Éthiopie

ÉthiopieAPPARTENANCE RELIGIEUSE
chrétiens : 56,6 %
musulmans : 34,7 %
animistes : 8,4 %
autres : 0,3 %

Catholiques : 815 000

SUPERFICIE
1 104 300 km2

POPULATION
84 976 000 habitants

RÉFUGIÉS
121 886

DÉPLACÉS
300 000 – 350 000

Législation

La Constitution de l’Éthiopie, qui est un état multiethnique et multiconfessionnel typique, reconnaît à tous les citoyens la liberté de religion, y compris celle de diffuser leurs croyances et de se convertir à une autre religion, et le gouvernement fédéral respecte en général ces droits et les applique. Toutefois, les lois et les principes constitutionnels relatifs à la liberté religieuse sont souvent violés au niveau local ou régional, sans que les autorités fédérales interviennent pour les faire respecter. Une hostilité sociale très intense existe dans les différentes régions à l’égard des minorités religieuses présentes, en particulier à l’égard des communautés de chrétiens évangélistes et pentecôtistes, qui sont de récente ou relativement récente apparition.
L’Éthiopie est une République démocratique fédérale composée de 9 états-régions, institués par la Constitution qui a été approuvée en décembre 1994, afin de donner une représentation aux intérêts politiques des différentes ethnies. Les religions prédominantes sont le christianisme de la traditionnelle Église orthodoxe éthiopienne, l’islam (officiellement représenté par le Conseil suprême des affaires islamiques éthiopiennes) et le protestantisme, y compris les communautés évangélistes et pentecôtistes de formation récente. À leurs côtés existent de petites minorités de catholiques de rite latin et éthiopien, des témoins de Jéhovah, des adeptes des religions traditionnelles africaines, des juifs et des mormons. Les statistiques relatives aux différentes entités ne sont pas concordantes. Les chrétiens orthodoxes sont prédominants dans les régions de l’Amhara et du Tigré, les musulmans dans celles de Somalie, de l’Afar et, partiellement, de l’Oromia. Les pentecôtistes et les évangélistes sont nombreux dans certaines zones de l’Oromia, dans la région des Nations et Peuples du sud, dans le Gambela et dans les zones urbaines.
Le gouvernement central est tenu par le Front démocratique révolutionnaire de peuple éthiopien, au sein duquel les Tigréens de l’ex Front populaire pour la libération du Tigray occupent une position hégémonique. Numériquement minoritaires, les Tigréens (7 % de la population) cherchent à éviter toute occasion qui pourrait heurter la susceptibilité des populations musulmanes majoritaires et des amhariques et mettre en danger le délicat équilibre politique. Pour cette raison, les actes d’intolérance et de discrimination ainsi que les violences accomplies contre des membres des minorités religieuses dans les régions peuplées par des ethnies à majorité musulmane ou des chrétiens amhariques, parfois avec l’aval ou la complicité des autorités locales, sont rarement contrariées ou punies par les autorités fédérales.
La Constitution établit la séparation entre l’État et la religion et les lois interdisent la création de partis politiques reposant sur un fondement confessionnel. Pour se voir reconnaître la personnalité juridique, les Églises et les groupes religieux doivent faire une demande d’enregistrement auprès du Ministère de la Justice et la renouveler tous les trois ans. En l’absence d’un tel enregistrement, ils ne peuvent pas accomplir d’opérations telles que l’ouverture d’un compte en banque ou être représentés en justice. L’Église copte orthodoxe et le Conseil suprême des affaires islamiques éthiopiennes sont exemptés d’enregistrement. Les organismes et les organisations ecclésiastiques spécialisés dans les activités caritatives et dans les programmes de développement doivent se faire enregistrer séparément de l’entité religieuse dont ils sont l’expression, et sont soumis à la législation en vigueur pour toutes les organisations non gouvernementales (ONG), y compris en ce qui concerne la limitation des financements en provenance de l’étranger à 10 % de leur budget total s’ils interviennent dans certains domaines (comme par exemple les droits de l’homme).
Les principales fêtes chrétiennes orthodoxes et musulmanes sont reconnues comme fêtes nationales, et les travailleurs musulmans ont droit à deux heures de pause à réserver à la prière au cours de la journée de travail du vendredi.
La loi considère comme un délit pénal l’incitation à l’affrontement entre les religions au travers des moyens de communication, ainsi que la diffamation visant des personnalités religieuses. Des initiatives du gouvernement et de la société civile promeuvent la cohabitation multi-confessionnelle et visent à la prévention et à la résolution des violences inter-religieuses.
En Éthiopie, toute la terre est la propriété de l’État ou des organismes gouvernementaux territoriaux, et les groupes religieux ainsi que les personnes privées et les entreprises doivent faire une demande à ces organismes s’ils veulent obtenir l’attribution de terrains. Par conséquent, les Églises reçoivent gratuitement des terrains sur lesquels elles construisent des lieux de culte, écoles, hôpitaux et cimetières ; mais les terrains et les ouvrages qui les recouvrent (y compris les écoles et les hôpitaux) peuvent à tout moment faire l’objet d’une expropriation par l’État pour être utilisés à d’autres fins. Beaucoup de groupes religieux demandent la restitution de propriétés confisquées par le gouvernement central entre 1977 et 1991, mais seules certaines d’entre elles, situées à Addis Abeba et dans l’Oromia, sous le contrôle fédéral, ont été restituées, tandis qu’aucune de celles relevant maintenant de la compétence des gouvernements régionaux n’a été jusqu’à présent restituée.
Différents groupes religieux minoritaires déplorent localement des injustices et des discriminations dans l’attribution de terrains pour la construction d’édifices à usage religieux. Les protestants dénoncent des traitements discriminatoires de la part d’autorités locales à propos de demandes de terrains pour l’édification d’églises et de cimetières. Les musulmans se plaignent de l’absence de concession d’autorisations pour construire leur première mosquée dans la ville d’Axoum, ville sacrée pour l’orthodoxie éthiopienne dans laquelle même les autres confessions chrétiennes n’ont pas de permis de construire, et se plaignent aussi d’autres absences de concessions de la part des autorités régionales du Tigré et de l’Amhara.
Le gouvernement ne délivre pas de visas permanents aux religieux étrangers, à moins qu’ils ne soient insérés dans des projets de développement gérés par l’ONG enregistrée correspondant à l’Eglise d’appartenance du missionnaire étranger. Normalement, cette politique n’est pas appliquée aux coptes orthodoxes ni aux musulmans.
L’État permet l’existence d’écoles privées d’inspiration confessionnelle, mais l’enseignement religieux est interdit dans les écoles de tout type et niveau, y compris les écoles privées et celles qui appartiennent à des organisations religieuses. Des activités de catéchèse ne peuvent se dérouler que dans des locaux annexes aux lieux de culte, en dehors des horaires scolaires. Les associations étudiantes reposant sur la base d’une affiliation religieuse sont permises dans les écoles, aussi bien étatique que privées.

Violences ayant un fondement religieux

Entre le 8 et le 10 janvier 2009, une série d’affrontements entre chrétiens et musulmans dans différents quartiers de la ville de Diredaua a causé un mort et 20 blessés. Les violences ont commencé lorsque quelques jeunes musulmans ont lancé des pierres contre de jeunes chrétiens qui chantaient des hymnes religieux sur la route à l’occasion des festivités du Noël orthodoxe.
Le 25 janvier 2009, un policier a été tué et 8 civils ont été blessés, 40 autres ont été arrêtés au cours d’affrontements entre chrétiens coptes et musulmans dans la ville de Gondar. A l’origine des violences, le commencement de la construction d’une mosquée sur un terrain habituellement utilisé par les chrétiens pour la célébration de l’Epiphanie orthodoxe.
Le 24 avril 2009, la police a dispersé une manifestation d’étudiants musulmans de l’université d’Addis-Abeba et a arrêté puis relâché 70 d’entre eux qui protestaient pour affirmer le droit de mettre le foulard islamique et d’accomplir les prières rituelles à l’intérieur du campus.
Deux personnes ont été tuées par des coups de feu tirés par les forces de l’ordre, et une troisième est décédée accidentellement, le 30 juin 2009, lorsque les autorités de la ville de Dessié ont cherché à interrompre les travaux de construction non autorisés d’une église orthodoxe sur un terrain revendiqué par la communauté musulmane locale.
Le 20 décembre 2009, on a retrouvé à Senbet-Senkele, dans l’Oromia, le corps sans vie de Markos Lagiso, célèbre responsable de la Full Gospel Church, tué à coups de machette. Le procès a condamné un parent du défunt, mais la communauté protestante locale insiste pour relier l’homicide à la foi de la victime, un riche restaurateur, qui grâce à ses ressources avait fourni une assistance économique pour la reconstruction d’une église locale qui avait été détruite par une foule d’extrémistes musulmans en septembre 2009.
Les restes d’un nouveau-né de trois mois, enterré dans la cour d’une église évangéliste provisoire à Luga, un village de l’état des Nations et Peuples du sud, ont été déterrés par des orthodoxes le 11 mai 2009 en signe de mépris à l’égard de la communauté évangéliste locale et de la mère de l’enfant, une jeune convertie. Depuis 2007, le district d’Endegagne, dont Luga est le chef-lieu, a été le théâtre d’attaques de la part des orthodoxes à l’encontre d’évangélistes ; de jeunes convertis ont été rejetés par leurs familles d’origine, d’autres ont été menacés et aucun terrain n’a été attribué par les autorités locales pour la construction d’édifices religieux officiels et de cimetières reconnus.
Le 11 septembre 2009, une foule d’environ 300 musulmans a dévasté deux églises évangélistes et la maison d’un pasteur, et sérieusement blessé trois chrétiens dans la ville de Sinbete, dans la zone Arsi de la région de l’Oromia. Les édifices de culte assaillis appartiennent à la communauté évangéliste Mulu Wongel et à la Kale Hiwot. C’est la présumée profanation du Coran par un étudiant et un paysan local qui a déchaîné les attaques. Ils ont tous deux été arrêtés, en même temps que six musulmans accusés des violences qui ont causé plus de 4000 dollars de dommages matériels rien que contre l’église Kale Hiwot.
Une foule de coptes orthodoxes a attaqué deux églises évangélistes, malmené un fidèle et tenté d’attaquer d’autres adeptes dans la ville d’Olenkomi (Oromia) le 27 janvier dernier. La Bretheren Church,  endommagée à coups de pierres, et la Mekane Yesus Church, complètement détruite par un incendie criminel, ont fait les frais de cette violence. Le prétexte de l’attaque était l’incendie accidentel d’un édifice provisoire de culte copte, les évangélistes ayant été accusés de sa destruction.

Violations de la liberté religieuse

Bashir Musa Ahmed, 40 ans, musulman converti au christianisme évangéliste, arrêté le 23 mai 2009 dans la ville de Jijiga, est toujours détenu. Ahmed a d’abord été accusé d’avoir distribué des copies de la Bible camouflées par des copies du Coran, et a été détenu sans accusations formelles ; en janvier de cette année, l’homme a été accusé d’activités terroristes par la police, de nouveau sans que le parquet local ne formalise aucune accusation. Jijiga est la capitale de la région d’Éthiopie qui porte le nom de Somalie, et dont les habitants sont des citoyens éthiopiens d’ethnie somalienne, et la demande de poursuite en justice d’Ahmed est arrivée en provenance des membres de sa propre famille et de son clan. Jusqu’à présent, les juges ont refusé la liberté sous caution parce que le cas constituerait « une question très délicate qui peut éventuellement inciter à l’instabilité religieuse ». Les autorités régionales auraient soutenu, lors de rencontres avec les chefs tribaux et religieux de la zone, que la détention d’Ahmed aurait pour but de « protéger la religion et la culture des Somaliens ».

Libérations

Les deux prédicateurs évangélistes, un homme et une femme, arrêtés le 19 juillet dernier après avoir été attaqués par quelques activistes coptes orthodoxes de l’organisation Mahibere Kidusan, pendant qu’ils prêchaient sur la voie publique dans la ville de Debiretabor, dans la région d’Amhara, ont été libérés le 23 octobre 2009. Ils avaient tous deux été condamnés à six mois de prison le 22 juillet par une cour locale sur la base de l’accusation d’avoir tenté d’acheter par de l’argent la conversion de fidèles coptes à leur foi. En appel, la peine avait été commuée en une amende équivalant à 40 dollars par personne, mais à cause d’une nouvelle procédure, amorcée par des accusations formulées par les détenus de la prison où ils étaient tous deux enfermés, ils avaient étés retenus en prison et renvoyés à un nouveau procès. Le tribunal les a lavés de l’accusation d’avoir insulté l’Église copte orthodoxe pendant qu’ils étaient dans la prison de Debiretabor et a décidé de leur libération.

Dialogue inter-religieux

Des activités de dialogue inter-religieux et de prévention et résolution des conflits ont été conduites par le Ministère des Affaires fédérales, par la Interfaith Peace-Building Initiative, qui a donné naissance au National Inter-Faith Peace Council, par le Forum for Federalism and Democracy, par l’Addis-Ababa Information and Public Relations Bureau et par l’administration communale d’Addis-Abeba.

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