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> Malaisie

MalaisieAPPARTENANCE RELIGIEUSE
Musulmans : 47,7 %
« syncrétisme chinois » : 24,1 %
Chrétiens : 8,3 %
Hindous : 7,3 %
Bouddhistes : 6,7 %
Autres : 5,9 %

Chrétiens : 2 211 120
Catholiques baptisés
: 837 000

SUPERFICIE
329 758 km2

POPULATION
25 347 000 habitants

RÉFUGIÉS
32 658

DÉPLACÉS
-

 

 

Le système légal et le danger de la charia pour les non-musulmans.

Durant les deux dernières années, il y a eu de plus en plus de cas qui ont attiré l’attention sur les contradictions inhérentes à un système dualiste de justice dans lequel les lois de la Charia ont été de plus en plus appliquées, même dans des cas impliquant des non-musulmans.

En Malaisie, deux sortes de lois coexistent - la loi constitutionnelle séculaire et la loi islamique (charia), qui est théoriquement appliquée aux musulmans dans les questions de mariage, d’héritage ou de biens -, mais ces deux lois sont souvent en conflit, ce qui a eu pour tendance d’éroder la liberté religieuse. Si les leaders politiques ne définissent pas de façon précise la limite entre les deux, il y a un réel danger que, dans plusieurs domaines, la charia prenne petit à petit le dessus comme base de la législation au détriment de la Constitution fédérale. La Constitution, établie alors que le pays était encore sous gouvernement britannique, est assez confuse. Elle ne garantit pas la pleine liberté religieuse et met l’accent sur le fait que « personne ne devra recevoir d’ordre, ou participer à une cérémonie, ou encore avoir un culte d’une religion qui n’est pas la sienne » (Art. 12, § 3), et que, « au sens de la clause 3, la religion d’une personne de moins de dix-huit ans sera décidée par ses parents ou son tuteur légal » (Art. 12, § 4).

L’article 11 stipule que chaque personne a le droit de professer et de pratiquer sa religion alors que l’article 3 déclare que la religion d’Etat est l’islam. Les Malais ethniques, qui sont la majorité, sont cependant liés par leur ethnicité, et un Malais est « une personne qui professe la religion de l’islam, parle habituellement le malais et se conforme aux coutumes malaises ». A moins qu’une Cour de la charia accepte la conversion de quelqu’un, abjurer sa foi signifie perdre ses droits civils. En pratique, cela veut dire que les musulmans ne sont pas autorisés à se convertir à une autre religion, parce que l’apostasie est considérée comme un des pires péchés, puni de la peine de mort.

L’Acte de sédition, introduit pendant la période coloniale britannique, est utilisé couramment pour réprimer les dissensions anti-gouvernementales, pour attiser la haine raciale et remettre en question les droits de la communauté musulmane sunnite majoritaire.

Mahathir Marina, épouse de l’ancien premier ministre Mahathir Mohamad, a critiqué l’atmosphère de crainte qui entoure le débat sur la place de l’islam en Malaisie, où il est devenu difficile pour quiconque, excepté pour les musulmans formés cléricalement, de parler de l’islam.

Depuis plusieurs décennies, le pays est soumis à un processus progressif d’islamisation sous la direction de l’Organisation nationale des Malais Unis (UMNO), le parti majoritaire de la coalition gouvernementale, qui a encouragé l’islam en vue de favoriser l’ethnie malaise.

Dans plusieurs états, la législation locale a adopté des lois pour entraver ou restreindre les conversions et pour punir toute personne, qui « persuade, influence ou incite un musulman à délaisser l’islam pour adopter une autre religion », à des amendes pouvant atteindre 10 000 ringgit (2653 US $) ou à des peines de prison pouvant atteindre un an.

Le gouvernement a fait adopter des restrictions quant à l’application des articles de la Constitution qui favorisent la liberté religieuse et en particulier pour les non-musulmans. Il finance les associations religieuses musulmanes par des sommes bien supérieures à celles qu’il donne aux non-musulmans. Par son pouvoir discrétionnaire, il peut imposer de longs délais ou ne délivrer que peu de permis pour la construction d’églises ou de temps à des non-musulmans, et les lieux de culte qui n’ont pas obtenu d’autorisation sont démolis.

Les autorités sont également opposées à la présence interne de sectes dans l’islam, en proclamant que « leurs opinions extrémistes pourraient mettre en cause la sécurité nationale ».

La loi de sécurité intérieure (ISA) a donné aux autorités le pouvoir d’arrêter les membres de n’importe lequel de ces petits groupes, si elles les déclarent dangereux. Les mosquées sont sous le contrôle du gouvernement d’Etat plus que sous celui de la Fédération gouvernementale. Et les autorités religieuses de l’Etat sont chargées de nommer les imams dans les mosquées locales, et de leur imposer le contenu de leurs sermons.

Le prosélytisme par des non-musulmans parmi des musulmans est interdit mais autorisé dans le sens inverse.

L’emprise de la charia a commencé à inquiéter tous les groupes religieux et par-dessus tout les membres de la communauté musulmane majoritaire, qui n’ont pas le droit de se convertir ; mais bien entendu, ceux aussi des communautés minoritaires comme les chrétiens et les hindous.

Conversion de musulmans : le cas de Lina Joy

En Malaisie, « il serait extrêmement difficile de pratiquer la liberté de conscience dans l’environnement actuel », a dit Lina Joy, après que la Cour Fédérale, le 30 mai 2007, eut rejeté sa demande de reconnaissance de sa conversion au christianisme. « Je suis déçue que la Cour Fédérale ne puisse pas défendre un simple mais important droit fondamental qui existe en toute personne, à savoir le droit de croire à la religion de son choix et aussi important le droit d’épouser une personne de son choix » (Asia News).

Née Azlina Jailani en 1964, elle a commencé à fréquenter une église en 1990. En 1998, elle a décidé de se faire baptiser et de prendre pour nom Lina Joy. En 2000, elle a demandé la modification de sa confession religieuse sur sa carte d’identité (ce qui est obligatoire sous la loi de la Malaisie), en s’adressant d’abord au Département national de l’enregistrement, puis à la Cour d’Appel. C’est seulement sous réserve de cette modification qu’elle aurait pu épouser son fiancé, un chrétien d’origine indienne. Les deux juridictions ayant rejeté sa requête, en 2005 elle s’est adressée à la Cour Fédérale. Le problème de Lina est qu’étant d’ethnie malaise, elle est ipso facto classée comme musulmane et de ce fait « ne peut changer de religion ». En fait, les lois malaises posent le principe que tout ce qui concerne les problèmes de foi, dans lesquels sont impliqués les Malais ethniques, - y compris les conversions - tombe sous l’influence de la Cour de la Charia (Syriah en malais) et non des Cours civiles. Le conflit entre la charia et la loi civile est évident dans le cas de Lina Joy. La Constitution garantit la liberté de religion, mais la loi de la Charia interdit la conversion à tout autre religion, tout en punissant les apostats de « réhabilitation », de prison et d’amendes lourdes. Il est plus que probable que Lina Joy devra émigrer si elle veut mener une vie normale.

Le chef de la Cour Fédérale de Justice, Ahmad Fairuz Sheikh Abdul Halim, a immédiatement et fortement appuyé la décision de la Cour fédérale. « Dire qu’elle n’est plus sous la juridiction de la Cour de la Charia - parce qu’elle ne pratique plus l’islam - n’est pas approprié », a-t-il déclaré au quotidien The Star, ajoutant que la façon de quitter sa religion est commandée par sa religion elle-même. En même temps, le premier ministre Abdullah Badawi, qui s’inquiète de l’image internationale de son pays, a admis que les problèmes entre les Malais non-musulmans et les Cours islamiques doivent être traités par le gouvernement.

Cela fait longtemps que la communauté chrétienne a prié les autorités de restaurer la suprématie des lois constitutionnelles sur les lois islamiques. Mgr Paul Tan Chee Ing, jésuite, chef de la Fédération chrétienne de Malaisie (CFM), une organisation à la tête de la lutte pour stopper l’emprise de la Charia et l’empêcher d’être appliquée aux non-musulmans, ne peut cacher sa frustration. « Refuser à quelqu’un le droit humain légitime de choisir sa religion est une usurpation du pouvoir de Dieu, et de violer ce droit fondamental est quelque chose d’inhumain et de peu civilisé », a-t-il dit à Asia News. Teresa Kok Suh Sim, une catholique d’origine chinoise et membre du Parlement du Parti d’Action Démocratique (DAP), a pressé le gouvernement « de prendre des mesures immédiates afin de modifier la Constitution fédérale, de façon qu’il soit clairement établi que la juridiction des Cours civiles prime sur celle de la Charia ». Dans ses déclarations officielles, le Conseil consultatif du bouddhisme, du christianisme, de l’hindouisme et du sikhisme de Malaisie (MCCBCHS) et le Conseil des Eglises de Malaisie (CCM) ont pris des positions similaires.

Lina Joy a été l’objet de menaces graves pendant le procès. La Communauté paroissiale de Notre-Dame de Fatima de Brickfields, où Lina a été baptisée, fut prévenue que, elle aussi, aurait à faire face à des sanctions. Selon le bi-mensuel Harakah (16-31 août 2006), un homme du nom de Taib Hisham a accusé l’église, parce que le baptême de cette femme violait la Constitution, laquelle stipule que « la loi d’Etat - et quant aux territoires fédéraux de Kuala Lumpur et de Lubuan, la loi fédérale -, peut contrôler ou restreindre la propagation de n’importe quelle doctrine ou croyance religieuse au sein de personnes professant la religion de l’islam ». La démarche de Taib a été secondée par quelques responsables de la branche jeunesse du Parti Islamique Pan-malaisien (PAS) et de certaines Organisations non-gouvernementales (ONG). Un des avocats de Lina Joy, Maître Malik Imtiaz Sarwar, membre du Conseil du Barreau de Malaisie, a également été soumis à une campagne d’intimidation qui comprenait des tracts le menaçant de mort.

Selon la loi islamique, si la conversion à partir de l’islam n’est pas admise, le ou la converti(e) doit se soumettre à une « ré-éducation ». C’est ce qui est arrivé à Revathi Massosai, appelée aussi la « Lina Joy hindoue ». Née après que ses parents se soient convertis à l’islam, elle dit avoir été élevée par sa grand-mère comme une hindoue. En mars 2004, elle a épousé un homme du nom de Suresh au cours d’un mariage hindou, mais aussitôt après, le Département d’Etat islamique de Malacca lui a signifié de faire une demande de reconnaissance de sa nouvelle religion auprès de la Cour d’Etat de la Charia islamique. Elle a donc fait ce qu’on lui demandait mais elle a été condamnée en janvier 2006, sous la loi de la charia, à cent jours dans un centre de réhabilitation à Uhu Jam, prolongé ensuite de 80 jours car elle ne montrait aucun signe de repentance. Maintenant, sa fille vit avec la grand-mère musulmane pendant que son mari attend toujours d’être réuni à sa femme.

Enterrement

La Charia a aussi été utilisée pour se mêler de la façon dont les gens ensevelissent leurs morts. Un chrétien, mort fin novembre 2006, a été quasiment enterré selon une cérémonie islamique en dépit des protestations de sa famille.

Rayappan Anthony, mort à l’âge de 71 ans, s’est converti à l’islam en 1990 afin de s’enfuir avec une musulmane pour un second mariage et a, en même temps, changé son nom en Rayappan Abdullah. Ses proches ont soutenu cependant qu’il était revenu à la religion chrétienne en 1999 et qu’il avait été rebaptisé. Il a informé le Bureau National d’Enregistrement et d’autres organismes de ce changement, de telle sorte qu’en 2003, il a été inscrit comme chrétien sous le prénom d’Anthony, mais il n’avait pas informé le Département des Affaires religieuses. Lorsqu’il est mort de diabète à l’hôpital, le 29 novembre 2006, un voisin qui était au courant de sa conversion à l’islam en 1990, a averti le Département des Affaires Religieuses. Un tribunal islamique a ordonné que la dépouille de ce chrétien soit remise au Conseil des Affaires Islamiques à Selangor. La famille s’est opposée à cette démarche et l’affaire a pris une dimension nationale, mais elle a réussi à récupérer le corps grâce à l’intervention du gouvernement de Malaisie.

La loi islamique et la famille : le cas Subshini

La polygamie est légale en Malaisie et un homme peut avoir jusqu’à quatre femmes. Souvent, les hommes divorcent de leur première femme, mais seulement après avoir épousé la seconde. Selon la loi islamique, la femme a le droit de garde de ses enfants de moins de douze ans, mais si elle renie l’islam, ou ne pratique pas la religion islamique, elle perd ce droit et les enfants sont confiés à la mère de son mari, c’est à dire la grand-mère paternelle des enfants, parce que les enfants sont considérés musulmans à la naissance, puisque leur mère était musulmane lorsqu’ils sont nés. Si une femme mariée se convertit à l’islam, ses enfants deviennent de facto musulmans, ceci suite à une décision du Département fédéral à Kuala Lumpur. Mais, si une ex-musulmane ayant des enfants désire épouser un non-musulman, elle encourt le risque d’être accusée de Zina, c’est à dire de relations sexuelles illégales et pourrait finir en prison.

En mars 2007, les médias malaisiens ont rapporté le cas d’une femme d’origine indienne qui désirait empêcher son mari d’obtenir la garde de leurs enfants, après qu’il se soit converti à l’islam, et elle a présenté une requête de divorce à une Cour islamique. Selon la Charia, les enfants sont accordés au « meilleur parti » en cas de séparation, à savoir le parti musulman, c’est à dire dans ce cas le père. Les enfants sont ainsi obligatoirement élevés comme musulmans. Muhammad Shafi, Saravanan Abdullah s’est converti à l’islam en mai 2006, puis a demandé de divorcer de sa femme, R. Subshini, à un tribunal islamique. La femme s’est adressée à la Cour d’Appel pour que son cas soit entendu par une Cour civile, mais elle a été écartée. Le 30 mars 2007 encore, on lui a accordé le droit de faire appel à la Cour Fédérale, la plus haute juridiction malaisienne. Si elle perd, elle sera la première à avoir à se présenter à une Cour islamique.

Mme Subshini, âgé de 28 ans, demande une pension alimentaire et la garde de leurs deux enfants âgés de trois ans et d’un an. « Les deux époux désirent la dissolution de leur mariage », a dit le juge de la Cour d’appel, Suryadi Halim Omar, mais l’objection de l’appelant, sous le seul prétexte que la Cour de la Charia ne concerne que les musulmans, n’a pas de sens. Selon lui, Muhammad Shafi a tous les droits d’obtenir la dissolution de son mariage d’un tribunal islamique plutôt que d’un tribunal civil.

Début 2006, le premier ministre de Malaisie, Abdullah, a promis de résoudre ce problème d’antagonisme des systèmes de lois, mais jusqu’ici, il n’y a eu que peu de progrès. Le gouvernement examine en ce moment un projet de loi qui apporterait une modification des lois sur le mariage et sur le divorce, afin de protéger les enfants d’épouses non-musulmanes, mais les autorités n’ont jusqu’ici montré que peu d’empressement à changer la loi pour ceux qui désirent quitter l’islam.

Mesures pour protéger l’islam

Les cas mentionnés ci-dessus ont suscité un débat public très animé. Des groupes de professionnels et d’étudiants musulmans se sont rassemblés pour se consacrer à « la défense de l’islam ». Ceci a obligé le gouvernement à agir afin de réduire les tensions due aux craintes d’agitation sociale et d’actions des extrémistes islamiques. En juillet 2007, plusieurs hommes de loi musulmans se sont organisés en association de défense de l’islam à l’encontre de ce qu’ils ont décrit comme « une série d’attaques contre la religion ». Cette association, appelée Peguam Pembela Islam (PPI) cherche à rectifier certaines idées fausses au sujet de la religion du prophète. Le PDG du groupe, Zainur Zakari, ancien président du Conseil du Barreau, a dit que le but de son groupe était de corriger des conceptions erronées sur l’islam et de défendre, comme une priorité, les Malais ethniques et leur islamicité. Prenant leur idée du PPI, cinquante groupes de clercs, d’étudiants et de professionnels musulmans formèrent peu après leur propre association dans le but de « protéger l’islam des attaques des Cours civiles ». A travers un réseau serré d’ulémas et d’étudiants religieux, le Pembela Islam ou Défenseurs de l’Islam lancèrent une campagne nationale contre l’utilisation des Cours civiles pour « sortir de l’islam ». Il est évident que les islamistes conservateurs semblaient craindre que si les juges autorisaient des personnes à « abandonner » l’islam, cela ouvrirait en grand les portes à des demandes massives par des musulmans voulant changer de religion. Pour de nombreux extrémistes, les batailles juridiques, comme celles de Lina Joy, sont une insulte à l’islam et à ses principes.

De tels groupes ne sont pas isolés ; les autorités ont aussi décidé de prendre quelques initiatives pour « la protection et le développement de la religion islamique ». En juin 2006, le Straits Times a rapporté que l’Etat de Kelantan, au nord, avait offert un prix à toute personne qui se mariait et se convertissait à l’islam des membres du groupe indigène semi-nomade Orang Asli. L’offre incluait des versements cash de 2700 US$, une subvention de 270 US$ par mois, le logement gratuit et une voiture pour tout musulman à même d’épouser un membre de cette communauté en grande partie animiste. Actuellement, Kelantan est le seul Etat de Malaisie qui soit régi par le parti islamique pan-malésien, un parti extrémiste islamiste qui, au niveau national, est dans l’opposition. Au Kelantan, les autorités de l’Etat ont adopté d’autres mesures pour décourager la conversion des musulmans. En juillet 2007, elles ont adopté la loi d’anti-conversion la plus sévère de tout le pays. Selon cette loi, quiconque convertit un musulman est susceptible de cinq ans d’emprisonnement, d’être fouetté et d’avoir à payer une amende de près de 3000 US$. Jusqu’ici, la loi a imposé deux années de prison et une amende équivalente à 1400 US$.

Durant les deux dernières années, le problème de la liberté religieuse et le droit des minorités a été au centre de débats politiques, enflammant l’opinion publique. En juillet 2006, le premier ministre Abdullah a demandé que soit mis fin aux discussions au sujet des rapports entre les différentes religions, parce que cela causait des tensions dans une société où différentes croyances coexistent, comme celle de la Malaisie. Il a ouvertement attaqué un « forum » sur la foi intitulé Article 11, et ordonné à ses organisateurs de cesser toutes leurs activités. Selon le Conseil suprême de l’UMNO, le premier ministre était inquiet des sujets qui devaient être discutés dans ce forum. Le nom Article 11 se réfère à l’article de la Constitution de Malaisie qui décrit la liberté religieuse. Le groupe réunit 13 ONG impliquées dans la défense de la Constitution contre l’emprise de la Charia.

L’inquiétude des minorités

Dans son appel aux législateurs de Malaisie en avril 2007, Mgr Paul Tan Chee Ing, jésuite, Président de la Fédération Chrétienne de Malaisie (CFM) a déclaré que tous les moyens devraient être utilisés afin de maintenir « la Constitution et les droits des non-musulmans », insistant pour que « toutes les questions impliquant les libertés civiles et la famille soient prises en compte par la juridiction des Cours civiles plutôt que par des tribunaux islamiques ». Pour le CFM, « il est inquiétant de remarquer que ce qui est clairement exprimé dans la Constitution fédérale, - à savoir que les cours de la Charia n’auront de juridiction que sur les personnes de croyance musulmane - est maintenant étendu par une décision de la Cour, pour inclure les non-musulmans ». Le CFM n’a pas été le seul à protester. Le Conseil consultatif de Malaisie pour le Bouddhisme, le Christianisme, l’Hindouisme, le Sikhisme et le Taoïsme (MCCBCHST) a soutenu cet appel. Durant la première semaine d’avril 2007, la CFM a organisé une campagne nationale de prières en faveur du droit des minorités. « Les non-musulmans ne sont pas prêts à accepter les ‘tromperies’ des Cours civiles, en forçant les personnes à paraître devant les Cours de la Charia », a déclaré l’évêque.

Les religions minoritaires ont également organisé des campagnes de prières en faveur de la liberté religieuse. Pendant la Semaine Sainte 2007, les catholiques ont décidé d’allumer des cierges dans leurs églises, afin « de symboliser que la liberté religieuse, qui a pénétré dans le monde par la Crucifixion et la Résurrection du Christ, brille encore une fois dans notre pays ». Cette initiative, qui n’était qu’une partie d’une plus vaste campagne promue par le MCCBCHST a reçu le soutien de tous les groupes non-musulmans. Dans un document signé par son président, Mgr Tan, le CFM a pressé le gouvernement à réexaminer la législation portant atteinte aux libertés religieuses et à réaffirmer la juridiction des Cours civiles pour que soit garanti aux Malaisiens le droit de choisir librement leur religion.

La position des chrétiens

Le gouvernement a tendance à décourager, mais à ne pas interdire la distribution de matériel imprimé ou audio-visuel contenant de l’information chrétienne. Mais à la fin de l’année dernière et au début de cette année, l’hebdomadaire catholique de Malaisie le Herald, a été pris dans une tempête. Le Ministre des Affaires Islamiques, Abdullah Mohd Zin a décrété que le mot Allah ne pouvait être employé au sujet du Dieu chrétien. Il a ajouté que le mot Allah ne pouvait être utilisé que par les musulmans, parce que son emploi par des non-musulmans « pourrait éveiller des sensibilités et créer des confusions parmi les musulmans dans le pays », a rapporté en le citant le quotidien The Star. Et cependant, la déclaration du Ministre est tombé juste après que le Herald vienne d’avoir son permis renouvelé pour publier « sans restriction » en anglais, malais et chinois. L’éditeur de l’Herald, le Père Lawrence Andrew, a dit à Asia News que l’absence de restrictions signifiait que le mot Allah pouvait être employé. Il faut souligner que le mot Allah était utilisé par les chrétiens plusieurs siècles avant la naissance de l’islam et qu’Allah est le terme communément employé pour parler de Dieu en malais. Selon les étudiants et les académiciens, les chrétiens arabes ont employé le mot Allah pendant des siècles à travers le Moyen Orient, et c’est l’islam qui a emprunté le terme à la Chrétienté. Il a été utilisé en Malaisie par les chrétiens depuis le début du 19e siècle.

Plus proche, en 2002, une injonction fut proclamée contre le Herald, mais le Premier ministre d’alors, Mahatir Mohammed, intervint en faveur du journal. Pour le père Andrew, la crainte que l’utilisation de ce mot puisse « créer de la confusion parmi les musulmans dans le pays » est sans fondements, surtout « que cette publication n’est qu’à usage interne, et qu’elle n’a aucun souscripteur musulman ».

L’Eglise catholique a demandé à la Cour Suprême de se prononcer sur ce sujet. L’Eglise évangélique de Bornéo (Sidang Injil Borneo) a également fait appel à la Cour, parce qu’elle avait reçu une injonction lui intimant l’ordre de cesser l’importation de livres qui utilisaient le mot Allah.

Le cas risquait d’augmenter les tensions entre groupes ethniques et religieux. Un chef sikh a dit au New Straits Times de Singapour que sa communauté emploie de même le mot Allah pour se référer à Dieu. L’analyste politique, Farish Noor, a publié un article sur son site Internet, argumentant que ce sujet était un « non-problème » qui pourrait cependant miner la vision islamique modérée du Premier Ministre en exercice, Abdullah.

Hindous

Les hindous souffrent de sévères restrictions dans les domaines religieux et sociaux. L’éthnie malaise domine la vie politique du pays, alors que les Chinois sont très influents dans l’économie, et que les Indiens, pour la plupart hindous, assurent les taches serviles. En 2006 et 2007, les indo-malaisiens commencèrent à se faire entendre en manifestant pour obtenir des droits égaux et pour la liberté religieuse. Le 25 mai 2006, ils ont organisé un mouvement de protestation contre la démolition de leurs temples décrété par le gouvernement. Au nombre d’environ 50 000, selon le journal The Sun, ils se sont rassemblés devant l’Hôtel de Ville de Kuala Lumpur et ont menacé de poursuivre le gouvernement et les Conseils locaux pour « destruction de propriétés privées ». Selon les activistes qui avaient organisé la manifestation, des centaines de temples ont été détruits ces quinze dernières années, en raison de l’ « islamisation » rampante en Malaisie. De telles plaintes sont rares cependant, dans ce pays qui s’est pendant longtemps vanté de « son harmonie inter-raciale » et de « son attention aux minorités ». Le père Uthayakaumar, l’avocat qui a représenté activement les hindous, a rapporté qu’entre février et mai 2006, sept temples hindous ont été détruits dans diverses régions du pays.

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