Chine

ChineAPPARTENANCE RELIGIEUSE (* estimations)
agnostiques : 39,5%
religion traditionnelle chinoise : 32,1%
bouddhistes : 13,5 %
chrétiens : 8,6 %*
musulmans : 1,6 %
animistes : 4,3 %
autres : 0,4 %

Catholiques : 8 000 000*

SUPERFICIE
9 560 175 km2

POPULATION
1 338 202 000 habitants

RÉFUGIÉS
301 081

DÉPLACÉS
-

L’année 2009 a été caractérisée par les commémorations du 60e anniversaire de la République Populaire de Chine (RPC). La cérémonie fastueuse et imposante du 1er octobre, avec défilé militaire sur la place Tienanmen et l’avenue Changan (de la Paix éternelle), entendait glorifier ces 60 années de progrès continu et sans heurt, et l’unité sans faille qui règne au sein du groupe dirigeant du Parti communiste chinois (PCC) : le président Hu Jintao avait revêtu pour l’occasion la veste maoïste, et son portrait trônait à côté de ceux de Mao Zedong, Deng Xiaoping, Jiang Zemin. Pas un mot des problèmes passés et présents du Parti (purges, persécutions, camps de travail, disettes …).
En vue de cet anniversaire, toutes les religions officielles (reconnues et enregistrées) avaient reçu des indications pour célébrer le 60e anniversaire par des cérémonies, prières et vœux.
Cependant, l’année 2009 marquait aussi le 20e anniversaire du massacre de Tienanmen. Par crainte de manifestations ou d’émeutes, le gouvernement a multiplié les arrestations et renforcé la censure auprès de toutes les organisations qui tendent à échapper à son contrôle.
De fait, le droit à la liberté religieuse continue à être bafoué. Les nouvelles restrictions introduites à l’occasion des Jeux Olympiques de 2008 sont restées en vigueur en 2009, et il apparaît clairement que, tout en proclamant l’indépendance des communautés religieuses, les autorités ont donné des instructions pour en garder le contrôle, au nom du patriotisme (aiguo, aijiao : aimer la patrie, aimer l’Église), en intervenant pesamment dans leurs affaires intérieures. En 2009, les arrestations et les suppressions de communautés non officielles (ou souterraines) se sont poursuivies ; les autorités ont cherché à unifier les dénominations chrétiennes protestantes et les écoles bouddhistes, en louant leur esprit « démocratique » et leur soumission aux associations patriotiques.
Dans la grave crise économique que le pays traverse, les religions sont invitées à apporter leur contribution au développement économique du pays en attirant les investissements étrangers, en faisant office d’agences d’aide sociale dans certains secteurs où le gouvernement n’est pas présent (personnes âgées, handicapés, orphelins…), ou en cas de catastrophe naturelle (tremblements de terre, inondations, glissements de terrain, catastrophes écologiques).
En même temps, les autorités continuent à dénoncer leurs prétendus « rapports avec des forces étrangères qui interfèrent dans les affaires intérieures » de la Chine. Parmi ces « forces étrangères », il y aurait le Vatican, les musulmans (Xinjian), les Tibétains (Tibet), les Mongols (Mongolie intérieure)…
Depuis 20 ans, il est question d’une proposition de loi sur la liberté de religion, mais elle est toujours au point mort. Le gouvernement préfère s’en remettre aux règlements des administrations locales ou provinciales auxquels chacun peut donner sa propre interprétation sans devoir faire référence au droit ou à la loi nationale. En outre, une loi nationale devrait faire une place à toutes les religions présentes actuellement sur le territoire chinois, mais non reconnues officiellement et oeuvrant dans la clandestinité, telles que l’hindouisme, l’Église orthodoxe, le judaïsme, etc. Jusqu’à présent, seuls le bouddhisme, le taoïsme, l’islam, et le christianisme protestant et catholique sont reconnus par le gouvernement.


CHINE – CATHOLIQUES

Au cours de l’année 2009, le PCC s’est efforcé de maintenir une séparation très nette entre l’Église officielle et l’Église souterraine, en mettant l’accent sur les « devoirs » de la première (aimer la patrie, éviter les influences étrangères…), et en multipliant les arrestations des pasteurs et prêtres qui ne se soumettaient pas entièrement au contrôle de l’association patriotique (AP).

Évêques et prêtres de l’Église souterraine en prison

L’arrestation au plus haut niveau a été celle de Mgr Jia Zhiguo, évêque de l’Église souterraine de Zhengding (Hebei), survenue le 30 mars à 16 heures. Cinq agents de police à bord de deux voitures ont arrêté l’évêque à son domicile et l’ont emmené vers une destination inconnue. Mgr Jia, 74 ans, est de santé fragile en raison de son âge et des incarcérations passées. Les fidèles de son diocèse craignent que ce nouvel emprisonnement ne mette sa vie en danger.
Mgr Jia a déjà subi de nombreuses incarcérations qui l’ont tenu éloigné de sa communauté pendant plusieurs mois. Pendant ses séjours en prison, la police a cherché à le rallier à la politique religieuse du Parti et à le faire adhérer à l’AP.
Cette dernière arrestation apparaît comme une tentative pour anéantir les efforts du Vatican de réconcilier les Églises officielle et souterraine de la province de Hebei, région de Chine où les catholiques sont les plus nombreux. Quelques mois plus tôt, Mgr Jang Taoran, évêque de Shijiazhuang (Hebei), diocèse de l’Église officielle, s’était réconcilié avec le Saint-Siège et avait accepté – sur les conseils du Vatican – de collaborer avec l’évêque Jia Zhiguo en devenant son auxiliaire. Mgr Jia serait devenu l’évêque ordinaire du diocèse, tout en continuant à appartenir à l’Église souterraine, non reconnue par le gouvernement. Les deux évêques s’étaient rencontrés à diverses reprises et avaient commencé à rédiger un plan pastoral commun.
En découvrant ces signes de réconciliation, l’Association patriotique a empêché toute nouvelle rencontre entre les deux évêques en les plaçant sous surveillance policière 24 heures sur 24. D’après des fidèles locaux, la police aurait dit à Mgr Jia Zhiguo que « ce rapprochement [entre les deux évêques] est mauvais parce qu’il est voulu par le Vatican, qui est une puissance étrangère. S’il doit y avoir unité, celle-ci ne peut se faire que sous l’égide du gouvernement et de l’AP ». Devant le refus de Mgr Jia d’adhérer à l’AP, la police a cherché à le délégitimer en lui disant que le gouvernement allait nommer un autre évêque à sa place, et que pour lui « le moment est venu de prendre sa retraite » du fait qu’il est malade.
Cette arrestation a eu lieu alors que la Commission plénière sur l’Église en Chine était réunie au Vatican (30 mars – 1er avril), avec la participation des membres de la Curie et des évêques de Hong Kong, Macao et Taiwan. La Commission a diffusé un communiqué final dans lequel elle exprime sa « profonde affliction » face à cette nouvelle arrestation de Mgr Jules Jia Zhiguo et à la situation des autres évêques et prêtres « privés de leur liberté ».
Mgr Jia a été remis en liberté au début du mois de juillet 2010, mais deux autres évêques sont toujours détenus par la police dans un lieu inconnu.
Le premier est Mgr Jacques Su Zhimin (diocèse de Baoding, Hebei), 75 ans, arrêté en 1996, et dont on est sans nouvelle. En novembre 2003, il a été vu à l’hôpital de Baoding, où il suivait un traitement pour le cœur et pour les yeux, sous surveillance policière. Quelques jours plus tard, il a de nouveau disparu.
Le deuxième est Mgr Côme Shi Enxiang (diocèse de Yixian, Hebei), 86 ans, arrêté le 13 avril 2001 et disparu depuis lors. Mgr Shi, ordonné évêque en 1982, a passé 30 ans de sa vie en prison. Sa dernière arrestation remontait à décembre 1990, et il avait ensuite été remis en liberté en 1993. Il avait vécu ensuite dans un isolement forcé jusqu’à sa dernière arrestation.
D’après différentes sources, des dizaines de prêtres de l’Église souterraine se trouvent actuellement en prison ou dans des camps de travail, et une dizaine d’évêques est en isolement.
En mars, le P. Paul Ma, 55 ans, prêtre de Dung Lü (Hebei), a été arrêté et emmené dans un lieu inconnu pour avoir célébré l’Eucharistie avec des fidèles de l’Église souterraine. La communauté chrétienne s’inquiète pour le P. Ma, qui souffre d’une maladie de cœur qui n’est probablement pas soignée dans son lieu de détention.
En juillet, le P. Chen Hezhao, 40 ans, prêtre de l’Église souterraine de Aoxin (Baoding), a été arrêté par la police et envoyé dans un lieu secret. Il venait juste de rentrer de France, où il avait suivi des études de perfectionnement.

Persécutions à l’occasion des enterrements
L’ostracisme à l’encontre des évêques de l’Église souterraine se poursuit même après leur mort : à leur enterrement, les autorités interdisent que soit mentionné leur titre d’« évêque », et elles font tout leur possible pour empêcher les communautés souterraines de célébrer leurs obsèques.
Le 30 décembre 2009, Mgr Léon Yao Liang, évêque coadjuteur de Xiwanzi (Hebei) est mort à l’hôpital un an après avoir été remis en liberté après 3 ans de détention. Il avait 86 ans. Un cordon de police avait été mis en place pour tenir à distance les fidèles de son diocèse (souterrain). Mais malgré les contrôles et le froid glacial (depuis 60 ans, il n’était plus tombé autant de neige en Chine), au moins 5 000 fidèles ont participé à ses obsèques.
Comme cet évêque était un pasteur de l’Église souterraine, non reconnue par le gouvernement, les autorités locales ont interdit d’exposer les insignes épiscopaux du prélat défunt pendant le rite à l’église et de l’appeler « l’évêque Yao » (il devait être appelé « le pasteur Yao »). Mais lors de son inhumation au cimetière de Xiwanzi comme les jours précédents, les fidèles ont prié pour « l’évêque Yao ». D’après des témoins, au moment de l’inhumation, des fidèles ont déposé ses insignes épiscopaux dans son cercueil. À la messe d’enterrement, seuls trois prêtres du diocèse ont pu célébrer ses obsèques. Les fidèles avaient interdiction de publier et de diffuser la nécrologie du prélat.
Une persécution analogue a eu lieu à l’enterrement de Mgr Jacques Lin Xili, évêque non officiel de Wenzhou (Zhejiang), mort le 4 octobre à l’âge de 91 ans. Les autorités ont interdit aux fidèles et à ses proches d’exposer une photo sur laquelle l’évêque apparaissait avec sa mitre et sa croix pectorale, et elles ont refusé qu’il soit inhumé dans ses vêtements épiscopaux. Des sources locales disent que malgré cette interdiction, les proches de Mgr Lin lui ont mis sa calotte d’évêque sur la tête avant la crémation. Ce prélat clandestin n’avait jamais été reconnu par le gouvernement, et il avait passé de nombreuses années dans les camps de travail ou assigné à domicile. Les autorités ont interdit d’employer le terme zhujiao (évêque) aux obsèques de Mgr Lin, en autorisant seulement celui de mu, pasteur.
Mgr Lin était une figure connue et estimée des deux communautés de son diocèse, qui compte près de 120 000 fidèles, dont certains ont émigré dans d’autres régions du pays. Son arrestation en 1999, l’assignation à domicile qui lui a été imposée en 2003, et sa maladie ont favorisé un rapprochement entre les communautés souterraine et officielle, après de vives tensions dans le passé. Craignant une réunification, les autorités ont donné l’ordre de déployer au moins 1 000 agents de police devant l’église. Plus de 20 000 personnes ont participé à ses obsèques.

L’Association patriotique humilie les évêques et intimide les fidèles

Pour pouvoir intervenir et s’exprimer en public, les évêques catholiques doivent s’inscrire à l’Association patriotique et approuver son but, qui est d’édifier une Église indépendante du Saint-Siège (ce qui est contraire à la religion catholique).
Le cas le plus éloquent est celui de Mgr François An Shuxin, évêque coadjuteur souterrain de Baoding qui a adhéré à l’AP en 2009 après avoir passé 10 ans en prison. Depuis sa libération le 24 août 2006, Mgr An Shuxin était assigné à domicile.
Selon des sources de Baoding, Mgr An aurait décidé de s’inscrire à l’AP après que celle-ci l’avait menacé de l’isoler et de nommer un autre évêque à sa place, en créant la confusion dans la communauté souterraine. Comme il l’a dit lui-même dans une interview à AsiaNews, il a pris cette décision pour protéger sa communauté et pour pouvoir effectuer un minimum de travail pastoral, même en étant contrôlé par l’AP. Le même motif a probablement poussé deux prêtres souterrains, le P. Pang Guangzhao et le P. Jiang Yanli, à s’inscrire à l’AP. Aussitôt, ils ont pu sortir de prison. Mais d’autres prêtres de Baoding sont toujours détenus.
D’une façon générale, le chantage auquel l’AP a soumis Mgr An a semé la division dans la communauté de Boading (l’une des communautés souterraines les plus nombreuses). La décision de l’évêque a en effet provoqué le désarroi et la tristesse des fidèles et des prêtres, dont certains le considèrent comme un « traître ». D’après certaines sources, l’AP, qui ne fait pas confiance au nouveau venu, continue à contrôler Mgr An Shuxin dans tous ses déplacements, et le fait participer à une série de conférences et de rencontres où il est présenté comme un trophée qui atteste la « victoire » de l’AP et la « justesse » de la politique religieuse du gouvernement.
Cette même stratégie, consistant à obliger les évêques à faire l’éloge de l’AP, à saper l’autorité et l’estime dont ils jouissent et à diviser la communauté chrétienne, a été appliquée à Mgr Joseph Li Shan, archevêque de Pékin.
Mgr Joseph Li Shan, 45 ans, a été consacré archevêque de Pékin le 21 septembre 2007 avec l’approbation du Saint-Siège. Mais depuis plusieurs mois, il s’est rapproché de l’AP, l’organisme qui contrôle la soumission des communautés religieuses au Parti.
À l’occasion des célébrations du 50ème anniversaire de l’AP (et des premières ordinations épiscopales indépendantes [du Vatican]), ce prélat a prononcé plusieurs discours dans lesquels il a soutenu la politique de l’AP qui « hisse le drapeau de l’amour de la patrie et de l’amour pour l’Église », en recommandant de « persévérer dans les principes d’indépendance, autonomie et autogestion de l’Église ». Si la première de ces deux déclarations est très proche de ce que les papes ont toujours dit (les bons catholiques sont aussi de bons citoyens), la seconde reconnaît le principe de séparation de l’Église de Chine vis-à-vis du Saint-Siège promu par l’Association patriotique, ce qui a poussé Benoît XVI à préciser que les idéaux de l’AP ne sont pas compatibles avec la doctrine catholique (cf. Lettre de Benoît XVI aux catholiques chinois, n. 7 et note 36). D’après les fidèles de Pékin, l’évêque semble avoir délégué son travail pastoral au directeur de l’AP, le laïc Antoine Liu Bainian.
Pour la fin de l’Année paulinienne et le début de l’Année sacerdotale, Mgr Li Shan s’est limité à souhaiter bonne fête à tous les prêtres du nom de Pierre ou de Paul, et à inviter son clergé à un repas convivial. Liu Bainian est venu faire un discours aux prêtres et aux religieux, en les invitant à « suivre les traces de l’apôtre Paul, promouvoir l’étude de la théologie, et s’employer à édifier une Église inculturée ayant un caractère chinois ». Dans son discours savant – publié presque intégralement sur le site du diocèse de Pékin (http://www.tianguangbao.org/09.7.1/1.htm) – il a dit que l’Église en Chine vit l’esprit et la pensée de saint Paul, qu’il a résumées en quatre points : a) esprit d’adaptation ; b) apaisement des tensions entre religion et politique, en se soumettant au régime du pays où l’on se trouve ; c) esprit de solidarité ; d) vivre l’évangélisation. Il a condamné « comme saint Paul » les divisions, et en particulier celle entre l’Église officielle et l’Église souterraine qui « fait obstacle à l’évangélisation », et qui est entièrement imputable – a-t-il ajouté – à des « puissances occidentales anti-chinoises ».
Dans les documents du Parti, le Vatican est généralement désigné comme une « puissance occidentale » ou « étrangère » qui cherche à intervenir dans la vie religieuse des Chinois.
Du 10 au 12 juin, s’est tenue à Pékin la 9ème Assemblée des représentants de l’Église catholique de Pékin en présence de 230 prêtres, religieux, séminaristes et laïcs. Mgr Li Shan a prononcé une intervention intitulée « hisser le drapeau de l’amour de la patrie et de l’amour pour l’Église, promouvoir l’évangélisation de l’Église catholique de Pékin ». Dans cette intervention, divisée en trois parties, il a retracé l’histoire de l’Église de Pékin, fait le bilan des cinq dernières années, et tracé la mission future. Dans la première partie, il a appelé à « consolider l’AP », la « gestion démocratique de l’Église », « l’Église au service de la capitale, pour le bien de la société tout entière ». Parmi les principales expériences à valoriser, il a cité « la volonté de l’Église de défendre les principes d’indépendance, autonomie, autogestion ; l’Église au service de la société ; et la gestion démocratique de l’Église ».
Pour comprendre la situation, il convient de préciser que ces dernières années, la quasi-totalité des évêques officiels s’étaient réconciliés (secrètement) avec le Saint-Siège. La lettre de Benoît XVI aux catholiques chinois du 27 mai 2007 avait renforcé ce lien, en incitant plusieurs évêques reconnus par le gouvernement à collaborer avec les évêques souterrains. Mais à la suite de la lettre du Pape et de l’unité retrouvée entre les évêques chinois, le Front Uni et les Associations patriotiques ont lancé ces derniers mois des initiatives destinées à rappeler les évêques officiels chinois à l’obéissance. Le Front Uni et l’AP les font participer régulièrement à des congrès, rencontres, séminaires et sessions politiques, au risque de compromettre leur travail pastoral. Les évêques ne peuvent pas se rencontrer seuls à seuls, passant d’une vie de solitude – sous la férule des secrétaires de l’AP – à des rencontres communes sous le contrôle du Front Uni et de l’Administration publique des affaires religieuses au cours desquelles ils subissent un lavage de cerveau. Pour le cardinal Joseph Zen, évêque émérite de Hong Kong, il s’agit d’une véritable persécution du régime chinois à l’encontre de l’Église officielle.

La Journée mondiale de prière et le pèlerinage à Sheshan

Dans sa lettre aux catholiques chinois du 27 mai 2007, Benoît XVI avait lancé l’idée d’une Journée mondiale de prière pour l’Église en Chine, à célébrer le 24 mai, fête de la bienheureuse Vierge Marie, Auxiliaire des chrétiens, vénérée au sanctuaire marial de Sheshan, près de Shanghaï. Dans l’intention du pape, cette Journée de prière devait favoriser l’unité de l’Église en Chine et renforcer son lien avec le Successeur de Pierre. Le sanctuaire de Sheshan est depuis plus d’un siècle un lieu de pèlerinage pour tous les catholiques, officiels et souterrains. Mais depuis que le Saint-Père a institué cette Journée de prière, il est devenu difficile pour les catholiques de se rendre à Sheshan. En 2009, comme l’année précédente, la police a limité la circulation pendant tout le mois de mai, et les autorités ont déconseillé aux diocèses d’entreprendre des pèlerinages à Sheshan. En 2009, le diocèse de Shanghaï – le seul où ce pèlerinage ne pose pas de problème – a organisé un pèlerinage le 23 mai de façon discrète et sans publicité. Les années précédentes, jusqu’à 20 000 pèlerins y affluaient en mai ; en 2009, ils n’ont été que quelques milliers.
Certains diocèses ont préféré organiser un pèlerinage au sanctuaire marial le plus proche. Dans la province de Hebei, où les catholiques sont les plus nombreux, une grande partie des communautés souterraines n’a pas pu célébrer la messe par manque de prêtres. Des contrôles très sévères sont en cours dans la région afin d’empêcher les réunions.

Contrôle de l’Internet

À l’occasion de la Journée mondiale de prière pour l’Église en Chine, le Vatican a diffusé sur son site en chinois un compendium de la lettre du pape aux catholiques chinois qui reprend les thèmes de sa lettre sous forme de questions et réponses afin d’en faciliter la compréhension (cf. http://www.vatican.va/chinese/pdf/1Compendium_zh-s_en.pdf ). Ce compendium est publié en anglais et en chinois simplifié et traditionnel. Mais le site chinois du Vatican a été rendu inaccessible, en sorte qu’il est impossible de lire ou télécharger la lettre du pape en chinois.
Le site du Vatican en langue chinoise a été inauguré le 19 mars 2009, fête de saint Joseph. On y trouve, à l’adresse www.vatican.va, une édition en caractères complexes (utilisés à Taiwan et à Hong Kong) et en caractères simplifiés (utilisés en Chine populaire). Depuis la Chine, il est possible d’accéder aux informations sur le Pape, à ses discours aux jeunes, aux catéchèses du mercredi, mais pas à sa lettre aux catholiques chinois du 27 mai 2007. Dès sa publication, les autorités chinoises se sont opposées à la diffusion de cette lettre, et les sites Internet qui la publiaient ont dû l’effacer. Mais malgré la censure, la lettre du Pape a circulé de façon clandestine dans toutes les communautés catholiques.
Depuis des années, Pékin s’efforce de contrôler les informations sur la Chine, diffusées par les sites étrangers en les rendant partiellement ou totalement inaccessibles. Parmi les sites rendus inaccessibles, il y a celui du diocèse de Hong Kong, qui présente plusieurs discours du cardinal Joseph Zen, vrai champion de la liberté religieuse en Chine, celui d’AsiaNews, ceux de l’Église catholique de Corée, de Singapour, etc.

Conflits au sujet des biens ecclésiastiques

En différents endroits de la Chine, prêtres, religieuses et fidèles se battent contre les gouvernements locaux qui cherchent à réquisitionner les terrains appartenant à l’Église pour les mettre à leur nom et réaliser de fructueuses opérations immobilières, au mépris des lois chinoises.
Le 16 mars 2009, le P. François Gao Jianli, 40 ans, prêtre du diocèse de Fengxiang (Shaanxi), a été brutalisé pendant qu’il discutait avec le maire de la restitution d’un terrain, exproprié autrefois à l’Église. Le maire avait invité le P. Gao à venir discuter avec lui au sujet de ce terrain, revendiqué depuis longtemps par la paroisse de Xiangong. Après quelques échanges verbaux assez vifs, il a appelé deux hommes de mains qui se sont mis à tabasser le prêtre à tel point qu’il a dû être emmené à l’hôpital de Baoji. Précédemment, des religieuses de Xian et des prêtres et religieuses de Tianjin avaient subi des violences analogues pour les mêmes problèmes.
Le terrain en question, exproprié à la paroisse de Xiangong pendant la Révolution culturelle (1966-1976) pour y construire une usine, est aujourd’hui à l’abandon. D’après la loi chinoise, ce terrain doit être restitué à ses propriétaires légitimes. Mais le maire s’y est toujours opposé. Il y a quelque temps, le Bureau foncier du gouvernement et la paroisse avaient décidé d’un commun accord de mettre provisoirement ce litige en sourdine, en laissant le terrain en l’état, jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée. Mais sans avertir personne et sans demander l’autorisation de la paroisse, le maire a envoyé des ouvriers sur le terrain qui ont commencé les travaux d’aménagement d’« un jardin public » destiné à embellir l’habitat de la banlieue de Xiangong.
Le P. Gao accompagné de plusieurs centaines de fidèles a organisé des sit-in sur les lieux pour arrêter les travaux. D’où l’invitation du maire à venir discuter la question dans son bureau, où le prêtre a été malmené. D’après des témoins, le maire a aussitôt fait partir les deux hommes de main dans une voiture de police.
Lorsque la nouvelle de ces violences s’est répandue dans la communauté catholique, les fidèles sont allés en masse manifester devant le bureau du maire, qui ne s’est pas montré. Le lendemain, ils se sont rendus au Bureau central de Baoji pour y déposer une pétition demandant : 1) que le P. Gao soit soigné convenablement et que les frais de son traitement soient pris en charge par le gouvernement de Baoji ; 2) que les deux hommes de main soient traduits en justice ; 3) que le terrain soit restitué à la paroisse ; 4) que le maire s’excuse publiquement de ce qu’il a fait. Le bureau des pétitions leur a promis qu’ils recevraient une réponse sous peu, mais cette réponse n’est jamais arrivée.
D’après le Holy Spirit Study Centre de Hong Kong, le montant des biens ecclésiastiques accaparés par les membres du Parti et par les autorités locales atteint près de 130 milliards de yuans (13 milliards d’euros). Et il est possible que ce chiffre augmente encore, à mesure que les anciens titres de propriété seront retrouvés dans les archives qui n’ont pas été détruites par la Révolution culturelle.
Un autre cas d’expropriation, venu au grand jour à la mi-novembre, est celui des religieuses de Tianjin. Vingt sœurs de la Charité ont entamé une grève de la faim et de la soif pour récupérer un bâtiment qui appartient à l’Église et que le gouvernement a vendu à des particuliers afin de le réaménager. Sept sœurs ont été emmenées à l’hôpital déshydratées et épuisées par le jeûne. Ce bâtiment, qui se trouve dans le centre ville, est l’un des plus anciens de Tianjin. Appelé « Maison de la charité », il abritait autrefois un orphelinat. En 1950, il avait été réquisitionné par le Parti communiste. D’après la loi chinoise, après avoir été utilisé à des fins « populaires », il doit être rendu à ses propriétaires légitimes.

Diviser pour mieux régner

La politique consistant à semer la discorde entre catholiques officiels et souterrains s’est poursuivie en 2010. Le 8 avril, a eu lieu l’installation de Mgr Mathias Du Jiang dans la cathédrale de Bameng (Mongolie intérieure). Cette cérémonie a été « réquisitionnée » par l’AP, qui a obligé le nouvel évêque à concélébrer avec Mgr Joseph Ma Yinglin, évêque illégitime et excommunié latae sententiae.
Mgr Du avait été ordonné clandestinement en 2004 avec l’approbation du Saint-Siège. N’étant pas reconnu par le gouvernement, son ministère se heurtait à de nombreux obstacles. La cérémonie d’installation, le 8 avril dernier, devait marquer sa reconnaissance comme évêque par les autorités.
Plusieurs prêtres, ainsi que Mgr Du lui-même, « se sont sentis contraints et gênés par cette concélébration » aux côtés de l’évêque Ma Yinglin de Kunming, ordonné de manière illicite en 2006. Mais Yinglin est aussi secrétaire du Conseil des évêques chinois [une sorte de conférence épiscopale des évêques officiels, non reconnue par le Saint-Siège] et vice-président de l’AP.
Mgr Du et les autres prêtres ont résisté plusieurs jours aux pressions de l’AP pour faire concélébrer Ma Yinglin. Mais ils ont été contraints d’accepter s’ils voulaient que Mgr Du soit reconnu par le gouvernement.
Des sources locales font savoir que plusieurs équipes de sécurité avaient été déployées avant et pendant la cérémonie d’installation ; tous les détails de la liturgie, y compris l’horaire de la messe et la liste des participants, avaient été décidés par les autorités du gouvernement. Seules 300 personnes ont été autorisées à participer à la cérémonie, alors que l’église peut accueillir au moins 1 000 personnes. Parmi les invités, il y avait 100 représentants du gouvernement, 40 prêtres et religieuses et 180 fidèles.
Au début de la messe, un prêtre du Conseil des évêques et des représentants de l’AP ont lu l’annonce de la nomination de Mgr Du par le Conseil. Mgr Du a obtenu que Ma Yinglin ne préside pas la concélébration. Celui-ci a pris place au milieu des prêtres dans ses vêtements épiscopaux. Dans son homélie, Mgr Du a remercié expressément le Pape de l’avoir nommé évêque du diocèse de Bameng.

CHINE – PROTESTANTS

Les communautés protestantes souterraines comptent parmi les plus persécutées en Chine. Cela est dû en partie à leur nombre : d’après des estimations de source protestante, hors des canaux officiels il y aurait au moins 50 millions de fidèles qui n’acceptent pas le contrôle du gouvernement, contrairement à la fédération officielle du Mouvement des trois autonomies qui regroupe toutes les dénominations protestantes. Mais cela est dû aussi au fait que beaucoup de communautés protestantes sont engagées dans des œuvres culturelles et sociales. Elles entrent ainsi en contact avec des intellectuels et des activistes qui, au nom des droits humains fondés sur la tradition biblique, se montrent très critiques vis-à-vis de la politique du Parti communiste.  
Depuis 2007, une violente campagne est en cours en Chine contre les communautés protestantes souterraines, leur laissant le choix entre rejoindre le Mouvement des trois autonomies ou être dissoutes (d’après un document secret du Parti pour « normaliser » les chrétiens protestants chinois). Pour leur part, diverses communautés chrétiennes protestantes se plaignent que la police et le Bureau des affaires religieuses refusent de les enregistrer, préférant les faire rester dans la clandestinité, où elles peuvent impunément faire l’objet d’abus.

Arrestations, destructions et fermetures d’églises

Depuis mars 2009, l’Église missionnaire de Wanbang, dont le siège est à Shanghaï, a été contrainte de fermer. Cette communauté de 1 200 personnes était une Église domestique non officielle, qui avait loué une salle de la ville pour ses réunions. La police a obligé le propriétaire de la salle à annuler le contrat de location.
Depuis un certain temps, l’Église missionnaire de Wanbang était sous surveillance. Le 10 février, la police et les membres du Bureau des affaires religieuses ont ordonné au pasteur Cui Quan d’annuler une rencontre des responsables de l’évangélisation qui devait se tenir à Shanghaï. Cette rencontre annuelle, convoquée pour examiner les modalités de l’évangélisation dans les villes, ne devait rassembler qu’un petit nombre de pasteurs.
Le pasteur Cui a d’abord tenté de temporiser en disant que tous invités étaient déjà arrivés en ville, mais devant l’insistance et les menaces de la police, il a dû ajourner la rencontre. Quelques jours plus tard, la communauté a été mise à la porte de sa salle de réunion. Le pasteur Liu Tongsu, témoin de tous ces événements, a dit qu’« annuler un contrat légal établi en bonne et due forme en faisant appel à la police est une infraction à la loi chinoise ».
Le 19 mars Shi Weihan, 38 ans, a été arrêté à Pékin pour avoir imprimé et distribué des bibles et de la littérature religieuse chrétienne sans l’autorisation du gouvernement. Shi a répondu qu’il avait fait cadeau de ces livres, et qu’il ne pouvait donc pas être accusé de « commerce illégal ». Dans une confession écrite, exigée par la police, il a expliqué qu’il faisait cela parce qu’il était convaincu que la lecture de la Bible pouvait aider à devenir de meilleurs citoyens. Le 10 juin, il a été condamné à 3 ans de prison pour « opérations commerciales illégales » et à une amende de 150 000 yuans (15 000 euros). Shi est propriétaire d’une librairie et pasteur d’une communauté domestique non reconnue par le gouvernement. Avec lui, deux autres chrétiens, associés de la maison d’édition qui imprimait les bibles, ont également été condamnés. Son avocat a fait remarquer que ces accusations étaient sans fondement. « En imprimant la bible et d’autres textes religieux – a-t-il dit – Shi n’avait pas pour but de faire des profits illicites. Objectivement, il n’a fait aucune opération commerciale, mais seulement un acte qui ne saurait être qualifié de crime ». Au contraire, « en répandant l’Évangile du Christ, il cherche à purifier le cœur des hommes, à exalter leurs richesses spirituelles et à promouvoir des attitudes qui favorisent l’harmonie sociale et le développement durable ».
L’impression des bibles est un domaine contrôlé par le Bureau national des affaires religieuses. Leur vente est rigoureusement réservée aux Églises reconnues par le gouvernement. Beaucoup de communautés protestantes, avec l’aide des communautés de l’étranger, produisent ou importent en Chine des millions d’exemplaires de leur livre sacré comme aide à l’évangélisation.
Le 21 mars, le pasteur « Bike » Zhang Mingxuan, leader de la Chinese House Church Alliance qui compte plus de 250 000 fidèles, a été arrêté. Une fois remis en liberté, Zhang a décrit ainsi son arrestation dans la ville de Yanjiao (Hebei) où il avait passé la nuit après avoir célébré un baptême. « Le 21 mars, à 6 heures du matin, au moins dix policiers et responsables locaux sont arrivés. Ils m’ont arrêté et interrogé, et ils m’ont confisqué mes trois téléphones portables et mes cartes de crédit. L’interrogatoire a été très musclé. Ils m’ont emmené de force dans leur bureau à Yongle et m’ont fait une fouille minutieuse. Ils m’ont menacé de mort ». Ils l’ont emmené ensuite à Nanyang (Henan), où ils sont arrivés à l’aube du lendemain. Dans l’après-midi du 22 mars, ils l’ont remis en liberté et lui ont rendu ses affaires, mais pas sa carte de crédit liée à un compte où étaient déposés 150 000 yuans.
Zhang, leader influent d’une Église domestique, est menacé depuis longtemps par la police, qui cherche à l’isoler de sa communauté. Pendant les Jeux Olympiques, il avait été arrêté plusieurs fois et éloigné de Pékin. La police lui avait dit qu’il pourrait rentrer dans la Capitale après les J.O., mais lui et sa famille n’ont toujours pas pu y revenir.
Le 13 septembre, à 3 heures du matin, plusieurs centaines de policiers ont détruit une église protestante et malmené des dizaines de fidèles à Linfeng, dans la région de Fushan (Shanxi). Beaucoup d’entre eux, en arrivant à l’hôpital, n’ont pas pu recevoir de soins médicaux sur ordre de la police. D’après le gouvernement local, le bâtiment en question n’était pas une église, mais une construction illégale. Pendant la nuit, au moins 400 policiers accompagnés de personnes portant un brassard rouge ont pénétré dans un bâtiment qui servait de chapelle, à l’intérieur d’une usine de chaussures et de vêtements (la Good News Cloth Shoes Factory). Deux bulldozers ont commencé à démolir le bâtiment, tandis que les policiers frappaient avec des briques et autres objets les fidèles qui étaient restés dormir dans le bâtiment pour empêcher sa démolition. En une heure, au moins 10 personnes ont été grièvement blessées, et d’autres ont perdu connaissance et ont été emmenées à l’hôpital. D’après des témoins, les médecins des urgences avaient reçu l’ordre de retarder les soins et l’interdiction de faire des transfusions sanguines.  
Les violences se sont poursuivies pendant plusieurs heures. Les policiers ont quitté les lieux à l’aube, en laissant derrière eux au moins 100 blessés. Le bâtiment de la chapelle et d’autres bâtiments de l’usine ont été entièrement détruits. Les meubles, bibles, téléphones portables, ainsi que l’argent des fidèles, ont été détruits ou volés. L’un des fidèles a commenté la scène en ces termes : « C’était pire que le tremblement de terre du Sichuan ».
Pendant la nuit, plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées. La plupart ont été remises en liberté, mais cinq d’entre elles, considérées comme les leaders de la communauté, ont été placées en détention provisoire. Le 25 novembre, le tribunal de Linfen (Shanxi) les a condamnées à des peines de prison allant de 3 à 7 ans. Les cinq personnes condamnées à Linfen sont : Yang Rongli, Wang Xiaoguang, Cui Jiaxing, Zhang Huamei, et Yang Xuan. Toutes ont été condamnées pour avoir « occupé illégalement un terrain » et pour avoir « troublé l’ordre public par un rassemblement ».
Yang Rongli et Zhang Huamei, deux femmes, ont été condamnées respectivement à 7 et 4 ans de prison. Les trois autres, parmi lesquels le pasteur Wang Xiaoguang, ont reçu des condamnations comprises entre 3 et 4 ans. L’Église domestique protestante de Linfen compte 60 000 fidèles.
En novembre, l’Église protestante de Shouwang, à Pékin, a subi la censure du gouvernement : après avoir été chassés de leur salle de réunion, ses 700 membres ont organisé une célébration en plein air dans un jardin public (pendant une tempête de neige).
Dans le Xinjiang, entre Noël 2009 et le Nouvel An 2010, une vague de répression s’est abattue sur les chrétiens des ethnies han et ouigour. Le jour de Noël, la police a cassé les vitres de la maison de Wang Qiyue, une veuve de 71 ans, en interrompant une cérémonie qui était célébrée chez elle. Le même jour, elle a fait irruption dans l’appartement de He Cuiying, un hémiplégique de 69 ans, où un petit groupe de chrétiens était en train de prier. Les 5 personnes âgées présentes ont été arrêtées puis relâchées après avoir versé 5 000 yuans chacune, et leurs bibles ont été confisquées.
Le 7 janvier 2010, la police du Xinjiang a arrêté 14 chrétiens du district d’Aksu. Chen Xiaolong, chef de la station de police de Nongwushi, a confirmé qu’ils avaient été arrêtés parce que « leur réunion était illégale. Nous leur avons dit de rejoindre une Église enregistrée ». 11 d’entre eux ont été placés en garde à vue pendant plus de 12 heures. Puis, toujours d’après le policier, « ils ont tous été remis en liberté ».
Le 8 janvier 2010, la police de Handan (Hebei) a encerclé un bâtiment où s’était réuni un groupe d’étude biblique. Les agents, accompagnés de représentants du gouvernement local, ont arrêté 30 chrétiens dont un pasteur et un homme très âgé.

Supprimer la foi, la culture et les droits humains

Beaucoup de chrétiens, animés par leur foi, militent en faveur des droits humains et religieux. Par ailleurs, beaucoup de dissidents et d’activistes découvrent dans la foi chrétienne une base humaine et philosophique qui les pousse à se battre pour les droits humains en Chine avec plus de détermination. Redoutant cette « alliance » entre engagement social et engagement religieux, le gouvernement ne cesse de s’en prendre aux uns comme aux autres.
Un exemple de l’alliance entre foi et droits humains est la déclaration de 80 leaders protestants chinois (de Chine et de l’étranger), diffusée à l’occasion du 20ème anniversaire du massacre de Tienanmen (4 juin 1989), demandant aux membres du gouvernement de Pékin de se repentir de ce qu’ils ont fait et de faire toute la lumière sur ces événements.
Les leaders protestants – intellectuels, étudiants, pasteurs de Chine, Hong Kong, Taiwan, États-Unis, Canada, Australie, France, Japon – disent qu’à cause de leur foi, « il [leur] est impossible d’oublier la tragédie du 4 juin 1989 ». Mais « jusqu’à présent, la vérité sur cette tragédie demeure cachée par la volonté du gouvernement », et « beaucoup de victimes continuent à subir la répression ». D’après les signataires, si ce mur du silence a permis au pays de se développer et de devenir une puissance économique, il lui a fait oublier les atrocités commises. C’est là que, d’après eux, il faut chercher la cause de l’« apathie », de l’« indifférence », de « l’absence de moralité », de la « corruption des fonctionnaires publics » et des « inégalités sociales ». Ils s’inquiètent surtout pour les jeunes Chinois qui, à cause des mensonges « répandus par une structure autoritaire », ignorent tout des événements du 4 juin et des valeurs morales. Les auteurs de cette analyse déclarent que beaucoup d’entre eux sont devenus chrétiens à cause des souffrances qu’ils ont endurées à la suite du massacre de Tienanmen. En effet, en repensant aux événements du 4 juin, ces dissidents qui avaient fui à l’étranger ont éprouvé un besoin de justice et de respect des droits humains et ont embrassé la foi chrétienne.
Cette lecture chrétienne des événements les amène dire que « si bonnes qu’elles puissent paraître, lorsque les idéologies sont fondées uniquement sur la nature humaine, en mettant Dieu entre parenthèses, elles sont pourries de l’intérieur même si elles brillent comme l’or ». Mais en même temps, ils reconnaissent qu’ils ne sont pas « fondamentalement différents de ceux qui ont décidé, ordonné et exécuté ce massacre ».
Les 80 signataires de cette déclaration demandent aux Églises chrétiennes de se repentir de leur silence sur le massacre qui frôle la connivence, et aux autorités de se repentir de ce qu’elles ont fait ; de faire toute la lumière et la vérité sur les auteurs du massacre ; de commémorer le 4 juin ; de dédommager les familles des victimes ; de permettre à ceux qui se sont exilés après le massacre de rentrer librement dans leur pays.
Le 3 novembre 2009, un homme de religion protestante, chercheur à l’Académie des sciences sociales, a été licencié pour des « motifs politiques ». Fan Yafeng, chercheur associé au département juridique de l’Académie des sciences sociales, a raconté que ses supérieurs l’ont appelé pour l’informer que son contrat de travail avait été annulé. Son chef de service, qui se trouvait avec le secrétaire du Parti, a dit qu’il était licencié « pour des motifs politiques ». D’après China Human Right Defenders (CHRD), le licenciement de Fan Yafeng est un nouveau pas en avant en direction de l’élimination des Églises protestantes souterraines de la capitale. Fan est en effet pasteur d’une Église domestique locale. Chercheur modèle à l’Académie, il a publié divers ouvrages sur les réformes politiques et constitutionnelles et a défendu le droit des chrétiens protestants à la liberté religieuse. Fan Yafeng, 40 ans, est né dans la province d’Anhui. En 1992, il a obtenu une licence en pédagogie à l’université d’Anhui ; en 1995, il a obtenu une licence en droit à l’université de Pékin. En 2003, il est devenu docteur en droit à l’Académie des sciences sociales.
Le 25 décembre 2009, l’intellectuel chrétien Liu Xiaobo a été condamné à 11 ans de prison pour « subversion contre le pouvoir de l’État ». Liu, qui a fêté ses 54 ans le 28 décembre, fête des Saints Innocents, est l’un des auteurs de la Charte 08, un document qui demande à la Chine de respecter le besoin de démocratie de la population ; de garantir la séparation des pouvoirs de l’État ; de mettre fin à l’absolutisme du Parti communiste ; de garantir la pleine liberté religieuse, sans distinction entre communautés religieuses enregistrées et non enregistrées (officielles et souterraines).
Dans le verdict du tribunal, il est dit qu’il « s’était donné pour objectif de subvertir la dictature démocratique du peuple et le système socialiste de notre pays ». En Chine, les jugements des tribunaux ne sont jamais entièrement indépendants des intérêts du Parti. Le délit d’« incitation à la subversion contre les pouvoirs publics », inscrit dans le code pénal chinois depuis 1997, est utilisé systématiquement contre les personnalités qui se battent pour la liberté d’expression.
Liu avait été arrêté le 8 décembre 2008 pour avoir contribué à diffuser l’appel de la Charte 08, publiée à l’occasion du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme. D’après la police, Liu est probablement l’auteur de cette pétition qui a recueilli plus de 9 000 signatures. L’appel de la Charte 08 a été censuré sur les sites Internet, et la plupart de ses signataires – dont certains membres du Parti – ont subi des interrogatoires, contrôles, et assignations à résidence.
Durant son procès, Liu n’a pas pu être défendu par un avocat de son choix, ni se défendre lui-même. Sa femme Liu Xia a dit qu’elle avait pu voir son mari pendant 10 minutes ; il lui a dit qu’il ferait appel, même si les chances de succès étaient minimes.
Yu Jie, activiste chrétien, a dit que la Chine « voit en Liu Xiaobo une figure emblématique, et que, par ce jugement particulièrement dur, elle cherche à intimider et à faire taire ceux qui seraient tentés de suivre son exemple. Mais je crois que son exemple les rendra encore plus courageux ».
La veille du jugement, 300 personnalités chinoises avaient demandé à être jugées avec lui parce qu’elles partagâient ses idées. Parmi elles, Bao Tong, ancien haut fonctionnaire. Le 23 décembre, jour du début du procès, des dizaines d’amis et compagnons de Liu ont manifesté avec des pancartes et des slogans dénonçant l’injustice du système chinois.

CHINE – TIBÉTAINS

2009 a été une année où la liberté religieuse des Tibétains a été particulièrement mise à l’épreuve. Dans leur cas, la répression de la liberté religieuse est étroitement liée à l’interdiction de reconnaître et de vénérer la figure du Dalaï-lama qui, pour Pékin, est une personnalité entièrement négative, un homme politique qui trame pour séparer le Tibet de la Chine. De leur côté, les Tibétains considèrent la domination des Chinois sur le Tibet comme une forme de génocide culturel et religieux, et rêvent de l’indépendance qui pourrait leur apporter le développement, y compris du point de vue religieux. Le Dalaï-lama continue à proposer un dialogue à Pékin, en renonçant à revendiquer l’indépendance du territoire himalayen et en demandant uniquement une certaine autonomie culturelle et religieuse. Pékin qualifie cette proposition de mensonge qui cache des intentions secrètes.
À cause du lien étroit entre religion et politique, la répression religieuse exercée contre les Tibétains se présente sous la forme d’une répression politique (ils sont accusés et condamnés, y compris à mort, pour des motifs politiques, jamais « religieux »). Mais il faut bien reconnaître que Pékin continue à écarter toute occasion de dialogue, en diabolisant la figure du Dalaï-lama qui pourrait pourtant contribuer à résoudre les tensions.

Interprétations divergentes

En 2009, les restrictions à la liberté religieuse ont été particulièrement dures à l’occasion du 50ème anniversaire de l’insurrection manquée des Tibétains contre l’occupation militaire chinoise (10 mars 1959), qui a entraîné l’exil du Dalaï-lama. Pour ce triste anniversaire, le gouvernement chinois a mis au point une contre initiative. En janvier 2009, il a lancé l’idée – approuvée par le Parlement – de célébrer le 28 mars de chaque année la « Journée de l’émancipation du serf de la glèbe » pour rappeler que « le 28 mars 1959, les Tibétains, serfs de la glèbe et esclaves, qui représentaient plus de 90 % de la population, ont été libérés après que le gouvernement central a écrasé une révolte armée organisée par le Dalaï-lama et ses partisans » (Xinhua, 19/01/2009). Pour Pékin, les Chinois ont engagé une intervention militaire en 1950 pour libérer cette région soumise à la domination d’une théocratie bouddhiste, dans laquelle une élite religieuse réduisait la population en esclavage. Pour les Tibétains en revanche, Pékin a pris le pouvoir par la force en réprimant les révoltes dans le sang, et il continue à le faire actuellement.
Le 10 mars 2009, à Dharamsala où il vit en exil, dans un discours pour commémorer le 50ème anniversaire de la révolte manquée contre l’occupation chinoise, le Dalaï-lama a accusé la Chine d’avoir tué « des centaines de milliers de Tibétains » et d’avoir transformé la région himalayenne en un « enfer sur terre ». Le leader spirituel bouddhiste a renouvelé son appel en faveur d’une « autonomie légitime et large » pour le Tibet, tout en reconnaissant à Pékin la souveraineté sur la région.
Un autre cas d’« interprétations divergentes » est celui de la célébration du Losar, le Nouvel An tibétain, qui cette année tombait le 25 février. Les Tibétains ont décidé de ne pas le célébrer en signe de protestation contre la répression sanglante menée par la Chine en 2008. Par réaction, les autorités communistes ont organisé des célébrations grandioses. À Lhassa, dans la nuit du 24, des feux d’artifice spectaculaires ont illuminé les rues désertes, car la population avait déserté la fête. Le lendemain, les rues ont été envahies par un contingent nombreux des forces de l’ordre en tenue anti-émeute, armés de fusils à gaz lacrymogène. Ils ont fermé le Palais Potala, résidence historique du Dalaï-lama, et interdit aux commerces d’ouvrir en ce jour de fête.
Le Dalaï-lama, dans son message pour la fête de Losar, a rappelé que « l’an dernier nous avons vu des centaines de Tibétains perdre la vie, et plusieurs milliers d’entre eux ont été emprisonnés et torturés, pour faire taire les protestations massives des Tibétains mécontents de la politique des autorités ».
Pour sa part, l’agence chinoise Xinhua a décrit une population en fête, comme chaque année, avec des réjouissances et des festins. Elle a publié des interviews édifiantes sur l’harmonie et la sérénité qui règnent dans la région. La télévision a montré les feux d’artifice et les danses typiques en costume, au milieu d’une foule qui applaudissait.
Pékin a fermé la région aux touristes étrangers et y a fait venir des dizaines de milliers de soldats. Pendant toute cette période, l’accès à Internet a été bloqué.
Le 25 février, tôt le matin, les moines du monastère Lutsang, dans le comté de Mangra (Guinan en chinois, dans la région du Qinghai), ont marché en file indienne, une bougie à la main, vers le centre ville, situé à 1,5 kilomètre, où ils sont allés présenter aux fonctionnaires locaux une liste de « demandes et désirs », tels que « la prière que soient exaucés les désirs des Tibétains », en avertissant les autorités chinoises que le boycottage du Losar serait encore plus suivi que les manifestations de rue de 2008. D’après Radio Free Asia, après un premier moment de surprise, la police a encerclé le monastère et ordonné aux leaders de la marche de se rendre aux autorités, en menaçant de les traiter « avec sévérité » s’ils n’obtempéraient pas.
À Lithang, dans le comté de Kardze (Sichuan), une semaine avant le Nouvel An, plus de 24 Tibétains qui manifestaient dans la rue en faveur du Dalaï-lama et du « boycottage » du Nouvel An ont été arrêtés. La police en tenue anti-émeute a placé des barrages routiers à Yajiang, ville située sur la route de Lithang.
Le 27 février, un moine tibétain a été tué par la police chinoise alors qu’il s’immolait par le feu à Ngaba (en chinois Aba), dans l’est du Tibet. D’après des témoins, Tapey, qui avait entre 25 et 30 ans, du monastère de Kirti, est mort en scandant un slogan et en brandissant une photo du Dalaï-lama. La police a tiré 3 fois sur lui, et au moins un des projectiles l’a atteint.
D’après les témoignages des moines de Kirti, Tapey a fait ce geste après que lui et plus de 1 000 autres moines avaient été empêchés d’entrer dans la grande salle du monastère pour les prières du troisième jour du Nouvel An tibétain (Losar). Les moines les plus jeunes avaient décidé de prier à l’extérieur du monastère. Mais les moines plus âgés leur avaient conseillé de s’en aller. À ce moment-là, Tapey, après s’être aspergé d’essence, est sorti en tenant une grande photo du Dalaï-lama et un drapeau tibétain. Arrivé dans la rue principale, il s’est immolé. Immédiatement, 3 coups de fusil ont été tirés sur lui, et le jeune moine s’est écroulé au sol. Des hommes ont mis son corps dans un véhicule et l’ont emporté.

Arrestations et morts en détention

Pour prévenir d’éventuelles révoltes à l’occasion de l’anniversaire du soulèvement de mars, à partir du 18 janvier, la police de Lhassa a donné un « tour de vis contre le crime », en ratissant les logements, hôtels, meublés, Internet cafés et bars, et en « contrôlant » près de 6 000 personnes. Dans la deuxième moitié du mois de janvier, au moins 81 personnes ont été accusées d’attenter à la sécurité de la région et arrêtées. Le 24 janvier, 51 personnes ont été arrêtées pour des motifs non spécifiés ; le 25, 30 personnes ont été arrêtées pour vol, vol à la tire, ou prostitution. Au moins deux d’entre elles ont été accusées de posséder de la « musique réactionnaire », c’est-à-dire des chansons en l’honneur du Dalaï-lama.
Le 23 janvier, Pema Tsepak est mort à cause de lésions qu’il s’était « infligé » pendant sa garde à vue. Le 20 janvier, Pema, Thinley Ngodrub, et son frère Thargyal ont organisé une protestation à Chamdo, comté de Dzogang, en brandissant une pancarte où il était écrit « Indépendance pour le Tibet », en distribuant des tracts et en scandant des slogans. La police les a arrêtés. Pema a été hospitalisé ensuite pour graves lésions à l’intestin et aux reins, et il est mort à l’hôpital.
Dans la soirée du 21 mars, devant le poste de police de Lajong, district de Machu, dans la province de Qinghai, un groupe de 2 000 moines et d’autres personnes a manifesté en signe de protestation après la mort du moine Tashi Sangpo, qui s’est sans doute suicidé pour échapper à la prison. La police chinoise a arrêté une centaine de moines qui manifestaient.
Tashi Sangpo, 28 ans, du monastère local de Raja, avait été arrêté par la police le 20 mars en même temps que 6 autres moines. Des témoins oculaires l’ont vu courir hors du poste de police et se jeter dans le fleuve Machu (Fleuve Jaune en chinois). Le courant violent l’a emporté et il a disparu.
D’après le groupe Free Tibet, une vive tension régnait dans la région depuis le 9 mars, quand les moines de Raja avaient hissé le drapeau national du Tibet au-dessus de leur salle de prière. Le lendemain, la police avait fait retirer le drapeau de force, et le 20 mars elle avait arrêté les sept moines, accusés d’avoir hissé un drapeau « séparatiste ».
Le 21 mars, a eu lieu la manifestation. Les manifestants, affirmant que Tashi Sangpo était mort pour échapper aux coups et aux tortures, ont lancé des pierres et malmené au moins un fonctionnaire. L’agence Xinhua a fait savoir que la police avait arrêté 95 moines qui avaient participé à cette manifestation, et qu’elle en recherchait d’autres.
Le 25 mars, Phuntsok Rabten, 27 ans, d’un monastère du comté de Drango à Kardze (Ganzi en chinois) a distribué des tracts invitant ses concitoyens à ne pas cultiver la terre pour protester contre les persécutions des Chinois, et à prier pour les Tibétains morts pendant les manifestations de 2008. À l’arrivée de la police, il s’est enfui, mais il a été rattrapé et frappé à mort. La police a ensuite jeté son cadavre dans un fossé pour le cacher. Mais les moines sont allés le récupérer et l’ont apporté au poste de police dans l’intention de porter plainte. La police a refusé de recevoir leur plainte. Pour les autorités, il s’est suicidé ou a fait une chute accidentelle à moto.
Toujours le 25 mars, la police a arrêté deux moines du monastère de Minyak, dans la région de Drango, qui demandaient aux agriculteurs de ne pas cultiver la terre. Deux jours plus tard, la police a arrêté environ 20 agriculteurs qui protestaient. Au moins 11 d’entre eux ont dû aller se faire soigner à l’hôpital après avoir été brutalisés.
Le 22 mai, Tsayul Kelsang Gyatso, un moine du monastère de Labrang, district de Sangchu (Xiahe Xian en chinois) a été arrêté sans motif précis. Le moine a été emmené, la tête encapuchonnée, lors d’une incursion soudaine de nombreux de policiers. On ignore où il se trouve et quel est son état de santé. Aucune accusation n’a été portée contre lui, mais il semblerait qu’il soit soupçonné d’avoir participé aux manifestations de Labrang en 2008. Avant son arrestation, il faisait l’objet depuis quelques mois d’une surveillance policière.
Le 24 mai, la police chinoise a ouvert le feu, dans le district de Tawu (préfecture de Karze dans le Sichuan), contre un groupe de Tibétains qui protestaient pacifiquement contre la construction d’un barrage, blessant grièvement six femmes. Les autorités ont décidé de construire un énorme barrage hydroélectrique dans les districts de Tawu et de Nyagchu, déplaçant des dizaines de milliers de résidents. Les habitants du lieu, qui ne veulent pas quitter la terre de leurs ancêtres, ont protesté et dit que les autorités leurs avaient fait signer de force un acte de consentement au début de 2008. Le 5 mai, pour « négocier » avec les résidents, les autorités ont envoyé un important contingent de policiers, qui ont détruit plusieurs maisons. Le matin du 24 mai, les autorités chinoises ont organisé une rencontre avec les résidents pour parler du barrage. Au cours de cette rencontre elles ont annoncé aux habitants qu’ils allaient être déplacés ailleurs. Cette nouvelle a provoqué les protestations spontanées des habitants, qui ont dit qu’ils refusaient de partir. Alors la police a ouvert le feu contre les manifestants non violents et désarmés, blessant six femmes : Tsering Lhamo, Rigzin Lhamo, Dolma, Kelsang, Dolkar e Khaying. Elles ont été emmenées par la police, et on ignore ce qu’il est advenu d’elles.
Le 3 juillet, le tribunal de Kardze (Sichuan) a condamné le moine tibétain Jamyang Tenzin à 3 ans de prison pour avoir manifesté contre la campagne d’« éducation patriotique » lancée dans le district de Lithang en 2007. Jamyang avait été arrêté le 3 octobre 2007 parce qu’il s’était opposé pacifiquement à la « campagne d’éducation » en cours au monastère de Yonru (Lithang). Cela fait maintenant près de deux ans qu’il est en prison. Sa famille est sans nouvelle de lui, et personne n’a pu lui rendre visite. On ignore s’il a pu bénéficier d’une assistance juridique durant son procès.
Depuis septembre 2007, les autorités chinoises organisent des campagnes d’endoctrinement dans les monastères du Lithang. Les « instructeurs » exigent que les moines dénoncent le Dalaï-lama en signe de fidélité envers le gouvernement chinois. Janyang a protesté en criant quelque chose comme « Longue vie au Dalaï-lama ». Il a été emmené pendant la nuit, à la fin de la campagne d’éducation.
Le 27 juin, toujours à propos de ces « campagnes d’éducation », des fonctionnaires du Bureau des affaires religieuses de Bayen (Hualong en chinois) ont expulsé le moine Lobsang Tsultrim de son monastère en lui interdisant d’aller dans un autre monastère. Les représentants du Bureau et la police étaient venus au monastère Amdo Jaqung pour une session d’« éducation légale », nouveau nom de l’ancienne « éducation patriotique », véritables séances d’endoctrinement, pour convaincre les moines à être fidèles à Pékin plutôt qu’au Dalaï-lama. Les fonctionnaires avaient ordonné à Lobsang – responsable de la discipline – de réunir les 400 moines pour la session d’endoctrinement. Il les avait appelés, mais personne n’était venu.
Au mois d’août, un moine tibétain du monastère de Drepung est mort des suites des tortures subies pendant sa détention. Ce religieux bouddhiste avait été arrêté pendant le soulèvement de Lhassa, en mars 2008, où des centaines de Tibétains avaient trouvé la mort et où des milliers avaient été arrêtés. Le Tibetan Centre for Human Rights and Democracy (TCHRD) a annoncé le 19 septembre qu’il avait appris de source sûre que le moine Phuntsok Lhundup (nom laïque : Kalden), 32 ans, du village n. 8 de Tos-doe, dans le district de Phenpo Lhundup, près de Lhassa, était mort en prison des suites des tortures subies. Sa mort serait advenue vers le 15 août. Son corps sans vie a été remis à sa famille à la fin du mois d’août.
Le 10 mars 2008, Phuntsok, en compagnie de 300 moines du monastère de Drepung, avait participé à une marche pacifique pour protester contre la politique chinoise au Tibet. Lui et des dizaines d’autres moines avaient été arrêtés par les forces de l’ordre.
Depuis son arrestation, on était sans nouvelles de lui. Personne, ni sa famille, ni ses confrères du monastère, n’avait jamais reçu aucune information sur sa détention. D’après les sources du TCHRD, Phuntsok serait mort en prison vers le 15 août à la suite des tortures, des mauvais traitements et de l’isolement. Ces mêmes sources rappellent qu’un frère de Phuntsok Lhundup, Phuntsok Samdup, lui aussi du monastère de Drepung, avait également été arrêté le 10 mars 2008. De lui aussi, on est sans nouvelle.
Le 5 décembre, le gouvernement de Pékin a arrêté une soixantaine de Tibétains du district de Nyagchuka qui demandaient que soit remis en liberté Tenzin Delek Rinpoche, une figure bien connue du bouddhisme local, accusé de subversion. Condamné à la prison à vie en 2005, il est considéré comme le responsable des attentats de 2002 dans la province du Sichuan, même s’il n’existe aucune preuve contre lui.
Le 6 décembre, on a appris qu’une moniale tibétaine, arrêtée quelques mois auparavant lors d’une manifestation à Karze (Sichuan), était morte en prison dans des circonstances inconnues. Sa famille n’a pas pu récupérer son cadavre pour pratiquer une autopsie. Yangkyi Dolma, 33 ans, moniale tibétaine de Karze (Ganzi en chinois) arrêtée le 24 mars 2009, est morte à l’hôpital de Chengdu (Sichuan). D’après des sources citées par le Tibetan Centre for Human Rights and Democracy (TCHRD), son cadavre n’a pas été remis à sa famille, et on ignore si une autopsie a été pratiquée pour établir les causes de sa mort. Le 3 décembre, la police de Karze avait averti sa famille que la moniale n’allait pas bien. Sa famille, voyageant nuit et jour, est arrivée au matin du 6 à Chengdu, où elle a appris la nouvelle de sa mort.
Le 24 mars, Yangkyi Dolma et Sonam Yangchen, du monastère de Lamdrag (Karze, préfecture autonome tibétaine de la province du Sichuan) avaient protesté pacifiquement sur la place du marché de Karze en demandant « le retour rapide du Dalaï-lama au Tibet » et « plus de droits humains et de liberté religieuse pour les Tibétains ». Au moins 50 policiers et membres du personnel de sécurité ont encerclé les deux moniales et les ont conduites en prison, après les avoir frappées avec des barres de fer et des matraques électriques. Le lendemain, la famille de Yangkyi Dolma a subi une perquisition et un interrogatoire.
On est sans nouvelle de Sonam Yangchen, l’autre moniale arrêtée en même temps que Dolma.
Le 23 décembre, le gouvernement central chinois a condamné l’abbé tibétain Phurbu Tsering Rinpoche à 8 ans et six mois de réclusion pour « appropriation indue du sol public et détention illégale de munitions ». En fait, sa condamnation est liée aux mouvements anti-chinois qui ont éclaté au Tibet durant l’été 2008. Ce leader bouddhiste, très respecté par la population, a été arrêté le 18 mai 2008. Quelques jours plus tôt, environ 80 moines avaient protesté contre la « rééducation patriotique » (une sorte de lavage du cerveau) imposée par la Chine dans les lieux de culte tibétains. Rinpoche, 53 ans, aurait avoué, mais ses avocats disent que ses aveux lui ont été arrachés par la torture. Précédemment, ce lama avait déjà passé 15 ans en prison.

Condamnations à mort

Le 20 octobre, le tribunal intermédiaire du peuple de Lhassa, capitale du Tibet, a exécuté la sentence mort prononcée le 8 avril contre quatre Tibétains, à cause de leur participation présumée aux soulèvements en masse de l’année précédente dans la ville. Cette condamnation a été exécutée immédiatement contre Lobsang Gyaltsen, Loyak, Penkyi et un quatrième homme dont on ignore le nom. Le jugement a été supervisé et ratifié par la municipalité. Les médias chinois n’en ont pas parlé, et seul le Centre tibétain pour les droits de l’homme et la démocratie a rendu publique l’information. D’après cette même source, le corps de Lobsang Gyaltsen, qui habitait dans la banlieue de Lhassa, a été remis à sa famille et immergé dans le fleuve Kyichu. On ignore si l’appel présenté à la Cour suprême par les avocats des quatre hommes a été pris en considération.
D’après des sources officielles, le 8 avril, le tribunal intermédiaire du peuple avait condamné seulement deux des accusés (Lobsang Gyaltsen et Loyak) à la peine de mort. Les deux autres (Thenzin Phuntsok et Kangtsuk) avaient vu leur condamnation suspendue, et un cinquième (Dawa Sangpo) avait été condamné à la prison à vie. Les cinq hommes étaient accusés d’avoir incendié des boutiques de Lhassa pendant les émeutes du 14 mars, en provoquant la mort de sept personnes.
Le 21 avril, ce même tribunal a condamné trois autres Tibétains (Chime, Penkyi du district de Nyemo et son homonyme de Sakye) à la peine de mort, suspendue pendant deux ans et convertible en une peine de détention ; et deux autres Tibétains, l’un à dix ans de prison, l’autre à la prison à vie.

Écologie et religion

En mai, des centaines de Tibétains ont affronté pendant plusieurs jours la police à Ser Ngol Lo, dans le sous-district de Tsangshul du village Lhara (conté de Markham, préfecture de Chamdo), pour empêcher les excavations minières dans une montagne qu’ils considèrent comme sacrée.
Ser Ngol Lo veut dire en tibétain « Année d’or et d’argent ». C’est là qu’ont lieu les rites propitiatoires contre les sècheresses. Mais les autorités chinoises, qui pensent que cette montagne contient de l’or et d’autres métaux, ont autorisé la société Zhongkai Co. à y faire des prospections. Pour l’en empêcher, les Tibétains ont occupé les lieux pacifiquement. Les autorités ont fait venir l’armée. D’après l’agence Radio Free Asia, le 24 mai, il y avait au moins 300 soldats sur les lieux.
Cette protestation durait depuis plusieurs mois. Les résidents ne cédaient pas et les autorités insistaient pour creuser dans la montagne. Des sources locales ont fait savoir que début avril, Pema Thimley, vice-président du Parti communiste du Tibet, est venu pour tenter de convaincre les habitants à autoriser les excavations. La situation s’est aggravée le 16 mai, quand la police est arrivée. Plus de 500 résidents ont aussitôt bloqué la route qui conduit au site minier. Depuis lors, ils y campent jour et nuit, tandis que les forces chinoises se sont installées dans une école voisine.
L’un des résidents affirme que les soldats et la société minière ont menacé de « se frayer un chemin par la force ». D’autres racontent que l’armée a encerclé les manifestants pour les isoler du village et qu’elle a bloqué tous les téléphones fixes et portables. Un autre habitant explique que les bouddhistes tibétains « sont prêts à résister même au prix de leur vie pour protéger les collines sacrées ».
Le 12 novembre, un tribunal chinois a condamné Kunga Tsayang, moine, écrivain et photographe tibétain, à cinq ans de prison. Arrêté le 17 mars dernier, il était accusé d’avoir révélé des « secrets d’État » relatifs à la dégradation environnementale de la région tibétaine. Son procès s’est tenu à huis clos au tribunal populaire de Kanlho, à Gannan, dans la préfecture autonome tibétaine de la province du Gansu. Parmi les chefs d’accusation portés contre lui, il y avait celui d’avoir publié des commentaires politiques sur le Tibet sur son site Internet Jottings.
Le même jour, les juges ont condamné à 15 ans de prison Kunchok Tsephel, fonctionnaire tibétain créateur du site Internet Chomei dédié à la littérature tibétaine, pour avoir révélé des secrets d’État.
Kunga Tsayang, moine du monastère d’Amdo Labrang Tashikyil, a écrit plusieurs essais sur le Tibet, sous le pseudonyme de « Soleil de la terre des neiges ». Il est originaire du comté de Chigdril, dans la Préfecture autonome tibétaine de Golog, province du Qinghai. Passionné de voyages, de littérature et de photographie, il a publié de nombreux clichés montrant la dégradation environnementale du Tibet et son impact sur la population. Il avait été arrêté le 17 mars par des policiers chinois durant une perquisition nocturne dans son habitation. Sa famille et ses amis sont restés longtemps sans nouvelle de lui, jusqu’à l’audience au tribunal.

Campagne internationale contre le Dalaï-lama et le Tibet

La Chine ne perd aucune occasion pour menacer les pays et les chefs de gouvernement qui osent accueillir et rencontrer le Dalaï-lama, accusé par Pékin de n’être qu’un homme politique et un « terroriste » qui conspire contre la Chine. En faisant jouer son influence économique, Pékin parvient souvent à faire valoir son point de vue, en minimisant la question tibétaine sur la scène internationale.
Le 10 février, la Chine a exprimé sa profonde irritation en apprenant que le Dalaï-lama avait reçu la veille la citoyenneté honoraire de la ville de Rome. Jiang Yu, porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, a exprimé sa « profonde insatisfaction et opposition. Ce geste heurte gravement les sentiments du peuple chinois. Nous espérons que l’Italie sera attentive aux graves préoccupations de la Chine et qu’elle prendra immédiatement des mesures pour en limiter l’impact négatif et maintenir le développement positif et stable des rapports bilatéraux ». Jiang a répété que pour les Chinois, non seulement le Dalaï-lama n’est pas « une figure religieuse », mais qu’il est « mêlé à des activités séparatistes » pour l’indépendance du Tibet. Quelques mois auparavant, Pékin avait annulé une rencontre au siège de l’Union Européenne parce que Nicolas Sarkozy, qui assurait à l’époque la présidence tournante de l’UE, avait rencontré le Dalaï-lama.
Le 9 février à Rome, dans la salle Jules César du Capitole, bondée pour l’occasion, le Dalaï-lama a reçu le titre de citoyen honoraire de la ville. Gianni Alemanno, maire de la capitale, a expliqué que cette distinction entend signifier « notre révolte morale devant l’injustice, la violence, l’oppression. Une révolte morale pour la défense de l’identité des peuples », en réclamant « la pleine reconnaissance de l’autonomie de la nation tibétaine », ainsi que le respect de l’« intangibilité des frontières » et de « l’intégrité territoriale » de la Chine.
Très conciliant, le Dalaï-lama a réaffirmé son choix en faveur de l’« action non violente », à mener « jusqu’à la mort ». Il a rappelé qu’« au Tibet, un grand nombre de Tibétains sont dans une situation dramatique » et qu’ils sont « prêts à exploser », en leur recommandant la patience et la paix. Depuis le 18 janvier, la Chine a lancé une nouvelle répression contre les Tibétains. Il y aurait déjà eu 6 000 arrestations.
Le Dalaï-lama est également citoyen honoraire de Venise, la ville de Marco Polo.
Le 10 mars, au Népal, un déploiement massif de policiers a empêché les manifestations à l’occasion du 50ème anniversaire du soulèvement des Tibétains contre la domination chinoise. À Katmandu, des moines et des moniales tibétains se sont réunis en grand nombre pour prier dans les temples dès l’aube. Quelques dizaines de jeunes ont commencé à scander des slogans anti-chinois devant le monastère de Bouddha, et la police les a embarqués dans des fourgons, en les accusant d’inciter la population à des activités anti-chinoises. Peu après, ils ont été remis en liberté.
Le gouvernement maoïste du Népal avait promis à Pékin qu’il empêcherait les protestations ce jour-là. À Katmandu, un cordon de policiers en tenue anti-émeute avait été déployé devant l’ambassade de Chine de Baluwatar et du bureau des visas de Hattisar. Dans ces quartiers, la circulation était limitée depuis le 9 mars.
Au moins 14 000 réfugiés tibétains vivent au Népal, et en 2008 ont eu lieu plusieurs grandes manifestations contre la Chine pour protester contre la répression en cours au Tibet. La police avait arrêté des centaines de personnes qui manifestaient pacifiquement.
La veille, le 9 mars, plus de 140 Tibétains avaient été arrêtés alors qu’ils tentaient de franchir clandestinement la frontière entre le Népal et la Chine.
Le Dalaï-lama (ou son représentant) a été exclu du deuxième Forum bouddhiste mondial, qui a débuté le 28 mars à Wuxi (Jiangsu) avec beaucoup de faste, dans le nouveau et imposant « Bouddha Palace », dans un décor raffiné et avec musique d’orchestre. Plus de 1 700 moines et experts de 46 pays y participaient. Cette rencontre, intitulée « Un monde harmonieux, une synergie de conditions » s’est conclue le 30 mars. Le lendemain, les participants se sont rendus à Taipei où les travaux se sont poursuivis pendant deux jours.
Jia Qinglin, président de la conférence politique consultative du peuple chinois, a déclaré devant un groupe d’une centaine de délégués que les bouddhistes chinois souhaitaient contribuer au développement économique, à l’harmonie sociale de leur pays, et aux relations pacifiques avec Taiwan.
Le même jour, Ming Sheng, porte-parole de l’Association bouddhiste de Chine, organe étatique chinois, a expliqué que le Dalaï-lama, leader spirituel du bouddhisme tibétain, n’avait pas été invité parce qu’il était considéré uniquement comme un homme politique. En revanche, Gyancain Norbu, Panchen-lama (numéro 2 de la hiérarchie bouddhiste), reconnu par Pékin mais pas par les Tibétains, était présent. Il a fait un discours dans un anglais correct, dans lequel il a fait l’éloge du gouvernement chinois qui favorise l’« harmonie sociale, la stabilité et la liberté religieuse » dans le pays. Aux yeux des Tibétains, le Panchen-lama légitime est Gedhun Choekyi Nyima, disparu en 1995 à l’âge de 6 ans, dont on est sans nouvelle depuis.
En avril, à la conférence internationale des Nations Unies sur le racisme qui s’est tenue à Genève (Suisse), connue aussi sous le nom de « Durban 2 », la Chine s’est opposée à la participation des organisations qui défendent les droits de l’homme, comme le TCHRD (Tibetan Centre for Human Rights and Democracy), bien qu’elles soient reconnues au niveau international et qu’elles aient déjà participé à d’autres réunions de l’ONU.
L’ONU ne s’est pas prononcé, mais de fait, il a exclu les groupes tibétains. Les Tibétains accusent le gouvernement chinois de racisme et de génocide culturel, en favorisant l’immigration massive des personnes de l’ethnie han dans la région, et en leur donnant la priorité dans l’accès aux activités commerciales et aux postes de pouvoir. Qui plus est, dans la vie publique et dans le système éducatif, la langue et la culture tibétaine sont exclues. Cette politique, à laquelle vient s’ajouter l’arrivée continuelle de Chinois, a fini par marginaliser les Tibétains dans leur propre pays.
Du 29 août au 2 septembre, le Dalaï-lama a effectué une visite dans les régions du sud de Taiwan ravagées par le typhon Morakot, qui a fait 600 morts et a déprimé l’économie du pays. Sa visite a été très mal vue par la Chine, qui a aussitôt annulé d’importantes rencontres déjà fixées avec les autorités taiwanaises.
Le leader tibétain a répété à diverses reprises que sa visite n’avait aucune signification politique. « Je suis un moine – a-t-il dit à son arrivée à Taiwan – la politique n’a rien à voir là-dedans, ma visite est de nature humanitaire … J’ai demandé de venir prier pour la paix ». Au cours de sa visite de 5 jours, il a dirigé la prière en présence de foules nombreuses. À Kaohsiung, épicentre de la région la plus touchée, le Dalaï-lama et le cardinal Paul Shan Kuohsi ont tenu un forum sur « religion et humanité ».
Peu avant son arrivée, Pékin avait réaffirmé que cette visite « est destinée à avoir des effets négatifs sur les rapports entre la Chine et Taiwan ». Le leader tibétain avait été invité par des représentants du Parti démocratique progressiste, à l’opposition. Son voyage n’a pas du tout été apprécié par le Parti Kuomintang au pouvoir, même s’il avait reçu l’approbation de Ma Yingjeou, président de Taiwan.
En d’autres circonstances, le gouvernement, dirigé par le Parti Kuomintang et favorable à un renforcement de la collaboration avec Pékin, lui avait refusé l’autorisation de visiter l’île. Mais cette fois, il n’a pas pu le faire, car le Dalaï-lama a demandé de venir réconforter la population victime des dévastations du typhon. Le gouvernement de Taiwan avait été vivement critiqué pour les retards et l’insuffisance de l’aide d’urgence, qui aurait permis de sauver beaucoup de vies, à tel point que plusieurs ministres et hauts fonctionnaires avaient dû démissionner. La visite du leader tibétain a distrait l’attention du public des insuffisances du gouvernement.
En novembre, par crainte des réactions de la Chine, le gouvernement de l’Arunachal Pradesh (Inde) a fait pression sur le Dalaï-lama et limité le nombre des journalistes autorisés à accompagner le leader spirituel tibétain. Le Dalaï-lama se rend souvent dans l’Arunachal Pradesh où il a passé sa jeunesse, mais cette fois, les critiques de la Chine ont été plus dures que d’habitude, et sa visite a été qualifiée de « provocation ». Le gouvernement de Delhi a cherché à défendre sa visite en affirmant qu’elle avait un caractère religieux. Le problème vient du fait que l’Inde et la Chine se disputent actuellement l’Arunachal Pradesh, une région qui appartenait autrefois au Tibet. Craignant les réactions de plus en plus violentes de Pékin, le gouvernement de l’Arunachal Pradesh a demandé au Dalaï-lama de présenter sa rencontre avec le public à Tawang comme une « rencontre religieuse ».
Le 12 novembre, le leader tibétain en exil s’est rendu à Dirang et à Bomdi-La, dans le Kameng Ouest, mais le gouvernement a refusé aux journalistes (étrangers) une extension de leur visa, valable uniquement pour les rencontres de Tawang. D’après des témoins, les journalistes posent au Dalaï-lama beaucoup de questions sur la Chine, ce qui transforme son voyage en une campagne politique critique vis-à-vis de Pékin. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois a manifesté son « mécontentement », en accusant le Dalaï-lama d’avoir enfin révélé au grand jour ses intentions « anti-chinoises ».

CHINE – MUSULMANS

Dès les premiers mois de l’année, il est apparu clairement que 2009 allait être une année difficile pour les musulmans. Durant la rencontre annuelle de l’Assemblée nationale du peuple, au début du mois de mars, Nur Bekri, gouverneur du Xinjiang, région de tradition islamique située à l’ouest de la Chine, a déclaré : « Cette année, les contrôles de sécurité seront plus sévères, la tâche plus difficile, et la lutte plus dure … C’est un temps de célébration pour le Xinjiang, mais les forces hostiles ne manqueront pas d’utiliser cette occasion pour le gâcher ». L’année 2009 marquait en effet le 60ème anniversaire de la République populaire de Chine et le 60ème anniversaire de la « libération pacifique » du Xinjiang, considérée par les Ouigours, la population locale, comme une invasion de l’ethnie han (chinoise) et de l’armée chinoise.
Au cours de ces 60 ans, la population ouigour s’est sentie de plus en plus exclue de la vie sociale et économique. Toutes ses demandes d’une autonomie accrue ont été qualifiées par Pékin d’« attaques terroristes ».
Dans le passé – il y a de cela plusieurs décennies – il y a eu quelques actions terroristes menées par des groupes qui avaient choisi la lutte armée ; il y a eu aussi quelques tentatives d’infiltration de la part des fondamentalistes de l’Afghanistan ou du Pakistan ; mais dans leur quasi-totalité, les Ouigours ne souhaitent qu’une amélioration de leur situation économique et une plus grande liberté culturelle et religieuse.
Pour prévenir le « terrorisme », les soldats chinois arrêtent et condamnent à mort avec facilité. En 2008, pour prévenir les « attaques terroristes » pendant les J.O., au moins 100 Ouigours ont été incarcérés à titre préventif.  
De leur côté, nombre de personnalités de cette ethnie musulmane accusent le gouvernement chinois d’être insensible aux nécessités économiques élémentaires des Ouigours. Un exemple : d’après Ilham Tohti, professeur d’économie à l’université centrale des nationalités à Pékin, le principal problème est le chômage qui frappe plus durement les Ouigours, marginalisés par l’administration publique et les industries de l’État, alors que la politique de colonisation qui fait arriver chaque année des milliers de Chinois han dans la région. Dans une interview à Radio Free Asia, Tohti a accusé le gouverneur Bekhri d’insensibilité à l’égard des Ouigours : « Il ne cesse de vanter la stabilité et la sécurité du Xinjiang, tout en menaçant les Ouigours. Le Xinjiang est développé, mais les gens sont pauvres, en particulier les Ouigours ».
Le contrôle de la population et la prévention du « terrorisme » comportent une surveillance étroite de la vie religieuse des Ouigours. Tous les vendredis matin, jour saint pour les musulmans, les imams doivent aller remettre au Bureau local des affaires religieuses le texte de leur prêche, et recevoir ses « indications générales ». Tous les groupes religieux doivent se faire enregistrer auprès du Comité religieux national, et la nomination des chefs religieux doit être approuvée par les autorités. Les parents ont l’interdiction de donner une éducation religieuse à leurs enfants. Les enfants de moins de 18 ans ne sont pas autorisés à fréquenter les mosquées. À l’école, pendant le jeûne du Ramadan, les autorités obligent les étudiants et les professeurs musulmans à consommer un repas, en rompant ainsi le jeûne. Dans les villes – sous la poussée de la modernisation – beaucoup de mosquées, maisons et écoles islamiques sont expropriées et détruites pour faire place à des banques, des immeubles ou des bureaux.
Protégés par le gouvernement central, les Hans sont en position de force dans quasiment tous les secteurs : économie, université, administration … Les Ouigours – qui donnent à leur territoire le nom de Turkestan oriental – réclament depuis longtemps davantage d’autonomie (au moins sur le plan culturel) par rapport à la Chine. Cette dure répression a préparé le terrain aux affrontements ethniques du 5 juillet.

La guerre interethnique

L’étincelle qui a mis le feu aux poudres s’est produite dans la soirée du 5 juillet 2009. D’après des témoignages locaux, 2 à 3 000 Ouigours, se sont rassemblés dans les rues du centre d’Urumqi, capitale de la province, et ont affronté au moins 1 000 policiers. Les charges et les tirs de la police ont dispersé les manifestants, qui ont brisé des vitrines et incendié des voitures et des autobus. Aussitôt, le couvre-feu a été décrété à Urumqi.
Les manifestants ont dit qu’ils avaient voulu protester en général contre la marginalisation qu’ils subissent de la part de la population han (chinoise) qui, dans le Xinjiang comme dans toute la Chine, tient les rênes de l’économie et des administrations locales. Ils manifestaient aussi à cause de la mort de deux Ouigours dans le sud de la Chine, au cours d’une bagarre entre ouvriers des deux ethnies.
D’après l’agence Xinhua, cette bagarre entre ouvriers, qui a eu lieu à Shaoguan (Guangdong), a été provoquée par une fausse accusation de viol contre les ouvriers du Xinjiang. Il faut dire que le manque de main d’œuvre dans le sud de la Chine avait poussé Pékin à favoriser l’émigration des Ouigours vers le littoral. Mais aujourd’hui, cette émigration crée des difficultés et une forte compétition pour conserver les emplois, depuis que beaucoup d’entreprises chinoises, touchées par la crise, licencient leurs ouvriers.
Le bilan du premier jour de manifestations à Urumqi, d’après Xinhua, a été de 156 morts, plus de 1 000 blessés et 1 434 arrestations.
Le lendemain à Urumqi, plusieurs centaines de personnes, en majorité des femmes et des jeunes filles, ont protesté contre la répression des Chinois, en demandant que leurs parents, arrêtés la veille, soient remis en liberté, et en défiant les cordons de la police qui les ont d’abord encerclées, puis dispersées. Mais d’autres groupes se sont reformés dans d’autres quartiers de la ville. Ce mouvement de protestation s’est répandu à d’autres villes du Xinjiang. À Kashgar, plus de 200 personnes ont tenté de se réunir dans la mosquée d’Id Kah, mais elles ont été dispersées par la police. Les forces de l’ordre ont également effectué des arrestations à Yili, Dawan et Tianshan.
Les Ouigours disent que dans la nuit du 7 juillet, malgré le couvre-feu imposé dans la ville, des groupes de Chinois ont attaqué les habitations des Ouigours, brutalisé des personnes et mis le feu à un restaurant. Pour cette raison, les manifestations ont repris le lendemain, ainsi que les tentatives pour forcer les cordons de police et aller affronter directement la communauté han. Plusieurs milliers de soldats et de policiers ont été envoyés des autres régions de Chine pour assurer le maintien de l’ordre. Le président Hu Jintao, qui se trouvait à l’Aquila (Italie) pour participer au G8, a interrompu son séjour pour rentrer en Chine et suivre personnellement l’évolution de la situation.
Le vendredi suivant, 10 juillet, le gouvernement du Xinjiang a ordonné la fermeture des mosquées, en sorte que la prière du vendredi n’a pas pu se tenir. Le motif officiel invoqué par les autorités était la sécurité des habitants qui craignaient d’être pris dans les affrontements entre groupes de Chinois han et d’Ouigours, mais en réalité, on peut penser qu’elles voulaient éviter que les prières ne soient une occasion pour inciter à la révolte.
Sur la porte des mosquées d’Urumqi, gardées par l’armée, des écriteaux invitaient les fidèles à aller prier chez eux. Malgré cela, un porte-parole du gouvernement du Xinjiang a dit que « toutes les activités religieuses doivent se poursuivre normalement ».
Alors que la société civile du monde entier condamnait la dure répression de la Chine, le monde islamique en général – ou du moins les gouvernements – sont restés silencieux devant les massacres en cours au Xinjiang, préférant maintenir de bons rapports commerciaux avec la Chine. Le seul à élever la voix a été le Premier ministre truc Recep Tayyip Erdogan, qui a accusé Pékin de commettre « quasiment un génocide ». Il existe en effet des liens linguistiques, culturels et religieux entre les populations turque et ouigour.
Le gouvernement chinois rejette toute la responsabilité des émeutes sur les groupes ouigours qui vivent à l’étranger, et en particulier sur Rebiya Kadeer, exilée aujourd’hui aux Etats-Unis après avoir passé plus de 5 ans en prison parce qu’elle avait réclamé plus d’autonomie pour son peuple. D’après Xinhua, les manifestations d’Urumqi sont « un crime violent, prémédité et organisé » visant à renverser le pouvoir chinois.
Les déclarations d’un groupe algérien lié à Al-Qaida, qui a appelé au djihad contre la Chine, ont contribué à donner une tonalité « terroriste » à cette révolte. Le 14 juillet, le groupe algérien Al-Qaida au Maghreb islamique a menacé d’exercer des représailles contre les Chinois qui travaillent en Afrique du nord pour venger les assassinats et l’oppression des Ouigours au Xinjiang Qin Gang. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a fait savoir que « nous allons suivre l’évolution de la situation, et nous prendrons les dispositions nécessaires en liaison avec les principales nations pour garantir la sécurité des entreprises et du personnel chinois à l’étranger. Le gouvernement chinois s’oppose au terrorisme sous toutes ses formes, et nous entendons renforcer notre collaboration avec les autres pays pour combattre le terrorisme et garantir la sécurité ».
Dans un appel aux pays islamiques, Pékin a demandé qu’ils comprennent la politique et les actions de la Chine au Xinjiang. Il est cependant difficile de qualifier tous les mouvements ouigours de terroristes.
Rebiya Kadeer a condamné l’appel au djihad d’Al-Qaida. Dans une déclaration diffusée sur le site du World Uyghur Congress, elle a déclaré que « la violence n’a jamais résolu les problèmes ». À propos des menaces du groupe algérien, elle a dit : « Le terrorisme mondial ne devrait pas exploiter les aspirations légitimes du peuple ouigour et la tragédie en cours au Turkestan oriental pour commettre des actes de terrorisme contre les missions diplomatiques et les civils chinois ».

Bataille contre Rebiya Kadeer

Cette déclaration non violente n’a pas suffi à Pékin, qui continue de voir en Rebiya Kadeer « l’éminence grise » qui se cache derrière les soulèvements des semaines précédentes, en l’accusant d’être de mèche avec « le terrorisme, l’extrémisme, le séparatisme » et en cherchant à miner la considération dont elle jouit dans le monde. Les tentatives de Pékin pour discréditer la leader ouigour ressemblent beaucoup à la campagne pleine de faussetés et d’insultes contre le Dalaï-lama menée en 2008 avant les J.O. de Pékin. Des personnalités du gouvernement avaient accusé le leader spirituel tibétain d’être un « diable déguisé en ange », un « loup famélique habillé en agneau ».
Rebiya Kadeer, 63 ans, autrefois chef d’entreprise avertie et membre du Parti, est tombée en disgrâce quand elle a commencé à réclamer davantage de droits et d’autonomie pour les Ouigours et à critiquer la politique de colonisation du gouvernement chinois. Pour cette raison, elle a passé 5 ans en prison. Remise en liberté en 2005 grâce aux pressions internationales, elle vit maintenant en exil aux Etats-Unis et est membre du World Uygur Congress.
Pendant les journées d’émeutes au Xinjiang, Rebiya Kadeer se trouvait au Japon, puis à Melbourne pour participer à un Festival international de cinéma où un documentaire sur sa vie était projeté en avant-première. La Chine a cherché d’abord à faire supprimer ce film du programme puis, devant le refus des organisateurs, elle a fait retirer tous les films chinois présentés au Festival. Durant les semaines précédentes, elle avait aussi critiqué le Japon pour avoir donné un visa d’entrée à Rebiya Kadeer, et la Turquie pour avoir défendu les Ouigours. « La Chine – a commenté la leader ouigour – a également fait pression sur les États-Unis pour qu’ils mettent un frein à mes activités. Il me semble qu’à cause de moi le gouvernement chinois est en train d’imposer son autoritarisme au monde entier ».
Frustré par ces insuccès, Pékin a diffusé dans le monde entier une lettre écrite soi-disant par les enfants de Rebiya Kadeer qui se trouvent toujours au Xinjiang, dans laquelle ils accusent leur mère d’être responsable des émeutes au Xinjiang et de tramer contre la Chine. D’après les médias chinois, qui ont donné beaucoup de publicité à cette lettre, le message est signé par ses deux fils Khahar et Memet et par sa fille Roxingul. « À cause de toi – disent-ils dans cette lettre – beaucoup de personnes innocentes des deux groupes ethniques ont perdu la vie à Urumqi le 5 juillet dernier, et les dégâts occasionnés aux propriétés, magasins et véhicules sont incalculables ».
Rebiya Kadeer a 11 enfants, tous restés au Xinjiang après son exil forcé aux États-Unis. Deux d’entre eux sont en prison. En 2007, Ablikim Abdiriyim a été condamné à 9 ans de prison par le tribunal d’Urumqi pour avoir publié des articles sécessionnistes sur Internet dans lesquels il incitait à agir contre le gouvernement et « déformait » la situation des droits humains et la politique ethnique en Chine. En outre, il a été privé de ses droits civiques pendant 3 ans. Alim Abdiriyim, un autre fils de Rebiya Kade, a été condamné en septembre 2006 à 7 ans de prison pour évasion fiscale. Un autre fils encore a été arrêté pour évasion fiscale, mais il s’en est tiré avec une amende, et l’une de ses filles est assignée à domicile depuis plusieurs années.
Rebiya Kadeer s’est défendue en disant : « Je connais les autorités chinoises et leurs méthodes anciennes et nouvelles pour abattre leurs ennemis. La Chine a le pouvoir. Ils sont en mesure de contrôler les discours de mes enfants et de détourner leur langue contre moi, mais ils ne peuvent pas contrôler l’amour que Dieu a créé entre mes enfants et moi ». « Je connais mes enfants », a-t-elle ajouté alors qu’elle se trouvait à Sydney. « Personne ne se met à critiquer sa mère de cette façon, même si elle a commis des erreurs ».
Le 4 août, dans l’après-midi, les enfants et le frère de Rebiya Kadeer sont apparus au journal télévisé national. « Le chemin suivi par notre mère conduit à un puits sans fond », a dit son fils Alim, 33 ans, en prison pour évasion fiscale. « Avec une nation aussi forte [que la Chine], elle n’arrivera jamais à mener à bien son projet de séparatisme ».
Rebiya Kadeer a rappelé que cette politique de la Chine est typique de la période de la Révolution culturelle, lorsque Mao poussait les enfants à dénoncer leurs parents contre-révolutionnaires.
Le 6 août, s’entretenant avec des journalistes, la leader ouigour a dit que sa fille Roxingul et son fils Alim ont été contraints de l’accuser, en suivant entièrement la volonté de Pékin : « La pression exercée par le gouvernement chinois contre mes enfants pour les obliger à parler contre moi est assurément la pire sorte de violence … C’est une forme de dictature qui leur est imposée. Il m’est pénible de penser aux tortures psychologiques qu’ils subissent en ce moment ». Et elle a ajouté : « Quand j’étais en prison, le gouvernement chinois m’a forcée à dire des choses contre ma volonté dans un vidéo diffusé ensuite sur un site Internet ».

Condamnations à mort

Dans les mois suivants, la situation ne s’est guère améliorée. Le Xinjiang est toujours isolé et contrôlé par plusieurs milliers de soldats. Pour ramener le calme, le Parti a mis au point la stratégie suivante : 7 000 fonctionnaires iront de maison en maison expliquer la valeur de la « société harmonieuse » (slogan du président Hu Jintao exaltant l’unité dans la diversité des Chinois). En même temps, les procès contre les fauteurs de troubles ont commencé, au cours desquels les condamnations à la prison à vie ou à la peine de mort sont utilisés avec facilité.
Le 12 octobre, les six premiers Ouigours ont été condamnés à mort pour les désordres du 5 juillet. Le 15 octobre, six autres personnes ont été jugées responsables des émeutes et condamnées à mort. Pour trois des condamnés, le tribunal du peuple d’Urumqi a décrété une suspension de l’exécution de la peine pendant deux ans. À ce procès, qui avait débuté la veille, il y avait 14 accusés ; trois d’entre eux ont été condamnés à la prison à vie, et cinq à de longues peines de prison.
Le 3 décembre, un tribunal populaire du Xinjiang a condamné à mort cinq Ouigours accusés d’avoir commis des meurtres pendant les émeutes de juillet. Deux autres accusés ont été condamnés à la prison à vie, et les six derniers ont été condamnés à des peines de prison plus ou moins longues.
Le 29 décembre, Hou Hanmin, directeur du Bureau d’information du gouvernement du Xinjiang, a fait savoir que « les 22 et 23 décembre, 22 accusés ont été jugés dans différents procès ». Ma Xinchun, porte-parole de la municipalité d’Urumqi, a reconnu qu’il y avait eu 5 condamnations à mort avec suspension de deux ans (aux termes desquels la condamnation est commuée en prison à vie), 8 condamnations à la prison à vie, et 4 condamnations à des peines de prison de 10 ans ou plus.
Rebiya Kadeer continue à demander en vain l’intervention de la communauté internationale. Elle demande aussi à la Chine d’entamer un dialogue avec les Ouigours. D’après la dissidente, le Congrès mondial des Ouigours – l’organisation qu’elle dirige – « souhaite parler avec le gouvernement chinois. Pékin doit nous accorder notre autonomie, car par sa façon d’agir, il détruit notre peuple, notre éducation, notre religion et notre liberté d’expression ».
Le 21 octobre, alors qu’elle se trouvait au Japon, Rebiya Kadeer a dit que « d’après des informations en notre possession, plus de dix mille citoyens de nationalité ouigour ont été arrêtés et emprisonnés entre le 5 juillet et le 1er octobre. Beaucoup d’entre eux ont disparu, et nous pensons qu’ils ont été tués ».
Une confirmation des déclarations de la dissidente est venue d’un rapport de Human Rights Watch, rendu public le 21 octobre, où il est dit que « des milliers de manifestants ont disparu sans laisser de trace juste après les manifestations ». Cette ONG basée à New York affirme avoir « des preuves de première main relatives à plus de 40 cas d’assassinats maquillés en disparitions. Et ce n’est que la pointe de l’iceberg ». Le rapport de HRW décrit en outre la « façon dont la police chinoise a procédé pour faire cesser les émeutes de juillet dernier. Les rues ont été barrées par des agents en tenue anti-émeute qui ont participé aux violences, allant même jusqu’à enlever des suspects pour les interroger sous la torture. Dans certains cas, la police a mis le feu à des habitations et à des bureaux,  emmenant les personnes sans formuler d’accusation et sans donner d’explication ».
Une confirmation de l’influence de la Chine sur la communauté internationale est venue du Cambodge. À la mi-décembre, le gouvernement de ce pays a annoncé qu’en réponse aux requêtes insistantes de Pékin, il avait décidé de renvoyer en Chine 20 Ouigours qui avaient fui le Xinjiang après les émeutes et demandé le statut de réfugié au représentant de l’ONU à Phnom Penh. Quelques jours plus tôt, le vice-président chinois Xi Jinping, en visite au Cambodge, avait promis une aide financière de 1,2 milliard de dollars au pays pour construire des routes et restaurer les temples bouddhistes.

Bases militaires sur le terrain d’un cimetière islamique

Le Xinjiang n’est pas la seule province à poser des problèmes à la Chine. Le développement sauvage et la faim de nouveaux terrains de la part des militaires et des industriels ont donné lieu à des violences contre les communautés musulmanes.
Les Hui sont des musulmans de souche chinoise, convertis à l’islam par les marchands arabes à l’époque de la dynastie Tang. En mars 2009, tout le village de Huixin (près de la ville de Fenghuang, municipalité de Sanya, dans l’île de Hainan) s’est insurgé contre la marine militaire chinoise qui s’apprêtait à démolir leur vieux cimetière pour en faire un terrain militaire. Pendant plusieurs mois, des dizaines d’habitants ont surveillé le cimetière jour et nuit, de peur que les tombes ne soient démolies. Les résidents, environ 8 000 musulmans appartenant à la minorité ethnique hui, disent qu’ils habitent l’île depuis l’époque de la dynastie Tang (618-907) et que certaines tombes datent de ce temps-là.
Hai Shihao, vice secrétaire du Parti communiste de Huixin, a expliqué à Radio Free Asia que la marine militaire a besoin d’environ 100 mu (6,67 ha) pour créer un terrain d’entraînement pour les parachutistes de la base navale proche de l’aéroport de Sanya. Les travaux ont commencé sans que les résidents en aient été avertis. Ce n’est qu’en décembre 2008 qu’ils ont compris ce qui se passait, quand de nombreuses tombes avaient déjà été profanées. Ils ont organisé des manifestations de rue qui ont endommagé les installations militaires, et les travaux ont été suspendus. Fin février, la marine a réoccupé la région pour reprendre les travaux, et d’autres tombes ont été détruites. Plus de 2 000 personnes sont descendues dans la rue, et les travaux ont été suspendus une nouvelle fois. Maintenant, l’armée serait d’accord pour verser des dédommagements.
Hai Shihao a proposé de « déplacer le cimetière ailleurs ». Mais les habitants ne sont pas d’accord. « Ils proposent de nous verser une indemnisation de 6-7 000 yuans (6-700 euros) par tombe … Mais nous ne pouvons pas accepter. Les tombes de nos ancêtres musulmans ne doivent pas être déplacées … elles sont trop importantes pour nous ».
Des sources du gouvernement local disent que les autorités tentent de résoudre la question par le dialogue et de façon pacifique, tout en avertissant la population que la marine ne patientera pas éternellement. Un résident hui du nom de Ma a déclaré que la profanation des tombes est « inimaginable … Même les Japonais n’ont pas déterré les os de nos morts pendant l’occupation de la Chine ».

FALUN GONG

Le mouvement du Falun Gong propose à ses adeptes des pratiques de méditation et des exercices physiques qui s’inspirent des traditions bouddhiste et taoïste, en mettant l’accent sur la gymnastique et la respiration, sur la santé physique, la longévité, la paix et l’harmonie. Ce groupe, qualifié de « culte mauvais et pernicieux » et de « menace contre la stabilité sociale et politique », est soumis à des persécutions constantes.
D’après son fondateur Li Hongzhi, exilé aux Etats-Unis depuis 1998, il y a en Chine plus de 100 millions d’adeptes du Falun Gong. Parmi eux, beaucoup sont des pauvres qui, n’ayant pas les moyens de se soigner (en Chine, les soins médicaux sont payants), utilisent ces techniques pour rester en bonne santé et avoir une vie longue. D’autres appartiennent à l’armée ou à la bureaucratie du Parti, ce qui a conduit les autorités à soupçonner que derrière sa façade religieuse, le Falun Gong puisse cacher des intentions subversives.
Les persécutions contre le Falun Gong ont débuté le 25 avril 1999, quand plus de 10 000 adeptes ont manifesté pacifiquement à Pékin contre les violations de leurs droits, en demandant la reconnaissance publique de leurs croyances. Depuis lors, la propagande hostile et infamante, les emprisonnements, les tortures (plus de 38 000 cas documentés, d’après Falun Gong) et même les « suicides » en prison (près de 2 000 d’après les responsables du mouvement) n’ont plus cessé.

Arrestations et tortures

D’après les chiffres fournis par le Falun Gong, en 2009 – dixième anniversaire du début des persécutions contre ce mouvement – le Parti communiste a mis en œuvre un projet de sécurité dit « Projet 6521 », visant à réduire le plus possible son influence dans les villes et sur Internet.
D’après la banque de données du Falun Dafa Information Centre, au cours du deuxième semestre de 2009, il y a eu 2 513 arrestations ; plus de 100 membres sont morts en prison à la suite des tortures subies ; et 878 membres ont été condamnés à 3 ans de camp de travail.

Aucune protection juridique

Une autre façon de persécuter le Falun Gong consiste à interdire aux avocats chinois de défendre les membres de ce mouvement. Malgré cette interdiction, trente avocats au moins – dont certains faisaient partie du groupe – ont tenté de prendre la défense des adeptes de Falun Gong en disant que la Constitution chinoise reconnaît la liberté de religion. Quelques-uns de ces avocats ont subi des violences. Entre le 2 et le 8 juillet, les autorités chinoises ont arrêté trois avocats dans le nord-est de la Chine : ils s’appellent Liu Ruping, Wang Yonghang et Wang Ping.
L’arrestation de Liu Ruping a eu lieu le 2 juillet. Il exerçait le métier d’avocat à Jinan, une ville de la province du Shandong. Déjà en 2005, il avait été condamné à un an d’emprisonnement dans les laogai (camps de rééducation par le travail), pour avoir pris la défense des adeptes du Falun Gong. Liu Ruping a été enlevé dans les environs de son domicile par des agents des forces de l’ordre qui ont fouillé son appartement. D’après des sources locales, il se trouverait dans une prison de la ville spécialisée dans la détention des membres et des activistes du Falun Gong.
Le 4 juillet, 20 agents des corps de sécurité en civil et un groupe de policiers de la ville de Dalian (Liaoning) ont fait irruption chez Wang Yonghang sans mandat de perquisition. Les agents ont passé au peigne fin son logement et brutalisé sa femme et sa mère de 80 ans. Wang et sa femme ont été conduits en prison. La femme a été remise en liberté dès le lendemain ; l’homme se trouverait dans la prison de Dalian, où il subirait des mauvais traitements et des tortures. Sa femme a fait savoir que le 11 août, son mari a dû subir une opération à la cheville, fracturée durant les interrogatoires. Le même jour, on lui a notifié son arrestation pour « pratique d’un culte visant à déstabiliser l’ordre légal et social ».
La troisième arrestation a eu lieu le 8 juillet. Wang Ping, un avocat de Pingdu, dans la province du Shandong, a été enlevé par des agents de la police locale.
Depuis des années, le mouvement du Falun Gong accuse le gouvernement chinois de fermer les yeux sur le trafic des organes prélevés sur ses morts, sans l’autorisation de leurs proches.

CHINE – HONG KONG

Grâce au principe « Un pays, deux systèmes » promu par Deng Xiaoping, Hong Kong jouit d’une plus grande liberté religieuse que la Chine. En vertu de ce principe, ce territoire peut déterminer librement sa politique intérieure et sa politique économique, mais doit respecter les orientations de Pékin en matière de politique extérieure. Ainsi, à Hong Kong, il n’y a pas eu de cas de violation manifeste de la liberté religieuse comme en Chine continentale (arrestations, violences, destructions, emprisonnements, peine de mort, etc.). Cependant, l’influence de Pékin se fait sentir de façon croissante, au point que le gouvernement local craint de devenir l’exécuteur des ordres de la Chine dans le territoire, au lieu d’être le garant de la légalité et de la volonté populaire.
À Hong Kong, les violations de la liberté religieuse se présentent sous forme d’« omission » ou de « non réponse » aux demandes de la population. Ainsi, après la condamnation du dissident protestant Liu Xiaobo à 11 ans de prison pour avoir rédigé la Charte 08 (v. pag…..), des centaines de catholiques et de protestants de Hong Kong ont demandé à leur Parlement (Legco) de faire pression sur Pékin pour « libérer Liu Xiaobo ».
Le 13 janvier 2010, le Legco a rejeté la motion du député catholique Fred Li Wah-ming, membre du Parti démocratique, avec le soutien de plusieurs autres députés, demandant de « libérer Liu Xiaobo ».
Dans une déclaration diffusée le même jour, le gouvernement de Hong Kong a déclaré qu’au nom du principe « Une nation, deux systèmes », il serait « inapproprié » que le gouvernement local commente une décision prise dans le cadre du système juridique chinois.
Une autre « non réponse » est arrivée à Mgr John Tong, évêque de Hong Kong depuis avril 2009. Comme beaucoup d’autres personnalités, il avait été invité aux cérémonies du 60ème anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine (1er octobre 2009). L’évêque avait demandé de pouvoir rencontrer à cette occasion l’archevêque de Pékin. Mais il n’a pas reçu de réponse et n’a pas pu rencontrer son homologue dans la capitale.
Enfin, une « non réponse » plus grave est l’absence de dialogue entre le gouvernement et le diocèse catholique de Hong Kong au sujet de l’avenir des écoles. Depuis quelques années, le diocèse a des appréhensions pour l’avenir de l’école catholique dans l’île. Il se préoccupe surtout des conséquences de l’ordonnance sur l’éducation prise en 2004, aux termes de laquelle toutes les écoles subventionnées par le gouvernement doivent mettre en place un comité de gestion (School Management Committee) indépendant du directeur de l’école au plan juridique. Le gouvernement dit que ce comité favorisera la transparence et la démocratie, mais les directeurs des écoles privées y voient surtout une façon de s’immiscer dans la gestion de leur établissement qui risque de dénaturer ses caractéristiques propres et d’écarter progressivement le personnel enseignant catholique.
Le cardinal Zen Ze-kiun, évêque émérite de Hong Kong, a exprimé sa préoccupation à ce sujet, en ajoutant que cette mesure du gouvernement ne reconnaît pas la contribution des écoles catholiques à la société. Le 23 mars, le Sunday Examiner, hebdomadaire du diocèse de Hong Kong, a abordé encore une fois cette question, en exprimant sa crainte que les écoles catholiques ne puissent plus jouir à l’avenir de l’exemption garantie par l’ordonnance au moins jusqu’en 2012.
D’après le Sunday Examiner, le modèle proposé par le gouvernement pour améliorer la qualité de l’enseignement et de la gestion des écoles risque d’être contre-productif pour les écoles catholiques, dont les valeurs et le prestige sont reconnus par la société.
Les écoles de ce diocèse font une grande place dans leur programme éducatif à la promotion des valeurs religieuses, éthiques et spirituelles. Si les 200 établissements liés à l’Église catholique n’avaient pas la liberté de continuer à travailler dans cet esprit, leur mission serait déviée, ce qui nuirait à toute la société de Hong Kong. À toutes ces questions, le gouvernement de Hong Kong n’a pas donné de réponse.

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