APPARTENANCE RELIGIEUSE
Musulmans : 69,6 %
Agnostiques : 23,3 %
Chrétiens : 6,1 %
Autres : 1,0 %
Catholiques : 1000
SUPERFICIE
199 900 km2
POPULATION
5 550 000 habitants
RÉFUGIÉS
423
DÉPLACÉS
-
Issu des ruines de l’Empire soviétique avec un grand désir d’initier un parcours démocratique, le Kirghizstan a connu une période de libéralisation inconnue jusqu’à ce jour en Asie centrale, et semble avoir entrepris la voie des réformes. Cependant cette année, sa marche a été ralentie par les problèmes économiques et par une forte instabilité politique. La volonté de reprendre les rênes du pouvoir – tant à cause du mécontentement croissant (qui a culminé en avril 2010 dans des manifestations de rue qui ont conduit à la déposition du Président Bakiyev) que de la crainte d’une diffusion de l’extrémisme islamique – s’est traduite par un tournant autoritaire, au détriment des droits individuels (y compris la liberté de religion), comme au Kazakhstan durant la même période.
Le 16 janvier 2009, est entrée en vigueur une nouvelle « loi sur la liberté de conscience et sur les organisations religieuses en République kirghize », qui marque un net durcissement par rapport à la législation antérieure. En outre, une proposition de loi sur l’enseignement confessionnel tout aussi restrictive est en préparation.
En 2009, le rapport de Freedom House sur « La liberté dans le monde » observait que le Kirghizstan était considéré dans les années 1990 comme la Suisse de l’Asie Centrale ; aujourd’hui « il compte, avec le Tadjikistan, l’Ouzbékistan et d’autres pays de la région, parmi les pays les moins libéraux du monde ». Dans le classement établi dans ce rapport, le Kirghizstan est passé de la catégorie « partiellement libre » à celle de « pas libre ».
En mars 2009, l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) s’est dite inquiète de l’évolution de ce pays du point de vue des droits de l’homme, tant au niveau juridique que pratique, en raison du contrôle et des restrictions croissantes de l’État à la liberté de religion et de parole.
Le climat politique et la dérive autoritaire
En 2009, le Président Bakiyev a été réélu à une majorité écrasante (85 % des voix), mais le résultat de ces élections a été vivement contesté à cause des soupçons de fraudes, d’irrégularités, et même d’intimidations à l’égard des partis d’opposition.
Mais en avril 2010, quelques jours avant le 5ème anniversaire de la Révolution des Tulipes qui avait porté Bakiyev au pouvoir en 2005, la population est descendue dans la rue, exaspérée par la hausse du coût de la vie, l’extension du chômage et la corruption omniprésente, en réclamant la démission du Président. L’arrestation par le gouvernement de la plupart des leaders de l’opposition et la répression brutale des manifestations de rue, provoquant une centaine de morts, ont fait précipiter la situation : Bakiyev a été destitué et remplacé par un gouvernement provisoire dirigé par Roza Otunbayeva, chef de la révolte de 2005 et ancien ministre des affaires étrangères, qui a rejoint l’opposition.
Le Kirghizstan, l’un des pays les plus pauvres d’Asie Centrale, s’apprête à vivre une période de grande instabilité, sous le regard attentif des grandes puissances telles que les Etats-Unis, qui ont une base militaire dans le pays, la Russie et la Chine, qui y ont des intérêts économiques et stratégiques. L’incertitude politique qui s’est emparée du pays, la pauvreté et l’attitude de plus en plus autoritaire du gouvernement suscitent de vives préoccupations, notamment à cause du risque de radicalisation croissante des extrémistes islamiques. Des mouvements tels que Hizb-ut-Tahrir, un parti transversal et panislamiste qui aspire à réunir tous les pays islamique en un seul État ou en une Confédération d’États régis par la loi islamique, paraissent offrir une solution immédiate à la soif d’identité et d’appartenance qui existe dans la population.
Nouvelle politique en matière religieuse
En octobre 2009, le gouvernement a rendu public l’avant-projet de la politique de l’État en matière de religion pour la période 2009-2015, visant à lutter contre « les menaces venant de l’intérieur comme de l’extérieur liées à la religion » et « contre la multiplication des mouvements religieux radicaux et des conflits interconfessionnels au Kirghizstan ». Ce projet prévoit la création d’un Centre d’analyse au sein de la Commission nationale des affaires religieuses, et l’établissement d’une liste des organisations religieuses qui devront être supprimées. Il prévoit en outre la création de Commissions régionales des affaires religieuses. Les missionnaires étrangers – est-il dit dans ce document – seront soumis chaque année au contrôle de la police secrète du NSS et des autres agences de l’État, et ceux qui prêchent des « religions destructives » seront arrêtés. Une Commission sera mise en place pour surveiller le personnel, les activités et les biens immobiliers des institutions éducatives confessionnelles. Les imams et les professeurs des écoles coraniques devront obtenir chaque année une autorisation de la part de la Commission nationale des affaires religieuses, des administrations locales et du Conseil islamique.
Toujours en octobre, un décret présidentiel a transformé l’Agence nationale des affaires religieuses, contrôlée par le gouvernement, en une Commission nationale des affaires religieuses, placée sous la supervision directe du président et dirigée par Kanybek Osmonaliev.
Au cours de l’été 2009, le Conseil inter-agences des affaires religieuses est devenu le Conseil de coordination de la lutte contre l’extrémisme religieux. Dans un décret du Premier ministre Igor Chudinov daté du 5 août, il est dit que ce nouvel organisme a pour objectif de « garantir l’action conjointe et coordonnée des agences nationales et locales du Kirghizstan afin de prévenir la diffusion de l’extrémisme religieux et du fondamentalisme et les conflits d’origine religieuse ». Le secrétariat de ce Conseil sera confié au directeur du Conseil national des affaires religieuses, au Ministre de l’Intérieur et au directeur des services de sécurité nationaux. Il comprendra en outre des représentants des ministères des Affaires étrangères, de la Défense, de la Culture et de l’Économie, les présidents des administrations régionales, ainsi que des représentants du Conseil islamique et de l’Église orthodoxe russe. Le Conseil aura des pouvoirs très étendus, vu que ses décisions seront obligatoirement appliquées par les ministères, les commissions nationales, les administrations et autres autorités publiques, ainsi que par les administrations locales et les organes d’autogouvernement locaux.
Nouvelle loi sur la liberté de conscience
Le 16 janvier 2009, est entrée en vigueur la nouvelle loi sur « la liberté de conscience et les organisations religieuses en République du Kirghizstan », beaucoup plus restrictive que la loi précédente. Le gouvernement a justifié ce « tour de vis » par la nécessité de mieux contrôler les groupes islamiques radicaux et de lutter contre le terrorisme. Cependant, cette nouvelle loi crée également de nombreux obstacles pour les chrétiens, en limitant à la fois la possibilité de professer leur foi et celle d’évangéliser leurs compatriotes. La multiplication du nombre des Églises chrétiennes suscite des inquiétudes au sein du gouvernement. Kanybek Osmanaliev, président de la Commission nationale des affaires religieuses, a critiqué la législation trop libérale qui, a-t-il dit, a entraîné une augmentation « anormale » du nombre de ceux qui ont abandonné leur religion, en particulier chez les jeunes d’ethnie kirghize approchés par les Églises chrétiennes. Il a accusé « des groupes destructifs et totalitaristes et des sectes réactionnaires », parmi lesquelles il a cité les mormons et les communautés Hare Krishna, de pratiquer des activités religieuses « illégales », et a déploré la construction « sauvage » de mosquées, églises et autres lieux de culte.
La nouvelle loi interdit toute activité religieuse de la part des groupes qui ne se sont pas enregistrés auprès des autorités publiques compétentes. Pour être officiellement enregistré, et donc autorisé à agir dans la légalité, un groupe doit présenter une demande de reconnaissance accompagnée de la signature, authentifiée par un notaire, de 200 citoyens kirghizes résidents permanents dans le pays, qui devront non seulement donner leur nom, prénom et date de naissance, mais aussi fournir des données personnelles telles que leur numéro de leur passeport, leur adresse, leur lieu de travail et le poste qu’ils occupent. Parmi les motifs pour lesquels l’autorisation peut être refusée à un groupe religieux et ses activités suspendues ou interdites, il y a l’exercice d’activités relevant du fanatisme religieux ou de l’extrémisme, les initiatives susceptibles de susciter la haine interreligieuse, l’incitation à la séparation des familles et aux persécutions, l’attentat à la sécurité de l’État ou à la vie et à la santé d’autrui en l’empêchant de recevoir les soins médicaux nécessaires. En outre, une organisation religieuse peut être interdite si elle n’a pas fourni à la Commission nationale des affaires religieuses toutes les informations requises dans les délais fixés.
La nouvelle loi impose de nouvelles formalités administratives aux organisations religieuses qui, dans certains cas, devront demander un nouvel enregistrement, en obligeant ainsi les petites communautés de moins de 200 membres résidents à entrer dans la clandestinité.
D’après les nouvelles dispositions, la distribution de n’importe quel matériel religieux ne pourra plus avoir lieu désormais qu’à l’intérieur des bâtiments dont l’organisation religieuse est propriétaire, ou dans des lieux destinés à ces activités par les autorités locales. Les activités missionnaires illégales sont interdites, de même que toutes les activités « agressives » (un terme pas mieux spécifié dans le texte de cette loi) dans un but de prosélytisme. Cette interdiction risque de nuire aux activités caritatives, comme l’a dit le Père Damian Wojciechowski, de la paroisse catholique de la Bienheureuse Mère Teresa à Jalalabad, dans le sud du Kirghizstan. La loi interdit en effet « les actions persistantes destinées à convertir les disciples en les faisant changer de religion ». Orkunbaev Shailibek, secrétaire de la Commission nationale des affaires religieuses de Bishkek, a expliqué que par « actions persistantes », il faut entendre par exemple « l’utilisation par une organisation religieuse de moyens financiers ou d’activités caritatives destinés à encourager les personnes à la rejoindre. Les activités caritatives en général ne sont pas interdites, mais elles ne doivent pas être utilisées comme moyen pour atteindre ces objectifs ». Si une personne, qui a bénéficié des activités caritatives, décide de son plein gré de se convertir à la religion de la personne qui exerce ces activités, « il appartiendra aux tribunaux de décider si son choix a été contraint ou non », a conclu Orkunbaev.
En outre, reprenant certaines mesures contenues dans un décret de 2008, la nouvelle loi impose à toutes les institutions éducatives confessionnelles – universités, écoles, madrasas, séminaires, écoles du dimanche ou orphelinats – de présenter une demande d’enregistrement. Ces institutions ne pourront être gérées que par des groupes religieux enregistrés, et devront recevoir l’autorisation des autorités locales. Qui plus est, d’après cette nouvelle législation, les enfants ne pourront plus participer activement à une organisation religieuse, ce qui aura inévitablement des répercussions sur des initiatives telles que les camps de vacances ou les écoles du dimanche, souvent organisées par les groupes religieux.
La nouvelle loi établit que « si une communauté possède des centres administratifs hors du Kirghizstan, ou si des citoyens étrangers travaillent dans son administration », elle doit être considérée comme une « mission » et est donc tenue de demander l’enregistrement chaque année, sans jamais pouvoir jouir d’un statut juridique.
Le personnel religieux étranger doit être enregistré auprès de la Commission nationale avant de pouvoir s’engager dans quelque activité religieuse que ce soit. En outre, aux termes de l’article 12.3, les missionnaires étrangers ne sont pas autorisés à travailler dans le pays pendant plus de trois ans.
Tant pendant sa discussion au parlement qu’après son approbation, cette loi a fait l’objet de vives critiques de la part des groupes religieux et des organisations de défense des droits de l’homme.
L’OSCE et la Commission de Venise du Conseil de l’Europe ont souligné les nombreuses entraves à la liberté de religion contenues dans la nouvelle loi, et notamment le manque de clarté de certaines mesures qui ouvre la porte aux abus et aux discriminations de la part des autorités compétentes, les conditions discriminatoires de l’enregistrement, le manque de garanties pour les ressortissants étrangers, et les interférences de l’État dans la vie des groupes religieux.
Le 8 janvier 2009, le Pape Benoît XVI, à l’occasion de sa rencontre avec les membres du corps diplomatique accrédités auprès du Saint-Siège, a exhorté les autorités civiles et politiques à « s’employer énergiquement à mettre fin à l’intolérance et aux vexations contre les chrétiens », tout en observant avec une vive inquiétude les nouvelles lois en la matière promulguées dans les Républiques d’Asie centrale. L’Église, a-t-il réaffirmé, « ne demande pas de privilèges, mais la pleine application du principe de la liberté de religion. […] Les communautés chrétiennes qui vivent en Asie sont souvent réduites du point de vue numérique, mais elles souhaitent offrir une contribution convaincue et efficace au bien commun, à la stabilité et au progrès de leurs pays, donnant un témoignage de la primauté de Dieu qui établit une saine hiérarchie des valeurs et donne une liberté plus forte que les injustices. Dans cette optique, il est important que, en Asie centrale, les législations sur les communautés religieuses garantissent le plein exercice de ce droit fondamental, dans le respect des normes internationales ».
À propos de cette nouvelle loi, Mgr Nikolaus Messmer, Administrateur apostolique au Kirghizstan, s’est dit confiant. « L’Église catholique n’est pas concernée, puisque nous sommes déjà largement reconnus et que nous avons plus de 200 fidèles. Bien sûr, le nombre des catholiques demeure très faible. Ils sont moins de mille dans tout le pays, et la plupart d’entre eux sont d’origine polonaise ou allemande. Cependant, nous n’avons pas de problème avec les autorités civiles ». La petite communauté catholique de ce pays « poursuit sa marche, en s’efforçant surtout de fournir un accompagnement spirituel et pastoral à nos fidèles ». Mgr Messmer signale cependant quelques problèmes dans la concession de visas aux missionnaires « qui doivent être renouvelés tous les six mois ». L’évêque espère que le nouveau gouvernement prendra les mesures nécessaires pour garantir une plus grande liberté aux missionnaires, en résolvant les problèmes et les obstacles rencontrés jusqu’à présent pour obtenir des visas. Cette question est fortement ressentie par la communauté catholique, qui ne compte que deux prêtres d’origine kirghize, tous les autres étant étrangers.
La situation est plus difficile pour les groupes religieux moins nombreux, parmi lesquels certaines Églises protestantes et les Témoins de Jéhovah pour qui il est extrêmement difficile, sinon impossible, de satisfaire la condition d’au moins 200 membres pour pouvoir demander l’enregistrement de leur communauté.
Certaines communautés protestantes ont fait appel contre cette nouvelle loi devant le Conseil constitutionnel. Mais en juillet 2009, leur appel a été rejeté, car « il n’existe pas de preuve d’une violation effective des droits constitutionnels des requérants ».
Aleksandr Shumilin, membre de l’Union baptiste, a dit que « les Églises évangéliques du Kirghizstan ont toutes décidé à l’unanimité de ne pas présenter de demande d’enregistrement et de ne pas enregistrer les nouvelles communautés. Cela, parce qu’elles refusent de fournir les données personnelles de 200 membres de leur communauté, et à cause de l’interdiction faite par la nouvelle loi aux activités missionnaires et à l’évangélisation.
Les obstacles bureaucratiques mis à l’enregistrement ont d’ailleurs découragé aussi d’autres communautés de présenter une demande d’enregistrement. Certains groupes religieux ont eu des problèmes à obtenir un certificat d’habitabilité pour les bâtiments qu’ils utilisent pour leurs rencontres, un certificat délivré par l’Agence publique pour l’architecture et le bâtiment. Par exemple, pour obtenir ce certificat, il a été demandé à une communauté d’installer un deuxième générateur d’électricité, ce qui aurait entraîné des frais qu’elle ne pouvait pas soutenir. Certaines communautés religieuses se sont vues dire que, d’après les instructions de la Commission nationale des affaires religieuses, leur lieu de culte devait être situé à plus d’un kilomètre d’une école et à plus de dix kilomètres d’une mosquée.
Cependant, bien que la date limite d’enregistrement ait été fixée au 1er janvier 2010, en avril la Commission des affaires religieuses n’avait encore reconnu aucun groupe, le décret d’application de la nouvelle loi n’ayant pas encore été voté.
La chute du gouvernement de Bakiyev a suscité de nouveaux espoirs parmi les groupes religieux, qui ont demandé au nouveau gouvernement de « rétablir la liberté de religion à un niveau au moins équivalent à celui qui existait avant la présidence de Bakiyev ».
L’attention est maintenant concentrée sur les mesures que va prendre le gouvernement provisoire, qui s’est dit prêt à réviser la loi dans un sens moins restrictif. Kanybek Imanaliyev, porte-parole du gouvernement intérimaire dirigé par Roza Otunbayeva, a confirmé la volonté du gouvernement de garantir la liberté d’expression et de religion, en modifiant la Constitution, les lois, et si nécessaire la loi sur les religions.
D’ailleurs, devant le chœur de critiques suscitées par la loi après son approbation, Bakiyev lui-même avait proposé de la modifier. Pour cela, il avait créé une Commission d’experts de son cabinet, comprenant le ministre de la Justice, la Commission nationale des affaires religieuses, ainsi que des représentants du Conseil spirituel musulman, de l’Église orthodoxe russe, de la communauté juive et de l’Union baptiste, en vue d’analyser les trois points les plus controversés de la loi (nombre minimum de 200 membres requis pour créer une association religieuse, interdiction du prosélytisme, et interdiction de distribuer du matériel religieux dans les lieux publics), et de tenter de résoudre les problèmes qui en découlaient avant que la loi n’entre en vigueur. Mais à la fin de l’année 2009, cette Commission n’avait encore produit aucun résultat concret.
Même si le décret d’application de la nouvelle loi n’est pas encore entré en vigueur, plusieurs communautés religieuses ont déjà subi les effets de cette loi dans leur vie de tous les jours. La police, les services secrets et les représentants de la Commission nationale des affaires religieuses ont en effet effectué de nombreux contrôles pendant les réunions des organisations religieuses, en particulier celles de quelques communautés protestantes et des Témoins de Jéhovah.
En avril 2009, l’Église protestante de Jésus-Christ de Talas, dans le nord-ouest du pays, a reçu l’interdiction de se réunir dans les habitations privées. Les autorités locales ont dit que l’enregistrement de la communauté à Bishkek n’était pas valable sur leur territoire. Précédemment, pour la même raison, ses membres n’avaient pas pu utiliser une salle de cinéma. À Talas, cette communauté n’a pas été en mesure de réunir les 200 signatures nécessaires.
Dans le district de Kochkor (Naryn), le procureur du lieu a convoqué et interrogé à plusieurs reprises le pasteur Bakhyt Mukashev, de l’Eglise protestante El-Shaddaï, en lui interdisant de tenir des réunions chez lui parce que l’enregistrement de son Église à Bishkek n’était pas valable ailleurs.
En mai 2009, un ressortissant étranger qui guidait une communauté protestante à Bishkek a été contraint de quitter le pays après que la police secrète lui a retiré son permis de séjour. Ce missionnaire vivait au Kirghizstan depuis plusieurs années, et au début de 2009 son visa avait été renouvelé pour cinq ans. Mais aux termes de la nouvelle loi, les missionnaires étrangers ne sont pas autorisés à demeurer plus de trois ans dans le pays.
Le 20 avril, neuf membres des Témoins de Jéhovah de Maili-Suu, dans le sud-ouest du Kirghizstan, ont été convoqués au poste de police local pour un interrogatoire. Six d’entre eux ont été relâchés après avoir été contraints de signer une déclaration, tandis que trois autres ont été emmenés par la police secrète pour de nouveaux interrogatoires. Leur domicile a été perquisitionné et la littérature religieuse qui s’y trouvait a été saisie pour être « analysée par des experts » afin de vérifier si « elle est en accord avec la loi ».
Proposition de loi en matière d’éducation religieuse
Après l’entrée en vigueur de la loi sur la liberté de conscience, la Commission pour les affaires religieuses a commencé à préparer une nouvelle loi sur les institutions éducatives qui, si elle était appliquée sous sa forme actuelle, imposerait de nouvelles restrictions aux activités des organisations religieuses.
Ainsi, l’article 11 oblige les institutions éducatives religieuses à se faire enregistrer auprès de la Commission nationale des affaires religieuses et à obtenir une autorisation du ministère de l’Éducation. L’article 7 établit que, outre les matières religieuses, les programmes devront inclure aussi des matières scolaires. L’article 10 établit que l’éducation religieuse ne peut être donnée que sous forme de cours dans les locaux spécialement destinés à cet effet, et que le nombre des élèves doit être conforme aux lois sur l’enseignement. L’article 12.5 oblige les citoyens kirghizes adultes qui souhaitent se rendre à l’étranger pour perfectionner leur formation religieuse à obtenir une autorisation préalable des autorités civiles compétentes. Le paragraphe 6 de cet article demande que les enseignants de religion aient une éducation secondaire ou supérieure, ce qui poserait des problèmes à beaucoup de communautés qui ne disposent pas d’un personnel enseignant qualifié.
Kanybek Osmonaliev a déclaré que la nouvelle loi n’entend pas imposer des restrictions, mais vise seulement à rétablir l’ordre en matière d’éducation religieuse. « Nombre de citoyens kirghizes, a-t-il dit, qui ont reçu une éducation religieuse à l’étranger, reviennent dans leur pays avec des convictions religieuses qui ne correspondent pas aux traditions de notre pays. Certains étudiants promeuvent des mouvements radicaux. Cela vaut non seulement pour les musulmans, mais aussi pour certaines confessions chrétiennes ».
Le texte de la proposition de loi n’a pas fait l’objet de consultations auprès des diverses communautés religieuses. Certains groupes (le Conseil islamique reconnu par l’État, l’Église orthodoxe russe, l’Union baptiste, les représentants de six madrasas, les proviseurs des trois écoles orthodoxes russes et le directeur de l’Institut biblique protestant d’Ak-Bata) ont été invités à participer à une table ronde sur ce sujet en octobre 2009. Mais ils n’ont disposé que d’une semaine pour faire leurs éventuels commentaires.
L’un des participants à la table ronde, Aleksandr Shumilin, président de l’Union baptiste, a fait part de ses inquiétudes. « L’instruction de nos membres, a-t-il dit, est une affaire interne à notre Église […]. Comment les agents du ministère pourraient-ils évaluer nos enseignants ? ». Shumilin a également critiqué l’inclusion de matières scolaires dans le programme d’études en disant que « nos élèves ont tous achevé au moins leurs études secondaires, quel besoin ont-ils d’étudier une nouvelle fois les matières scolaires ? ». Il a observé en outre que l’introduction d’un seuil minimum d’étudiants poserait un problème à sa communauté, car si elle n’était pas en mesure de remplir cette condition, elle ne pourrait plus former ses futurs leaders.
