APPARTENANCE RELIGIEUSE
Musulmans : 79,0 %
Chrétiens : 11,8 %
Animistes : 2,6 %
Autres : 6,6 %
Catholiques : 6 881 000
SUPERFICIE
1 904 569 km2
POPULATION
232 517 000 habitants
RÉFUGIÉS
798
DÉPLACÉS
70 000 – 120 000
Situation politique et institutionnelle
En Indonésie, le processus de démocratisation entamé en 1998 a contribué de façon déterminante aux progrès des droits de l’homme. La plupart des communautés religieuses locales présentes et reconnues oeuvrent au grand jour, en dépit de quelques violations, parfois graves, du principe de liberté de religion. Les leaders politiques et religieux, ainsi que les représentants de la société civile, abordent souvent la question de la place de la religion dans la vie politique du pays. Le gouvernement du Président Susilo Bambang Yudhoyono, réélu en 2009, a pris des mesures énergiques contre le terrorisme et contre l’intolérance religieuse, notamment dans les régions sensibles comme Ambon et Sulawesi Centre, et pour la promotion de la paix dans la province d’Aceh. Mais avant tout, il s’est efforcé de créer un vaste consensus pour engager l’Indonésie sur la voie de la démocratie, aidé en cela par une forte croissance économique, en cette période de crise mondiale.
Les groupes musulmans radicaux n’ont pas réussi à obtenir une forte adhésion dans la population et ont été battus aux élections législatives de juin dernier, qui ont donné au président en charge une très nette victoire. Mais les pressions des groupes islamistes minoritaires n’en ont pas moins un impact sur la vie publique et sur la politique du gouvernement. Ils cherchent à influencer les attitudes et les décisions des juges, des procureurs et des hommes politiques à travers les groupes de pression, les manifestations de rue, les menaces et les agitations populaires auxquelles participent des centaines, voire même des milliers de personnes. En 2008, ces pressions ont abouti à une série de décrets ministériels contre la communauté ahmadi et en faveur d’une loi contre la pornographie inspirée de la charia.
Les musulmans modérés, les chrétiens, les hindous, les bouddhistes et d’autres groupes religieux et civils de la société s’opposent à une législation qui s’inspire de la charia, tant au Parlement que dans la rue. En même temps, le gouvernement n’a jamais dit clairement s’il entend modifier les lois qui bafouent les droits des groupes prétendument hérétiques et les autres dispositions qui violent de fait la liberté de religion.
Malgré les mesures prises par les autorités, il y a encore eu des attaques et des actes d’intimidation contre les minorités religieuses, provenant en général des mouvements et groupes musulmans radicaux. Dans le pays du monde qui compte le plus grand nombre de musulmans, les chrétiens et certaines communautés musulmanes comme les ahmadis sont la cible de violences, ces dernières parce qu’elles sont considérées comme hérétiques par les musulmans orthodoxes. Bien que la liberté de religion soit un droit fondamental reconnu par la Constitution, certaines lois nationales ou provinciales comme la loi sur le blasphème, et la réglementation sur les permis de construire requis pour la construction des églises, sont utilisés contre les minorités.
Une recherche du Setara Institute for Democracy and Peace, un groupe d’activistes qui se bat en faveur de la tolérance religieuse et des droits de l’homme, dont fait partie le P. Antonius Benny Susetyo, secrétaire de la commission épiscopale pour les affaires inter-religieuses, confirme ce climat de tension. D’après cette recherche, plus de 200 cas de violation de la liberté de religion ont été signalés l’an dernier. Les administrations publiques sont impliquées dans 139 cas, et dans 101 de ces cas les agents de l’État ont joué un rôle « actif ». Dans les 38 cas restants, les violations ont eu lieu par omission. Par ailleurs, la police est impliquée dans 48 cas, le ministère des Affaires religieuses dans 14 cas, les administrations locales dans 8 cas, les administrations régionales dans 6 cas, et les tribunaux dans 6 cas. Les membres du MUI (Conseil des oulémas = savants) sont impliqués dans 29 cas de violations de la liberté religieuse, les extrémistes du Islam Defenders Front (FPI) dans 9 cas, et le Forum des communautés islamiques (FUI) dans 6 cas.
Avec 33 atteintes à la liberté de religion, les ahmadis ont été une fois encore le groupe le plus persécuté en 2009. Viennent ensuite les chrétiens avec 12 atteintes, suivis de près par les membres de Satria Piningit Weteng Buwono, une secte qui a subi 10 atteintes. Malgré tout, le nombre total des atteintes à la liberté de religion a diminué par rapport à 2008, où 256 cas avaient été signalés par l’Institut Setara.
Le Wahid Institute, du nom d’Abdurrahman Wahid, ancien président d’Indonésie et ancien chef du Nahdlatul Ulama (NU), une organisation islamique qui compte près de 20 millions d’adhérents, a également mené une recherche sur le fondamentalisme dans le pays. Pour le NU, l’intolérance religieuse est le fait de groupes musulmans extrémistes tels que le FPI et le MUI. Mais par ailleurs, l’Indonésie compte un grand nombre d’intellectuels et chefs religieux musulmans modérés pour qui la montée du fanatisme religieux, attribuée aux campagnes d’islamisation des groupes extrémistes, est inacceptable.
Attaques contre les catholiques
Même si on n’a constaté aucun cas grave de persécution contre les catholiques indonésiens dans la première moitié de 2009, le climat de méfiance, qui continue à entourer les organisations et les instituts catholiques, entrave leur travail en faveur des handicapés et des exclus. Ainsi, au début du mois de juillet, un groupe musulman a fait arrêter la construction d’un centre pour enfants handicapés à Java Est, craignant qu’il ne soit utilisé pour faire du prosélytisme. Ce bâtiment en construction à Junrejo, dans la banlieue de Batu (Malang, Java Est), était prêt à accueillir des enfants souffrant d’autisme, retard mental ou autre handicap. Ce projet avait été lancé par la Bakti Luthur Foundation (BLF), une ONG qui dépend de l’Institut Sekulir Alma géré par des femmes laïques. Le 19 juin 2009, Eddy Rumpoko, maire de la ville, a révoqué son permis de construire à la suite des protestations d’une centaine de musulmans locaux. Sœur Chatarina Sulasti, membre de cet Institut, a démenti les accusations de prosélytisme. Interviewée par AsiaNews, elle a dit : « Dans les soins que nous donnons à nos patients, nous ne faisons aucune différence en fonction de leur religion ». Le P. Heru Susanto, curé de Batu, a confirmé les propos de la religieuse. Pour lui, ce projet « n’avait d’autre but que d’entourer de soins et d’affection les enfants ayant des besoins spéciaux ».
Malgré l’opposition d’une minorité de la population musulmane d’Indonésie, l’Église catholique a lancé diverses initiatives en faveur de ceux qui sont dans le besoin, et ne manque jamais d’apporter son aide dans les situations d’urgence comme les tremblements de terre, qui sont malheureusement fréquents dans l’archipel indonésien et dont les derniers remontent au mois de septembre. Le 1er septembre 2009, un tremblement de terre de magnitude 7,3 a frappé Tasikmalaya (West Java), faisant plus de 70 morts et près d’un millier de blessés. Les catholiques ont réagi rapidement, en manifestant leur solidarité aux victimes. Ils ont collecté toute sorte de biens de première nécessité comme des tentes ou des articles ménagers, et les ont expédiés par bateau, avec l’argent récolté pour aider les victimes. Leur intervention a été renforcée par les nombreux échanges par e-mail et à travers le réseau social Facebook. Non seulement les fidèles du diocèse de Mgr Johannes Pujasumarta, évêque de Bandung, ont répondu à l’appel « avec enthousiasme », mais de très nombreux catholiques ont fait de même dans tout le pays. À Jakarta et à Lampung, chaque paroisse a collecté de l’argent, des vêtements, des denrées non périssables et des outils.
Le 30 septembre, un autre tremblement de terre a dévasté Padang Pariam (Sumatra Ouest), semant la mort et la destruction et faisant des milliers de victimes. Encore une fois, l’Église s’est mobilisée pour secourir les habitants des villages de certaines régions les plus reculées du pays et tenter de prévenir les épidémies. Caritas Indonésie a mis à disposition son personnel médical et coordonné les activités de secours et de distribution de nourriture « sans distinction d’appartenance ethnique ou religieuse ».
Le 19 octobre, AsiaNews a annoncé qu’à Purwakarta (West Java), une controverse était en cours au sujet d’une église catholique dédiée à la Vierge Marie. Les autorités locales avaient révoqué le permis de construire délivré deux ans plus tôt, un coup dur pour les catholiques locaux qui avaient déjà effectué toutes les formalités et obtenu toutes les autorisations nécessaires. Les autorités ont dit qu’elles avaient trouvé des « irrégularités » dans les demandes initiales de permis de construire, mais pour les chrétiens locaux ce n’était qu’un « prétexte » pour faire échouer le projet.
Construire une église en Indonésie, qu’elle soit catholique ou protestante, est une démarche longue et compliquée qui peut prendre jusqu’à cinq, ou même dix ans. Il faut commencer par obtenir des autorités locales un permis de construire (Izin Mendirikan Bangunan ou IMB en bahasa Indonésia littéralement « langue de l’Indonésie »). Mais les choses se compliquent quand il s’agit de lieux de culte chrétiens. Outre l’IMB, les chrétiens doivent obtenir le soutien d’un certain nombre de résidents du lieu où ils projettent de construire l’église, ainsi que l’assentiment du Forum local pour le dialogue interreligieux. Même dans ce cas, les fonctionnaires peuvent faire échouer le projet de construction en invoquant d’« autres » raisons pas plus précisées. Généralement, ces autres raisons sont les pressions des résidents musulmans ou des groupes de musulmans fanatiques.
Le quotidien Indonésien Tempo a fait savoir que Dedi Mulyadi, chef du district de Purwakarta, avait révoqué le permis accordé aux résidents chrétiens du village de Cinangka, sous district de Bungur Sari, parce que leur demande n’avait obtenu que le soutien de 45 résidents musulmans au lieu des 60 requis par la loi pour les lieux de culte chrétiens, qu’ils soient catholiques ou protestants. Devant ce refus, Mgr Johannes Pujasumarta Pr, évêque de Bandung, a exhorté les parties à engager un « dialogue entre hommes de bonne volonté », qui devrait être « la façon de traiter toutes les questions sociales », y compris le cas de cette église catholique dédiée à la Vierge Marie. Le prélat a ajouté que dans ce cas précis, « tous les réglements avaient été respectés », et qu’il utiliserait « tous les moyens légaux » à sa disposition pour défendre les droits des catholiques.
Dans l’île de Sumatra, une chapelle catholique a été inaugurée en dépit des protestations de la communauté musulmane. Une pétition contre ce bâtiment avait circulé, en impliquant dans la controverse le Forum local pour le dialogue interreligieux, bien qu’en général celui-ci soit utilisé plutôt pour apaiser les tensions. Dans ce cas précis, il y avait même eu une injonction du chef du district ordonnant de déplacer le bâtiment. Mais la ténacité de plusieurs centaines de catholiques de Pangkalan Kerinci, district de Pelalawan, à Sumatra, est venue à bout des oppositions. La chapelle a été inaugurée sans incident le 18 octobre 2009. Mgr Martinus Situmorang, évêque de Padang, a présidé la cérémonie officielle d’ouverture de la salle de prière paroissiale du Sacré-Cœur à Pangkalan. Dans son discours, il a appelé les catholiques à être patients et à garder la foi, en soulignant que « l’œuvre miséricordieuse du Seigneur finit toujours par triompher ».
En 2002, quand les travaux de construction de cette chapelle avaient débuté, les musulmans ne s’y intéressaient pas. Mais quelques jours avant l’inauguration, une rumeur a circulé selon laquelle les chrétiens projetaient de construire une église, en suscitant la colère des musulmans locaux. Ils ont lancé une pétition et distribué des tracts anti-chrétiens au contenu provocateur. Malgré les pressions des autorités locales et les menaces des musulmans radicaux, l’évêque ne s’est pas découragé et a inauguré la chapelle. Désormais, les catholiques ont un lieu où ils peuvent se réunir pour prier.
Dans le cas de l’église catholique dédiée à la Vierge Marie, les fidèles de West Java ont dû recourir aux tribunaux pour faire valoir leurs droits. Liona M. Supriatna, l’avocat chargé de défendre la communauté catholique, a confirmé le 13 novembre 2009 qu’il avait transmis le dossier au tribunal administratif local (PTUN), en ajoutant que les accusations étaient « totalement infondées », et en confirmant que le diocèse avait rempli toutes les conditions, effectué toutes les formalités nécessaires et obtenu le « soutien des résidents locaux ».
À l’approche de Noël, les violences contre la minorité catholique se sont multipliées. Dans la soirée du 18 décembre 2009, une foule d’un millier de musulmans en colère, parmi lesquels des femmes et des enfants, a pris d’assaut l’église catholique Saint-Albert dans la régence de Bekasi, située à une trentaine de kilomètres de Jakarta. « Un groupe de motocyclistes est arrivé dans le quartier où se trouve l’église », a dit un témoin oculaire. Certains portaient des banderoles et des bidons de kérosène. Une femme a confirmé qu’il y avait des femmes et des enfants parmi les attaquants. Cet incident s’est produit le premier jour du mois de muharram, qui marque le nouvel an islamique, une journée dédiée traditionnellement en Indonésie aux courses de motocyclettes et de voitures.
L’église catholique Saint-Albert, une chapelle qui dépend de l’église catholique de Saint-Arnold à Bekasi, était presque achevée. Après obtention d’un permis de construire en règle, les travaux de construction avaient commencé le 11 mai 2008 et étaient déjà achevés à 80 %. Après avoir terminé les murs et le toit, les ouvriers étaient en train de monter le pavage. Bien qu’inachevé, ce lieu de culte devait accueillir la communauté catholique locale à l’occasion de la messe de Noël.
Les persécutions et les actes d’intolérance qu’ils endurent n’empêchent pas les catholiques de promouvoir des initiatives en faveur de toute la population indonésienne, que ce soit à la suite de catastrophes naturelles ou pour des projets de développement.
En novembre, après avoir secouru les personnes déplacées à cause du tremblement de terre de Padang (Sumatra Ouest), les activistes chrétiens du Humanitarian and Charity Group (KBKK) ont lancé un programme de reconstruction et de développement de la région dévastée par le séisme du 30 septembre. Rassemblant des prêtres, des religieux et des laïcs, ce groupe intervient en Indonésie depuis dix ans, là où les besoins sont les plus pressants. Irène Setiadi, la fondatrice de cette association qui compte 400 membres, a expliqué que le KBKK était né dans le but de rassembler les fidèles qui veulent « servir l’Église » en mettant « leurs forces, leurs connaissances, leur expérience professionnelle et leur argent à la disposition de tous ceux qui sont dans le besoin, quelles que soient leurs croyances religieuses ».
Les catholiques se sont mobilisés aussi pour aider les paysans, souvent marginalisés dans la société indonésienne et n’ayant guère d’influence politique. Avec le temps, les agriculteurs ont assisté à la diminution des surfaces agricoles à cause de l’industrialisation à grande échelle, et ils subissent en outre l’impact de la hausse du coût des matières premières. À Salatiga, une ville de Java Centre, une association présidée par le P. John Wartaya Winangun s.j., directeur du KPTT, a organisé une série de rencontres et de discussions auxquelles ont participé 45 exploitants et travailleurs agricoles. Le P. Wartaya estime qu’il est important de réfléchir ensemble sur les problèmes et de trouver des solutions communes pour « améliorer la qualité de vie ». Pour cela, « il faut créer un réseau de soutien pour les travailleurs agricoles, afin de promouvoir leurs produits et d’échanger des idées et des opinions », a-t-il dit.
À l’occasion de sa visite en Indonésie fin novembre, le cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil Pontifical pour le Dialogue interreligieux, a souligné l’importance de la coopération et du dialogue interreligieux entre chrétiens et musulmans. « Construire des ponts de dialogue n’est pas une option, c’est une nécessité », a-t-il dit à l’issue de sa rencontre avec des personnalités politiques de premier plan et des chefs religieux musulmans et catholiques. Pendant cette visite, le cardinal Tauran a visité la mosquée Istiqlal (l’Indépendance) de Jakarta, le plus grand lieu de culte de toute l’Asie du Sud-Est, qui s’élève juste en face de la cathédrale catholique de la ville.
Le travail réalisé par les catholiques est très apprécié et largement reconnu. Ainsi, au début de décembre, le P. Johannes Jonga Pr, un prêtre indonésien de 51 ans, a obtenu le Prix Yap Thiam Hien 2009, une reconnaissance attribuée au niveau national à la personnalité qui s’est le plus distinguée dans la promotion de la paix, du respect des droits de l’homme et de la dignité de l’homme. Ce curé d’une paroisse de Wairs, une petite ville du district de Keerom, située depuis 2001 près de la frontière avec la Papouasie-Nouvelle Guinée, a su gérer les tensions créées par les rebelles séparatistes qui sont actifs dans la région, tout en aidant ceux qui sont dans le besoin. En outre, il a soutenu les revendications de la population locale, victime des abus de l’armée et des multinationales.
Les chrétiens, une minorité persécutée
Depuis le début de 2009, on assiste en Indonésie à une montée du fondamentalisme islamique, malgré les mesures énergiques prises par le gouvernement du Président Yudhoyono, qui a fait déployer les unités spéciales de l’armée et les brigades anti-terroristes pour capturer de dangereux criminels. Au moment des élections nationales et régionales du 9 avril 2009, la communauté chrétienne s’est dite préoccupée du consensus croissant dont jouissent les partis islamistes comme le Partai Bulan Bintang (PBB) et le Partai Keadilan Sejahtera (PKS), qui voudraient imposer la charia dans le pays. « Les craintes des catholiques sont fondées », a déclaré J. Kristiadi, un analyste politique catholique du Centre for Strategic and International Studies (CSIS) de Jakarta, car les cas de discrimination anti-chrétienne et les violences sont en augmentation. Pour Kristiadi, si les partis islamistes gagnent du terrain, c’est en partie aussi à cause du déclin relatif de la pancasila, la philosophie d’État basée sur les cinq grands principes qui ont inspiré le nationalisme laïc en Indonésie et façonné le processus de construction de la nation depuis l’indépendance. En effet, « une enquête menée par les partis nationalistes a révélé que 80 % des étudiants seraient favorables à ce que la charia remplace la pancasila », a dit Kristiadi.
Les tensions croissantes ont donné lieu à des actes de violence. Le 27 avril 2009, la police a découvert les cadavres de Frans Koagow, un pasteur protestant de 64 ans, et de sa femme Femy Kumendong, 73 ans, tués à coups de machette. Les faits se sont déroulés à Manado, capitale de la Province du Nord Sulawesi, une région à majorité protestante. Après ce double crime, la police « a concentré ses recherches sur deux hommes venus chez le Révérend Koagow en motocyclette », a fait savoir L’Osservatore Romano. « Comme il ne manquait rien chez les victimes, le vol ou l’extorsion sont à exclure comme mobile possible », a fait savoir AsiaNews, citant des sources de la police. Le Révérend Koagow aurait dîné avec ses assassins dans un estaminet près de son domicile. Ceux-ci l’auraient ensuite raccompagné chez lui et tué, ainsi que sa femme.
Dans la plupart des cas, les violations de la liberté religieuse se manifestent par la fermeture d’un lieu de culte ou par la révocation d’un permis de construire déjà délivré par les autorités, qui cèdent aux chantages et aux menaces de représailles des musulmans radicaux.
Le 23 juillet 2009, une communauté protestante de Parung, dans la région de Bogor (Java Ouest) a dénoncé la démolition de son église parce que, d’après les fonctionnaires locaux, elle « n’avait pas de permis de construire ». Les fidèles ont dit qu’ils avaient obtenu l’accord des communautés musulmanes locales et qu’ils avaient fait plusieurs demandes de permis de construire sans jamais recevoir de réponse. La démolition de l’église a eu lieu le 21 juillet.
À la mi-août 2009, le Jakarta Post a raconté les discriminations subies par la communauté chrétienne de Banten « tous les dimanches ». Bedali Hulu, le responsable local, a dit que les fidèles sont « terrorisés » depuis deux mois par les agressions incessantes de « plusieurs dizaines de membres des organisations islamistes » pendant les fonctions dominicales. Une quarantaine de membres de la Jakarta Baptist Christian Church (GKBJ) « vivent sous pression » et sous la menace constante d’hommes armés de bâtons. « Comment pouvons-nous prier sereinement alors qu’un groupe de personnes hurlent des paroles de menace à l’extérieur notre église ? », a jouté Bedali.
Fin octobre, les forces de police ont délogé les étudiants de l’Institut de théologie chrétienne d’Arastamar (SETIA), hébergés provisoirement dans les locaux de l’ancienne mairie de Jakarta Ouest après avoir été contraints d’abandonner l’université de Kampung Makassar, à l’est de la Capitale, en juillet 2008. Les étudiants ont été expulsés de nouveau, cette fois par la police. Trois jours plus tard, plusieurs étudiants et enseignants ont été accusés de résistance à un officier ministériel.
Pendant l’été 2008, une foule de musulmans en colère avait attaqué le siège de l’université de théologie à Jakarta Est, excitée par les fausses accusations de vol de la motocyclette d’un musulman de la part d’un étudiant chrétien et par les rumeurs selon lesquelles certains bâtiments n’avaient pas de permis de construire. Contraints d’abandonner leur université, les étudiants et les professeurs avaient déménagé dans les locaux de l’ancienne mairie de Jakarta Ouest. Prenant la défense de son établissement, Sukowaluyo Mintorahardjo, recteur de la SETIA, a démenti avec force les accusations de falsification des documents pour la construction de certains bâtiments avancées par certaines personnalités musulmanes.
À la veille de Noël, les attaques contre les lieux de culte chrétiens se sont multipliées, dont certaines dans le but d’empêcher les célébrations de Noël. L’International Christian Concern (ICC) a signalé qu’une attaque avait eu lieu le dimanche 6 décembre à Temanggung (Java Centre). Les sources du Kristiani Pos, un journal local, ont raconté qu’une foule « avait arraché les tuiles du toit, les portes et les fenêtres, puis mis le feu » à l’église, parce que les musulmans locaux ne voulaient pas d’un lieu de culte chrétien dans leur ville.
Un deuxième incident a eu lieu dans le complexe résidentiel de Harapah Indah à Bekasi (Java Ouest). Le Jakarta Post a fait savoir que le 18 décembre 2008, les résidents ont attaqué une église en construction, en endommageant non seulement l’église, mais aussi les bâtiments adjacents. Cet assaut n’a pas fait de blessés, mais les dégâts sont considérables. Près de mille personnes se sont mises à lancer des pierres contre l’église ; certaines d’entre elles ont pénétré dans le bâtiment et y ont mis le feu », a dit la responsable du comité promoteur de l’église. Même la police locale n’est pas parvenue à rétablir le calme. Il a fallu le renfort d’une centaine de policiers de Bekasi pour reprendre le contrôle de la situation. Un homme qui avait volé « des objets dans l’église pendant l’attaque » a été arrêté.
Le 24 décembre, quelques heures avant le début des célébrations de Noël, les forces de sécurité indonésiennes ont renforcé les mesures de sécurité non seulement dans les provinces les plus à risque comme Java Centre et Java Ouest, mais dans tout le pays. À Java Ouest, plus de 10 000 policiers ont été déployés, avec le soutien de l’armée. Ce déploiement massif de la police et de l’armée visait à prévenir « les attaques terroristes potentielles », comme l’a fait savoir Timur Pradopo, chef de la police de Java Ouest. Alex Bambang Riatmodjo, chef de la sécurité de Java Centre, avait pris des mesures analogues : plus de 11 000 policiers avaient été déployés, avec le soutien de l’armée.
Ce vaste déploiement des forces de l’ordre n’a pas empêché des attaques à Java Ouest, aboutissant à la fermeture d’une église protestante. À Bekasi, des centaines de manifestants sont descendus dans la rue pendant la Veillée de Noël pour interrompre la fonction religieuse qui se tenait dans l’église protestante Filadelfia Huria Kristen Batak (HBKP) en présence de 279 personnes. Compass Direct News a fait savoir que les manifestations se sont poursuivies pendant cinq jours, au point que les autorités ont été obligées d’intervenir. Le 31 décembre, un fonctionnaire du district a décrété la fermeture du lieu de culte et l’arrêt des travaux de rénovation en cours.
Autres minorités religieuses victimes de violences
En Indonésie, la plupart des violences liées à des motifs religieux ont lieu à l’instigation de certains groupes extrémistes comme le Front de défense de l’islam (FPI), l’Alliance anti-apostasie (AGAP) ou le Conseil des moudjahiddines indonésiens (MMI), qui s’en prennent même aux juges et aux administrateurs locaux.
Ils attaquent et détruisent les bâtiments appartenant aux minorités, tels que églises chrétiennes, temples hindous et mosquées chiites et ahmadiyyas, menacent les musulmans « modérés » et tous ceux qui ont à leurs yeux des opinions déviantes ou hérétiques sur la religion musulmane, obligent les boutiques et les commerces à fermer pendant le ramadan. Parmi les groupes les plus actifs, on peut citer le Bakor Pakem – une institution qui supervise les pratiques religieuses dans le pays – et le Conseil des oulémas (MUI), qui réclament la mise au ban des ahmadis, de nouvelles restrictions sur les mariages mixtes, le pluralisme religieux et la liberté de culte, et un durcissement de la loi sur le blasphème.
Le Rapport international sur la liberté religieuse du Département d’État américain indique que 35 mosquées ahmadiyyas ont été attaquées depuis 2008, et que 21 autres centres ou lieux de culte ont été contraints de fermer.
Le 2 juin 2009, une mosquée ahmadiyya située au sud de Jakarta a été incendiée par des personnes non identifiées pendant les prières du matin, sans faire de blessé. Les forces de l’ordre n’ont effectué aucune arrestation.
En août, les membres de la Ciputat Muslim Community Forum (FMCC) ont obtenu la fermeture d’une mosquée ahmadiyya à South Tangerang, dans la province de Banten, en lançant des accusations de prosélytisme. Toujours en août 2009, une foule en colère a attaqué une mosquée ahmadiyya à Sukabumi, et a obtenu la fermeture d’une autre mosquée à Cianjur (West Java). En octobre, une foule a détruit la mosquée de Mubarak dans le village de Medan, Province de Riau, le jour de l’Aïd, pendant les célébrations de la fin du ramadan.
Les ahmadis, considérés comme hérétiques parce qu’ils ne reconnaissent pas que Mahomet est le dernier prophète, sont victimes de discriminations. Le Jakarta Post, principal quotidien du pays, a publié une série d’articles à ce sujet. Dans l’un d’eux, paru le 25 août 2009 et intitulé « Pas de hadj (pèlerinage à La Mecque) pour les fidèles ahmadis », les fidèles de West Nusa Tenggara, interviewés par ce quotidien, se sont plaints que les autorités locales les empêchaient de se rendre en pèlerinage à la Mecque. Le bureau local des affaires religieuses, par la bouche de Suhaimi Ismi, l’un de ses représentants, a fermement démenti ces affirmations : « Nous n’avons émis aucun décret en ce sens, et si le gouvernement saoudien l’a fait, c’est une autre histoire. Mais pour notre part, nous n’avons jamais interdit le pèlerinage hadj ».
Le Jakarta Post a fait savoir en outre qu’en décembre 2009, la police a arrêté 6 ahmadis à Jakarta à la suite des pressions des groupes fondamentalistes qui avaient fait irruption à leur domicile et dénoncé des pratiques religieuses non autorisées. D’après la police, des membres de cette secte avaient organisé la prière du vendredi dans une habitation privée. En sortant, ils ont été attaqués par ce groupe d’extrémistes.
En Indonésie, la communauté ahmadiyya compte environ 200 000 membres. Bien que n’étant pas illégale, elle est considérée comme hérétique par les musulmans, dont les attaques visent également d’autres sectes musulmanes, telles que la Qiyadah al-Islamiyah et d’autres petites communautés, accusées d’hérésie.
En mai 2009, Agus Imam Solhin, chef de la secte Satria Piningit Weteng Buwono, a été inculpé par un tribunal de Jakarta au titre de l’art. 156 du code pénal indonésien pour avoir, entre autres, déclaré qu’il était un prophète et qu’il recevait des directives spirituelles de Sukarno, premier président du pays. Il a été accusé en outre d’organiser des orgies rituelles et d’empêcher ses disciples de prier selon la tradition musulmane.
Quelques mois auparavant, en février, le Conseil des oulémas (MUI) de West Java avait qualifié d’hérétiques les enseignements d’un autre chef de secte, Noto Ati, en affirmant qu’ils dénaturent les enseignements du Coran et les hadiths (communications orales) du prophète Mahomet. Dans le passé, certains de ces « jugements » du MUI contre des sectes musulmanes ont amené le gouvernement à arrêter leurs fidèles, à leur infliger des amendes ou à les mettre en prison.
Les réfugiés rohingyas, une minorité ethnique de religion musulmane originaire du Myanmar (ex Birmanie), n’ont pas eu de chance en Indonésie. Fin janvier 2009, l’Indonésie a refusé l’asile politique à 193 réfugiés rohingyas qui se disaient « migrants économiques ». Fuyant leur pays à cause des discriminations qu’ils y subissaient et de la pauvreté, ils avaient débarqué sur les côtes d’Indonésie le 7 janvier 2009. Ils faisaient partie d’un groupe de 580 rohingyas, arrivés d’abord en Thaïlande où l’armée thaïe les avait repoussés, en les obligeant à reprendre la mer sans nourriture et sans eau. Bien qu’étant victimes d’abus et de violences dans leur pays, ces musulmans birmans n’ont été accueillis ni par leurs « frères » indonésiens, ni par le gouvernement.
Craintes d’islamisation, du terrorisme à la charia
Le gouvernement indonésien a engagé une bataille sans merci contre les groupes de terroristes qui déstabilisent le pays et ternissent son image au niveau international. Le Président Yudhoyono et son gouvernement ont donné des instructions pour que soient arrêtés (ou éliminés) les terroristes qui mènent des actions sur le territoire national ainsi que ceux affiliés à des réseaux criminels internationaux tels que al-Qaïda.
En 2009, la police a déclenché une série d’opérations qui ont abouti à la capture ou à la mort de criminels de premier plan, mais qui n’ont pas permis d’éviter les attentats, et notamment ceux contre deux hôtels les plus prestigieux de Jakarta. Le 17 juillet 2009, des kamikazes se sont fait exploser à l’Hôtel Mariott et au Ritz Carlton, faisant 9 morts et près de 50 blessés. Dans les heures qui ont suivi ce double attentat, le Général Bambang Hendarso Danuri, chef de la police indonésienne, a confirmé que l’un des objectifs des terroristes était de tuer le Président Yudhoyono. Les soupçons se sont portés immédiatement sur la Jemaah Islamiyah (« communauté islamique »), un groupe affilié à al-Qaïda, dirigé par le terroriste d’origine malaise Noordin Mohammed Top, qui a revendiqué ces attentats quelques jours plus tard.
Les forces de sécurité indonésiennes sont parvenues à découvrir la cachette de Noordin près de Mojosongo, dans la banlieue de Surakarta, une ville de Java Centre. Le 17 septembre, l’opération menée par le Detachment Special 88, une brigade d’élite anti-terroriste, en vue de sa capture, s’est soldée par une fusillade de dix heures au cours de laquelle le chef du Jemaah Islamiyah et cinq autres terroristes ont trouvé la mort.
Quelques semaines plus tard, les enquêteurs ont annoncé qu’ils avaient la preuve que Noordin était en train de créer une cellule al-Qaïda dans la région et qu’il projetait un attentat « encore plus meurtrier que celui du 11 septembre » à New York. Ces informations se trouvaient dans les fichiers d’un l’ordinateur découvert au domicile du terroriste malais de Solo (Java Centre), qui ont révélé en outre qu’il avait déjà recruté des membres parmi les fondamentalistes locaux et qu’il organisait des collectes de fonds pour financer ses campagnes terroristes.
Dans les jours qui avaient précédé la mort de Noordin, le gouvernement avait lancé l’alerte en signalant un risque d’attentat des terroristes malais contre des avions civils, en précisant qu’ils disposaient d’un réseau de kamikazes prêts à se faire exploser.
Les pressions exercées par les musulmans radicaux, et notamment par le Conseil des oulémas (MUI), pour amener le gouvernement à adopter des lois sur la moralité et la bonne conduite se heurtent à l’opposition très ferme des musulmans modérés.
À l’occasion d’un rassemblement à Padang Panjang (Sumatra Ouest), un groupe de 700 oulémas a lancé une fatwa contre le yoga, le tabagisme et l’abstentionnisme aux élections, en déclarant que ces activités étaient « contraires aux préceptes de l’islam ». Le 27 janvier, deux jours après le lancement de la fatwa, de nombreux chefs religieux musulmans modérés et représentants de la société civile ont protesté contre les édits religieux du MUI, en les qualifiant de « inconstitutionnels et superflus ». Cette prise de position des oulémas a suscité une vague de protestations dans tout le pays. Pour beaucoup d’Indonésiens, cette fatwa est une interférence indue dans un domaine qui doit être laissé à la sphère personnelle et aux choix individuels, et qui ne doit pas faire l’objet d’édits religieux. Fin janvier, un groupe d’imams de Jakarta a critiqué les kamikazes et leur vision radicale de l’islam. Une enquête menée entre novembre 2008 et janvier 2009 auprès de 250 imams par le Center for the Study of Religion and Culture (CSRC) de l’Université publique islamique de Syarif Hidayatullah, dont les résultats ont été publiés dans le Jakarta Post, a révélé que la majorité de ces chefs religieux condamnent les attentats suicides, soutiennent l’unité nationale et considèrent que la démocratie est la meilleure forme de gouvernement.
Mais ces prises de position des imams ne suffisent pas pour résoudre les contradictions du pays. Le 3 février 2009, AsiaNews a annoncé que le Forum of ulemas and muslims (FUUI) cherchait à faire interdire le Lions Club et le Rotary Club, accusés de « verser secrètement des fonds à Israël » et d’être « des mouvements francs-maçons et sionistes » qui « représentent une menace pour l’islam ».
Toujours à propos de mœurs et de morale, début mars 2009, quelques jours après son entrée en fonctions, le chef de la police de Java Est a pris des dispositions imposant à toutes les femmes employées dans la police de porter le voile islamique et à tous les fonctionnaires de police de prier cinq fois par jour, comme doit le faire tout bon musulman d’après le Coran.
Toujours en mars, les services secrets indonésiens ont élevé le niveau d’alerte après la publication d’un livre intitulé Martyrs’ Trylogy, contenant des écrits d’Amrozi, d’Ali Gufron, et de l’imam Samudra ainsi que des notes autobiographiques. Inculpés pour leur participation aux attentats de Bali en 2002 qui avaient fait plus de 200 morts, ils avaient été fusillés tous les trois le 9 novembre 2008.
En mai, des docteurs de la loi musulmane ont pris position contre Facebook, le célèbre réseau social qui a conquis des millions de personnes dans le monde entier, en disant qu’il favorise « les rêves malsains » chez les jeunes, et qu’il offre des occasions de flirter avec des personnes du sexe opposé et d’avoir des « relations coupables » avec des personnes mariées. Cette prise de position, qui ressemble beaucoup à celle contre le tabagisme, le yoga et l’abstentionnisme aux élections, vient s’ajouter à un autre édit interdisant de faire l’aumône aux pauvres et aux mendiants, lancé à la veille du ramadan. Le 7 septembre 2009 en effet, les oulémas indonésiens s’en sont pris aux mendiants, particulièrement nombreux à Jakarta pendant ce mois de jeûne et de prière. Comme il fallait s’y attendre, la décision du MUI a suscité un vif débat dans la société civile. Certains l’ont approuvée, d’autres ont estimé qu’« interdire aux gens de faire l’aumône pendant le ramadan n’est pas une bonne chose du point de vue moral ».
Mais l’épisode qui a suscité le débat le plus animé et le plus âpre que le pays ait jamais connu a été la décision du parlement d’Aceh de punir les femmes adultères par la lapidation. Cette nouvelle loi a suscité de telles protestations que, après avoir été votée par le parlement provincial le 14 septembre 2009, elle a été suspendue quelques jours plus tard par le gouvernement provincial parce que « les organes exécutifs et législatifs » n’arrivaient pas à « composer leurs divergences sur l’application de la [peine de mort par] lapidation ». Le parlement de la province d’Aceh a voté aussi d’autres lois s’inspirant de la charia, qui infligent des « punitions corporelles très sévères » à ceux dont la conduite est contraire à la morale islamique, et notamment pour l’homosexualité, les violences sexuelles, la pratique des jeux de hasard et la consommation d’alcool. Le gouvernement central est intervenu sur la loi qui prévoit la lapidation pour les femmes adultères, en signalant des « vices juridiques » qui justifieraient sa suspension ou l’ajournement de son application. Fin octobre, le parlement provincial d’Aceh a adopté une autre loi interdisant aux femmes de porter des jeans moulants et aux hommes de porter des shorts, en suscitant l’indignation et la réprobation dans le reste du pays. Cette loi imposait aux personnes prises en flagrant délit de violation du code vestimentaire de porter une « tenue spéciale » qui leur serait remise par le gouvernement.
Enfin, en décembre 2009, le Bureau local des affaires religieuses d’Aceh a interdit la danse traditionnelle chinoise dite barongsai (ou danse du lion), pendant les commémorations du 5ème anniversaire du tsunami, suscitant l’indignation de la communauté chinoise locale. Les autorités ont déclaré que cette danse est étrangère à la culture locale ; de leur côté, les Indonésiens d’origine chinoise ont qualifié cette décision de « ridicule » et contraire au principe du pancasila.
Lors de sa sortie dans les cinémas indonésiens en novembre, le Conseil des oulémas a qualifié la superproduction de science fiction de Roland Emmerich 2012 de « blasphème » en raison de certaines scènes contraires aux principes de l’islam. Amidhan, chef du Conseil national des oulémas, a reproché à la Commission de censure indonésienne (LSF) de n’avoir pas exercé la « prévention nécessaire » et d’avoir laissé passer des scènes choquantes, parmi lesquelles une représentation de la « fin du monde » où l’on peut voir une mosquée détruite alors que l’église chrétienne reste debout. « Il aurait fallu couper tout ce qui fait du prosélytisme en faveur de la foi [chrétienne] », a-t-il dit.
En octobre, après l’adoption par le Parlement indonésien d’une réforme du système de santé qui étend les cas où l’avortement est autorisé, toutes les religions reconnues d’Indonésie, et en particulier les musulmans, catholiques, protestants, bouddhistes, hindous et confucéens, ainsi qu’un groupe de femmes, ont fait cause commune contre cette loi qui « légalise » l’avortement. La réaction de tous les responsables religieux en faveur de la vie a été immédiate.
