes (le bouddhisme est la religion la plus répandue en Chine), provoquant des affrontements entre l’armée et la population. Il faut noter que chaque jour en Chine éclatent au moins 300 manifestations occasionnant des accrochages avec la police, contre la hausse du coût de la vie, l’appropriation de la terre et des maisons, les méfaits de la pollution, etc.

b/ La grande renaissance des religions constatée à l’intérieur de la société chinoise et même du Parti.

L’impression générale est que ce plénum du Politburo a été organisé pour faire face aux éventuelles alliances entre les forces religieuses et les déçus de la société chinoise, et échafauder des plans pour contenir les pouvoirs religieux.

Une telle étude devenait d’autant plus urgente que le Parti se rendait compte que la vie religieuse du peuple chinois échappait de plus en plus à son contrôle direct.

Selon l’agence de presse protestante Forum 18 (citée par AsiaNews le 15/12/2006), c’est précisément à cause de cette immixtion du Parti au sein de toutes les activités cultuelles - au moyen de l’Administration d’État pour les affaires religieuses, qui enregistre le personnel religieux et les lieux de culte, et des Associations patriotiques, qui les supervise - que beaucoup de croyants vont grossir le nombre des communautés non enregistrées et clandestines.

Plus fondamentalement, les religions progressent d’une manière surprenante. Une étude de deux professeurs de l’Université normale de Shanghai, Tong Shijun et Liu Zhongyu, montre qu’il y a au moins 300 millions de croyants en Chine, plus du triple de ce qu’estimait quelques années auparavant le gouvernement (People’s Daily et AsiaNews, 7/2/2007). L’étude signale que la religion qui a le plus progressé est le christianisme : plus de 12% des croyants, soit l’équivalent de 40 millions de personnes, se déclarent disciples du Christ. En 2005, Pékin estimait qu’il y avait 16 millions de chrétiens, alors qu’à la fin des années 90 - toujours selon les données du gouvernement - il n’y en avait qu’un peu plus de 10 millions.

Selon Liu, ce sont les zones rurales qui sont le plus touchées par ce phénomène, bien que « la pauvreté ne soit pas la motivation qui anime les nouveaux croyants, puisque la plupart d’entre eux viennent des régions côtières qui sont riches et développées ». La moyenne d’âge des croyants est peu élevée; les deux tiers environ des personnes interrogées ont entre 16 et 35 ans, alors que seulement 9,6 % ont 55 ans ou plus. Les raisons de ce réveil religieux sont aussi intéressantes à connaître: pour 24,1% des personnes interrogées, la religion « montre le véritable chemin de la vie », alors que selon 28% elle « aide à guérir les maladies, éviter les catastrophes et assure une vie meilleure ».

Ces données confirment les nombreux témoignages fournis par les évêques chrétiens, qui parlent d’une « grande soif de Dieu » ressentie par la population chinoise, étouffée par des décennies de matérialisme marxisme et des siècles de matérialisme confucéen.

L’étonnant est que ce regain des religions se soit aussi répandu dans le Parti. Selon des données publiées par Epoch Times (12/11/2005), au moins 20 des 60 millions de membres du Parti ont foi en une religion.

Des statistiques secrètes établies par le Comité disciplinaire du Parti, et parvenues en Occident, révèlent que le nombre de membres du Parti participant à des activités religieuses en ville s’élève à 12 millions; au moins cinq millions le font de manière régulière. Sur les 8 millions de membres présents dans les zones rurales, au moins 4 millions participent régulièrement à des activités religieuses. Dans certains cas, toute la famille du cadre est impliquée, et dans un nombre significatif de cas, tous les cadres dirigeants locaux. Pour éviter les problèmes avec la direction nationale du Parti, certains cadres moyens et supérieurs transforment même une pièce de leur domicile en église domestique clandestine.

Par « religions » il faut aussi entendre les « croyances non scientifiques ». Une étude de l’École nationale chinoise d’administration, effectuée fin 2006, révèle que 28 % des fonctionnaires « athées » du Parti communiste croient en l’art de la physiognomonie (qui définit le tempérament d’une personne par l’observation de la forme et des traits de son visage) ; 18% ont recours à l’ancienne philosophie de Zhou Gong pour interpréter les rêves ; 13,7% font confiance en l’astrologie, 6% utilisent le Yi-King pour lire dans le futur, et seulement une forte minorité, 47%, déclarent ne pas croire en de telles « superstitions ».

Ces tendances ne sont qu’un signe supplémentaire de la méfiance des Chinois vis-à-vis du Parti et de son idéologie. Wang Changjiang, professeur à l’École centrale du Parti, explique le succès de ces pratiques « superstitieuses » par le fait que les « théories révolutionnaires » communistes se sont montrées impuissantes à expliquer la réalité quotidienne (AsiaNews 24/5/2007).

Pour s’opposer à la vague religieuse qui déferle jusque dans ses rangs, le Parti communiste chinois a lancé il y a plus de quatre ans une campagne de promotion de l’athéisme, utilisant la radio, la télévision, Internet, et des séminaires universitaires. En 2006 il a aussi débloqué 20 millions d’euros pour financer une campagne destinée à donner une impulsion nouvelle au marxisme. Quelques-uns des cadres du Parti restent cependant persuadés que la religion peut contribuer à l’harmonie sociale, à la stabilité et au développement du pays. Sa progression selon eux ne devrait pas être freinée, et les membres du Parti devraient être autorisés à participer à des activités religieuses.

Les autorités chinoises semblent en fait partagées entre deux attitudes envers les religions: d’un côté elles s’en servent, de l’autre elles les supervisent, de crainte de les voir empiéter sur leur pouvoir. Ceux qui ne se soumettent pas à leur contrôle - les fidèles appartenant aux communautés clandestines - sont arrêtés, leurs églises sont dispersées et leurs temples détruits. L’accusation portée à leur encontre n’est jamais « anti-religieuse », puisqu’on les poursuit pour « troubles à l’ordre public ».

Aide discriminatoire en faveur de certaines religions

Conscient de sa perte de crédibilité, le Parti se sert de quelques religions pour maintenir son pouvoir, et les discrimine des autres. Il s’agit du confucianisme (doctrine morale plutôt que religion), du bouddhisme et du taoïsme, qui bénéficient de la promotion, du financement et du soutien de l’État.

Depuis 2002, le gouvernement a alloué 10 milliards de dollars aux « Instituts Confucius » pour donner un nouvel essor à l’enseignement confucéen, en Chine et dans le monde. L’objectif est de montrer à la culture mondiale un visage connu, en réponse à la crise morale et spirituelle que traverse le pays. L’intérêt de l’opération pour le Parti est aussi que la philosophie de Confucius - si méprisée par Mao Zedong - prône surtout la piété filiale, l’obéissance aux autorités, l’auto‑sacrifice en faveur du clan, toutes qualités importantes dans la Chine individualiste d’aujourd’hui, qui tente d’échapper au contrôle étatique (AsiaNews, 7/7/2006).

À la mi-avril 2007, le gouvernement a engagé 1 million de dollars pour financer dans deux villes différentes, Xian et Hong Kong, un congrès destiné à promouvoir l’étude du Tao Te King, le livre essentiel du taoïsme. Participaient à la conférence Liu Yandong, du Comité central du Parti, Xu Jialu, vice-président de l’Assemblée nationale du peuple et Ye Xiaowen, directeur de l’Administration d’État pour les affaires religieuses.

Selon les observateurs, cette campagne a des motivations variées: remplir le vide religieux résultant de la crise du communisme; enrayer la croissance des catholiques et des protestants; favoriser une religion « spécifiquement nationale » et non « étrangère »; répandre une foi qui a pour idéal la non-action dans la société; promouvoir l’image de la Chine à l’étranger (South China Morning Post, 30 avril 2007).

Du 13 au 16 avril 2006, le gouvernement a parrainé le congrès du World Buddhist Forum. Interrogé par Xinhua, Ye Xiaowen a déclaré: « Le bouddhisme peut apporter une « contribution particulière » (à une société harmonieuse) car il tend vers un idéal d’harmonie, ce qui convient le mieux à la perception chinoise. En tant que pays responsable, la Chine a une vision personnelle et une politique précise de promotion de l’harmonie mondiale. Le pouvoir religieux (sic) est l’une des forces sociales dont la Chine peut recevoir le soutien » (AsiaNews 11/4/2006).

L’arrestation de défenseurs des droits de l’homme

Ce que la Chine redoute le plus est une alliance entre les forces religieuses et les forces sociales et politiques, comme cela s’est passé en Birmanie, et à maintes occasions dans l’histoire de l’Empire chinois.

Pour éviter cette possibilité, Pékin ne manque aucune opportunité - obsèques de personnalités, congrès du Parti, Assemblée nationale du peuple - pour arrêter des centaines de dissidents, au nombre desquels se trouvent des chrétiens (mais dont on ne connaît pas la confession).

Au premier rang de ces dissidents, figure l’avocat Gao Zhisheng, qui en décembre 2006 a été condamné à une peine de 3 ans de prison, pour « activités subversives contre l’État ». La cour qui l’a condamné a déclaré avoir reçu sa pleine « confession ». Comme preuve de ses actions « subversives », les juges ont cité 9 articles signés par lui et publiés sur différents sites Internet; parmi ceux-ci, 3 lettres ouvertes au président Hu Jintao et au Premier ministre Wen Jiabao, dans lesquelles il réclamait une plus grande liberté de culte et moins de corruption, ont été particulièrement incriminées. Autrefois avocat modèle du Parti communiste, Gao au cours des années s’est transformé en défenseur des droits de l’homme, ceux des chrétiens, des Ouïghours, des membres du Falun Gong, des paysans et des victimes de l’injustice en général (AsiaNews, 5/11/2007).

Mentionnons aussi le cas de Hua Huiqi, responsable d’une église chrétienne domestique et défenseur des droits de l’homme, luttant contre les expropriations forcées à Pékin et aidant beaucoup d’habitants de la ville-province à présenter des pétitions au gouvernement. Sa dernière libération date de juillet 2007, après six mois de prison pour « obstruction à la justice ». Le 8 octobre 2007 il a été battu par la police si sauvagement qu’il s’est évanoui avant d’être transporté à l’hôpital. Il est placé en résidence surveillée (AsiaNews, 12/10/2007).

2 - L’Église catholique

L’année 2007 a été marquée par la lettre pastorale du pape Benoît XVI adressée à tous les fidèles de l’Église catholique de Chine, écrite le 27 mai et rendue publique le 30 juin. Dans celle-ci, le souverain pontife analyse l’histoire et la situation de l’Église en Chine, réaffirmant qu’il n’en existe qu’une seule, car les catholiques clandestins (non reconnus par le gouvernement) comme les catholiques officiels (reconnus par le gouvernement) sont en pleine communion avec le Saint-Siège. Il demande ensuite très respectueusement aux autorités politiques du pays de garantir à l’Église une réelle liberté de culte, permettant à la société chinoise d’exprimer ses croyances et laissant au Saint-Siège le dernier mot sur les nominations épiscopales, conformément par ailleurs aux dispositions des Nations unies et des documents européens [cf. la lettre, note (43)]. Cette nécessité est devenue encore plus urgente après 2006, lorsque l’Association patriotique (AP) et le ministère des Affaires religieuses ont voulu ordonner 3 évêques sans l’assentiment du Saint-Siège et ont menacé d’en ordonner d’autres. La lettre définit l’interférence d’organismes extérieurs dans la vie de l’Église comme « inconciliable avec la doctrine catholique » [cf. la lettre, N° 7 et note (36)], puisque leur but est la création d’une Église indépendante du pape.

La lettre pontificale a suivi de quelques mois une réunion au Vatican sur la question de l’Église en Chine (19-20 janvier) rassemblant des personnalités de la Curie romaine et des évêques et cardinaux de Hong Kong, Taïwan et Macao.

La réaction du gouvernement chinois a été à l’image de son attitude ambivalente déjà soulignée en matière de religions.

Les sources d’AsiaNews (9/10/2007) ont révélé qu’à l’intérieur du Bureau des affaires étrangères un grand nombre de très importantes personnalités ont estimé que cette lettre était « un bon document, bien traduit, un travail d’experts, capable de donner une chance au dialogue ». Mais le Département des affaires religieuses (DAR), l’AP et le Front uni ont exprimé une opinion différente.

Selon les diplomates occidentaux, le secrétaire général de l’AP, Antoine Liu Bainian, a estimé que la lettre était un « mauvais document », « mal traduit en chinois », et « politiquement dangereux ». Il en a donc empêché toute diffusion, l’a fait enlever des sites Internet catholiques chinois, et a rendu inaccessibles les sites du Vatican et d’autres agences de presse en ligne qui la publiaient.

À l’occasion de la célébration du 50e anniversaire de la fondation de l’AP (août 1957), le Front uni, le DAR et l’Association patriotique (AP) ont organisé des conférences et des séminaires dans diverses parties du pays, invitant des prêtres, des religieuses et des évêques à y participer. Le thème de ces réunions était la modernisation de l’Église (quant à son financement, son organisation, ses séminaires, etc.), mais aussi la lettre du pape. Liu Bainian y a violemment attaqué le document papal, l’accusant d’être une nouvelle entreprise « impérialiste » et de « colonisation » de l’Église en Chine, comparable à celle des anciens pouvoirs coloniaux. Selon lui, la demande de liberté de culte et d’indépendance pour la nomination des évêques formulée par le souverain pontife rappelle l’épisode des « concessions » étrangères, aires territoriales arrachées avec violence au contrôle du gouvernement central par les pouvoirs occidentaux au XIXe siècle (ibidem).

Dans le district de Qingxiu, près de Nanning (région du Guangxi, au sud-ouest de la Chine), la police a saisi et détruit des exemplaires du bulletin paroissial qui contenait des passages de la lettre pontificale. La branche du DAR de Nanning a lancé une campagne contre l’« ingérence » du Vatican dans la vie de l’Église chinoise et a imposé des sessions politiques et de lavage de cerveau aux prêtres pour leur faire reconnaître leur faute, celle d’avoir publié la lettre du pape et l’avoir diffusée parmi les catholiques chinois (ibidem).

Entraves aux ordinations épiscopales; arrestations et violence envers l’Église clandestine

L’ambiguïté du gouvernement en matière religieuse s’est encore manifestée dans son attitude à l’égard de certaines ordinations épiscopales de 2007. Le diocèse de Pékin le 8 septembre, celui de Yichang (province du Hubei) le 30 novembre, et celui de Canton (province du Guangdong) le 4 décembre, ont célébré l’ordination de leurs évêques respectifs. Le 8 septembre à Guizhou et le 21 décembre à Ningxia deux évêques coadjuteurs ont été également ordonnés. Tous ces évêques - comme le Vatican l’avait publiquement annoncé - ont été consacrés avec l’aval du Saint-Siège. Leurs ordinations ont cependant été retardées de plusieurs mois - celle de Canton de plus d’une année - car l’AP y faisait obstruction, en voulant ajouter aux évêques ordinants des prélats qui n’étaient pas en pleine communion avec le Saint-Siège.

D’un côté, le gouvernement central semblait avaliser un certain rôle exercé par l’évêque de Rome dans le choix des candidats à l’épiscopat, de l’autre, il paraissait incapable de neutraliser les contretemps que l’AP, pourtant agence gouvernementale, ne cesse de susciter pour compromettre les ordinations.

Malgré de timides ébauches de conciliation entre la Chine et le Vatican, la politique d’un contrôle absolu sur l’Église catholique semble prévaloir, comme en témoignent non seulement les arrestations de prêtres et d’évêques clandestins, mais aussi les enlèvements d’évêques officiels.

- Le 14 novembre, le père Wang Zhong, du diocèse de Xiwanzi (province du Hebei) a été condamné à une peine de 3 ans de prison pour avoir consacré une église à Guyuan. Un compte rendu du procès envoyé à AsiaNews (22/11/2007) signalait que la construction de cette église était légale et que les permis du Département des affaires religieuses avaient été octroyés. Mais le prêtre était un prêtre clandestin, non agréé par l’AP. Le père Wang a été arrêté le 24 juillet 2007. Il a ensuite été soumis à un régime de total isolement, sans pouvoir recevoir aucun visiteur. Il n’a pas été autorisé à désigner un avocat pour son procès non plus qu’à préparer sa défense.

- Le diocèse de Xiwanzi fait partie de l’Église clandestine. Situé à environ 260 km au nord de Pékin, presque à la frontière de la Mongolie intérieure, il compte 15.000 fidèles. Depuis quelques mois déjà, encouragée par l’AP, la police a décidé d’organiser une campagne contre ses prêtres et ses évêques. L’évêque coadjuteur du diocèse, Mgr Yao Liang, a disparu après avoir été arrêté par la police le 30 juillet 2006. 20 fidèles et 2 prêtres ont également été incarcérés.

- Le 25 novembre, le recteur du séminaire du diocèse de Yujiang (province du Jiangxi, au centre de la Chine), le père Zeng Zhongliang, a été arrêté avec l’un des ses séminaristes, Wang Bin, alors qu’ils visitaient la province du sud de Guangdong. Les deux hommes sont actuellement en prison à Yujiang. Ils ont été arrêtés quelques jours après une réunion avec tous les prêtres diocésains, que le père Zeng avait organisée dans la ville de Fuzhou; il y avait représenté l’évêque du diocèse, Mgr Thomas Zeng Jingmu, son oncle, âgé de 85 ans, en résidence surveillée depuis quelque temps déjà dans son archevêché (AsiaNews, 27/11/2007).

- L’orphelinat administré par des religieuses appartenant à l’Église clandestine du village de Wuqiu, à Jinzhou (province du Hebei), qui accueille des centaines d’enfants abandonnés et souvent handicapés, subit depuis des années le harcèlement du gouvernement. Celui-ci interdit les dons à l’orphelinat, défend aux religieuses et aux prêtres y résidant d’entretenir des relations avec l’extérieur, empêche les habitants et les amis de rendre visite à l’institution, et a installé une caméra de surveillance à l’entrée du bâtiment. Les religieuses ont été interrogées longuement par la police. Au cours des derniers mois, un grand nombre de bénévoles venus leur procurer de l’aide et apporter des cadeaux ont été interceptés par la police et mis à l’amende. Les religieuses appartiennent au diocèse de Zhengding, et son évêque, Mgr Jules Jia Zhiguo, est souvent arrêté car il refuse de rejoindre l’AP. Selon les analystes, le harcèlement que subit cet orphelinat est une façon d’exercer une pression indirecte sur lui et les contacts qu’il entretient avec l’extérieur (South China Morning Post, 17/12/2007).

Des évêques sont morts en détention et ont subi la torture

Le cas le plus tragique qu’ait connu la communauté catholique est la mort de Mgr Jean Han Dingxian, évêque clandestin de Yongnian. Soumis à un régime d’isolement pendant deux ans, le prélat, qui a passé au moins 35 ans de sa vie en prison, est mort à l’hôpital le 9 septembre 2007. Sa famille a été contactée quelques heures seulement avant sa mort, qui a eu lieu à 11 heures du soir. Sa dépouille a été incinérée tôt le lendemain matin, soit quelques heures à peine après son décès, et enterrée dans un cimetière public, sans que sa famille, des fidèles et des prêtres aient pu le voir, lui dire adieu ou le bénir. Selon beaucoup de catholiques du diocèse, la police voulait « dissimuler des preuves », peut‑être de tortures.

On avait signalé des cas similaires dans le passé, comme celui de Mgr Jean Gao Kexian mort en 2005, celui de Mgr Joseph Fan Xueyan mort en avril 1992, et celui de Mgr Liu Defen, évêque clandestin d’Anguo (province du Hebei), décédé la même année.

La Chine a souvent été condamnée par la communauté internationale pour la pratique de la torture par la police. Manfred Nowak, rapporteur spécial de l’ONU sur la torture, a confirmé dans son rapport de 2006 « le recours fréquent à la torture dans toute la Chine », et demandé « la libération immédiate des personnes emprisonnées pour avoir exercé leur droit à la liberté de culte ou à la parole ».

Il ya des lois interdisant la torture en Chine mais on n’en fait souvent aucun cas. En 2004, le ministère de la Sécurité publique a approuvé une loi rendant les policiers responsables de la mort des détenus.

A ces préjudices s’ajoute la détérioration de la santé des prisonniers après leur libération. Des évêques et des prêtres de retour de détention ou d’isolement souffrent de maladies, notamment de tuberculose, dues aux mauvais traitements qu’ils ont subis. Mgr Joseph Fan Zhongliang, de Shanghai, âgé de 87 ans, a un état de santé très déficient, et vit toujours sous surveillance; Mgr Jacques Lin Xili, de Wenzhou (province du Zhejiang), âgé de 86 ans, physiquement profondément traumatisé, est maintenu à l’isolement depuis 2002, après 3 ans de prison. Deux prêtres de Wenzhou, le père Shao Zhumin et le père Jiang Sunian, libérés depuis l’été 2007, doivent suivre un traitement médical pour troubles cardiaques, respiratoires et auditifs, tous dus aux mauvais traitements qui leur ont été infligés en prison.

Détentions et disparitions

Un grand nombre d’évêques officiels et clandestins sont toujours maintenus à l’isolement, et on n’a plus entendu parler de certains d’entre eux depuis des années:

1/ Mgr Jacques Su Zhimin (diocèse de Baoding, province du Hebei), âgé de 74 ans, a été arrêté et a disparu en 1996. En novembre 2003, il a été aperçu à l’hôpital de Baoding, surveillé par la police, où il était traité pour des troubles cardiaques et oculaires. Quelques jours plus tard, il disparaissait de nouveau.

2/ Mgr Cosma Shi Enxiang (diocèse duYixian, province du Hebei), âgé de 85 ans, a été arrêté le 13 avril 2001. Il avait été ordonné évêque en 1982. Il a subi en tout 30 ans de prison. Avant sa dernière arrestation, il avait été incarcéré en décembre 1990, relâché ensuite en 1993, puis soumis à l’isolement forcé.

3/ Mgr Martin Wu Qinjing, évêque officiel de Zhouzhi (province du Shaanxi), âgé de 39 ans, est détenu par l’AP et la police depuis le 17 mars 2007. Il est probable qu’il soit soumis à l’isolement forcé à Lintong ou Xian, où il serait obligé de participer à des « sessions d’éducation ». Ses fidèles et ses prêtres ne peuvent entrer en contact avec lui. Mgr Wu Qinjing avait été ordonné en 2005 par feu Mgr Antoine Li Duan, évêque de Xian. Cette ordination, reconnue par le Saint-Siège, ne l’a pas été par l’AP. Selon cette structure de contrôle, qui veut créer une Église indépendante de Rome, l’ordination de Mgr Wu était illégale car effectuée sous la mainmise de « puissances étrangères ».

Parmi les arrestations récentes, il faut signaler celle du père Joseph Lu Genjun, administrateur du diocèse de Baoding (province du Hebei), âgé de 47 ans qui avait déjà subi 3 ans de camp de travail forcé. Arrêté en août 2004, puis relâché, il fut arrêté de nouveau le 18 février 2006 et placé en détention dans un lieu inconnu, sans procès ni accusation. Il a été interpellé avec le père Paul Huo Junlong, âgé de 52 ans et également administrateur du diocèse de Baoding. Au moins 11 prêtres ont été récemment arrêtés (AsiaNews 18/10/2007).

Biens confisqués, jamais restitués

La persécution n’est pas seulement idéologique, elle est aussi financière. À la faveur du développement incontrôlé qui caractérise la Chine depuis des décennies, l’un des moyens d’obtenir des richesses est la spéculation foncière. C’est pourquoi beaucoup de propriétés appartenant à l’Église catholique sont confisquées, vendues et exploitées par le Département des affaires religieuses et l’Association patriotique. Le Centre d’étude de l’Esprit Saint à Hong Kong a calculé que les cadres locaux, protégés par leur position à l’intérieur du Parti communiste, empochent des revenus fonciers provenant de biens confisqués totalisant 130 milliards de yuans (environ 13 milliards d’Euros). L’Église n’en reçoit que des miettes, bien qu’elle ait besoin de beaucoup plus pour son oeuvre missionnaire. Durant les années 80, le gouvernement central avait adopté des lois décrétant la restitution à leurs propriétaires légitimes des biens immobiliers confisqués (il s’agissait surtout de biens réquisitionnés pendant la Révolution culturelle), mais beaucoup de dirigeants locaux n’en tiennent aucun compte.

Il semblent que les visées sur le domaine du sanctuaire de Notre-Dame-du-Carmel à Tianjiajing (province du Henan), soient la secrète raison pour laquelle les pèlerinages y ont été interdits et son emplacement réquisitionné. Le pèlerinage à Notre-Dame-du-Carmel avait commencé en 1905 et avait été interrompu seulement pendant la Révolution culturelle (1966-1976). Il rassemblait entre 40 et 50.000 personnes chaque année. En mai 2007, le gouvernement provincial du Henan l’a interdit; le gouvernement de la ville d’Anyang (diocèse du sanctuaire) a révoqué l’agrément qui avait été octroyé pour le sanctuaire et le pèlerinage, accusés d’« activités religieuses illégales ». Il a également adopté une résolution refusant à l’Église d’Anyang l’utilisation de l’espace public, ce qui lui a permis de réquisitionner le terrain du sanctuaire. Il menace aussi de faire exploser tout le parcours du pèlerinage, sillonné par les stations du Chemin de Croix et une grotte de Lourdes depuis le début du XXe siècle. Ce sanctuaire avait déjà en partie été détruit par les Japonais durant la Seconde Guerre mondiale et par les Gardes rouges (AsiaNews, 12/11/2007).

3 - Les protestants

Le gouvernement central craint que durant les Jeux olympiques de Pékin, des échauffourées ou des manifestations à caractère religieux puissent échapper au contrôle de la police. Parmi les groupes les plus suspectés de ces éventuels désordres figurent les chrétiens protestants. L’origine de ces craintes est à la fois extérieure et intérieure. La menace extérieure vient des milliers de protestants du Brésil et des États-Unis, qui depuis deux ans déjà, se préparent à évangéliser le pays sur une grande échelle, profitant de la facilité avec laquelle la Chine accordera des visas d’entrée à l’occasion des Jeux olympiques. Le porte-parole du Conseil chrétien de Chine, le pasteur officiel Cao Shengjie, a recommandé à tous les missionnaires étrangers de « respecter les lois du pays », interdisant toute entreprise d’évangélisation sans autorisation préalable et aux étrangers d’organiser quelque activité religieuse que ce soit (AsiaNews, 30/5/2007). Ces restrictions vont à l’encontre de l’un des droits garantis par la liberté de culte, qui est celui de pouvoir rencontrer une personne pratiquant la même foi mais de nationalité différente.

La menace intérieure vient des protestants chinois, qui constituent le groupe le plus nombreux et le moins contrôlable parmi les chrétiens. Selon les statistiques officielles, il y a seize millions de protestants en Chine. Toutes les confessions sont regroupées dans le Mouvement des Trois Autonomies (MTA), qui - parallèlement à l’Association patriotique des catholiques - garantit leur obéissance au Parti. Mais grâce à une évangélisation de grande ampleur, financée par de puissants groupes basés au États-Unis, en Corée et en Australie, la population protestante dépasse maintenant les 50 millions de fidèles (quelques estimations optimistes vont jusqu’à avancer le chiffre de 80 millions). Face à cette confusion entre chrétiens reconnus et non reconnus (clandestins), le gouvernement a réagi brutalement, et exige désormais soit l’intégration des communautés clandestines dans le MTA, soit leur disparition. Par cette exigence, le gouvernement va à l’encontre d’une disposition des Nations unies définissant comme discriminatoire la distinction entre activités religieuses « légales » (parce que reconnues par l’État) et « illégales » (parce que non reconnues par l’État).

La campagne destinée à détruire les communautés protestantes clandestines

Un document secret issu du Parti communiste chinois du Hubei a été traduit et publié dans son intégralité le 13 novembre dernier par la China Aid Association, une organisation basée aux États‑Unis qui dénonce la persécution religieuse en Chine (cf. Secret Document Reveals Chinese Government’s Campaign against Unregistered Churches sur www.chinaaid.org ).

Ce document date du 24 juillet 2007 et vient du district de Duodao dans la municipalité de Jingmen (province du Hubei). Les publicateurs en ont effacé le numéro de série, pour protéger la source. Il a été imprimé en plusieurs exemplaires. Il comprend aussi des instructions enjoignant de garder secret son contenu qui « ne doit être révélé à aucune personne » de l’extérieur.

Le texte ne fait qu’exposer la campagne de « normalisation » menée localement à Jingmen du 15 juin au 30 novembre 2007. Il révèle cependant que cette campagne s’appuyait sur des documents rédigés par le gouvernement central et celui de la province, à la suite d’une réunion du Séminaire de travail national sur les chrétiens (appelé « Conférence 601 ») convoquée le 1er juin 2007, à laquelle participaient des « camarades dirigeants du gouvernement central », le Front uni et l’Administration d’État pour les affaires religieuses. L’opération était donc entreprise à l’échelle nationale.

Selon les termes du document, le but de cette campagne était de « lutter contre l’infiltration des forces étrangères hostiles agissant sous le masque de la religion chrétienne, et sauvegarder la stabilité de notre société et celle du secteur religieux ». La coopération entre le « département des Affaires religieuses » et la « sécurité publique » devait favoriser une « une prise en main efficace des lieux non autorisés et des réunions de missionnaires ».

En pratique, cela signifiait intégrer toutes les communautés clandestines dans le Mouvement des trois autonomies, la seule structure des chrétiens protestants autorisée et contrôlée par le gouvernement.

Ce document reconnaît l’existence de « lieux de réunions illégales rassemblant un grand nombre de personnes » et suggère qu’il faudrait parvenir à une « normalisation des activités des chrétiens » par la « standardisation du système d’enregistrement des lieux de prière chrétiens », des « activités chrétiennes », et des « pasteurs ». Cette méthode devrait assurer l’« éducation de la majorité », « isoler et éliminer les petites minorités », promouvoir une « éducation idéologique patiente et méthodique ».

Pour parvenir à ce résultat, le document conseille de commencer par une « enquête » de grande envergure sur les « endroits où ont lieu les réunions, les participants, les locaux abritant les réunions et leur style », vérifiant « s’il existe une infiltration des pouvoirs étrangers ou un travail missionnaire clandestin, donnant lieu à des superstitions féodales ou des hérésies ». Cette enquête devrait aussi porter « sur le contenu des sermons, la vie personnelle des missionnaires et leur profil, leurs sources de revenu, leur situation financière, leurs méthodes d’actions, et sur tous les participants, les membres les plus importants comme les gens ordinaires ».

On aboutit à la « normalisation » en « enregistrant les lieux de rencontre, en remplaçant les lieux privés par des églises, en unifiant les divers emplacements, en persuadant les missionnaires de les fermer et de les supprimer ».

« Quant à ceux qui refuseraient de modifier leur attitude ou d’arrêter leurs activités (…) ils seront arrêtés avec détermination par l’action conjuguée des forces de sécurité publique et du Département des affaires religieuses ».

Le document n’introduit aucune nouveauté en matière de politique religieuse; il suit la ligne des dispositions en la matière, approuvées en 1994 par le Premier ministre Li Peng, le « boucher de Tian’anmen », et amendées en 2005. Fidèle à cette ligne, il insiste sur la distinction entre activités religieuses « normales » et activités « illégales », la « normalité » signifiant l’acceptation du contrôle de l’État. Cette conception va à l’encontre de la Charte des droits de l’homme des Nations unies. En 1994, l’envoyé des Nations unies Abdelfattah Amor a rédigé un rapport sur l’intolérance religieuse en Chine. Celui-ci condamnait la distinction utilisée par le gouvernement chinois entre « activités religieuses normales » et « activités anormales ou illégales ». Selon Abdelfattah Amor, cette distinction est discriminatoire envers les croyants et doit être supprimée de la législation et de la pratique.

Ce qui se passe à l’heure actuelle à divers endroits de la Chine est le résultat de cette campagne. Selon la China Aid Association, au cours de l’année 2007, le gouvernement a arrêté 1958 pasteurs et fidèles des Églises protestantes non officielles. Toujours selon cette organisation, la persécution des protestants s’est accrue en 2007 à l’approche des Jeux olympiques, le nombre total des incidents signalés s’élevant à 60, soit une augmentation de 30,4% par rapport à 2006.

Violences

La China Aid Association a rapporté que le 25 décembre, la nuit de Noël 2007, la police avait arrêté un groupe d’orphelins et de travailleurs humanitaires chrétiens dans la province du Hubei. Les policiers ont enfermé les enfants dans un hôtel, et « persuadé » la propriétaire du terrain où était bâti l’orphelinat d’en expulser les locataires. Le pasteur protestant s’occupant des enfants, Ming Xuan Zhang, ne peut plus trouver de terrain ni de bâtiment à louer car la police a interdit à la population de lui venir en aide.

Le pasteur Zhang joue un rôle très important au sein des églises domestiques chinoises non officielles. Connu sous le nom affectueux de « Bike », ce responsable protestant a été arrêté 12 fois de suite. En novembre 2006, le président des États-Unis George W. Bush avait désiré le rencontrer au cours de sa visite officielle en Chine. Il n’a pu le faire, car Zhang « avait disparu »: la police du Hubei l’avait en fait arrêté et dissimulé pendant la durée de la visite présidentielle.

Le 5 décembre 2007, une rafle a été effectuée dans une église domestique à Kunming (province du Yunnan), par un groupe de policiers et de membres du Département des affaires religieuses de la province; toutes les personnes présentes ont été arrêtées. Après avoir perquisitionné dans le bâtiment, les policiers ont brûlé des centaines de livres religieux (dont un grand nombre de bibles), ainsi que les pièces d’identité de 3 chrétiens. La police a obligé le propriétaire du terrain à expulser ses locataires.

Selon le Code pénal chinois, la police est obligée de produire des documents officiels chaque fois qu’elle confisque un objet; ils sont demandés au procès, pour estimation de la quantité et de la valeur des pièces à conviction. Les policiers de Kunming n’ont cependant pas suivi cette procédure. Le 23 janvier 2008, une fidèle de l’église se rendit au bureau de police du district pour demander une compensation des livres brûlés. La réaction de la police fut si brutale qu’elle fut transportée inconsciente à l’hôpital.

Une dirigeante communiste de Baoding (province du Hebei), qui s’était convertie au christianisme, a été relevée de ses fonctions à l’intérieur du Parti pour avoir, le 1er janvier 2008, accueilli une session d’études bibliques à l’intérieur de l’école communiste qu’elle administrait, et y avoir participé. 50 chrétiens assistaient à cette réunion, parmi lesquels des avocats, des professeurs, des écrivains, des journalistes et des artistes, qui furent tous transférés au poste de police pour y être interrogés. Geng Sude, protestante de 55 ans, a confirmé qu’en février 2008 le comité du Parti l’avait destituée de son poste de vice-présidente de l’école communiste locale. Elle a déclaré à l’agence Reuters: « Je ne comprends pas la décision du Parti; je n’ai rien dit contre le gouvernement ou contre la Chine et n’ai pas contrevenu à la loi. »

Le 7 février 2007, la police de la ville de Shanghuang (province du Jiangsu) a fait irruption dans la maison de Tan Jianwei, un chrétien protestant de 36 ans, qui organisait une réunion de prière non officielle. Les policiers étaient accompagnés de quelques représentants du Département des affaires religieuses de la province et de membres de la Brigade pour la protection nationale. Le groupe a pénétré l’arme au poing dans l’appartement, sans mandat de perquisition; les policiers ont exigé que toutes les personnes présentes exhibent leurs pièces d’identité et ont pris tout le monde en photo. Beaucoup de chrétiens ont refusé de présenter leurs papiers et ont été frappés. Après avoir confisqué divers textes bibliques - sans produire de reçu comme l’exige la loi chinoise - les policiers ont emmené 3 personnes pour « enquête ». Au poste de police, celles-ci ont été obligées de signer un document par lequel elles s’engageaient à ne plus participer à aucun service religieux au domicile de Tan. La police les a menacées de « très sérieuses conséquences » si elles ne respectaient pas leur engagement.

Arrestations et camps de concentration

La China Aid Association rapporte que le 7 décembre 2007, la police du Shandong à arrêté 270 responsables protestants non officiels, coupables d’avoir participé à une « réunion religieuse illégale » dans le district du Hedeng, près de la ville de Linyi. Aujourd’hui, environ 150 de ces chrétiens sont encore en détention dans une prison d’État. Les pasteurs s’étaient réunis pour étudier la Bible, lorsque 50 officiers de police - venant de 12 villes différentes de la province - firent irruption dans la pièce où ils se tenaient. Les policiers leur bandèrent les yeux et les menottèrent par deux, puis les conduisirent à la prison locale où ils furent interrogés. La police s’était déplacée en voiture blindée et avait interdit à quiconque de quitter la zone. Les 120 chrétiens relâchés durent verser une « taxe sur l’interrogatoire » de 300 yuans (environ 30 Euros, NDT).

Après avoir disparu pendant plus de deux mois, 9 responsables protestants « réapparurent » en octobre 2007 dans des camps de concentration chinois. Parmi eux se trouvait Mme Li Mei, âgée de 42 ans, attachée sur un lit d’hôpital et devant subir une urgente hystérectomie, conséquence des tortures qui lui avaient été infligées en prison. Ces chrétiens avaient été arrêtés le 15 juillet au cours d’une cérémonie religieuse célébrée en privé. Ils passèrent en jugement le 6 août. Selon les juges de la Cour d’Enshizhou, dans la province du Hebei, ils étaient coupables de « crimes contre l’État commis à l’occasion de réunions d’un culte néfaste ». Leurs familles n’ont été prévenues ni des arrestations, ni du jugement. Condamnés à la « rééducation par le travail », ils furent transférés dans des laogai (camps de travail forcé - NDT) de cette province. Selon les attendus du jugement, « la preuve de leur culpabilité tient dans les faits suivants: ils ont chanté des hymnes de Noël dans des villages du pays, ils ont projeté un film sur Jésus dans une maison de retraite, et prié dans leur culte diabolique pour demander la guérison d’un vieil homme malade ».

En juin 2007, les autorités de Shandong ont condamné à une peine d’un an de « rééducation par le travail » deux responsables d’églises domestiques évangéliques, Zhang Geming et Sun Qingwen, accusés de « se servir d’un culte diabolique pour faire obstruction à la loi ». Ils ont purgé leur peine dans le camp de Jining. Les deux missionnaires venaient du Henan. La police les a arrêtés le 15 juin avec quatre autres responsables, qu’elle a relâchés le 1er juillet après leur avoir fait verser une amende de 10.000 yuans (environ 1.000 Euros).

Deux chrétiens du Shanxi vont aussi être bientôt condamnés à un camp de travail. Il s’agit de Zhou Jieming et Niu Wenbin, incarcérés le 10 juin 2007 car suspectés de « se servir d’un culte diabolique pour faire obstruction à la loi ». Les deux hommes ont été arrêtés alors qu’ils distribuaient des bibles dans le district de Jiaocheng avec 12 autres responsables chrétiens locaux. Parmi les personnes arrêtées, quatre furent relâchées le même jour, alors que six autres furent maintenues 6 jours en détention sans qu’aucune accusation ne pèse sur eux.

La peine de mort

A la mi-novembre 2006, trois responsables du groupe protestant les « Serviteurs des trois grades » ont été condamnés à mort et exécutés sans aucune preuve à leur décharge. Ces trois chrétiens - Xu Shuangfu (âgé de 60 ans), Li Maoxing (âgé de 55 ans) et Wang Jun (âgé de 36 ans) - ont été exécutés dans une prison du Heilongjiang; les autorités n’ont informé leurs familles qu’après l’exécution de la sentence, pour qu’elles puissent venir collecter les cendres. Leurs avocats ne furent pas non plus prévenus, bien qu’ils aient présenté un second appel après avoir perdu le premier le 18 octobre 2006.

En juillet 2006, la Cour intermédiaire du peuple de Shuangyashan, dans la province de l’est de Heilongjiang, avaient condamné ces trois hommes à mort pour meurtre; au cours de la procédure, la police avait aussi accusé 14 autres personnes. Parmi elles Zhang Min (âgé de 35 ans), Zhu Lixin (âgé de 37 ans) and Ben Zhonghai avaient aussi été condamnés à mort, mais leur exécution a été suspendue. Le juge a condamné les 11 autres personnes à des peines de 3 à 15 ans de prison.

Selon l’accusation, Xu Shuangfu - dirigeant de ce groupe protestant, qui rassemble plus de 500.000 membres dans tout le pays - avait, avec d’autres membres de sa communauté, tué 20 dirigeants d’un autre groupe, l’Éclair de l’Orient, et volé 32 millions de yuans (environ 3,2 millions d’Euros, NDT). Les membres de l’Éclair de l’Orient se désignent eux-mêmes comme protestants, mais de nombreuses communautés protestantes les considèrent comme une « secte de criminels ». La fondatrice du groupe, Mme Zheng, se proclame la réincarnation de Jésus‑Christ et beaucoup de ses adeptes sont impliqués dans des activités suspectes.

Selon les avocats de Xu, le gouvernement n’a présenté aucune preuve valable de la culpabilité de leur client et ses « confessions » ont été extorquées sous la torture, pratique que le gouvernement chinois lui-même a avoué être « répandue » dans ses prisons (China Aid Association).

Expulsions

Entre avril et juin 2007, la Chine a expulsé plus de 100 missionnaires protestants venant des États‑Unis, de Corée du Sud, de Singapour, du Canada, d’Australie et d’Israël. Le nom de code de l’opération était « Typhon No 5 », et son objectif était d’« empêcher les activités missionnaires de chrétiens étrangers avant les Jeux olympiques de Pékin en août 2008 ».

Les expulsions ont surtout été effectuées à Pékin et dans les régions du Xinjiang, du Tibet et du Shandong. Dans la seule région du Xinjiang, on a expulsé soixante personnes, dont la tranche d’âge de quelques-unes se situe entre 15 et 18 ans. En mai 2007, au moins quinze couples chrétiens, surtout américains, ont été expulsés de Pékin. Le 31 mai, un Israélien et un Américain ont été arrêtés à Linyi (province du Shandong) pour avoir pris part à une session de prières avec 70 responsables d’églises domestiques. A Pékin, trois chrétiens américains ont été arrêtés le 1er juillet 2007 et obligés de quitter le pays sans avoir été autorisés à contacter leur ambassade. Selon certains militants, ces expulsions font partie du plan de « nettoyage avant les Jeux olympiques de Pékin » (China Aid Association).

 

4 - L’Église orthodoxe

En Chine, la communauté russe orthodoxe est discriminée, puisque non reconnue comme l’une des 5 religions officielles (bouddhisme, taoïsme, islam, christianisme protestant, christianisme catholique). À diverses occasions au cours de l’année 2007, le patriarche de Moscou a accusé le gouvernement de Pékin de ne pas octroyer à l’Église orthodoxe chinoise une pleine liberté de culte et une reconnaissance officielle (AsiaNews, 12/4/2007). Le métropolite grec orthodoxe de Hong Kong, Nikitas Lulias, a émis les mêmes griefs à l’encontre des autorités chinoises (AsiaNews, 10/7/2007).

Selon les données fournies par le Département des relations ecclésiastiques extérieures du patriarcat de Moscou, il y a environ 13.000 membres de l’Église orthodoxe en Chine, dont 400 vivent dans la capitale.

L’Église russe orthodoxe est présente en Chine depuis environ 300 ans. Les premières communautés étaient constituées d’émigrants russes et établies principalement au nord du pays. De nos jours, la plupart des fidèles sont toujours d’origine russe. Ils se répartissent entre trois régions: le Heilongjiang, à Harbin, où se trouve une paroisse dédiée au Manteau protecteur de la mère de Dieu; la Mongolie intérieure, à Labdarin; le Xinjiang, à Kulj et Urumqi. L’Église orthodoxe chinoise autonome a été instituée en 1957. La Révolution culturelle a cependant totalement supprimé la présence d’évêques et de prêtres. Jusqu’à aujourd’hui les fidèles n’ont pas de prêtres et le dimanche ils se réunissent occasionnellement entre eux pour prier. Il y a cependant 13 étudiants chinois orthodoxes faisant leurs études à l’Académie de théologie Sretenskaya de Moscou et à l’Académie de Saint-Pétersbourg. Le dernier prêtre orthodoxe chinois, Alexander Du Lifu, est décédé à Pékin en 2003 à l’âge de 80 ans. Selon les informations fournies par le patriarcat de Moscou, bien que n’ayant pas d’église, le père Du « donnait des conseils privés ». Il était autorisé quelquefois à officier à l’ambassade de Russie de Pékin. Le patriarcat de Moscou a obtenu l’autorisation de célébrer ses obsèques dans la cathédrale catholique de l’Immaculée Conception (« Nantang »).

 

5 - La communauté juive

La communauté juive de Chine est discriminée, puisque non reconnue comme l’une des religions officielles. Beaucoup de bâtiments appartenant aux fidèles juifs ont été confisqués au temps de Mao Zedong. Le grand rabbin d’Israël a demandé au gouvernement chinois de permettre la réouverture au culte de la synagogue Ohel Rachel de Shanghai, mais n’a pas reçu de réponse (South China Morning Post, 13/6/2006).

La synagogue Ohel Rachel, achevée en 1920, a une capacité d’accueil de 700 fidèles; au début des années 30, Shanghai abritait environ un millier de juifs sépharades et plus de 5.000 juifs ashkénazes, auxquels se joignirent environ 30.000 exilés fuyant les déportations du régime nazi.

Après 1949, le Bureau municipal pour l’éducation a réquisitionné la synagogue, la transformant en un centre de conférences, et au cours de la Révolution culturelle, elle a été utilisée à des fins industrielles. Après les purges de Mao, elle a été transformée pour abriter un musée témoignant de la présence juive pendant la guerre. Elle est actuellement fermée au public, mais la communauté juive peut s’y rendre les jours de fête.

En 2003, le gouvernement a autorisé la restauration et la modernisation de l’ancien quartier juif de Shanghai, Hongkou, mais a interdit la construction de synagogues. Il y a plusieurs milliers de juifs en Chine. Ils sont tolérés pourvu qu’ils pratiquent leur religion avec discrétion et sans y impliquer de Chinois (AsiaNews, 30/12/2003).

 

6 - L’islam

En 2007, le gouvernement chinois a voulu témoigner de sa tolérance à l’égard des 21 millions de musulmans résidant en Chine par un « coup publicitaire »: puisque 2007 était l’année du Cochon (selon l’astrologie chinoise), le Comité permanent du Politburo a ordonné d’« éviter toutes les représentations de cochons » dans la publicité et dans les programmes télévisés, « pour garantir l’harmonie entre les religions et les divers groupes ethniques ». Le message était d’autant plus clair que seulement quelques mois auparavant le monde international islamique venait d’être embrasé par le scandale des caricatures de Mahomet et le discours de Benoît XVI à Ratisbonne.

La décision d’interdire les représentations de cochons avait aussi une raison politico-économique, le gouvernement désirant donner la preuve, à l’échelle nationale et internationale, du grand respect de la Chine vis-à-vis du monde islamique. La Chine achète de grandes quantités de pétrole aux pays musulmans du Moyen-Orient, d’Asie centrale et d’Afrique et espérait donc que cette disposition serait appréciée du monde islamique.

Les musulmans ouïghours

La Chine continue à mener à l’intérieur de ses frontières une politique de répression et de colonisation envers les musulmans ouïghours (d’origine turque, ils sont environ 8 millions, concentrés dans la région du Xinjiang). Son objectif est de contrôler les mouvements autonomistes et les infiltrations des fondamentalistes venus du Pakistan et de l’Afghanistan. Selon un quotidien du Xinjiang, la Chine a arrêté 18.227 Ouïghours en 2005, accusés de « menacer la sécurité nationale ». On compte aussi des centaines de condamnations à mort. En janvier 2007, la police a donné l’assaut à un camp d’entraînement, tuant 18 musulmans ouïghours, qu’elle a dénoncés comme terroristes sans cependant en fournir la preuve.

Un long rapport publié par Forum 18 en septembre 2006 fait état des nombreux contrôles exercés principalement sur les imams et les jeunes. Chaque vendredi matin, le jour saint des musulmans, les imams doivent se rendre au département local des affaires religieuses pour lui soumettre le sermon qu’ils vont prêcher, et recevoir des « indications générales ». Chaque groupe religieux doit se faire enregistrer par le Comité national religieux et la nomination de ses dirigeants doit être approuvée par les autorités. Ces derniers doivent participer à des réunions périodiques au cours desquelles des fonctionnaires de l’État leur indique la politique religieuse à suivre. Les fidèles n’ont généralement pas accès aux postes de cadres de la fonction publique, ni aux postes d’enseignants.

Les enfants ne sont pas autorisés à recevoir une instruction religieuse. Les enfants et adolescents au‑dessous de 18 ans ne sont pas autorisés à fréquenter les lieux de culte, car ils doivent « parfaire leur éducation et développer leur personnalité avant de faire en toute conscience le choix d’être croyant ou athée ». Durant le jeûne du Ramadan, la direction des écoles oblige les élèves et les professeurs musulmans à prendre leur déjeuner.

On a signalé la confiscation et la destruction de lieux de culte musulmans ou de bâtiments utilisés à cet effet par les communautés islamiques. Il y a environ trois ans, pendant la reconstruction d’une zone autour de la mosquées Idha (la principale de Kashgar), les autorités ont démoli de nombreux petits restaurants et salons de thé, lieux de rendez-vous des musulmans après la prière. A Urumqi, la vieille mosquée a été démolie puis reconstruite comme une partie d’un centre commercial, entre un local qui vend du poulet frit et un supermarché Carrefour. Les fidèles disent que « parfois ils ne peuvent même pas entendre la prière à cause de la musique et des chansons des locaux ».

Les mouvements islamiques tels que le soufisme ou le wahhabisme sont interdits, de peur qu’ils ne se politisent, et les livres d’auteurs adeptes de ces mouvements sont aussi prohibés. Selon Forum 18, la persécution religieuse dans le Xinjiang est surtout menée pour des raisons économiques; elle est destinée à détruire l’identité de la population ouïghoure, pour ensuite exploiter le sous-sol de son territoire, riche en pétrole et en gaz naturel. C’est aussi pour cette raison que Pékin encourage la migration dans cette région de millions de Chinois Han, qui constituent maintenant au moins 50% des 20 millions d’habitants; ils ont pris le contrôle du commerce et se sont emparés des postes dirigeants, alors que les Ouïghours (42% des habitants) restent principalement des paysans.

Rebiya Kader et ses enfants

Un exemple du destin subi par les Ouïghours nous est donné par la famille Kader. Rebiya Kader, âgée de 59 ans, s’est réfugiée aux États-Unis en 2005. Membre de la Conférence consultative politique du peuple chinois, elle a été arrêtée en 1999 et accusée d’avoir fourni des informations à l’étranger sur la situation du Xinjiang, qualifiées de « documents contenant des secrets d’État » par le gouvernement chinois. Une fois à l’étranger, Rebiya Kader a dénoncé les camps de concentration et l’utilisation de la torture dans les prisons chinoises. Pour cette raison la Chine l’a accusée de connivence avec « des groupes terroristes connus » (AsiaNews, 13/9/2006).

Le 17 avril 2007 l’un de ses fils, Ablikim Abdiriyim, a été condamné à une peine de 9 ans de prison par les tribunaux d’Urumqi. Selon l’accusation, il avait publié des articles sécessionnistes sur Internet, incitant les gens à agir contre le gouvernement et « déformant » la réalité concernant les droits humains et la politique ethnique en Chine. Il a aussi été condamné à la privation de ses droits politiques pour une durée de trois ans; en Chine les droits politiques englobent la liberté de parole et la possibilité de prendre part aux manifestations et aux revendications. Amnesty International a rapporté qu’Ablikim était tombé malade suite aux coups qu’il avait reçus en prison et n’avait eu droit à aucun soin médical. Selon Mme Kader, son fils « n’a même pas été autorisé à désigner un avocat ou à assurer lui-même sa défense, et le procès s’est tenu à huis clos ».

En septembre, un autre de ses fils, Alim Abdiriyim, a été condamné à une peine de 7 ans de prison pour fraude fiscale. Un troisième a aussi été arrêté pour fraude fiscale mais seulement condamné à verser une amende, et l’une de ses filles a été maintenue plusieurs mois en résidence surveillée (AsiaNews, 18/4/2007).

 

Les musulmans Hui

Les Hui - peuple chinois qui s’est converti à l’islam - regroupent environ 15 millions de personnes, habitant pour la plupart dans la région du Ningxia (Chine du centre), la province du Shaanxi, la province du Qinghai et à Pékin. Le gouvernement s’est toujours comporté avec beaucoup de tact à leur égard, jusqu’à parrainer leurs pèlerinages à la Mecque. Ces dernières années cependant, un grand nombre de révoltes ont éclaté au sein de cette communauté, dont l’origine est le déséquilibre économique et sociale qui caractérise la Chine contemporaine et semble favoriser le groupe ethnique des Han.

On constate aussi une augmentation de l’extrémisme islamique chez les Hui, due à l’influence des pèlerinages qui a favorisé la rencontre entre leur version de l’islam et celle plus fondamentaliste des professeurs coraniques pakistanais ou saoudiens.

Pour contrôler cette influence, depuis 2006 la Chine a obligé l’Arabie saoudite à n’accorder des visas pour le pèlerinage qu’aux citoyens chinois qui en font la demande au consulat d’Arabie saoudite de Pékin et détenteurs d’une autorisation de l’Association patriotique islamique. Cette nouvelle réglementation s’applique aux Ouïghours et aux Hui et a réduit de plusieurs milliers le nombre des pèlerins accomplissant le hajj. Le gouvernement chinois s’inquiète de voir se répandre parmi les Hui habituellement « calmes » un extrémisme de plus en plus prégnant qui risque d’être facteur de tensions sociales. Dans beaucoup de régions Hui, autrefois renommées pour leur islam libéral (certaines mosquées y sont administrées par des prédicateurs femmes), on voit de plus en plus de participation massive aux prières, de femmes voilées, et un nombre en constante augmentation de jeunes gens désirant étudier l’arabe et le Coran (South China Morning Post , 4 octobre 2006).

 

7- Le bouddhisme tibétain

Depuis l’invasion du Tibet en 1950, Pékin a entrepris de soumettre sa population et son chef politique et religieux, le dalaï lama, qui en 1959 s’est exilé en Inde. Sous la pression de la communauté internationale, la Chine a accepté de recevoir des émissaires du chef bouddhiste tibétain, pour négocier son éventuel retour au Tibet, mais elle en a toujours tiré la conclusion qu’il « voulait diviser la patrie » et préparer l’indépendance du pays himalayen. En réalité, le dalaï lama a abandonné depuis des années toute idée d’indépendance et ne cesse de proposer une forme de semi‑autonomie pour le Tibet, semblable à celle dont bénéficie Hong Kong (un pays, deux systèmes).

Pékin craint aussi que la communauté tibétaine à l’étranger ne projette de pénétrer en force en Chine pour sensibiliser la population à sa cause à l’occasion des Jeux olympiques. Au moins 30 athlètes tibétains en exil ont demandé au Comité olympique international l’autorisation de prendre part aux Jeux sous le drapeau tibétain, mais leur requête a été rejetée.

Bien que le dalaï lama restreigne de plus en plus son pouvoir à la sphère uniquement spirituelle, Pékin dénonce toujours sa puissance politique, et critique quiconque prend sa défense à l’étranger (les États-Unis, l’Allemagne, l’Australie, le Canada, etc.).

En apprenant la visite éventuelle du dalaï lama au Vatican le 13 décembre, Pékin a menacé le Saint‑Siège de « sérieuses conséquences » (AsiaNews, 2/11/2007).

À l’intérieur du pays, la Chine condamne quiconque manifeste un attachement à son égard. Posséder des photographies ou des discours enregistrés du dalaï lama est considéré comme un crime contre la sûreté de l’État.

Réincarnations sous contrôle

Parallèlement, Pékin - en principe gouvernement athée - s’efforce de contrôler les cérémonies et les rituels tibétains pour soumettre au Parti les traditions bouddhistes.

Pour se préparer à la succession du dalaï lama, le gouvernement de Pékin a décidé qu’à partir du 1er septembre 2007, toutes les réincarnations de lamas, y compris celle du Dalaï Lama, passeraient par son approbation. C’est pour cette raison que Pékin était déjà brutalement intervenu en 1995 dans les traditions bouddhistes. Cette année-là, le dalaï lama avait reconnu un enfant de six ans, Gedhun Choekyi Nyima, comme la 11e réincarnation du panchen lama. Mais, pour s’opposer à lcette reconnaissance, la Chine avait enlevé l’enfant et sa famille, et par une méthode que Pékin considérait comme plus efficace et plus réaliste, avait choisi un autre enfant, Gyaincain Norbu. Aujourd’hui Norbu est devenu un défenseur de la politique du gouvernement chinois au Tibet, alors que Nyima est toujours détenu dans le secret depuis 12 ans.

Selon les rapports officiels, entre novembre et décembre 2007, deux moines âgés de 71 ans - Gyaltsen Tsepa Lobsang et Yangpa Locho - se sont « eux-mêmes pendus » dans le monastère de Tashilhunpo, siège officiel du lama panchen, et théâtre de l’une des plus violentes manifestations anti-chinoises jamais vues au Tibet. Selon un grand nombre de lamas locaux, le gouvernement et les abbés du monastère avaient toujours humilié et ostracisé les deux moines, « coupables » d’avoir formé les instigateurs de cette révolte (qui eut lieu au début des années 90) et surtout d’avoir reconnu le 11e lama panchen, plus tard enlevé par les autorités communistes. Ils étaient tous deux de loyaux partisans du dalaï lama, dont ils étaient chargés de reconnaître le successeur.

Torture et travail forcé pour les jeunes Tibétains

Pour échapper au génocide culturel et religieux, entre 3 et 4.000 Tibétains tentent chaque année de fuir le pays vers l’Inde, en traversant le Népal et payant des contrebandiers pour les aider à passer illégalement la frontière, car il leur est impossible d’obtenir un permis des autorités chinoises. En Inde, les Tibétains sont libres de conserver leur propre culture, et surtout de rencontrer leur chef spirituel, le dalaï lama, qui vit à Dharamsala avec le gouvernement tibétain en exil. Au moins 50% de ceux qui s’aventurent dans cette dangereuse expédition sont des enfants. Leurs parents désirent les voir fréquenter des écoles qui maintiendront vivante leur identité tibétaine, ce qui est impossible en Chine.

Jamyang Samten, un fugitif du Tibet de 15 ans, a traversé le Népal et le 29 janvier 2007 a atteint le centre de réfugiés tibétains à Dharamsala. Il a relaté que le 30 septembre 2006, 75 jeunes Tibétains désirant se rendre en Inde, après un long voyage à pied avaient essayé de passer la frontière népalaise à Nangpa, à une altitude de 5.800 mètres. La police chinoise a ouvert le feu sur eux, tuant Kelsang Namtso, une nonne âgée de 17 ans, et un jeune homme de 23 ans. L’épisode a été rendu public par des touristes occidentaux qui ont réussi à filmer la fusillade. 41 d’entre les jeunes gens réussirent à s’échapper au Népal et de là en Inde, alors que les 32 autres furent capturés par la police. Jamyang était l’un d’entre eux. Après la fusillade, son groupe - composé d’enfants et d’adolescents de moins de vingt ans - a réussi à se cacher au milieu de la neige pendant trois jours. Mais lorsque, affamés, ils durent se résoudre à émerger, la police les capturèrent, les chargèrent dans un camion et les emmenèrent dans une caserne. Ceux de plus de quinze ans y furent interrogés pendant trois jours et souvent battus. Tous furent ensuite transférés à la prison de Shigatse, la deuxième plus grande ville du Tibet, et là ils furent de nouveau interrogés et battus, enchaînés à un mur. Pendant 48 jours, ils durent creuser des canaux et ériger des barrières. Jamyang fut ensuite relâché et retourna chez lui. Mais son désir de voir le dalaï lama était si grand qu’il se risqua une nouvelle fois à entreprendre le voyage pour l’Inde. Payant des guides népalais, il réussit à passer la frontière avec le Népal, et de là se rendit en Inde (AsiaNews, 31/1/2007).

Arrestations

A la mi-octobre 2007, la police chinoise a violemment mis fin à une manifestation organisée par des moines bouddhistes tibétains célébrant la remise de la Médaille d’or au dalaï lama par le Congrès des États-Unis.

À cette occasion, de nombreux moines ont été arrêtés à Lhassa, capitale du Tibet. Des affrontements avec la police et les forces armées ont éclaté près des monastères de Drepung et de Nechung; ceux-ci avaient été isolés pour maintenir les milliers de moines de la ville à l’écart du public. Les heurts se sont déclenchés peu après que la police se soit rendu compte que des moines de Drepung peignaient les murs d’un bâtiment en blanc, rituel signifiant « joie et purification ». Les autorités chinoises n’ont pas diffusé la nouvelle des arrestations, et ont bloqué tous les sites Internet du Tibet le 17 octobre 2007, jour où la médaille a été conférée. Selon Pékin, les États-Unis ont « accompli une sérieuse erreur » en honorant le chef bouddhiste, décrit comme un « dangereux fomentateur d’indépendance » (AsiaNews, 23/10/2007).

Le 1er août, durant les célébrations du 80e anniversaire de l’Armée de la libération du peuple, à Lithang, dans la province du Sichuan, Ronggay A’drak, Tibétain de 52 ans, nomade de Youru dans le district de Kardze, a réussi à atteindre le podium et à crier des slogans en faveur de l’indépendance du Tibet et du retour du dalaï lama. Il a été immédiatement maîtrisé et arrêté par la police, mais plus de 200 Tibétains ont organisé un «sit-in » devant la prison. Selon l’agence de presse chinoise Xinhua tout s’est terminé pour le mieux et la foule s’est dispersée. Selon Radio Free Asia les 200 Tibétains ont aussi été arrêtés.

Le Centre tibétain pour les droits de l’homme et la démocratie (Tibetan Centre for Human Rights and Democracy - TCHRD) a rapporté que la Cour intermédiaire du peuple de Lhassa a condamné l’ancien moine tibétain Sonam Gyalpo à une peine de 12 ans de prison pour avoir « mis en danger la sûreté de l’État ». Sa famille a fait appel du jugement, prononcé en milieu d’année 2006. Sonam est âgé de 44 ans et a été arrêté fin août 2005 durant les célébrations pour le 40e anniversaire de la fondation de la « Région autonome du Tibet ». La police secrète a déclaré avoir trouvé à son domicile 4 vidéos contenant des discours du dalaï lama, des documents politiques et des peintures représentant le chef spirituel exilé depuis 1959. Après la perquisition à son domicile, les policiers lui ont tendu un piège en l’attirant à une sortie secondaire du palais du Potala à Lhassa (l’ancienne résidence d’hiver du dalaï lama) et l’ont emmené dans une voiture sans plaque d’immatriculation. On n’entendit plus parler de lui pendant plusieurs mois.

Auparavant moine au monastère de Drepung, Sonam avait été à l’origine en 1987 avec vingt de ses confrères d’une manifestation à Lhassa; il avait alors été accusé d’activités « contre‑révolutionnaires » et condamné à trois ans de détention à la prison de Drapchi. Il a de nouveau été arrêté en 1993 et emprisonné pendant un an. Il est maintenant détenu à Qushui, à l’ouest de Lhassa. Le TCHRD a protesté, déclarant que Sonam n’avait en aucune façon contrevenu à la loi et a fait appel au Groupe de travail sur la détention arbitraire des Nations unies, pour qu’il intervienne contre cette incarcération illégale.

Persécution économique

L’une des raisons pour lesquelles la Chine écarte les demandes d’indépendance du Tibet est la richesse en ressources naturelles de cette région de montagnes. A la persécution religieuse s’ajoute celle dictée par des raisons économiques, qui a abouti à un véritable génocide culturel du peuple tibétain.

- Fin mai 2007, des centaines de Tibétains se sont révoltés contre l’exploitation de la montagne sacrée Yala. Au cours d’une manifestation devant les bâtiments d’une compagnie minière, beaucoup de Tibétains de Bamei - dans la province du Sichuan - ont défié le gouvernement en détruisant un grand nombre de voitures.

La montagne Yala est située dans les prairies du Tagong et est l’une des neuf montagnes considérées comme sacrées par les Tibétains. Selon les habitants de Bamei, cette montagne est exploitée pour ses ressources en plomb et en zinc.

Le gouvernement est immédiatement intervenu pour maîtriser cette révolte, et les autorités locales ont annoncé qu’elle avait été écrasée. Selon un Tibétain, beaucoup de personnes auraient été tuées, mais cette information n’a pas été confirmée. On a cependant perdu les traces de huit citoyens de Bamei qui avaient présenté une pétition au gouvernement du Sichuan.

Les prairies luxuriantes où se trouve cette montagne s’étendent à l’ouest du Sichuan. Elles recouvrent la région du Kham, l’une des provinces traditionnelles tibétaines dont la plus grande partie se distribue maintenant sur la Région autonome du Tibet et sur le Sichuan (AsiaNews, 12/6/2007).

- Au nom du développement industriel du Tibet, les autorités chinoises obligent les chefs des tribus nomades à se déplacer eux et leurs clans dans les villes pour « nettoyer » le territoire et l’utiliser à des fins industrielles; déracinées de leurs terres ancestrales, les tribus sont réduites à la pauvreté. Selon Human Rights Watch, les chefs tribaux doivent massacrer des troupeaux entiers de yaks, de moutons et de chèvres, avant de se rendre dans les zones urbaines; en compensation de cette destruction de l’économie locale, les autorités de Pékin leur accordent un minimum d’indemnisations. Ils sont des centaines de milliers à être victimes de cette politique. Selon un déporté, « les Chinois détruisent nos communautés, ils ne nous permettent pas de vivre sur notre propre terre et annihilent notre style de vie ». Selon Pékin, cette opération - qui affecte aussi les provinces frontalières du Sichuan, du Gansu et du Qinghai - fait partie de leur politique de développement de l’ouest du pays, qui est pauvre et arriéré.

- La voie ferrée Qinghai-Lhassa, ouverte le 1er juillet 2006, a soulevé des protestations dans la population tibétaine qui la considère comme un moyen d’accroître le contrôle de la Chine sur la Tibet. Le gouvernement de Pékin a toujours rétorqué qu’il ne désirait qu’apporter la prospérité et la modernité à la région. Il semble maintenant accélérer très activement sa politique de transports vers le Tibet et construit de nouvelles routes connectées à la voie ferrée, comme le montrent les images satellite de Google. La ligne ferroviaire est aussi en train de s’étendre à l’ouest de Lhassa, jusqu’à Shigatse et au-delà. Selon les experts, il y a du pétrole et du gaz à l’extrême ouest de cette région, et les gisements de cuivre du Yulong sont les seconds en importance du pays. Les défenseurs des droits de l’homme déplorent cependant le fait que la situation au Tibet ne s’est pas du tout améliorée, et que les fonds alloués à l’éducation et la santé sont minimes comparés à ceux accordés au reste de la Chine.

Matt Whitticase de la Free Tibet Campaign observe que « la Chine n’a même pas envisagé que la voie ferrée puisse être utile aux Tibétains ». Cette ONG estime que le Tibet renferme à peu près 40% des ressources minérales chinoises, composées de pétrole, charbon, uranium, or et cuivre. Leur exploitation ne bénéficie cependant pas au peuple tibétain, mais aux Han (ethnie chinoise) qui ont été encouragés par Pékin à immigrer au Tibet et depuis quelque temps déjà constituent la classe dominante de la région.

 

8 - Hong Kong

La question de la liberté de culte et ses conséquences dans les domaines social, éducatif et politique fait l’objet sur le territoire de Hong Kong de débats animés, où le cardinal Joseph Zen, l’évêque catholique de Hong Kong, qui s’en est fait l’ardent défenseur, tient l’avant-scène.

Il défend à l’intérieur de cette ancienne colonie la liberté de parole et d’éducation, ainsi que la démocratie en général; il s’efforce énergiquement d’éloigner le monde culturel et politique de la tentation de suivre l’exemple de la Chine, ce qui permettrait à cette dernière de détruire l’équilibre entre le système chinois et celui de Hong Kong, résumé par la formule (inventée par Deng Xiaoping) « un pays, deux systèmes ».

Vis-à-vis de la Chine, il est devenu le porte-parole de ceux qui désirent une totale liberté de culte pour l’Église et toutes les religions présentes sur le territoire. Il fut nommé cardinal le 22 février 2006, et lorsque le 24 mars 2006 il reçut la barrette rouge, il déclara que la couleur pourpre de ses habits rappelait « non le sang que j’ai moi-même versé, mais le sang et les larmes de ces nombreux héros anonymes de l’Église officielle et clandestine qui a souffert pour sa fidélité à l’Église », reliant donc son ministère à celui de l’Église chinoise tout entière. L’attitude de Pékin est divisée en ce qui le concerne. Selon Antoine Liu Bainian, secrétaire général de l’Association patriotique, la nomination de Mgr Zen au poste de cardinal est « une action hostile contre la Chine ». Selon le ministre des Affaires étrangères Li Zhaoxing, c’est un événement positif. Dans une interview au South China Morning Post il a déclaré: « Hong Kong est une province chinoise et ses habitants sont nos compatriotes. La Chine se réjouit de la bonne fortune de ses compatriotes » (AsiaNews, 9/3/2006).

Le 30 juillet 2006, à l’occasion de la Journée de la jeunesse asiatique organisée à Hong Kong, le cardinal a dénoncé le fait que quatre provinces chinoises ait interdit aux jeunes catholiques de participer à l’événement, qui a rassemblé 1.000 jeunes gens venant de tout le continent (AsiaNews, 31/7/2006).

Se prononçant sur le 10e anniversaire de la rétrocession (1er juillet 1997), à contre-courant de tous ceux qui a priori exaltent le retour de Hong Kong dans le sein de la mère patrie, il a montré en s’appuyant sur des données précises, qu’il y avait beaucoup plus de pauvres à l’heure actuelle sur le territoire qu’avant cet événement. Il a demandé au gouvernement d’agir davantage en faveur de la population - opprimée par l’alliance entre la Chine et les riches entrepreneurs de Hong Kong - et exhorté les catholiques à se tourner vers les pauvres (AsiaNews, 19/6/2007).

Une autre bataille entreprise par le cardinal Zen est celle pour la liberté de l’éducation. En 2004, le Département de l’éducation a adopté une loi établissant la création d’un comité d’administration interne (School Management Committee, SMC ) ayant un statut légal séparé de celui des instances éducatives (Sponsoring bodies, Sbs). Le gouvernement a annoncé que ce comité devrait permettre une plus grande transparence et une plus grande démocratie, mais selon certains gestionnaires de l’enseignement il ne s’agit que d’une manoeuvre pour interférer avec l’administration interne, et qui aura pour conséquence de faire perdre à l’éducation son autonomie.

La loi requiert que tout soit installé avant 2012. Entre-temps cependant, le gouvernement fournit une aide économique et accorde des avantages à ceux qui l’adopteraient immédiatement. Le diocèse de Hong Kong a décidé de faire appel, dénonçant cette loi comme « discriminatoire et raciste ». Le diocèse et les congrégations catholiques présentes sur le territoire administrent actuellement 221 établissements primaires et secondaires.

Dans toutes ces luttes le cardinal n’est soutenu ouvertement que par les communautés anglicanes et orthodoxes. Les autres communautés religieuses (bouddhistes, taoïstes, confucéennes) préfèrent conserver un profil bas. La proposition du ministre chinois des Affaires religieuses, demandant à Hong Kong d’intégrer dans son calendrier officiel la fête en l’honneur de Confucius (28 septembre) en échange de la suppression de l’une des fêtes chrétiennes de Pâque, témoigne de cette « compétition » entre les religions traditionnelles chinoises (soutenant Pékin) et les chrétiens (AsiaNews 23/4/2007).

 

9 - Taïwan

Les communautés religieuses de Taïwan jouissent d’une pleine liberté de culte.

Les relations diplomatiques du Saint-Siège avec Taïwan sont souvent dénoncées par la République populaire de Chine comme l’un des obstacles à ses propres relations avec le Vatican, l’autre étant le fait d’« interférer dans les affaires de la Chine en se servant de la religion comme prétexte », c’est‑à-dire la nomination des évêques par le Saint-Siège. Pour les personnalités ecclésiastiques et politiques, il ne fait aucun doute que c’est ce dernier point qui crée le réel obstacle.

En 2007, l’Église orthodoxe russe a aussi établi des relations avec Taïwan, dans l’espoir de susciter l’intérêt de Pékin et d’obtenir la reconnaissance de l’orthodoxie comme l’une des religions officielles sur le territoire chinois.

Le 4 avril 2007 une réunion s’est tenue à Moscou entre le secrétaire du Département des relations ecclésiastiques extérieures du patriarcat de Moscou, l’archiprêtre Nikolaï Balashov, et le directeur de l’Office de représentation de Taiwan à Moscou, Angela Siu.

Cette réunion a été qualifiée de « constructive » sur le site www.orthodoxytoday.org. Les deux délégations se sont penchées sur la meilleure façon d’établir des relations entre les organisations publiques et sociales de Taïwan et les fidèles orthodoxes vivant sur l’île. Ils ont aussi envisagé une visite à Taipei d’une délégation de l’Église russe orthodoxe, mais de façon informelle.

 

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