APPARTENANCE RELIGIEUSE
chrétiens : 70,7 %
agnostiques : 24,2 %
musulmans : 4,6 %
autres : 0,5 %
Catholiques : 25 240 000
SUPERFICIE
357 022 km2
POPULATION
82 057 000
RÉFUGIÉS
593 799
DÉPLACÉS
-
L’article 4 de la Constitution allemande proclame que la liberté de croyance, de conscience, de confession religieuse et d’idéologie est inviolable, et que la liberté de culte est garantie. Par ailleurs, l’article 7 établit le droit à l’instruction religieuse, et l’article 33 garantit l’égalité de tous les citoyens quelle que soit leur confession religieuse. Dans l’Appendice qui reprend les articles de la Constitution de Weimar du 11 août 1919 relatifs aux relations entre l’Église et l’État, on trouve d’autres dispositions qui garantissent le libre exercice des convictions religieuses sans aucune coercition. Il y est établi en outre qu’il n’y a pas de religion d’État.
Les rapports avec les Églises catholique et protestantes (luthérienne et réformée) sont réglés par des conventions stipulées au niveau fédéral ou au niveau des divers États fédérés ou Länder. Les rapports avec l’Église catholique sont régis par le Concordat de 1933. La reconnaissance des groupes religieux est réglementée par les lois fédérales.
Toute organisation religieuse peut demander le statut juridique d’« association de droit public ». Cette reconnaissance lui donne, entre autres, la faculté de nommer des aumôniers dans les hôpitaux, les prisons et les forces armées. Les Églises chrétiennes sont engagées également dans les œuvres sociales et dans le secteur de la santé. Un grand nombre d’écoles maternelles, écoles, hôpitaux et maisons de retraite sont gérées par les paroisses, les ordres religieux, ou d’autres organisations liées à l’Église.
L’État prélève un impôt spécial appelé Kirchensteuer s’élevant à environ 9% du revenu des membres de l’« association » (la communauté religieuse concernée) et redistribue ensuite ces fonds à ladite association. Pour obtenir ce statut juridique, certaines conditions sont requises, relatives à la taille de l’organisation, sa stabilité dans le temps, ainsi qu’une déclaration formelle que cette association observera les principes constitutionnels et les droits fondamentaux. Environ 180 organisations religieuses jouissent de ce statut, parmi lesquelles l’Église catholique, les communautés protestantes, la communauté juive, les mormons, les mennonites, les méthodistes et les baptistes. Après une bataille légale de dix ans, les Témoins de Jéhovah ont obtenu la reconnaissance.
Hostilité anti-chrétienne
Relayée par la presse et les médias, l’attitude d’opposition culturelle aux principes promus par les communautés chrétiennes, et en particulier par l’Église catholique, sur des questions comme celles de la famille, la morale sexuelle et la défense de la vie humaine se traduit souvent par des préjugés anti-chrétiens qui sont à l’origine des actes de violence contre les symboles et les édifices religieux de la part de certains extrémistes.
En mars 2010, une enquête du quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung a énuméré une série d’actes de vandalisme contre des églises et des chapelles – tels que le vol ou la destruction de statues – qui ont marqué une nette augmentation au cours de l’année en question. Les raisons et les circonstances de ces incidents ne sont pas indiquées. En avril 2010, des tags offensifs sont apparus sur la façade de la maison où est né Joseph Ratzinger (le pape Benoît XVI).
Le rassemblement des jeunes appelé « Christival », qui s’est tenu à Brême en avril 2008, a donné lieu à de dures controverses. Ce rassemblement, le cinquième depuis 1976, auquel ont participé près de 16 000 jeunes, est fondé sur les principes bibliques. Certains médias influents ont qualifié ce rassemblement de « fondamentaliste », en critiquant en particulier les ateliers sur l’homosexualité, « la possibilité de changement » et « la guérison ». Des critiques sont venues aussi des partis politiques comme les Verts (Bündnis ’90, Die Grünen), tandis que les conservateurs de la CDU (Union de la Démocratie Chrétienne) et des Églises protestantes ont soutenu ce festival. Des représentants de l’Alliance anti-sexiste ont cherché à empêcher la tenue du rassemblement en provoquant des désordres le jour de son inauguration.
En novembre 2008, un article sur le « Christival » a paru dans la revue « Q-rage » (courage), dont la publication s’inscrit dans le cadre d’une initiative nationale contre la discrimination dans les écoles dénommée « École sans racisme. École avec courage ». Cette revue tirée à un million de copies et distribuée dans les écoles, est soutenue par les agences du gouvernement et par d’autres institutions. Elle contenait un article sur le « Christival » écrit par deux élèves âgés de 18 ans, qui ont défini les prises de position des participants d’« ultraconservatrices » et « hostiles à la Constitution allemande ». Le thème principal de ce numéro de la revue était l’islam et le fondamentalisme islamique. Dans une lettre d’accompagnement, Thomas Krüger, Président de la Bundeszentrale für politische Bildung (l’Agence fédérale pour l’éducation politique, qui subventionne cette revue), a fait un parallèle entre les groupes islamiques et évangéliques, en les considérant tous deux comme une menace contre la liberté. À la suite des protestations, Krüger s’est excusé pour cette lettre, et l’Agence fédérale pour l’éducation politique a décrit l’article sur le « Christival » paru dans « Q-rage » comme totalement inacceptable, « de parti pris » et « source de confusion ».
En mai 2008, l’université Ludwig Maximilians (LMU) de Munich a retiré son soutien à un Séminaire d’éthique pour un management d’inspiration chrétienne, au motif que ses contenus chrétiens n’étaient pas « politiquement corrects ». Ce cours supprimé du programme était donné depuis deux ans par le professeur Friedrich Hanssmann, en même temps qu’un autre cours sur les valeurs chrétiennes dans l’économie et dans la société portant sur les Dix Commandements, sur l’amour du prochain et de la création, et sur le rapport personnel avec Dieu, appliqués dans la vie professionnelle et économique.
Dans plusieurs Länder, les élèves qui ne souhaitent pas recevoir une instruction religieuse ont la possibilité de choisir un cours de morale. Dans ceux de Berlin et du Brandebourg, les cours d’éthique sont obligatoires pour tous les élèves, tandis que l’instruction religieuse est facultative. Un referendum a été organisé à Berlin le 26 avril 2009 sur un projet de loi visant à autoriser les élèves à participer à l’éducation religieuse à la place du cours obligatoire de morale. Mais cette proposition a été rejetée.
Enfin, il y a eu quelques cas d’hostilité envers les prêtres, dont le plus grave s’est produit en octobre 2009 contre le prêtre orthodoxe Aleksejs Ribakovs, qui a été agressé et contraint de déménager pour protéger sa famille. Ses agresseurs l’ont insulté parce qu’il était chrétien. Le mois suivant, une chapelle protestante a été incendiée dans la nuit du 15 au 16 novembre à Over, près de Hambourg, après que deux tentatives en ce sens avaient échoué précédemment.
Les problèmes posés par l’immigration des musulmans
La présence d’une communauté musulmane nombreuse, de diverses origines ethniques et religieuses pose des problèmes dans les rapports entre l’État et les musulmans. En vue d’obtenir le statut légal d’association de droit public, et à la suite de la demande des autorités publiques de pouvoir négocier avec un seul partenaire, les quatre principales organisations islamiques ont fondé le 9 avril 2007 une organisation religieuse unitaire censée représenter tous les musulmans d’Allemagne. Mais de nombreux observateurs, parmi lesquels le ministre fédéral de l’Intérieur, ont affirmé que cette organisation ne représentait que 10 à 15% de la population musulmane. Par ailleurs, la reconnaissance du statut légal d’association de droit public pose des problèmes aux communautés islamiques, notamment à cause de leur coutume d’enterrer les morts enveloppés uniquement dans un linceul, une coutume en contradiction avec les lois allemandes sur les inhumations. Beaucoup de Länder (11 sur 16) ont adapté leur législation pour répondre aux demandes des musulmans.
Les efforts accomplis par le gouvernement pour intégrer les communautés musulmanes, tels que les initiatives de la « Conférence pour l’Intégration », qui s’est réunie encore une fois le 25 juin 2009, se sont heurtés à l’insistance des groupes islamiques pour séparer les filles et les garçons dans les activités sportives et pour autoriser le port du foulard. L’enseignement de la religion islamique est autorisé dans plusieurs Länder, mais il pose des problèmes à cause des divisions entre les communautés, par exemple entre sunnites, chiites et alevis. En 2007 dans le Baden-Württemberg, des cours spéciaux ont été autorisés pour les diverses traditions, mais à la suite des difficultés rencontrées dans l’organisation de ces cours, qui devaient être approuvés par les divers imams, jusqu’à présent, seules 10 écoles publiques sur 4 700 ont été en mesure de démarrer ces cours. Dans certains Länder, les enseignantes musulmanes ne sont pas autorisées à porter le foulard dans les écoles publiques. La nouvelle législation traite toute une série de questions et s’applique à tous les symboles religieux ou autres, utilisés pour contester les valeurs constitutionnelles.
Ces dernières années, des Facultés de religion islamique ont été ouvertes dans certaines universités. Dans certains cas, cependant, comme à l’université de Münster, un professeur accusé par les groupes d’extrémistes d’enseigner une forme d’islam qui ne correspond pas à leur interprétation a été placé sous la protection de la police et obligé de poursuivre son cours dans un lieu secret, connu seulement de ses étudiants.
Les écoles qui donnent une formation aux futurs imams se multiplient, tant à la suite d’initiatives privées qu’à l’initiative des autorités publiques, telles que le ministère de l’Intérieur de Basse Saxe.
