Corée du Nord

Corée du NordAPPARTENANCE RELIGIEUSE
agnostiques : 71,3 %
nouvelle religion : 12,9 %
animistes : 12,3 %
chrétiens : 2,0 %
autres : 1,5 %

Catholiques : -

SUPERFICIE
120 538 km2

POPULATION
23 991 000 habitants

RÉFUGIÉS
-

DÉPLACÉS
-

La situation politique et législative

La Corée du Nord récuse par principe la notion de liberté de religion. Il existe quelques lieux de cultes chrétiens (une église catholique et deux églises protestantes) et quatre temples bouddhistes dans la capitale Pyongyang, on ne possède aucune information sur le reste du pays. Les chiffres varient selon les comptes-rendus des personnes qui ont eu la possibilité de visiter ce pays.
Les raisons du rejet de la liberté religieuse remontent aux débuts de l’État nord-coréen. Le régime actuel en effet est l’émanation du Parti des travailleurs de Corée, dont l’idéologie politique se base sur le principe d’autoréalisation ou Juche. Le Parti des travailleurs est lui-même une ramification du Parti communiste de Corée, dont l’histoire a été jalonnée de luttes intestines et de purges sanglantes entre les factions pro-soviétiques et pro-chinoises.
Le principe du juche sur lequel se fonde le système politique et économique de la Corée du Nord est une idéologie syncrétiste qui allie néo-confucianisme, national-maoïsme et stalinisme, appliquée de façon rigide. Avec le temps, cette idéologie a fini par isoler le pays du reste de la communauté internationale. Elle a favorisé en outre le développement du culte de la personnalité d’abord à l’égard du « Père de la Patrie » Kim Il-sung, arrivé au pouvoir en 1948 et mort en 1994, puis de son fils Kim Jong-il, qui lui a succédé en prenant le titre officiel de « Cher Leader ».
Sous les deux Kim, père et fils, considérés comme des divinités, le culte de la personnalité est devenu la seule forme de religion autorisée dans le pays. Actuellement, un troisième Kim est apparu sur la scène, Kim Jung-un, troisième fils de Kim Jong-il. Tous trois sont glorifiés dans la littérature nord-coréenne, la musique populaire, le théâtre et le cinéma.
La version juche du calendrier grégorien en vigueur dans le pays, part de l’année 1912, année de naissance de Kim Il-sung, dont le cadavre embaumé est conservé dans un mausolée mégalomaniaque à Pyongyang. Au cours de grandes manifestations publiques, Kim Il-sung et Kim Jong-il sont révérés en termes grandiloquents et mystiques, qui font penser au langage religieux. En réalité, la religion officielle de la Corée du Nord est une forme d’idolâtrie d’un Parti-État associé à une dynastie régnante.

Persécutions généralisées

En 2009, un grand nombre d’exilés nord-coréens ont confirmé l’existence de camps d’internement ou de rééducation, même si le gouvernement nie leur existence. On estime que 150 000 à 200 000 personnes y seraient détenues actuellement, exposées aux tortures, assassinats, viols, expérimentations médicales, travail forcé, avortements et exécutions secrètes. Les personnes arrêtées pour des motifs religieux y font l’objet d’un traitement particulièrement dur.
Le nationalisme nord-coréen s’inspire du chondogyo, une religion syncrétiste s’inspirant du bouddhisme, du taoïsme, du confucianisme, du chamanisme et du christianisme. Apparu au XIXe siècle, le chondogyo s’opposait alors à l’action des missionnaires chrétiens occidentaux. Officiellement athée, l’État nord-coréen punit sévèrement toute activité religieuse, et en particulier celle des protestants, considérés comme les émissaires des États-Unis.
La répression anti-religieuse est devenue l’une des caractéristiques de la politique du gouvernement nord-coréen depuis la partition de la Péninsule en 1953. C’est ainsi que les catholiques nord-coréens ont disparu sans laisser de trace, à commencer par les prélats. Pour le Vatican, ils sont « manquants », tout en continuant à figurer officiellement dans l’Annuaire Pontifical comme titulaires des diocèses locaux. Pour les autorités nord-coréennes qui, depuis le début des années 1980, refusent de répondre aux questions à propos de leur sort, ils sont de « parfaits étrangers ».
Avant la guerre de Corée, l’Église catholique en Corée du Nord comptait trois diocèses, Pyongyang, Ch’unch’on et Hamhung, outre l’abbaye territoriale à Tomwok placée directement sous la juridiction du Saint-Siège. En 1953, quand la guerre a pris fin (de fait, sinon de droit) et que la péninsule s’est retrouvée coupée en deux, le Vatican a confié l’administration apostolique des trois diocèses nord-coréens à trois évêques du sud. Mais dans l’Annuaire Pontifical, le nom des évêques titulaires n’a pas été changé. Ainsi, pour le diocèse de Pyongyang, on y trouve le nom de Francis Hong Yong-ho, né en 1906 et aujourd’hui disparu. Pour le diocèse de Hamhung, aucun nom n’est indiqué. Pour le diocèse de Ch’unch’on, dont la plus grande partie du territoire se trouve en Corée du Sud, on trouve le nom de John Chang-yik. Mais les catholiques du nord considèrent que ce siège est vacant.
Le sort des évêques nord-coréens est à l’image de celui de l’Église nord-coréenne en général. Au milieu du XXe siècle, les catholiques représentaient 30% de la population de Pyongyang et 1% de celle du reste du pays. Pendant la guerre de Corée (1950-1953), les troupes communistes ont envahi le sud, arrêté et emprisonné les missionnaires, les religieux étrangers et les chrétiens coréens dans l’intention d’effacer toute trace d’une présence chrétienne. Au nord, les moines et les prêtres ont été arrêtés et condamnés à mort ; les monastères et les églises ont été détruits. Pendant la guerre, Mgr Patrick James Byrne, délégué apostolique en Corée, de nationalité américaine, a été arrêté, jugé et condamné à mort. Cette sentence n’a pas été exécutée, mais il est mort quelques années plus tard dans un camp de concentration des suites des mauvais traitements et privations.
En général, on ne sait pas ce qu’il est advenu des chrétiens nord-coréens durant les années qui ont suivi. On ignore en particulier quel a été le sort des 166 prêtres et religieux qui se trouvaient au nord à la fin de la guerre. Jusqu’au début des années 1980, quand on les interrogeait à leur sujet, les fonctionnaires nord-coréens répondaient seulement : « Ce sont de parfais inconnus ».
Aujourd’hui, l’Église en Corée du Nord n’a plus de clergé et donc plus de culte. D’après les chiffres fournis par le gouvernement, le pays compte environ 4 000 catholiques et 11 000 protestants. Mais les sources d’AsiaNews disent qu’il n’y a pas plus de 200 catholiques, dont la plupart sont très âgés. En outre, il semblerait que l’église catholique Changchung de Pyongyang soit une simple vitrine pour le régime.
Depuis que Kim Il-sung a pris le pouvoir, la communauté chrétienne a fait l’objet d’une répression impitoyable. Les chrétiens sont mal vus parce qu’ils sont accusés d’être déloyaux à l’égard du régime et sont soupçonnés d’entretenir des liens avec l’Occident. Les fidèles doivent pratiquer leur religion en secret. Dans ce pays communiste, être surpris en train de participer à une messe dans un lieu non autorisé peut valoir l’emprisonnement, la torture, et même la mort. Le simple fait de posséder une Bible peut être puni de la peine de mort. Le 16 juin 2009, une chrétienne de 33 ans, Ri Hyon-ok, a été jugée, condamnée à mort et exécutée pour avoir « mis en circulation des Bibles ». Les membres de sa famille ont ensuite été arrêtés et internés dans un camp de détention.
La figure de Mgr Francis Hong Yong-ho est l’emblème de cette situation. Ordonné prêtre le 25 mai 1933, il a été nommé vicaire apostolique à Pyongyang et évêque titulaire d’Auzia le 24 mars 1944 par Pie XII. Le 29 juin 1945, il a été consacré par Mgr Bonifatius Sauer, avec comme co-consacrants Mgr Hayasaka Irenæus et Mgr Paul Marie Kinama-ro.
Le 10 mars 1962, Jean XXIII a élevé le vicariat de Pyongyang au statut de diocèse, en signe de protestation contre la politique du régime nord-coréen. Il a nommé comme son premier évêque Mgr Hong Yong-ho, qui deviendra en quelque sorte le symbole des persécutions contre les catholiques de la Corée du Nord et des pays communistes en général. S’il était encore en vie, il aurait aujourd’hui plus de 100 ans. Pourtant, le Vatican n’exclut pas l’éventualité qu’il soit « toujours détenu dans un camp de rééducation ».

Les réfugiés en Corée du Sud

Malgré tout, l’Église coréenne ne perd pas l’espérance. En perspective d’une éventuelle réunification de la Péninsule, les catholiques sud-coréens organisent des séminaires et des groupes d’action pour aider leurs frères du nord. Dans cette optique, les réfugiés nord-coréen qui vivent au sud peuvent être des « agents de l’évangélisation, des membres à part entière de notre société, et des amis avec qui construire l’avenir ensemble », a dit Mgr Lucas Kim Woon-hoe, évêque auxiliaire de Séoul, à l’occasion de la 12ème rencontre du Réseau des évêques pour la réconciliation du peuple coréen, dont il est le président. Cette rencontre, qui s’est tenue le 22 novembre 2009 au Centre Hanmaum de Séoul, avait pour thème : « Les Saeteomin, agents de l’Évangile ».
En coréen, saeteomin signifie « réfugiés, colons ». C’est le terme par lequel les Coréens du sud désignent les réfugiés nord-coréens qui ont fui le régime de Pyongyang pour s’établir de l’autre côté de la frontière. Avec le temps, en raison des difficultés d’intégration de ces réfugiés, ce terme a pris une connotation péjorative.
C’est précisément ce point qu’a voulu aborder Mgr Kim lorsqu’il a dit : « Nous devons être les témoins de ce qui se passe au nord », a-t-il dit. « Et personne ne pourra mieux nous aider dans cette tâche que nos frères saeteomin, qui ont la même dignité que nous ». Leur façon de vivre et leur histoire « nous seront utiles pour dénoncer et surmonter les préjugés sociaux qui les entourent et le sentiment d’aliénation qu’ils éprouvent en arrivant en Corée du Sud. En écoutant leur témoignage, nous apprenons à les connaître et à les accueillir, en vue du rôle d’évangélisateurs qu’ils pourraient jouer lorsque la Corée du Nord sera redevenue un pays libre ».
À côté des participants laïcs, près de 90 prêtres, religieux et Saeteomin étaient présents à cette rencontre. L’un d’eux, Dong Young-soo, est arrivé en Corée du Sud en 2003. Il a pris la parole tout de suite après Mgr Kim. « Je suis bien obligé de constater qu’il existe beaucoup de choses injustes. Par exemple, je ne comprends pas pourquoi les saeteomin sont des citoyens de troisième catégorie dans la société coréenne, au point que même les Chinois d’ascendance coréenne vivent mieux que nous ».
Ce qui peut apparaître comme la protestation d’un nationaliste qui a conscience des classes est en réalité un regard sur la situation actuelle en Corée du Sud, où l’accès à l’éducation et au marché de l’emploi est étroitement lié à l’origine sociale. À ce propos, Kang Seon-hee, une Saeteomin, a dit : « Ici, tout ce que j’ai pu trouver, c’est un humble emploi, alors que j’aurais voulu apporter une vraie contribution à la société où je vis. Gagner tout juste de quoi vivre ne me suffit pas ; je voudrais donner davantage ».
En effet, la communauté saeteomin vit en marge du reste du pays ; ses membres sont considérés comme des traîtres ou des personnes peu fiables au nord, et comme d’éternels mendiants au sud.
Pour Ko Kyeong-bin, professeur à l’Université de Séoul, « les conditions de vie difficiles des 20 000 Saeteomin qui vivent ici nous préoccupent beaucoup. Mais en fait, elles ne sont que le reflet de celles que connaîtront les 20 millions de nord-coréens qui pourraient arriver chez nous après la réunification des deux Corées. Nous avons encore beaucoup de chemin à faire pour nous préparer à les accueillir convenablement ».
Pour ce professeur universitaire qui a été pendant plusieurs années à la tête du Bureau national pour la réunification, « les préjugés et les discriminations dont ils font l’objet vont rendre l’unification de nos deux pays encore plus difficile. Nous devons changer notre façon d’agir, pour qu’ils puissent devenir d’abord des agents d’unité, et ensuite des agents d’évangélisation ».
En conclusion de cette rencontre, Mgr Kim a dit : « Cette journée m’a permis de mieux comprendre la mission importante qui nous attend et que nous devons accomplir le plus vite possible. En entendant les récits des Saeteomin, j’ai été très impressionné. Je vais prier Dieu afin que vienne bientôt le jour où nous vivrons la réconciliation des deux Corées avec un seul cœur ».

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