> Ouzbékistan
APPARTENANCE
RELIGIEUSE
Musulmans : 76,2 %
Agnostiques : 21,6 %
Chrétiens : 1,7 %
Autres : 0,5 %
Chrétiens : 1 639 956
Catholiques baptisés : 4000
SUPERFICIE
447 400 km2
POPULATION
26 593 000 habitants
RÉFUGIÉS
1054
DÉPLACÉS
3400
- Bref aperçu des lois
- Les restrictions à la liberté de culte
- Les restrictions aux activités menées par les organisations étrangères de défense des droits humains
Les articles 18, 31 et 61 de la Constitution de l’Ouzbékistan garantissent la liberté religieuse des personnes, considérées individuellement ou collectivement. Cependant, l’appareil législatif en vigueur rend leur application difficile.
Outre l’adoption en 1998 d’une loi déjà restrictive sur la liberté religieuse, les autorités ouzbèkes ont apporté des modifications aux codes pénal et administratif du pays en juin 2006, sanctionnant « la production, le stockage, l’importation et la distribution de littérature religieuse non autorisée ». Par ces nouvelles dispositions, la censure de la littérature religieuse s’est intensifiée, et les tribunaux ordonnent fréquemment la destruction des ouvrages saisis.
Les modifications à la législation sur les médias adoptées en janvier 2007 condamnent à des peines plus sévères toute critique à l’encontre des actions gouvernementales, sur Internet ou dans des articles, des commentaires ou des reportages publiés à l’étranger, l’assimilant à de la propagande illégale et anti-constitutionnelle. Ces nouvelles mesures n’ont pas seulement entraîné la fermeture de beaucoup de sites web et de blogs politiques ou d’information, mais ont aussi provoqué la suspension de www.portal-credo.ru, l’un des principaux sites web d’actualité religieuse en langue russe. Parallèlement, selon un rapport de Forum 18 News Service publié le 10 avril 2007, les autorités ouzbèkes ont suspendu des magazines d’actualité en ligne comme www.centrasia.ru, www.ferghana.ru et www.uznews.net, immédiatement après que les deux derniers aient signalé le contrôle croissant du gouvernement sur les affaires religieuses et les activités de différents groupes musulmans et protestants.
Un article d’AsiaNews du 22 août 2006 rapporte que le Comité d’État aux affaires religieuses a réuni les chefs religieux à Tachkent le 4 août 2006 pour examiner la proposition d’un nouveau projet de loi qui pénaliserait les conversations sur des sujets religieux en dehors des lieux de culte « reconnus »; celles-ci seraient sanctionnées par des amendes allant de 200 à 600 fois le salaire moyen mensuel (environ 10 dollars US) pour les délinquants primaires, et par des peines de prison pouvant s’élever à huit ans pour les récidivistes.
Au cours des deux dernières années, le gouvernement ouzbek a essayé de polir son image internationale en matière des droits de l’homme et de la liberté religieuse. Néanmoins, pour coopératives et louables que fussent ses intentions, ses déclarations sonnèrent vite creux au regard de sa législation de facto autoritaire et répressive.
Il a notamment redoublé de zèle depuis que le Département d’État des États-Unis a ajouté l’Ouzbékistan à sa liste des « Pays particulièrement préoccupants » dans son rapport de 2006. Il a ainsi lancé une campagne de communication destinée à montrer à quel point le pays défendait la tolérance religieuse et faisait des droits de l’homme une priorité. Pour étayer cette offensive de charme, le gouvernement ouzbek a créé des événements internationaux. Christian Solidarity Worldwide par exemple a relevé le 7 février 2007 que l’ambassade ouzbèke au Royaume-Uni avait organisé un séminaire d’une journée ayant pour thème « L’Expérience ouzbèke en matière de promotion de l’harmonie inter-religieuse».
Les fonctionnaires du gouvernement ouzbek se sont plaints à plusieurs reprises d’une immixtion étrangère dans les affaires internes du pays, malgré leurs bonnes intentions. Le Uzbekistan Daily Digest du 2 novembre 2007 a rapporté que l’ambassadeur ouzbek aux Nations Unies, Alisher Vohidov, dans son discours du 31 octobre à l’Assemblée générale de l’ONU, a critiqué l’utilisation de la notion des droits de l’homme pour s’ingérer dans les affaires d’État de son pays.
Parallèlement, AsiaNews a relaté le 5 avril 2007 que le ministre des Affaires étrangères Vladimir Norov avait déclaré, au cours d’une réunion entre une délégation de l’Union européenne et des représentants des nations de l’Asie centrale, tenue les 27-28 mars 2007 à Astana (Kazakhstan), que son gouvernement n’avait pas l’intention de « s’expliquer » devant quiconque sur les droits de l’homme.
Malgré l’indigence de signes positifs, les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne ont « suspendu » pour six mois, le 15 octobre 2007, l’interdiction de visa imposée à huit hauts responsables ouzbeks, infligée deux ans plus tôt en réponse aux événements de mai 2005 au cours desquels la police ouzbèke avait tiré sur des manifestants non armés à Andijan. Selon un rapport publié le 23 octobre 2007 par l’Institute for War and Peace Reporting, la décision a été critiquée par beaucoup de défenseurs des droits de l’homme; ceux-ci ont accusé l’Union européenne de sacrifier les droits humains à ses intérêts pour le pétrole et les ressources énergétiques du pays, malgré les preuves évidentes d’une répression toujours aussi implacable exercée par le gouvernement ouzbek.
La liberté religieuse est strictement limitée, non seulement par la loi mais aussi par une surveillance étroite exercée par l’État sur les groupes religieux. La police secrète de l’Ouzbékistan, le Service de la Sécurité Nationale ou SSN (en particulier son département anti-terroriste), et les mahallas (administrations de quartiers) sont des outils puissants entre les mains de l’État pour exercer ce contrôle.
Dans une enquête auprès de divers groupes chrétiens publiée par Forum 18 News Service le 5 septembre 2007, beaucoup de croyants ont confirmé que les agents du SSN exerçaient une stricte surveillance sur les lieux de culte, enregistrant par caméras les allées et venues, et recrutant à l’occasion des « collaborateurs » qui les informent sur les fidèles et leurs activités. Ces initiatives ont inévitablement fait naître un climat de suspicion et jeté la division à l’intérieur des groupes religieux. D’autres fidèles ont déclaré que leurs téléphones avaient été mis sur écoute, pratique courante pour quiconque est suspecté d’implication dans une activité politique, sociale, religieuse ou de défense des droits de l’homme. « Souvent quand nous parlons longtemps au téléphone au sujet du christianisme », a déclaré un protestant engagé, « une voix nous ordonne d’arrêter de parler et de raccrocher ».
Les restrictions à la liberté de culte
La minuscule Église catholique d’Ouzbékistan ne s’est plainte d’aucun problème particulier. Seules les soeurs de mère Teresa, les Missionnaires de la Charité, ont pu craindre que le gouvernement prenne des dispositions à leur encontre; en effet, selon un article paru dans AsiaNews le 5 octobre 2006, le ministère de la Justice ouzbek avait entrepris une enquête « planifiée » sur de possibles irrégularités concernant leur présence dans le pays. « Le ministère », notait AsiaNews, « examinera le bureau représentatif de cette ONG indienne, ainsi que la compatibilité des objectifs inscrits dans leur charte avec la loi ouzbèke ». Jusqu’à maintenant, l’enquête n’a pas eu d’incidence sur la présence des religieuses ni sur leurs activités.
Rien de particulier n’est à relever non plus pour l’Église orthodoxe, dont les membres sont principalement des Russes ethniques.
Par contre, les groupes protestants et les Témoins de Jéhovah se heurtent à de sérieux obstacles pour pratiquer librement leur foi, soit parce qu’ils sont considérés comme intrinsèquement « occidentaux », soit parce qu’ils sont très actifs et que leur prosélytisme est perçu comme un grand danger.
Une émission de la télévision d’État intitulée « Hypocrites » a accusé ces groupes religieux de faire pression sur les personnes, a rapporté Forum 18 News Service le 19 décembre 2006. Selon cette émission, « sous le prétexte d’aider financièrement des personnes dans le besoin, ils (les groupes mentionnés plus haut) instillent leurs propres idées dans les esprits. (…) Il s’avère que les gens ciblés deviennent bientôt de complets zombies. (…) Le jeune homme (ou la jeune fille) qui se convertit au christianisme est perdu pour sa famille, ses voisins et la société ». L’émission commençait en soulignant que « bien que notre peuple ait laissé derrière lui les tribulations que lui faisait subir le système soviétique, des tribulations pires encore sont à craindre avec l’activité missionnaire chrétienne ».
Un article de Narodnoe Slovo (24 avril 2007) écrit par le professeur Mansur Bekmuradov reflète la même opinion. Cet universitaire de l’Institut culturel d’État de Tachkent y prétend que certains missionnaires essayent de transformer la population ouzbèke en zombies. Il ajoute que quiconque essaye de faire partager sa foi est coupable de « violence religieuse » et constitue « l’un des plus dangereux problèmes sociaux, politiques, idéologiques et moraux » que le pays doit affronter.
Outre de telles diffamations, ces groupes ont aussi à subir des descentes de police. Des croyants surpris au milieu de réunions dans des domiciles privés ont souvent été condamnés à des peines légales, y compris des peines de prison. La documentation religieuse en leur possession, quelle qu’elle soit, est ordinairement saisie et détruite.
Parmi les sentences les plus sévères prononcées contre des personnes engagées dans des activités religieuses, figure celle du pasteur protestant Dmitry Chestakov, qui fut condamné à quatre ans de travaux forcés sous l’accusation générique d’« organisation illégale de groupes sociaux ou religieux », de « haine ethnique, raciale ou religieuse » et de « diffusion d’ouvrages contenant des idées caractérisées par l’extrémisme religieux » (Forum 18 News Service, 8 février 2007).
Parallèlement, les autorités ont essayé d’isoler les communautés religieuses du reste du monde, non seulement en refusant aux citoyens ouzbeks le droit de voyager à l’étranger, mais aussi en expulsant des étrangers suspectés de contacts avec des organisations religieuses locales.
L’ingérence et le contrôle de l’État se révèlent encore plus rigoureux à l’encontre des communautés musulmanes. L’État utilise ses médias et l’éducation nationale pour former une classe d’imams loyaux qu’il place à la tête des mosquées locales. Pour les prières du vendredi, les imams doivent prononcer des sermons approuvés par le Conseil des muftis, qui est de facto sous le contrôle de l’État. Les mosquées non encadrées par l’État ne peuvent se faire enregistrer, et servent de clubs, de librairies et de musées comme sous le temps des Soviets. L’éducation religieuse non contrôlée par l’État est interdite sous peine de fortes amendes ou même de prison. À l’école, les élèves doivent remplir des questionnaires qui déterminent leur « loyauté politique » envers le président.
L’État décide également qui est autorisé ou non à se rendre au pèlerinage de la Mecque (Hajj), l’un des cinq piliers de l’islam, devoir que chaque adulte musulman doit accomplir au moins une fois dans sa vie. Au cours des deux dernières années, le gouvernement ouzbek a autorisé 5.000 de ses citoyens à se rendre à ce pèlerinage alors que les autorités saoudiennes, gardiennes de la cité sainte, ont déterminé un quota annuel de 25.000 pèlerins pour l’Ouzbékistan. S’il veut se rendre à la Mecque, le citoyen ouzbek doit d’abord obtenir un permis du Comité local mahalla, puis de la Commission nationale pour le Hajj. Pour renforcer encore son contrôle, l’État oblige les pèlerins à voyager avec la compagnie aérienne nationale.
Quelques observateurs internationaux estiment cependant qu’une attitude aussi intrusive et répressive de la part des autorités peut se retourner contre elles à la longue. L’Institute for War and Peace Reporting citait dans un article du 1er décembre 2006 un analyste occidental notant que même si « à brève échéance ces mesures se sont montrées très efficaces pour prévenir l’expansion de la violence en Ouzbeksitan (…), à moins que les conditions sociales ne s’améliorent, et que d’autres exutoires à la protestation ne soient autorisés, le radicalisme islamique risque de rester le seul moyen dont dispose la population pour exprimer ses frustrations. »
Les restrictions aux activités menées par les organisations étrangères de défense des droits humains
Les associations de défense des droits de l’homme, surtout celles suspectées de liens avec des groupes religieux ou de recevoir de l’aide, économique ou autre, de nations occidentales, sont aussi devenues victimes de la répression gouvernementale. En 2006 un tribunal a ordonné la suspension, permanente ou temporaire selon les cas, de plus de 10 associations de ce type. On s’attend à ce qu’un nombre égal subisse le même sort. Sous l’accusation d’« activités religieuses illégales », le gouvernement ouzbek interdit les ONGs étrangères, éliminant ainsi toute influence possible de la culture occidentale dans le pays, selon un rapport de Radio Free Europe/Radio Liberty du 7 février 2007.
AsiaNews a signalé le 14 juillet 2006 que les autorités de Tachkent avaient ordonné la fermeture définitive de l’ONG Central Asia Free Exchange (CAFE) après qu’un tribunal ait jugé ses membres coupables d’activités religieuses illégales, ayant pour but le prosélytisme chrétien. L’organisation, qui s’était engagée dans des projets comme la formation d’équipes médicales, la construction d’orphelinats et l’enseignement de l’anglais, a aussi été accusée d’utiliser internet sans licence, et d’avoir adopté un logo non enregistré. D’autres organisations ont subi le même sort pour les mêmes raisons: Global Involvement Through Education, mentionnée par Associated Press le 1er juin 2006, dont Human Rights Without Frontiers s’est fait l’écho quatre jours plus tard; l’association basée aux États-Unis Partnership in Academics and Development, et deux ONGs sud-coréennes, la Fondation coréenne pour l’aide internationale et l’Institut d’Asie pour la culture et le développement, évoquées par Human Rights Without Frontiers le 29 août 2006 se référant à MoscoNews.com du même jour. Crosslink Development International, selon un rapport de Ria Novosti du 23 août 2006 cité le jour suivant par Human Rights Without Frontiers, a aussi été obligée de mettre un terme à ses activités, dénoncées comme étant contraires à ses statuts ; l’organisation était en outre accusée d’apporter une aide économique à la Communauté chrétienne du plein évangile.
Le 17 avril, le ministre ouzbek de la Justice a informé l’agence de presse russe TASS que les membres de Friendship and Hope International (engagés dans l’aide humanitaire depuis 1995) avaient été avertis par écrit qu’ils devaient cesser toute « activité missionnaire » sous peine de sanction. Dans un rapport daté du 26 février 2007, News Briefing Central Asia a relevé que le ministère ouzbek de la Justice avait avisé World Vision International, une organisation chrétienne dont le siège est aux États-Unis, qu’elle contrevenait aux lois locales.







