> Rwanda
APPARTENANCE
RELIGIEUSE
Chrétiens : 82,7 %
Animistes : 9 %
Musulmans : 7,9 %
Autres : 0,4 %
Chrétiens : 7 615 016
Catholiques baptisés : 4 381 000
SUPERFICIE
26 338 km2
POPULATION
9 038 000 habitants
RÉFUGIÉS
53 577
DÉPLACÉS
-
- L’héritage difficile du génocide de 1994
- Catholiques
- Les autres communautés chrétiennes
- Témoins de Jéhovah
Bien que la Constitution de 1991, complétée par une série d’amendements en 1992, 1993 et 1995, garantisse à l’article 18 la liberté de religion, les autorités locales limitent souvent ce droit, en intervenant notamment contre les Témoins de Jéhovah et les Pentecôtistes qui refusent de remplir des obligations patriotiques ou des gestes considérés comme un symbole de l’unité nationale.
Toute discrimination fondée sur la race, l’ethnie, la tribu, le clan, l’origine géographique, le sexe, la religion ou tout autre critère discriminatoire est interdite aux partis politiques.
Les missionnaires étrangers et les organismes affiliés à un groupe religieux n’ont pas besoin de demander l’enregistrement, mais ils doivent déclarer leurs activités et leurs buts aux autorités locales pour obtenir un « permis provisoire ». Certains groupes se plaignent que ce permis est à obtenir et opèrent sans autorisation, ce qui leur vaut parfois un rappel à l’ordre ou même la prison.
L’État exige que les réunions religieuses se tiennent dans les lieux de culte et interdit qu’elles aient lieu chez les particuliers. Il faut demander une autorisation pour tenir une réunion religieuse la nuit, parce que dans le passé les groupes de rebelles ont qualifié de « réunion religieuse » leurs rendez-vous nocturnes visant à mener des agressions, et pour éviter le tapage nocturne.
La situation est généralement assez tranquille pour les groupes religieux, mais la police intervient énergiquement contre toute activité susceptible de troubler l’ordre public, même de façon marginale. Ainsi, depuis février 2007, la police de trois régions (Kigali, Nyarugenge et Gasabo) arrête et met en prison les « prédicateurs de rue » chrétiens qui proclament l’évangile et leur foi aux passants, les considérant comme une source de « désordres ». En outre, depuis février 2006, la police prend des mesures contre les églises et les temples qui provoquent des nuisances sonores, en saisissant leurs instruments musicaux trop bruyants et en enjoignant aux mosquées de baisser le volume des haut-parleurs qui appellent les fidèles à la prière (source BBC).
Dans les écoles publiques, l’enseignement de la religion est autorisé, le plus souvent comme alternative à un cours de morale. Il existe des écoles chrétiennes et des écoles musulmanes. L’Église catholique administre 137 écoles maternelles avec 38.648 enfants ; 1.232 écoles primaires avec 892.434 élèves ; 131 écoles secondaires avec 61.351 élèves ; 16 hôpitaux et 87 dispensaires (chiffres de Fides, décembre 2007).
L’héritage difficile du génocide de 1994
En l’espace de cent jours, entre avril et juillet 1994, les extrémistes hutus ont massacré entre 500.000 et 800.000 personnes appartenant pour la plupart à l’ethnie tutsi. Des milliers d’autres personnes ont été tuées ensuite en représailles par les Tutsis, faisant au total près de 937.000 victimes d’après le gouvernement (d’après les Nations Unies, il n’y en aurait eu « que » 800.000).
Pendant plusieurs années, des dizaines de milliers de personnes accusées d’avoir participé au génocide ont été détenues en attendant d’être jugées. Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) créé par l’ONU, dont le siège est à Arusha (Tanzanie), n’est arrivé à juger que quelques dizaines de personnes. La plupart de ces procès - concernant des figures de second plan, exécuteurs des ordres de leurs supérieurs, soldats ou personnes communes - ont été transférés par centaines à des tribunaux populaires, appelés « gacaca », un mot qui signifie « herbe » dans la langue locale kinyarwanda en souvenir de la tradition de se réunir dans un pré pour résoudre les conflits locaux. Alors que 818.000 personnes étaient accusées de crimes liés au génocide, le gouvernement a modifié à plusieurs reprises les procédures en vue d’accélérer les procès, en étendant progressivement les compétences des gacaca. En mai 2007, il leur a attribué le pouvoir de condamner à la prison à vie, alors que précédemment la limite de la peine était de 30 ans de prison. En outre comme peine alternative à la prison, il a été prévu d’affecter les coupables à des services utiles à la collectivité : de mai à octobre 2007, près de 47.000 personnes ont été condamnées à effectuer de tels services. Ces décisions sont prises par un jury populaire composé de 9 personnes, sans avocat ni pour l’accusation, ni pour la défense, laquelle est assurée par l’accusé. Plusieurs fois, Amnesty International et d’autres organisations ont dénoncé les gacaca, affirmant qu’ils ne respectent pas les conditions internationales minimales pour un procès équitable. Plusieurs juges ont été accusés d’utiliser abusivement leur pouvoir à des fins personnelles ou politiques (Human Rights Watch). Des sources gouvernementales ont reconnu que des dizaines de personnes se sont suicidées à la suite du jugement de ces tribunaux populaires. À la fin de 2007, plusieurs dizaines de milliers de procès restaient encore à faire.
La blessure des massacres est encore très présente dans le pays, et une loi de 2003 déclare « illégale » toute expression de révisionnisme ou de négationnisme sur le génocide. Sous cette accusation, le prêtre Jean-Marie Vianney Uwizeyeyezu a été arrêté en mai 2006 pour avoir sous-estimé la gravité du génocide : d’après un quotidien philo-gouvernemental, il aurait minimisé les massacres de 1994 dans une homélie prononcée en avril (source Radio Vaticana) en ajoutant que c’est une erreur de traiter les responsables du génocide de « chiens ». En octobre 2006, il a été condamné à 12 ans de prison.
Parmi les centaines de milliers de personnes accusées de génocide ou de crimes collatéraux, il y a aussi des fidèles chrétiens et des prêtres. Plusieurs prêtres catholiques ou appartenant à d’autres confessions ont été condamnés tant par les gacaca que par le TPIR, parfois même pour des crimes graves. Sur la base de ces faits, les autorités et les médias publics, ainsi qu’une partie de la presse et de l’opinion publique internationale, ont lancé des accusations génériques de complicité contre toute la hiérarchie ecclésiale. L’Église est accusée en particulier de protéger les prêtres mêlés au génocide et de ne pas accepter de reconnaître ses responsabilités, en oubliant le lourd tribut de sang versé par l’Église du Rwanda : 248 victimes parmi les consacrés, dont 3 évêques, 103 prêtres, 47 frères de différentes congrégations et 65 religieuses (source Fides).
On peut déplorer que les médias internationaux se limitent généralement à annoncer qu’« un prêtre » ou « une religieuse catholique » a été condamné pour génocide sans mentionner son identité, qui n’est manifestement pas jugée importante.
Bien qu’il y ait eu ces dernières années quelques signes de rapprochement entre le gouvernement et l’Église, seule une délégation luthérienne a été invitée à réciter une prière lors de la commémoration du génocide de 2007, à la différence des autres années.
La situation de soupçon et de défaveur qui pèse sur l’Église apparaît de façon emblématique dans l’affaire du prêtre belge Guy Theunis, de la Société des Missionnaires d’Afrique, arrêté le 6 septembre 2005 à l’aéroport de Kigali alors qu’il s’apprêtait à se rendre en Belgique. L’accusation de génocide a aussitôt été publiée dans les médias avec beaucoup de retentissement, mais n’a été communiquée officiellement que quelques jours plus tard. Le père Theunis, dans ses écrits et dans son activité de directeur de la revue locale en langue française « Dialogue », aurait incité à la division ethnique, à la planification du génocide, et ensuite au révisionnisme, en publiant en particulier des extraits du journal extrémiste rwandais « Kangura ». En réalité, il s’agissait seulement d’une revue de presse dans laquelle étaient reproduits en les traduisant quelques articles des journaux locaux. Le père Gérard Chabanon, supérieur de l’ordre, a immédiatement déclaré que cette accusation était totalement infondée, en excluant formellement que cette publication, « qui passe en revue les problèmes traités dans une perspective chrétienne », ait jamais pu avoir de telles visées. Mais l’accusation concernait surtout la personnalité du missionnaire, qui a vécu au Rwanda de 1970 à 1994, et qui a toujours été très actif dans le domaine de la communication. Rentré en Belgique après le génocide, il a vécu en Afrique du Sud de 1998 à 2003, puis au Congo. Pendant les 23 ans qu’il a passé au Rwanda, il a fait partie de diverses associations pour la défense des droits humains et contre la violence, et il a été entendu comme témoin sur des faits liés au génocide par des organes politiques et judiciaires internationaux tels que la Commission d’enquête de l’Assemblée nationale française et celle du Sénat belge. Jamais jusqu’alors il n’avait été envisagé qu’il ait pu favoriser le génocide de quelque façon que ce soit. Depuis 1994, il s’était rendu plusieurs fois au Rwanda, chaque fois avec un permis de séjour en règle. Il est le premier ressortissant étranger à avoir été jugé par les gacaca. Des organismes internationaux, tels que « Reporters sans frontières », se sont élevés contre cette mesure, en observant que « le père Theunis, qui a toujours défendu les principes de tolérance et de respect des autres, a passé sa vie à lutter contre le racisme et la haine ethnique ». Ils ont qualifié cette accusation d’« outrageuse et absurde », en soulignant que la publication d’extraits du journal extrémiste « Kangura » visait à « condamner la haine et l’intolérance ».
Tout aussi significative est la suite donnée à cette affaire. Le 11 septembre 2005, au terme d’une audience à laquelle ont assisté un millier de personnes, les juges du gacaca d’Ubumwe ont renvoyé le père Theunis devant les tribunaux ordinaires, considérant que ses fautes (« avoir incité les Rwandais au génocide à travers ses écrits et ses discours ») appartenaient à la catégorie n° 1, la plus grave, celle des « planificateurs » du génocide de 1994, passibles de la peine de mort. Quelques semaines plus tard, la Haute Cour de justice de Kigali a accepté la demande d’extradition du gouvernement belge : le prêtre pouvait être jugé dans son pays d’origine, où il est rentré en novembre 2005, libre et sans escorte. Human Rights Watch a dit que les autorités rwandaises n’avaient aucune preuve justifiant l’arrestation du prêtre et son procès. Le procès est encore en cours. Dans une interview à la revue Nigrizia de février 2007, il décrit ainsi la situation actuelle : des dizaines de milliers de personnes sont détenues depuis plus de 13 ans sans être encore passées en jugement, des dizaines de milliers d’autres personnes ont été remises en liberté après une longue détention en attente d’un procès, il existe dans les villages un climat de vengeance qui provoque encore des flambées de violence contre des personnes pour lesquelles il n’existe qu’une vague suspicion de génocide.
Les autres communautés chrétiennes
Depuis 2003, la demande d’enregistrement de deux groupes chrétiens méthodistes, l’Église méthodiste unie du Rwanda et la Communauté méthodiste internationale unie, est toujours en attente. Actuellement la demande de ces deux groupes, qui se considèrent comme le principal représentant de la dénomination méthodiste et le représentant légitime de l’Église méthodiste mondiale, est examinée par la Cour suprême.
Les discriminations contre les Témoins de Jéhovah se poursuivent à cause de leur refus d’accepter les idées et les symboles de la souveraineté de l’État et de l’unité nationale, tels que l’usage, qui n’est d’ailleurs par prescrit par la loi, selon lequel les jeunes mariés doivent mettre la main sur le drapeau national en prononçant leurs promesses mutuelles durant la célébration du mariage. Cette pratique est rejetée par le Témoins de Jéhovah, qui ont des difficultés à trouver un officier de l’état civil qui accepte de célébrer leur mariage sans ce rite patriotique.
Chaque année, des dizaines de Témoins de Jéhovah sont arrêtés parce qu’ils refusent de participer aux rondes nocturnes (groupes de citoyens qui patrouillent dans les rues pour assurer la sécurité publique) et gardés en prison pour une durée allant d’une nuit à un mois. Les arrestations se poursuivent, bien qu’en 2005 les juges aient déclaré qu’aucune loi n’oblige les citoyens à exercer cette activité. Dans certains districts, les fidèles se sont accordés avec les autorités pour exercer certains services d’utilité publique alternatifs. Ailleurs, les autorités continuent à ne pas délivrer de permis de construire pour leurs lieux de culte : en mai 2006, le maire de Gitarama a déclaré qu’il ne leur donnera pas de permis tant qu’ils continueront à « inciter les citoyens à désobéir à la politique du gouvernement ».
La discrimination touche aussi les écoliers : il arrive qu’ils soient expulsés parce qu’ils refusent de participer aux cérémonies patriotiques.







