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> Venezuela

VenezuelaAPPARTENANCE RELIGIEUSE
Chrétiens : 94,8 %
Athées : 2,2 %
Autres : 3 %

Chrétiens : 25 624 440
Catholiques baptisés
: 23 526 000

SUPERFICIE
912 050 km2

POPULATION
26 749 000 habitants

RÉFUGIÉS
200 907

DÉPLACÉS
-


Ce pays de la Caraïbe traverse une période critique: il connaît économiquement une hausse de la pauvreté et de l’insécurité, et politiquement de profonds changements institutionnels promus par le président Chavez. L’Église s’est dite préoccupée par cette conjoncture difficile et par la menace que les réformes entreprises font peser sur les libertés (Fides, 17/1/2006). En réponse, le président Chavez a critiqué durement la hiérarchie ecclésiastique, l’accusant de fomenter des mouvements de rébellion. Les évêques ont fait alors valoir la nécessité de préserver la liberté d’expression et ont dénoncé les provocations de Chavez, destinées selon eux à détourner la population des problèmes réels du pays (Radio Giornale; Radio Vatican, 20/1/2006). L’épisode le plus dramatique de ces tensions aura été l’assassinat, en d’étranges circonstances, du sous-secrétaire de la Conférence épiscopale, le père Jorge Piñango Mascareño (Zenit, 25/4/2006).

 Tensions Eglise-Etat

En dépit de tout, l’Église a demandé au gouvernement, par la voix du cardinal Jorge Urosa, de respecter la liberté religieuse à l’école, et a proposé quelques modifications à la nouvelle loi organique sur l’éducation, qui garantissent le respect des valeurs transcendantes et spirituelles (Fides, 21/6/2006; Zenit, 23/6/2006). Il s’agissait pour elle, comme l’a souligné l’évêque de San Cristóbal, Mgr Mario del Valle Moronta, d’attirer l’attention du gouvernement et de l’opposition sur la nécessité de trouver un terrain d’entente, et sur l’urgence d’une nouvelle évangélisation (Acn News, 2/8/2006). Dans cette perspective, la Conférence épiscopale du Venezuela a publié des conseils de vote pour les élections présidentielles, préconisant comme critères de choix les principes de l’Évangile et la défense des valeurs de justice, de liberté, de démocratie et de paix, tout en rappelant que le Droit canon interdisait aux prêtres de s’inscrire sur les listes électorales (Zenit, 5/11/2006; Radio Giornale, 24/11/2006). C’est dans la même démarche qu’elle a lancé des appels au calme au fur et à mesure que la confrontation entre le gouvernement et l’opposition s’intensifiait (Reuters, 28/11/2006).

Après la réélection d’Hugo Chavez au poste de président du Venezuela, et avant qu’il n’annonce son intention de proclamer et de mettre en application le socialisme, la Conférence épiscopale, par l’intermédiaire de son président, le cardinal Jorge Urosa, a souhaité pour le pays une voie de transformation qui reste ouverte aux valeurs transcendantes, de façon à éviter un socialisme marxiste à tendance totalitaire (Zenit, 21/12/2006). Le président vénézuélien a répondu de façon agressive; il a accusé la hiérarchie catholique de proférer des absurdités, de défendre l’indéfendable et lui a conseillé de lire Marx, Lénine et le Sermon sur la montagne de la Bible, pour s’instruire sur les origines du socialisme (Radio Vatican, 9/1/2007). D’autres controverses ont alimenté les tensions, la Conférence épiscopale critiquant par exemple, au nom de la liberté d’expression, la fermeture de la chaîne de télévision Radio Caracas Televisión, et le président vénézuélien lui répondant par d’autres insultes (Zenit, 10/1/2007; l´Osservatore Romano, 6/1/2007). Ces attaques frontales suscitèrent de nouvelles déclarations de la part de l’Église: celles par exemple de l’archevêque de Coro, Mgr Roberto Lückert, qui dénonça les méthodes autocratiques et militaristes du président Chavez, après que celui-ci eût déclaré que Jésus était le plus grand socialiste de l’histoire (Zenit, 14/1/2007), ou celles en ces termes du cardinal Rosalío Castillo Lara: « À cette occasion solennelle, je vous invite à nous rejoindre pour prier avec ferveur le Divin Pasteur de sauver le Venezuela », qui ajoute: « Nous nous trouvons dans une situation extrêmement critique, comme notre histoire en a peu connue » (Aciprensa, 15/1/2006).

L’évolution politique du pays

A l’issue de leur 87e Assemblée plénière, les évêques du Venezuela avaient publié un document manifestant l’espoir que quel que soit le système politique adopté, celui-ci serait centré sur la personne humaine, garantirait la propriété privée et sa fonction sociale, et promouvrait les valeurs démocratiques (Radio Vatican, 16/1/2007; Zenit, 16/1/2007; l’Osservatore Romano, 3-4/12/2007). Cependant, à leur Assemblée suivante de juillet, force leur fut de se montrer très réservés sur le caractère démocratique de la réforme constitutionnelle. Leurs inquiétudes portaient sur l’augmentation de la pauvreté et du chômage, la restriction de la liberté d’expression, et les lacunes, dans la nouvelle loi en matière d’éducation, sur les finalités de cette dernière, les droits des enseignants, et la légitimité des parents à demander une instruction religieuse à l’école (Fides, 10/7/2007). Revenant sur ces craintes, l’archevêque de Caracas, le cardinal Jorge Urosa, tout en exhortant au calme et à la raison, a souligné le droit de l’opposition à protester contre les mesures gouvernementales. Il s’est inquiété de ce que l’enseignement privé puisse être nationalisé, ou tout au moins orienté vers les valeurs bolivariennes, mélange de patriotisme centré sur le personnage de Simón Bolivar, et de socialisme (Radio Vatican, 19/9/2007). Il déclara aussi que l’Église s’opposerait au projet du « socialisme du XXIe siècle », s’il se révélait être un pouvoir totalitaire à l’image du marxisme subi par les anciens pays communistes (Aciprensa, 2/8/2007). Les autres membres de l’épiscopat vénézuélien partageaient cette opinion, comme le fit savoir un mois plus tard l’archevêque de Mérida, Mgr Baltasar Porras (Aciprensa, 8/9/2007), ou comme l’avait déjà déclaré quelques mois auparavant Mgr Pérez Morales, archevêque émérite de Los Teques, lorsqu’il mettait en garde contre l’imminence d’un danger totalitaire (Aciprensa, 7/2/2007).

Depuis lors, les évêques ont voulu être les témoins de l’évolution politique du pays. En août, ils publiaient une Exhortation, « Llamados a vivir en la libertad » (Appelés à vivre dans la liberté), où ils déclaraient inacceptable la réforme constitutionnelle, car elle limitait les droits fondamentaux du système démocratique et de la personne (Fides, 22/10/2007; Aciprensa, 28/11/2007; La Civilta Cattolica, 3/3/2007). Cette position de l’épiscopat a naturellement provoqué critiques féroces et injures de la part du pouvoir, d’autant plus violentes que se rapprochait l’échéance du référendum sur la réforme constitutionnelle, finalement désapprouvée à très peu de voix. Le président bolivarien accusa l’Église de manipulations et de mensonges (Avvenire, 14/7/2007; Aciprensa, 17/7/2007). Il alla même jusqu’à traiter de clown impérialiste le cardinal hondurien Mgr Oscar Rodríguez Madariaga (Aciprensa, 24/7/2009). Peu après, il incriminait l’Église catholique de défendre l’immoralité et l’imposture (Aciprensa, 7/8/2007). En décembre, le vice-président Jorge Rodríguez accusa l’Église d’avoir commandité des réunions politiques contre la réforme constitutionnelle dans un lieu de culte - une ancienne chapelle -, ce que démentit l’archevêque de Caracas, affirmant que les rencontres auxquelles le fonctionnaire se référait étaient une initiative de laïcs dans ce qui était maintenant un centre communal et non plus une enceinte paroissiale (Aciprensa, 6/12/2007). La situation devint plus alarmante peu de temps après, lorsque le cardinal Jorge Urosa fut agressé physiquement et insulté par une quinzaine de membres d’un groupe sympathisant du gouvernement, « La Esquina caliente », sans que la police intervienne (Aciprensa, 9/12/2007). Deux mois auparavant, le gouvernement s’était abstenu de se faire représenter aux obsèques du cardinal Rosalío José Castillo Lara (Aciprensa, 20/10/2007). A l’opposé de cette attitude, la réaction des évêques à l’échec de Chavez au référendum fut un appel à la réconciliation et à la paix (Aciprensa, 4/12/2007). Cependant, la tension monte entre le gouvernement vénézuélien et l’Église catholique, au fur et à mesure que s’implante le projet socialiste bolivarien.

 

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