Kenya

KenyaAPPARTENANCE RELIGIEUSE
Chrétiens : 81,7 %
Animistes : 9,3 %
Musulmans : 7,1 %
Autres : 1,9 %

Catholiques baptisés : 9 526 000

SUPERFICIE
580 367 km2

POPULATION
40 863 000 habitants

RÉFUGIÉS
358 928

DÉPLACÉS
200 000

La liberté de religion est reconnue par la Constitution et protégée par le gouvernement. Cependant, le pays a connu une vague de violences à l’occasion des élections de 2007-2008. Un rapport du Forum inter6religieux attribue la cause de ces violences aux nombreux problèmes politiques et sociaux non résolus et à l’action de certains leaders qui cherchent à renforcer leur pouvoir en exploitant les divisions sociales.
Les élections présidentielles du 27 décembre 2007 ont vu le Président sortant Mwai Kibaki et son adversaire Raila Odinga engagés dans une lutte sans merci qui a dégénéré en conflit armé, faisant des milliers de morts et plus d’un million de déplacés dans les six premiers mois de 2008. Cette crise s’est finalement résolue avec la mise en place d’un gouvernement d’unité nationale dont Odinga est devenu le premier ministre. Mais la situation demeure tendue. Un an après les violences, plusieurs centaines de milliers de personnes vivent toujours dans des camps de réfugiés dans des conditions précaires.
Le 30 avril 2009, la Haute Cour de justice a prononcé un non-lieu contre quatre hommes soupçonnés d’avoir mis le feu à une église dans la nuit du Nouvel An 2008 à Eldoret, dans la Rift Valley, provoquant la mort de 33 personnes, dans le cadre des violences qui ont suivi les élections présidentielles. Dans les motivations de son jugement, le tribunal a critiqué la façon dont la police a mené l’enquête qui a conduit au procès.
En 2009-2010, les discussions sur la réforme constitutionnelle se sont poursuivies. Bien qu’étant réclamée de toutes parts, cette réforme suscite de vives controverses. Le principal motif de désaccord porte sur les tribunaux islamiques et leurs compétences. Dans ce pays à majorité chrétienne, mais avec une forte minorité musulmane concentrée surtout dans certaines régions, l’article 66 de la Constitution en vigueur jusqu’à présent prévoit que les tribunaux kadhis appliquent la loi islamique (charia) en matière de statut personnel, droit de la famille et successions lorsque les deux parties sont de religion musulmane.
Les tribunaux kadhis, qui ont vu le jour en 1963 et ont été réglementés par une loi de 1967, opèrent principalement dans la région de la côte où les musulmans sont les plus nombreux. D’après la législation actuelle, les citoyens peuvent cependant faire appel de toute décision juridique substantielle devant la Haute Cour de justice, y compris de celles prises par les tribunaux kadhis. Les musulmans voudraient que la juridiction des tribunaux kadhis soit étendue à tout le territoire et qu’elle devienne exclusive, sans possibilité de faire appel devant la Haute Cour de justice.
Les communautés chrétiennes s’opposent aux demandes des musulmans au nom du principe de séparation entre l’État et les religions, en affirmant que l’État ne doit pas renoncer à sa juridiction dans ce domaine. Les représentants de l’Église anglicane font remarquer que les musulmans jouissent déjà de privilèges que les autres religions n’ont pas, et réclament l’abolition du système des tribunaux kadhis tel qu’il existe actuellement. Ces points de vue divergents donnent lieu à de vives confrontations. Les communautés chrétiennes, en particulier les protestants, accusent les musulmans de vouloir créer « un État dans l’État ». En février 2010, le Révérend Peter Karanja, secrétaire général du Conseil national des Églises du Kenya (NCCK), a adressé à la Commission pour la réforme constitutionnelle une lettre dans laquelle il s’élève contre le système des tribunaux kadhis.
Par ailleurs, les chrétiens s’opposent à un projet d’amendement de la Constitution établissant que les êtres humains n’ont d’existence juridique qu’à partir du moment de leur naissance. Ils demandent au contraire que le droit à la vie et la pleine dignité soient reconnus à l’embryon dès sa conception.
Sur toutes ces questions, les discussions sont encore en cours, et aucune décision définitive n’a été prise.
Les nouveaux groupes religieux doivent se faire enregistrer, ce qui leur permet de bénéficier d’exonérations fiscales. Toutes les communautés religieuses sont libres d’ouvrir leurs propres écoles. La présence de nombreux élèves musulmans dans les écoles chrétiennes conduit fréquemment à controverses, par exemple sur le port du voile, l’alimentation et les classes mixtes. Mgr Boniface Lele, archevêque de Mombasa, un diocèse où les musulmans sont majoritaires, a demandé au gouvernement de fournir des orientations claires et sans ambiguïté sur ces différents points, et de définir le calendriers des fêtes religieuses, prières et cultes hebdomadaires de manière à ce qu’ils « n’interfèrent pas avec les heures de cours ».
Tant les communautés chrétiennes que musulmanes possèdent des stations de radio et des chaînes de télévision. Le ministre de tutelle a rejeté la demande de l’Église catholique de pouvoir diffuser sur tout le territoire national.
Fin 2009, est entrée en vigueur une nouvelle loi contre la « pollution sonore », interdisant le bruit et les sons jugés excessifs dans les lieux publics. Les communautés chrétiennes ont protesté contre cette loi, en disant qu’elle pourrait limiter leur droit de célébrer la messe avec des chants et des hymnes. En décembre, Mgr Mark Kariuki de la Deliverance Church of Kenya, a exprimé ses craintes que la loi empêche les chrétiens de pratiquer leur culte et qu’elle limite leur liberté d’expression en les empêchant de chanter et d’exprimer leur foi à voix haute. Mais à la fin, ces craintes se sont révélées excessives.

Catholiques

Le matin du 16 janvier 2009, le Père Giuseppe Bertaina, recteur et administrateur de l’Institut de philosophie de la Consolata de Langata, à Nairobi, a été assassiné dans son bureau au cours d’un cambriolage. Le Père Giuseppe Ettorri, qui enseigne dans ce même Institut, a raconté qu’un groupe de personnes s’est introduit dans les locaux pendant les heures de cours. Les étudiants et les enseignants qui se trouvaient dans les salles de cours n’ont rien vu ni entendu, d’autant plus que le bureau du Père Giuseppe se trouve au premier étage, tandis que les salles de cours sont au rez-de-chaussée. Les criminels ont dû le prendre par surprise. Ils l’ont battu, ligoté et bâillonné. D’après la police, il serait mort asphyxié. Le Père Giuseppe était arrivé au Kenya dans les années 1960. Un séminariste a donné l’alarme et plus tard, une femme trouvée en possession des carnets de chèque du missionnaire assassiné a été arrêtée.
Dans la nuit du 10 au 11 décembre, un prêtre irlandais, le Père Jeremiah Roche de la Société missionnaire de Saint Patrick, a été assassiné par des cambrioleurs à son domicile de Kericho (à 250 kilomètres de Nairobi). Ses paroissiens ont découvert son cadavre le lendemain matin. Inquiets de ne pas le voir célébrer la messe, ils sont allés le chercher et l’ont trouvé attaché à son lit, portant des blessures de machette à la tête. Le Père Roche s’occupait activement de lever des fonds pour plusieurs projets de développement qu’il avait lancés. C’est la raison pour laquelle le Père Cooney, de la Curie généralice de la Société des Missionnaires de Saint Patrick, suppose que les voleurs ont pensé qu’il avait beaucoup d’argent.
Deux religieuses ont été remises en liberté fin février 2009 à Mogadiscio (Somalie). Sœur Maria Teresa Olivero et Sœur Caterina Girando avaient été enlevées le 10 novembre 2008 à El-Wak, une ville du Kenya située à dix kilomètres de la frontière somalienne. Elles ont été gardées prisonnières en Somalie pendant trois mois, pendant que les pourparlers pour leur libération étaient en cours. Sœur Caterina a déclaré : « Ils nous ont bien traitées ; ils voulaient seulement de l’argent ». La région où les deux religieuses ont été enlevées est parcourue par de nombreux réfugiés somaliens qui fuient la guerre civile en cours dans leur pays, et exposée aux incursions fréquentes des bandits qui franchissent la frontière pour voler du bétail. Mais les enlèvements y sont assez rares. Les deux religieuses travaillaient au Kenya depuis 35 et 25 ans respectivement, dans une maison de leur congrégation à El-Wak où elles tenaient un petit dispensaire et un centre d’accueil. Elles étaient aimées et estimées de la population locale, en majorité musulmane.

Protestants

Même si les relations entre chrétiens et musulmans sont généralement pacifiques, il existe quelques motifs de frictions, dont certains assez graves. Ainsi, dans la ville de Garissa, près de la frontière somalienne, le chef de la Redeemed Gospel Church s’est plaint en mars 2009 que les autorités n’avaient pas reconstruit l’église détruite au cours de l’attaque d’un groupe de jeunes musulmans le 14 septembre 2008. Les autorités ont expliqué à l’agence de presse Compass Direct qu’elles craignaient que les musulmans ne considèrent comme une provocation le fait de reconstruire l’église sur son site d’origine, comme le demandaient ses membres. Les rapports entre les deux communautés avaient en effet dégénéré après qu’une mosquée avait été construite à trois mètres de distance seulement de l’église existante. La police n’a toujours pas identifié les auteurs de l’attaque contre cette église.

Musulmans

Les chefs religieux musulmans accusent le gouvernement de se servir du prétexte du terrorisme pour arrêter et renvoyer chez eux les musulmans étrangers et empêcher le prosélytisme.
Ils s’élèvent contre la décision des autorités de ne pas renouveler le visa et l’expulsion du Cheikh Ismail Rufai et du Cheikh Ibrahim Shariff Atass, deux érudits musulmans étrangers. En décembre 2008, elles ont rejeté également la demande de renouvellement du visa du Cheikh Mohammed Osman Egal, un ressortissant britannique et un érudit wahhabite connu.
Les rapports de deux ONG britanniques actives dans la défense des Droits de l’homme, l’un publié en février 2009 par Redress and Reprieve, l’autre en septembre 2008 par Human Rights Watch, signalent l’arrestation de 150 musulmans soupçonnés de terrorisme au cours des dernières années, parmi lesquels des femmes et des enfants. D’après ces deux rapports, ils ont été détenus pendant plusieurs semaines sans accusation précise et sans assistance juridique, et ont subi des mauvais traitements physiques et psychologiques. Entre 85 et 120 personnes ont été déportées en Somalie et en Éthiopie au début de l’année 2007. Huit d’entre elles, rentrées ensuite de Somalie au Kenya, ont porté plainte en octobre 2008 devant la Haute Cour de justice contre le gouvernement kényan et contre les compagnies d’aviation qui les ont rapatriées de force. Pendant leur détention, aucune accusation formelle ne leur a été notifiée. L’examen de leur cas est en cours.
En général, le gouvernement cherche à empêcher les infiltrations de musulmans radicaux. En janvier 2010, des affrontements violents ont opposé la police aux manifestants qui réclamaient la remise en liberté de l’imam Abdullah al-Faisal. Ces manifestations ont fait un mort et de nombreux blessés, y compris parmi les forces de l’ordre. Cet imam était accusé d’incitation à la haine raciale et de participation à des attaques terroristes. Soupçonné d’avoir inspiré les attentats contre le métro de Londres, il avait passé quatre ans dans les prisons britanniques, de 2004 à 2008. Arrivé au Kenya le 31 décembre 2008, il avait été arrêté pour violation de la réglementation sur les visas. Le 21 janvier, al-Faisal a été expulsé et renvoyé en Jamaïque, son pays natal. Ses partisans ont protesté contre cette mesure en soutenant que son arrestation était illégale. Pour certains, les autorités n’ont pas voulu accueillir un adepte des attentats terroristes dans leur pays.

Religions traditionnelles et sectes

Les affrontements entre la police et les membres de la secte mungiki se sont poursuivis en 2009. Héritier des rebelles Mau Mau qui se battaient contre la domination coloniale britannique dans les années 1950, ce groupe s’inspire des rites et croyances des religions traditionnelles africaines. Il s’est développé dans les années 1980, en recrutant ses membres surtout parmi les jeunes des bidonvilles. Il a été interdit à cause de son implication dans des extorsions, des violences et des activités criminelles.
Le 5 mars 2009, des tueurs ont assassiné les deux activistes des Droits de l’homme Kamau King’ara et Paul Oulu dans leur voiture, à Nairobi. Les deux victimes étaient respectivement directeur et coordinateur de la Oscar Foundation Free Legal Aid Clinic-Kenya, une organisation qui avait dénoncé au moins 1 721 assassinats perpétrés en majorité contre des jeunes de la secte mungiki entre 2002 et 2009, ainsi que la disparition de 6 542 sympathisants de cette secte.  
Ces dénonciations sont reprises par Philip Alston, rapporteur spécial des Nations Unies pour le Kenya, dans son rapport de février 2009, où il dénonce la présence d’« escadrons de la mort » dans le pays et réclame la destitution du chef de la police et du procureur général.
Depuis plusieurs années, l’Église catholique met en garde contre le danger que les sectes font courir à l’ordre public. Dernièrement, les membres de la secte mungiki ont commencé à s’en prendre aux communautés chrétiennes, qu’ils accusent entre autres d’avoir adopté les valeurs et les principes occidentaux. Dans les premiers mois de 2009, des communautés chrétiennes de la province du centre ont été menacées à plusieurs reprises et sommées de cesser toute activité.
Au Kenya, la sorcellerie et la peur de la magie sont très répandues. Elles sont à l’origine de crimes rituels et de mutilations qui touchent principalement les enfants et les femmes âgées, accusés de sorcellerie.
L’État punit ceux qui pratiquent la sorcellerie pour en tirer avantage. Mais le problème le plus grave est celui des crimes rituels. Plusieurs rapports provenant de la province de Nyanza, et en particulier du district de Kisii et de la ville de Malindi dans la province la côte, font état de violences sexuelles et de crimes probablement liés à des pratiques de magie.
Le 6 mai 2009 à Kiogoro, dans le district de Kisii, neuf femmes ont été accusées d’avoir enlevé un garçon de 11 ans pour le soumettre à des pratiques de sorcellerie. L’une d’entre elles, qui a avoué s’être livrée à la sorcellerie, a été condamnée à un an de prison. Le procès des autres est encore en cours.
Il arrive aussi que les gens se fassent justice eux-mêmes. Le 26 février, quatre femmes soupçonnées de pratiques de sorcellerie sur un enfant ont été brûlées vives à Nyamataro, dans le district de Kisii. Cinq personnes reconnues coupables de ce meurtre ont été condamnées à un an de prison.
Le 26 janvier 2009 à Gongoli (Malindi), un homme soupçonné de sorcellerie a été poignardé par des inconnus.
Le 8 février 2009, un homme a été battu puis lapidé à mort à Malindi, peut-être par des membres de sa famille qui l’accusaient d’avoir provoqué la mort de son fils par ses pratiques magiques.
Le 29 avril 2009, des habitants de Malindi ont battu, ligoté et brûlé vifs un couple de sexagénaires accusés d’avoir provoqué la maladie dont leur petit-fils de 18 ans est mort. La foule les accusait d’avoir jeté un sort au jeune homme après s’être disputés avec son autre grand-père.
Entre l’été 2008 et avril 2009, vingt-deux personnes ont été tuées en moins d’un an parce qu’on les accusait de pratiquer la sorcellerie.
En mars 2009, un homme a été mis en prison à Bomet (Rift Valley) pour possession d’amulettes. Le juge n’a pas voulu le remettre en liberté sous caution, en partie par crainte que la foule ne le lynche. Il est resté plusieurs mois en prison.

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