> Turquie
APPARTENANCE
RELIGIEUSE
Musulmans : 97,2 %
Athées : 2,1 %
Chrétiens : 0,6 %
Autres : 0,1 %
Chrétiens : 437 820
Catholiques baptisés : 32 000
SUPERFICIE
774 815 km2
POPULATION
73 193 000 habitants
RÉFUGIÉS
6956
DÉPLACÉS
1 200 000
- Minorités islamiques
- Situation juridique des chrétiens
- Climat anti-chrétien
- Violences anti-chrétiennes
La Turquie actuelle est l’héritière du système institutionnel
imposé en 1923 par Moustafa Kemal (Atatürk) qui s’inspira alors
largement des systèmes étatiques européens. Les développements
politiques des dernières années, notamment la victoire électorale
d’une formation islamiste, le Parti de la Justice et du
Développement, dirigé par Recep Tayyip Erdogan (2002), qui est
depuis lors Premier ministre, et l’élection de son co-équipier
Abdullah Gül, à la présidence de la République (2007), n’ont
apporté aucune modification substantielle aux institutions. La
Constitution définit toujours le pays des Turcs comme « un
Etat de droit démocratique, laïc et social, respectueux des droits
de l’homme » (art. 2) et déclare que « tous les individus
sont égaux devant la loi sans distinction de langue, de race, de
couleur, de sexe, d’opinion politique, de croyance philosophique,
de religion ou de secte… » (art. 10), précisant également que
« chacun possède la liberté de conscience, de croyance et de
convictions religieuses » (art. 24).
Il convient cependant de souligner que la laïcité turque présente,
depuis ses origines, une différence essentielle avec la laïcité
telle qu’elle est conçue et pratiquée dans les pays d’Europe, en
particulier en France où l’Etat « ne reconnaît et ne salarie
aucun culte » (loi de 1905). En effet, la laïcité instaurée
par Atatürk n’implique pas la neutralité de l’Etat en matière
religieuse, elle met la religion sous la tutelle de l’Etat. Un
organisme spécial, la Dyanet, placé sous l’autorité
directe du Premier ministre, gère les affaires religieuses. De lui
relèvent, pour leur nomination, leur formation et leur
rémunération, tous ceux qui occupent des fonctions liées à la
religion (enseignants, ministres du culte, etc.), à l’intérieur
comme à l’extérieur du pays. En outre, la mention de l’appartenance
confessionnelle figure sur les actes d’état civil. Les juifs et les
chrétiens, eux non plus, n’ont aucun représentant dans cet
organisme. D’une certaine manière, ils n’auraient pas intérêt à en
faire partie car cela les placerait sous la tutelle de l’Etat qui
pourrait ainsi s’ingérer dans leur enseignement et leur culte. A
leur sujet, on ne peut parler de neutralité dans la mesure où leur
statut les prive de l’égalité avec leurs compatriotes
musulmans.
Il s’agit donc d’une laïcité sui generis, toute spécifique. Ce faisant, bien qu’agnostique lui-même, Atatürk voulut tenir compte du sentiment religieux de l’immense majorité de son peuple, qui appartient à l’islam sunnite. Le principe de « turcité », qui détermine l’identité nationale, implique la confusion implicite entre l’ethnie (turque) et la religion (sunnite). La prise en considération de cette réalité est nécessaire pour comprendre la situation relative à la liberté religieuse en Turquie.
Les membres des deux minorités qui se rattachent à l’islam, les Kurdes (sunnites non Turcs) et les alévis (Turcs non sunnites), bien que citoyens turcs, ne bénéficient pas de la plénitude des droits prévus par la Constitution. L’identité confessionnelle des seconds, malgré leur importance numérique (15 millions de personnes), n’est, de surcroît, pas reconnue, ce qui les prive de toute représentation au sein de la Dyanet.
Situation juridique des
chrétiens
Du point de vue institutionnel, les chrétiens se répartissent en deux catégories.
1 - Les communautés reconnues par le traité de Lausanne du 24
juillet 1923. Ce document, acte de naissance international de la
Turquie moderne, comporte des dispositions juridiques relatives aux
droits des minorités qualifiées de « protégées »,
c’est-à-dire, outre la communauté juive, les Eglises
grecque-orthodoxe et arménienne. Non seulement l’égalité de leurs
membres avec les autres « habitants de la Turquie » est
affirmée (art. 38), mais des droits civils, politiques et culturels
leur sont garantis. Ainsi, le traité stipule que « des
différences de religion, de foi ou de confession ne seront pas un
préjudice pour tout national turc, que ce soit dans les affaires se
rapportant aux droits civils ou fonctions et honneurs, ou
l’exercice de professions ou industries » (art. 39 § 3). Il
énonce que « tous les nationaux turcs appartenant à des
minorités non musulmanes jouiront des mêmes traitements et de la
même sécurité devant la loi et dans les faits que les autres
nationaux turcs » (art. 40).
Cependant, dans la réalité, les chrétiens concernés par le traité
de Lausanne subissent de sérieuses discriminations ou spoliations,
si bien qu’aujourd’hui, l’avenir des deux communautés est
sérieusement compromis. Depuis l’entrée en vigueur du traité
jusqu’à nos jours, les autorités adoptent une interprétation
restrictive de ses dispositions.
En principe, les institutions des « minorités protégées »
sont soumises à une loi de 1935 en vertu de laquelle le
gouvernement demande à celles-ci de faire l’inventaire de leurs
biens et de le déclarer. Mais, en l’absence de décrets
d’application, l’Etat turc règle ces questions au moyen
d’ordonnances de police. C’est ainsi qu’en 1970, le séminaire
Sainte-Croix d’Istanbul, appartenant au patriarcat arménien
apostolique (orthodoxe), a été fermé arbitrairement.
L’établissement accueillait notamment comme pensionnaires des
jeunes garçons d’Anatolie venus à Istanbul pour se réapproprier une
culture qui est gommée dans les manuels scolaires officiels et,
pour certains, se préparer au sacerdoce. La dernière démarche du
patriarche Mesrob II auprès des autorités de l’Etat en vue de la
réouverture de ce séminaire, le seul possédé par son Eglise, s’est
soldée par un nouvel échec. En mars 2007, le prélat a refusé de
participer à la cérémonie organisée par les pouvoirs publics à
l’église arménienne de la Sainte-Croix, située au bord du lac de
Van, pour marquer la fin des travaux de restauration. Il entendait
ainsi protester contre la transformation en musée de ce sanctuaire
datant du Xème siècle.
En 1971, une mesure semblable a visé l’unique institut de théologie
du patriarcat œcuménique de Constantinople, situé dans l’île de
Halki, en mer de Marmara, au motif que le patriarche Bartholomée
1er refusait sa mise sous tutelle de la Dyanet.
Bien que disposant d’une primauté d’honneur et ayant juridiction
sur 250 millions de fidèles dans le monde (2 500 seulement en
Turquie), le patriarche n’est pas reconnu comme tel par l’Etat turc
pour qu’il n’est que le « patriarche grec-orthodoxe du
Phanar » (quartier d’Istanbul où se trouve son siège).
Ces fermetures empêchent d’assurer la relève du clergé local et
pourraient entraîner à terme la disparition des deux patriarcats
relevant du traité de Lausanne. En effet, selon une règle fixée par
l’Etat, les deux patriarches doivent être turcs et élus par des
métropolites (évêques) de nationalité turque. Selon Bartholomée
1er, des pétitions circulent demandant le transfert du
patriarcat à l’étranger.
Même les œuvres caritatives sont considérablement freinées dans leur action puisqu’elles sont assujetties à l’impôt sur les sociétés. En 1974, une décision de la Cour de cassation interdit la vente de propriétés immobilières aux minorités chrétiennes, sous prétexte que cela nuirait à l’intérêt national. Elle exigea aussi la saisie de certains de leurs orphelinats, hôpitaux et écoles, sous prétexte qu’elles en étaient devenues propriétaires après 1936. Considérées comme des propriétés de l’Etat, ces institutions furent confiées à des fondations ad hoc. Ces spoliations contreviennent aux articles 40 et 41 du traité de Lausanne, qui reconnaissent aux minorités « protégées » le droit de disposer de leurs propres fondations comme supports juridiques pour l’exercice de leur culte ainsi que pour leurs œuvres apostoliques et caritatives, avec « toute liberté d’y faire usage de leur propre langue ». Elles contreviennent aussi à l’article 24 de la Constitution turque (cf. supra), ainsi qu’à l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme à laquelle la Turquie a adhéré.
2 - La seconde catégorie de chrétiens concerne ceux qui ont été « oubliés » par le traité de Lausanne. Il s’agit d’abord des membres d’Eglises de rite oriental (assyro-chaldéens, syriaques et maronites), lesquelles sont pourtant les plus anciennes établies en Anatolie. N’étant pas reconnus, elles ne jouissent d’aucune existence légale et n’ont donc aucun droit, ce qui les place dans une précarité plus grande encore. Elles sont privées du droit de posséder et de gérer des institutions scolaires et sociales propres, des séminaires de formation religieuse et de construire des églises. Toutes ces entraves ont été répertoriées dans un document de la Commission européenne sur les progrès de la Turquie vers l’adhésion à l’Union européenne, rédigé en vue du sommet de Bruxelles de décembre 2004.
Quant aux communautés de rite occidental (latine et protestantes de diverses dénominations), elles ne peuvent justifier la légitimité de leur présence que sur les lettres que le gouvernement turc adressa aux autorités françaises, italiennes et britanniques en marge du traité de Lausanne, garantissant le maintien sur place de leurs œuvres éducatives et hospitalières fondées plusieurs siècles auparavant par des missionnaires européens. Ces derniers n’en sont plus que les gérants. Latins et protestants ne jouissant d’aucune personnalité juridique ne peuvent acquérir des biens immobiliers, par achat ou héritage, bâtir de nouveaux édifices, renouveler leur personnel, ester en justice, etc.
D’une façon générale, certaines fonctions (police, armée, haute administration) sont interdites aux chrétiens. Signalons aussi qu’au nom de la laïcité les minorités confessionnelles ne peuvent être représentées en tant que telles au parlement, ce qui les prive des moyens de défendre leurs intérêts collectifs et ceux de leurs membres.
Lors de son voyage en Turquie (28 novembre-1er décembre 2006), dans son discours au corps diplomatique, le pape Benoît XVI a rappelé aux Turcs leurs obligations en matière de liberté religieuse. « Le fait que la majorité de la population de ce pays soit musulmane constitue une réalité marquante de la vie sociale dont l’Etat ne peut que tenir compte, mais la Constitution turque reconnaît à tout citoyen les droits à la liberté de culte et à la liberté de conscience. C’est le devoir des autorités civiles dans tout pays démocratique de garantir la liberté effective de tous les croyants et de leur permettre d’organiser librement la vie de leur communauté religieuse (…). Cela implique, bien sûr, que les religions elles-mêmes ne recherchent pas à exercer directement un pouvoir politique, car elles n’ont pas vocation à cela et, en particulier, qu’elles renoncent absolument à cautionner le recours à la violence comme expression légitime de la démarche religieuse ».
Par ces derniers mots, le pape faisait implicitement allusion au climat anti-chrétien qui se développe en Turquie depuis quelques années. Fruit d’une alliance entre un nationalisme exacerbé et la réislamisation de la société, cette évolution s’accompagne d’une méfiance croissante envers les minorités, les chrétiens en particulier, qui sont de plus en plus perçus comme des « ennemis de l’intérieur ». Voici ce que disait sur ce point l’archevêque de Smyrne, Mgr Ruggero Franceschini, en juillet 2007 : « S’ils [les Turcs] étaient vaiment laïcs, ils devraient respecter dans les écoles tous les croyants, quelle que soit leur religion. En revanche, nous sommes confrontés à de longues années d’enseignement scolaire qui n’exaltent que la valeur de la Turquie, non pas sa valeur historique ou celle de ses paysages, mais la valeur des conquêtes militaires et de la doctrine coranique, obligatoire dans toutes les écoles, très souvent enseignée par des personnes non préparées. Les enseignants s’évertuent surtout à nier la réalité du christianisme, ou à en diminuer sa valeur », traitant l’Evangile comme « un récit inventé » (Zenit, 3 juillet 2007).
Un tel climat semble propice aux agressions contre des chrétiens qui se sont produites en 2006 et 2007, visant aussi des chrétiens étrangers en séjour régulier.
Le 8 janvier 2006, à Adana, dans le sud de la Turquie, un pasteur protestant, Kamil Kiroglu, a été agressé chez lui par cinq jeunes gens dont l’un, armé d’un couteau, l’a sommé de renoncer au christianisme et de devenir musulman : « Reniez Jésus ou je vous tue maintenant ». Le pasteur a eu la vie sauve grâce à l’arrivée de visiteurs au temple.
Le 6 février 2006, le Père Andrea Santoro, du diocèse de Rome, présent en Turquie comme prêtre fidei donum, a été assassiné alors qu’il était en prière dans l’église Sainte-Marie de Trébizonde, au bord de la mer Noire, dans le nord du pays. D’après les témoins, son meurtrier lui a tiré plusieurs balles dans le dos en criant « Allah est grand » (Le Figaro, 7 février 2006 ; Le Monde, 8 février 2006 ; La Croix, 9 février 2006 ; Zenit, 21 février 2006). Arrêté peu après en possession de l’arme du crime, Ohuzan Akdil, âgé de 16 ans, a affirmé avoir agi en réaction à la publication des caricatures de Mahomet dans le journal danois Yllands-Posten fin 2005. Il a été condamné à une peine de 18 ans et 10 mois d’emprisonnement (Zenit, 8 octobre 2007). Cet épilogue a laissé Mgr Luigi Padovese, vicaire apostolique d’Anatolie, « amer et insatisfait » car « la lumière n’a pas été faite sur les motifs du geste, attribué seulement à l’action d’un jeune déséquilibré » (Eglises du Monde, n° 134, 2ème tr. 2007. Cf. aussi L’Osservatore Romano, éd. française, 14 février 2006).
Le 9 février 2006, à Smyrne un franciscain de nationalité slovène, le Père Martin Kmetec, qui se trouvait alors à l’intérieur de l’église paroissiale Sainte-Hélène, a été agressé par un groupe de jeunes musulmans qui ont menacé de l’égorger en déclarant : « Nous réussirons à vous tuer tous » (Zenit, 12 février 2006).
Le 11 mars 2006, un prêtre capucin, Handi Leylek, citoyen turc,
et un groupe d’adolescents ont été menacés de mort par un homme
armé d’un couteau alors qu’ils étaient réunis dans l’église
catholique Saint-Antoine de Mersin, ville située sur la côte
méridionale de la Turquie. Roberto Ferrari, prêtre italien
demeurant sur place, parvint à appeler la police qui arrêta
l’agresseur.
Le 2 juillet 2006, le Père Pierre Brunissen, prêtre français
fidei donum qui avait rouvert, le 5 mars précédent,
l’église de Trébizonde, a été poignardé dans une rue de Samsun,
ville également située au bord de la mer Noire où il exerçait
habituellement son ministère. Le 21 février, il avait été menacé
par un groupe de jeunes entrés dans l’église de Samsun .
Hospitalisé, il a survécu à ses blessures. Son agresseur, Attila
Nuran, est proche des milieux islamistes (Zenit, 2 juillet
2006 ; La Croix, 4 juillet 2006 ; Le Figaro, 4
juillet 2006 ; Eglises du Monde, n° 134, 2ème tr.
2007).
Le 19 janvier 2007, le journaliste turc arménien, Hrant Dink, a
été assassiné à Istanbul, devant l’immeuble de l’hebdomadaire
bilingue Agos dont il était le rédacteur en chef. Dink
était très connu pour son action en faveur de la reconnaissance
officielle du génocide des Arméniens, ce qui lui avait valu d’être
condamné, en juillet 2006, à six mois de prison avec sursis pour
« insulte à l’identité turque », délit prévu par
l’article 301 du Code pénal. Il oeuvrait toutefois pour la
réconciliation entre Arméniens et Turcs, critiquant
l’intransigeance des Arméniens de la diaspora. Originaire de
Trébizonde, son meurtrier, Ogun Samast, âgé de 17 ans, a été arrêté
à Samsun, portant sur lui l’arme du crime. Il a déclaré ne pas
regretter son acte. Son procès, ainsi que celui de dix-sept autres
prévenus, s’est ouvert à Istanbul en juillet 2007. Ils militaient
tous au sein du Parti de la grande unité, nationaliste et
islamisant, issu du mouvement des Loups gris (Le Figaro,
21 janvier 2007 et 31 janvier 2007 ; Le Monde, 23 janvier
2007, 11-12 février 2007 et 3 juillet 2007 ; La Croix, 22
janvier 2007 et 24 janvier 2007).
Le 11 octobre 2007, son fils et successeur à la tête
d’Agos, Arat Dink, a été condamné à un an de prison avec
sursis pour infraction à l’article 301, après avoir publié dans son
magazine un entretien donné par son père avant sa mort (Le
Monde, 13 octobre 2007).
Auparavant, le 27 janvier 2007, un temple protestant situé à
Samsun a été attaqué par des inconnus qui ont brisé les vitres de
l’édifice à coups de pierres (La Croix, 29 janvier
2007).
Le 18 avril 2007, à Malatya, ville située au centre de l’Anatolie,
trois chrétiens évangéliques, deux Turcs convertis, Necati Aydin et
Ugur Yuksel, et un Allemand, Tilmann Geske, ont été égorgés sur
leur lieu de travail, la maison d’édition Zirve, qui diffusait des
bibles et de la littérature chrétienne. Cinq étudiants âgés de
19-20 ans, présumés meurtriers, ont été arrêtés. Ils
appartiendraient à une confrérie soufie. Ils ont affirmé avoir agi
« pour la patrie ». Par la suite, six autres suspects,
présumés complices, parmi lesquels Emre Günaydin, chef des
« Foyers idéalistes », branche des Loups gris, ont été
arrêtés. Leur procès s’est ouvert le 23 novembre 2007. La presse
locale a pris fait et cause pour les accusés, ce qui oblige les
avocats des parties civiles a vivre reclus dans un hôtel de la
ville. L’un d’eux, Me Cengiz, a déclaré que « si les
représentants de l’Etat continuent à dire que la Turquie est
menacée par des ennemis de l’intérieur, et que les missionnaires
sont des agents à la solde de l’étranger pour diviser la Turquie,
ce genre de crimes est inévitable ». Pour lui, les meurtriers,
ultra-nationalistes, sont « en lien avec des organisations
étatiques » (La Croix, 20 avril 2007 et 23 novembre
2007 ; Le Monde, 20 avril 2007 et 24 novembre 2007 ;
Le Figaro, 20 avril 2007).
Le 3 septembre 2007, la police a arrêté un homme, Semih Sahin, qui
s’apprêtait à incendier l’entrée d’un temple protestant à Smyrne
dont le pasteur est le beau-frère de l’un des deux convertis au
christianisme assassinés à Malatya.
Le 13 novembre 2007, plusieurs gardes forestiers ont entrepris de démolir la chapelle du XVIIème siècle dédiée à la Transfiguration du Seigneur située devant le séminaire de théologie de Halki. La chapelle était pourtant en cours de restauration avec la permission des autorités locales. Les gardes ont enlevé et jeté les tuiles du toit, brisé toutes les fenêtres et leurs encadrements. La destruction totale a été évitée au dernier moment, suite à la protestation du métropolite Meliton, directeur des affaires légales du patriarcat œcuménique, auprès du préfet de l’île.
Fin novembre, un moine syriaque-orthodoxe, Edip Daniel Savci,
résidant au monastère Mor Yacup, près de Mydiat, dans le sud-est de
la Turquie, a été enlevé puis relâché quelques jours après.
Le 16 décembre 2007, le Père Adriano Francini, capucin italien,
supérieur de la Custodie de Turquie et recteur du sanctuaire de la
Vierge Marie à Ephèse, a été blessé à l’arme blanche à la sortie de
l’église Saint-Antoine, à Smyrne, où il venait de célébrer la
messe. Son agresseur est un jeune homme de 19 ans. Il aurait
justifié son acte par le fait que le prêtre lui aurait refusé le
baptême. Se faire passer pour un candidat à la conversion est une
méthode régulièrement employée actuellement pour faire accuser les
chrétiens de Turquie de prosélytisme. Mgr Franceschini a réagi de
la sorte : « Ils diront encore que c’est l’acte d’un fou. Mais
on doit admettre que depuis un an et demi, en Turquie, les actes de
tels fous ont notablement augmenté » (La Croix, 18
décembre 2007 ; Le Monde, 18 décembre 2007).
Le 30 décembre 2007, la police a arrêté un jeune homme qui
s’apprêtait à tuer un pasteur protestant turc exerçant son
ministère à Antalya, dans le sud de la Turquie. L’agresseur aurait
indiqué aux policiers : « Les missionnaires influencent
négativement les jeunes ». Pour Mgr Luigi Padovese,
« ceux qui se convertissent au christianisme sont considérés
comme des traîtres à l’identité turque » (La Croix, 2
janvier 2008).
Commentant la situation des chrétiens en Turquie, le cardinal
Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour la promotion de
l’unité des chrétiens, a déclaré le 3 juillet 2006 : « Je
pense que ces actes ne sont possibles que dans un contexte de
soupçon, de xénophobie. Ce n’est pas seulement le problème de celui
qui commet l’acte. A Istanbul aussi grandit le fondamentalisme
islamique, appelé patriotisme » (Zenit, 4 juillet
2006).
Tous ces événements n’ont pas empêché le nouvel ambassadeur de
Turquie près le Saint-Siège d’affirmer à Benoît XVI lors de la
présentation de ses lettres de créance, le 19 janvier 2007 :
« Comme l’ont confirmé il y a quelques semaines les dirigeants
de mon pays à Votre Sainteté, la Constitution turque garantit la
liberté de culte et la liberté de conscience de l’ensemble de ses
citoyens quelles que soient leurs origines ou convictions
personnelles. Dans le cadre du principe de laïcité, socle de la
démocratie en Turquie, l’Etat turc traite sur un même pied
d’égalité l’ensemble des communautés religieuses. En d’autres
termes, les libertés individuelles de nos citoyens sont à ce titre
dûment garanties sans aucune discrimination fondée sur des critères
ethniques ou confessionnels ».
En savoir plus dans EdM 143 (avril 2009)







