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> Turkménistan

TurkménistanAPPARTENANCE RELIGIEUSE
Musulmans : 87,2 %
Athées : 10,4 %
Chrétiens : 2,3 %
Autres : 0,1 %

Chrétiens : 115 000
Catholiques baptisés
: 100

SUPERFICIE
488 100 km2

POPULATION
4 833 000 habitants

RÉFUGIÉS
125

DÉPLACÉS
-


La mort de Niyazov a suscité un espoir de changement rapidement déçu.
Le dernier événement politique notoire a été la mort, due à une crise cardiaque, de Saparmurat Niyazov, le tyrannique père des Turkmènes pendant 21 ans. Aux yeux de la communauté internationale, Niyazov était tristement célèbre pour avoir imposé un des régimes les plus violemment répressifs des libertés civiques et des droits individuels, supprimant toute opposition politique et toute presse indépendante, et imposant un culte phénoménal de sa personne. Il avait rendu obligatoire dans tous les établissements scolaires, de la maternelle au lycée, l’étude du Ruhnama, un texte religieux dont il était l’auteur, avait changé les noms des mois et des jours de la semaine, et décrété que la période de son règne devait être désignée sous le nom de « siècle d’or ».

Beaucoup d’observateurs étrangers ont envisagé à sa mort un possible effondrement du pays. C’est au contraire un calme déconcertant qui y a succédé, le vice-premier ministre Gurbanguly Berdimuhammedov assurant le contrôle du pays; d’abord président par interim, il l’est devenu de façon permanente après des élections - jugées ni libres ni équitables par les nations occidentales (AsiaNews, 14 février 2007) - qui l’ont porté au pouvoir avec 89% des voix. Ancien dentiste, souvent ministre, Berdimuhammedov était l’un des plus anciens supporters de Niyazov et est ressorti indemne des nombreux remaniements gouvernementaux.


L’après Niyazov. L’action du président Berdimuhammedov

Malgré la promesse d’un grand nombre de réformes, il est resté fidèle à l’héritage de son prédécesseur. Il a maintenu indéfectible le culte de la personnalité voué au président.

Comparé au régime précédent néanmoins, on peut noter un changement de direction dans la politique étrangère; le pays en effet, tenu dans un strict isolement par la politique d’enfermement et de dictature menée par Niyazov, s’est rapproché de la communauté internationale et Achgabat est devenu un lieu d’intenses relations diplomatiques. La participation de Berdimuhammedov à une réunion des Nations Unies a été perçue comme un signe manifeste de ce changement (AsiaNews, 26 septembre 2007). À cette occasion, le nouveau président rencontra le 24 septembre des étudiants de l’Université de Colombia à New York, et pressé de répondre à leurs questions, il déclara qu’au Turkménistan existait une totale liberté d’expression et de la presse, et qu’aucune obstruction n’était faite aux activités des groupes religieux et des ONGs étrangères.

Dans le cadre de cette ouverture aux pays étrangers, s’inscrivent aussi les deux plus importantes mesures législatives promulguées à ce jour par Berdimuhammedov en faveur des droits humains. La première est le décret adopté en juillet 2007 (Radio Free Europe/Radio Liberty, 16 juillet 2007) abolissant l’obligation d’un visa pour voyager à l’intérieur du pays, et simplifiant également un grand nombre de procédures pour se rendre en Russie et dans d’autres pays frontaliers. Cette disposition cependant est loin d’être appliquée dans toute son ampleur. Il reste en fait une liste noire de citoyens, beaucoup connus par le gouvernement pour leurs activités politiques, religieuses ou de défense des droits de l’homme, qui n’ont toujours pas le droit de pénétrer dans le pays ou d’en sortir.

La seconde mesure est la réouverture des cybercafés, réforme promise par Berdimuhammedov durant sa campagne électorale et instaurée peu après son élection. Cependant, comme l’a souligné un rapport spécial de l’Institute for War and Peace Reporting publié le 28 novembre 2007, beaucoup de difficultés s’opposent encore à ce que la population du Turkménistan ait un réel et total accès au monde extérieur via Internet. Les plus grandes sont le coût excessivement élevé de ce service - l’équivalent d’à peu près 10 dollars de l’heure -, la lenteur et le manque de fiabilité des connexions, les filtres bloquant l’accès à de nombreux sites web, et la surveillance étroite exercée sur la navigation Internet et les courriers électroniques. En outre, il est toujours impossible pour une personne privée d’obtenir une connexion Internet à son domicile.

En ce qui concerne les réformes, un an après la mort de Niyazov, beaucoup d’analystes s’accordent pour ne voir aucun changement important dans le nouveau gouvernement, qui s’est contenté de quelques petites améliorations dans le domaine de la santé, des pensions, de l’éducation, et soulignent également le peu d’avancées entreprises au bénéfice de la liberté civique et des droits de l’homme.

Tajigul Begmedova, président de la section turkmène de la Fondation d’Helsinki pour les droits de l’homme, selon un article publié dans TOL.cz le 10 janvier 2008, a déclaré que « de nombreuses réformes ont été annoncées mais n’ont pas été mises en application. En fait, politiquement parlant, le Turkménistan est resté le même que sous Niyazov. La situation en ce qui concerne les droits humains reste extrêmement préoccupante, aucune liberté d’expression n’est accordée. Tout comme son prédécesseur, le nouveau président ne tolère pas l’opposition. »

On ne constate pas non plus de signes encourageants en faveur de la liberté religieuse.

Peu de temps après la mort du président Niyazov, Farid Tukhbatullin, protestant exilé dirigeant du groupe Turkmen Initiative for Human Rights (AsiaNews, 22 décembre 2006), avait déjà souligné que même si le nouveau gouvernement ne se montrait pas hostile à la demande internationale d’une plus grande liberté, « la majorité écrasante des fonctionnaires de la police et le ministre de la Sécurité nationale ont un intérêt primordial à préserver la situation actuelle, qui leur fait bénéficier de droits illimités. »

L’ONG chrétienne Portes Ouvertes a en outre fait ressortir (AsiaNews, 14 février 2007) que le nouveau président n’avait pas fait mention dans son programme de « changements politiques, liberté de la presse ou libération de prisonniers politiques ».

Felix Corley, éditorialiste à Forum 18, agence d’information spécialiste de la liberté religieuse dans les anciennes Républiques soviétiques et l’Europe de l’Est, a déclaré: « La liberté religieuse n’existe pas au Turkménistan. Le gouvernement contrôle la religion islamique de l’intérieur - dans la mesure où un département du gouvernement en est chargé -. (…) Toutes les autres religions sont contrôlées de l’extérieur par l’intermédiaire de la police secrète et d’autres agences gouvernementales. Les activités qu’on leur permet d’exercer sont très limitées. » (Radio Free Europe / Radio Liberty, 21 août 2007).

Plusieurs membres de la Commission des États-Unis sur la liberté religieuse dans le monde mettent plus d’espoir dans une évolution positive des droits humains au Turkménistan depuis leur récente visite à ce pays en août 2007 ( Radio Free Europe / Radio Liberty, 1er septembre 2007). Michael Cromartie, président de cette Commission, a déclaré: « Au Turkménistan, il y a toujours un régime répressif, mais le gouvernement nous donne aussi des signes qu’il en est conscient et désire améliorer les choses. (…) Nous jugerons bientôt si ses intentions sont sincères, quand nous en aurons des preuves. (Pour le moment) nous avons entendu ses déclarations, mais nous n’avons pas encore obtenu de preuves. » Le 2 mai 2007, la même Commission américaine avait recommandé que le Turkménistan figure sur la liste des « Pays particulièrement préoccupants », c’est-à-dire ceux dont les autorités sont comptables de violations systématiques de la liberté religieuse (Zenit.org, 7 mai 2007).

Catholiques, orthodoxes et musulmans

Il y a une très petite communauté catholique au Turkménistan, rassemblant environ 64 baptisés, 50 catéchumènes et environ le même nombre de sympathisants, sur une population de 5 millions d’habitants. Pourtant, le père Andrzej Madej, qui dirige cette mission turkmène, a déclaré que celle-ci, même si elle ne comptait que deux prêtres et n’avait pas d’église, ne perdait rien de son enthousiasme ni de son dynamisme; les messes et les autres activités religieuses ont lieu chez des personnes privées ou à la nonciature d’Achgabat, territoire diplomatique du Vatican (ACN News, 30 août 2006). La mission n’a pu faire de demande d’enregistrement, ses deux prêtres étant d’origine polonaise, et l’une des obligations requises étant la direction par un autochtone (Forum 18 News Service, 24 mai 2006).

La communauté catholique arménienne est plus grande, mais sous des prétextes variés, on lui dénie toujours une reconnaissance publique (AsiaNews, 22 décembre 2006).

Le Saint-synode de l’Église russe orthodoxe, qui s’est tenu à Moscou le 12 octobre 2007, a décidé de séparer le territoire ecclésiastique du Turkménistan de son diocèse d’Asie centrale, basé dans la capitale ouzbèke Tachkent et dirigé par le métropolite Vladimir (Ikim) (Forum 18 News Service, 19 octobre 2007). Une demande à cet effet avait déjà été faite en 2005 dans une lettre du président d’alors, Saparmurat Niyazov, au patriarche Alexis II, qui avait poliment décliné cette proposition. Le père Georges Ryabykh, assistant du métropolite Cyrille de Smolensk et Kaliningrad, président du Département des relations extérieures du patriarcat de Moscou, tout en ne niant pas qu’une pression ait été exercée en ce sens, a cependant ajouté que la décision a été motivée pour des raisons pratiques, car la communauté turkmène était plus isolée que les autres: « La capitale du diocèse, Tachkent, est trop éloignée du Turkménistan (…) et se pose donc le problème de la rivalité entre les deux états (…). Le Turkménistan n’apprécie pas l’influence ouzbèke. »

Bien que l’Église orthodoxe russe soit l’une des deux religions officiellement reconnues, elle se heurte néanmoins encore à des difficultés. Ce ne fut qu’en novembre 2005 que les premières paroisses purent obtenir l’enregistrement. En outre, les autorités continuent de dénier aux fidèles orthodoxes la permission de construire une nouvelle cathédrale à Achgabat, comme cela avait pourtant été projeté au milieu des années 90, et leur refusent toujours l’autorisation d’achever la construction de l’église de Dashoguz. Subordonnés à l’interdiction générale de s’abonner à des journaux étrangers, les fidèles orthodoxes au Turkménistan ne sont pas autorisés à recevoir le journal du patriarcat de Moscou ni d’autres publications orthodoxes.

L’État a également poursuivi en 2007 sa politique de restriction du nombre de citoyens autorisés à participer au pèlerinage hajj à la Mecque: seulement 188 personnes, soigneusement sélectionnées par le gouvernement, après avoir reçu l’approbation du Gengeshi (Conseil) pour les Affaires religieuses, ont pu remplir leurs obligations cultuelles, bien que l’Arabie saoudite - gardienne de la cité sainte - ait autorisé un quota de 5.000 pèlerins turkmènes. Pendant des années le Turkménistan a justifié ce petit nombre de pèlerins par le coût élevé du voyage, financé par l’État; pour l’année 2007 cependant, les hautes sphères du gouvernement avaient promis que quiconque le désirerait aurait l’autorisation d’accomplir le pèlerinage à ses frais; cette promesse n’a pas été tenue (AsiaNews, 14 décembre 2007).

 La situation des groupes religieux minoritaires

 Au Turkménistan, toutes les activités des groupes religieux non enregistrés sont interdites; ils ne sont même pas autorisés à se réunir pour prier.

Leur situation, qui s’était légèrement améliorée à la fin du gouvernement de Niyazov, est redevenue préoccupante et arbitraire avec l’arrivée au pouvoir du nouveau président Gurbanguly Berdimuhammedov. Ils sont de nouveau harcelés par les contrôles, les agressions, et les procès à l’encontre de leurs membres.

Les fonctionnaires locaux et les forces de police ne cessent de les maintenir sous leur menace, mais d’autre part, il est presque impossible à ces communautés d’obtenir l’enregistrement, qui de toute façon les exposerait à un risque encore plus grand de contrôle et de totale ingérence de la part des autorités.

Beaucoup de représentants actifs de ces groupes religieux sont toujours empêchés d’entrer dans le pays ou d’en sortir, et en application de cette mesure, de nombreuses condamnations ont été prononcées au cours des deux dernières années.

Le pasteur baptiste Vyacheslav Kalataevsky, citoyen ukrainien mais pourtant né et ayant grandi au Turkménistan, a été expulsé du pays en 2001; il y est retourné en secret pour rejoindre sa famille et ses enfants, mais fut découvert et arrêté, pour être condamné en mai à trois ans de travaux forcés. Relaxé grâce à l’amnistie du 9 octobre 2007, célébrant la fin du ramadan, il fut de nouveau contraint le 11 décembre à quitter le pays (Forum 18 News Service, 10 janvier 2008).

Le baptiste russe Yevgeny Potolov eut à subir le même sort: résidant au Turkménistan depuis 1998, il fut aussi expulsé en 2001 pour participation aux activités d’un groupe religieux non enregistré; il retourna en secret rejoindre sa famille, et fut de nouveau extradé en juillet et séparé de sa femme et de ses sept enfants (Forum 18 News Service, 18 juillet 2007).

Les Témoins de Jéhovah ont aussi à supporter une situation très difficile, surtout en l’absence de loi sur l’objection de conscience. En 2007, six Témoins de Jéhovah ont été condamnés pour avoir refusé de faire leur service militaire. Trois d’entre eux firent partie du nombre des 9.000 prisonniers relaxés grâce à l’amnistie du 9 octobre (Forum 18 News Service, 9 octobre 2007), mais un autre, Begench Shakhmuradov, qui ne comptait pas parmi les amnistiés, a été jugé deux fois pour la même infraction: le 12 septembre 2007, il a été condamné à deux ans de prison avec sursis, la même peine qu’il venait de subir en février 2005 (AsiaNews, 15 septembre 2007).

Selon les rapports des Témoins de Jéhovah, la pression sur leur communauté s’est accentuée depuis le début de 2007, se traduisant par des descentes de police au milieu de leurs réunions, la destruction par le feu de leurs ouvrages religieux, l’imposition d’amendes, la perte de leur travail ou l’impossibilité d’en trouver un. En avril, les forces de l’ordre ont fait irruption à plusieurs reprises au milieu des cérémonies du Souvenir de la Mort du Christ, à la fois à Turkmenabat et à Achgabat. Il s’agit de l’événement le plus important de l’année pour les Témoins de Jéhovah, et aux deux endroits, après avoir vu leurs appartements perquisitionnés et leurs ouvrages religieux confisqués, les membres de cette communauté - adultes et enfants - furent conduits aux postes de police locaux pour y être interrogés et contraints ensuite d’y signer une déposition écrite (Forum 18 News Service, 20 juillet 2007).

 

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