
APPARTENANCE RELIGIEUSE
musulmans : 93,0 %
chrétiens : 4,9 %
autres : 2,1 %
Catholiques : 1 250 000
SUPERFICIE
2 149 690 km2
POPULATION
26 246 000
RÉFUGIÉS
575
DÉPLACÉS
-
En janvier 2009, le Département d’État a inclus une nouvelle fois l’Arabie Saoudite parmi les pays particulièrement à risque du point de vue des droits de l’homme, en raison de la poursuite des graves violations de la liberté de religion. En février de la même année, la Commission des États-Unis sur la liberté de religion dans le monde a recommandé que la question des droits de l’homme soit directement abordée lors des réunions des Nations Unies dédiées à la situation en Arabie Saoudite.
CHRÉTIENS
En 2009, les représentants saoudiens ont réaffirmé la position de leur gouvernement, selon laquelle les non-musulmans ont la possibilité de pratiquer leur religion en privé. Toutefois, la notion de « privé » demeure plutôt vague et confuse. Le gouvernement saoudien affirme que, aussi longtemps que les non-musulmans se réunissent en petits groupes dans les habitations privées, les forces de l’ordre n’interviennent pas. Cette position officielle est cependant contredite par les faits, puisque la police religieuse continue à faire irruption dans les réunions de prière, même si le nombre des « descentes » est en baisse par rapport aux années précédentes. Plusieurs quotidiens ont fait état de négociations en cours entre les représentants du Saint-Siège et le gouvernement saoudien en vue de la construction d’une église, qui serait la première en Arabie saoudite, mais ces affirmations ont été démenties par les évêques qui vivent au Moyen-Orient.
Beaucoup de chrétiens ont été arrêtés dans le courant de l’année. Dans certains cas, la chose n’a pas été ébruitée dans leur pays d’origine afin de ne pas gêner les négociations en vue de leur libération. En janvier 2009, un pasteur érythréen, Yemane Gebriel, a dû quitter le pays pour une destination inconnue après avoir reçu de nombreuses menaces de la part de la police religieuse. Pendant dix ans, Gebriel avait été à la tête d’une Église chrétienne clandestine de plus de 300 croyants.
En mars 2009, trois chrétiens indiens surpris en train de prier ensemble dans la province orientale ont été arrêtés par la police religieuse, qui a saisi le matériel religieux qui se trouvait dans leur appartement. Ces trois chrétiens ont été remis en liberté quelques jours plus tard.
CHIITES
Les chiites représentent entre 10 et 15% de la population saoudite, mais il n’y a aucun ministre chiite dans le gouvernement, et sur les 150 membres de la choura (Conseil consultatif), 5 seulement sont chiites. Très peu de chiites occupent des positions en vue dans l’administration publique, et en particulier dans les agences de sécurité. Malgré quelques progrès constatés en 2007, comme l’autorisation de célébrer la fête de l’achoura, dans la ville de Qatif, dans d’autres régions comme l’Ahsa et le Dammam où les chiites sont majoritaires, la célébration des fêtes chiites est interdite. Les demandes d’autorisation pour enseigner la doctrine chiite aux enfants dans les écoles ou pour rouvrir les mosquées chiites (hussainiya) fermées par le gouvernement sont restées sans réponse. D’autres mosquées chiites ont été fermées en 2009 dans les provinces orientales, dont deux à Al-Khobar en août et deux autres en novembre. Les autorités ont justifié la fermeture de ces mosquées par l’absence d’autorisation. En décembre 2009, la pose de pierres tombales (une coutume propre aux chiites uniquement en Arabie saoudite) a été officiellement interdite dans le gouvernorat de Médine, et toutes les pierres tombales déjà en place ont été enlevées.
En février 2009, les membres de la police religieuse ont filmé une femme chiite pendant un pèlerinage à Médine aux tombes de certaines figures religieuses vénérées par les chiites. Cet acte de dévotion est considéré comme « offensant » par l’école de pensée wahhabite. Quand une demande a été présentée pour récupérer la pellicule, ces images étant considérées comme une intrusion dans la vie privée de cette femme, la police a réagi en arrêtant une vingtaine de chiites, remis en liberté une semaine plus tard. En mars, dix autres chiites ont été arrêtés dans la province orientale à la suite de protestations. Toujours en mars, les autorités saoudiennes ont lancé un mandat d’arrêt contre le leader chiite Nimer Al-Nimer, qui avait dit que les musulmans chiites pourraient bien quitter un jour le pays si les autorités ne mettaient pas fin aux discriminations à leur encontre.
En novembre 2009, l’activiste chiite Munir Jassas a été arrêté et placé en isolement pendant quatre mois sans aucune accusation formelle. En fait, il était coupable d’avoir écrit sur le forum Tahira, qu’il supervise, que les chiites doivent « défendre les autres chiites, car s’ils se taisent, l’oppression continuera ». Les autorités lui ont ordonné de cesser ses activités sur Internet, et deux mois plus tard elles l’ont mis en prison.
En mars 2010, trois chefs religieux chiites ont été arrêtés et condamnés à un mois de prison pour avoir célébré des fonctions religieuses et pour avoir organisé les cérémonies de l’achoura à Al-Khobar, dans la province orientale, en décembre 2009.
ISMAÉLITES
L’Arabie saoudite compte environ 700 000 musulmans ismaélites, qui continuent à subir de graves discriminations et abus de la part des autorités saoudiennes, notamment dans leurs pratiques religieuses, dans l’accès aux emplois de la fonction publique, devant les tribunaux et dans l’enseignement. Ces dernières années, le gouvernement a fermé plusieurs lieux de culte ismaélites.
En août 2009, le roi Abdullah a ordonné la remise en liberté anticipée de 17 ismaélites qui faisaient partie d’un groupe de 100 croyants arrêtés en 2000 après les faits de Najran. Ils ont été relâchés quelques mois avant l’expiration de leur peine de dix ans de détention.
En septembre 2009, l’activiste ismaélite Ahmad Turki al-Saab a été remis en liberté après avoir purgé une peine de 18 mois d’emprisonnement. Al-Saab avait été arrêté pour avoir fait circuler une pétition demandant la démission du gouverneur de la province de Najran, le prince Mishaal bin Saud, accusé de discriminations à l’encontre des ismaélites. Le prince Mishaal a été écarté de ses fonctions par un décret royal de novembre 2008, et le roi l’a ensuite remplacé par son fils Abdullah.
AUTRES MUSULMANS
En janvier 2009, les autorités saoudiennes ont arrêté Hamoud Saleh Al-Amri, un blogeur saoudien qui avait décrit sa conversion de l’islam au christianisme sur son site Internet. Il a été remis en liberté en mars après avoir passé deux mois en prison, à condition de ne pas quitter le pays et de ne pas parler aux médias. Un certain nombre de musulmans sunnites sont actuellement en prison sous l’accusation de « sorcellerie » et de « magie noire ». En novembre 2009, un juge de Médine a condamné à mort le ressortissant libanais Ali Sabat pour sorcellerie. Les accusations se basaient sur un programme télévisé dans lequel Sabat donnait des conseils et prédisait l’avenir.
DES SIGNAUX POSITIFS
Les confiscations de matériel religieux non islamique semblent avoir diminué dans les aéroports saoudiens, où précédemment les douaniers ne laissaient rien passer, pas même une Bible personnelle ou un chapelet. En outre, des personnalités de premier plan du gouvernement saoudien, parmi lesquelles le roi Abdullah et le Grand Mufti, ont lancé à plusieurs reprises des appels en faveur de la tolérance envers les croyants des autres religions.
Les nominations annoncées en février 2009 constituent un élément important de la nouvelle orientation politique du roi Abdullah. Au Conseil des grands Oulémas, le grand Mufti, cheik Abdul-Aziz bin Abdullah Al Sheikh, a été confirmé à son poste, mais pour la première fois dans l’histoire du royaume, des représentants des rites sunnites autres que le rite hanbalite qui inspire la doctrine officielle wahhabite ont été admis à siéger dans ce conseil de 21 membres. Parmi ces nominations, il faut signaler celles d’un nouveau chef de la police religieuse – la « Commission pour la promotion de la vertu et la prévention du vice » – d’un nouveau ministre de l’Éducation et de la Justice, d’une nouvelle Cour suprême, d’un nouveau vice-ministre de l’Éducation (qui est aussi la première femme occupant des fonctions ministérielles dans l’histoire du pays). D’après certains observateurs, la plupart des personnalités nouvellement désignées sont connues comme étant des réformistes, qui ont remplacé des personnalités plus conservatrices. Il est trop tôt pour dire si elles seront capables de faire évoluer les politiques restrictives du régime en matière de liberté de religion.
Dans le domaine de l’éducation, depuis décembre 2009, le Centre Roi King Abdul Aziz pour le dialogue national a organisé près de 2 700 cours, suivis par plus de 150 000 personnes, visant à accroître la tolérance et à encourager la modération. Le gouvernement saoudien continue à surveiller les enseignants qui affichent des opinions religieuses extrémistes. On a cependant constaté des cas d’enseignants qui, sans tenir compte des nouvelles dispositions, continuent à promouvoir des opinions intolérantes dans les écoles. Une enquête menée en 2009 par un sociologue saoudien montre que non seulement les manuels scolaires saoudiens incitent à l’intolérance envers les non-musulmans, mais qu’ils sèment aussi la haine entre les différentes communautés musulmanes.
Au plan international, le roi Abdullah a parrainé, par le biais de la Muslim World League (MWL), une Conférence sur le dialogue interreligieux qui s’est tenue à Genève entre fin septembre et début octobre 2009. À cette conférence ont participé 166 chefs religieux, universitaires et personnalités du monde entier. Quelques jours plus tôt, le 23 septembre, le roi avait inauguré à Thwal, à 80 kilomètres de Jeddah, la King Abdullah Science and Technology University (KAUST) qu’il a qualifiée de « maison de la sagesse » et « phare de la tolérance ». D’après ses statuts, la police religieuse n’est pas autorisée à pénétrer sur le campus, où les étudiantes et les enseignantes peuvent conduire une voiture sans risquer d’être traduites devant les tribunaux comme c’est le cas ailleurs. Dans cette nouvelle université, pour la première fois dans l’histoire de l’Arabie saoudite, des hommes et des femmes se côtoieront dans les salles de cours.
