Malaisie

MalaisieAPPARTENANCE RELIGIEUSE
Musulmans : 56,6 %
« syncrétisme chinois » : 18,4 %
Chrétiens : 8,9 %
Hindous : 6,3 %
Bouddhistes : 5,3 %
Animistes : 3,5 %
Autres : 1,0 %

Catholiques : 919 000

SUPERFICIE
329 758 km2

POPULATION
27 914 000 habitants

RÉFUGIÉS
66 137

DÉPLACÉS
-


Aspects juridiques et institutionnels

La situation juridique et institutionnelle n’a guère changé par rapport aux années précédentes. La Malaisie a deux systèmes juridiques, l’un fondé sur la loi islamique (la charia, ou syariah en langue bahasa malaysia), l’autre fondé sur le droit commun anglais. L’islam est la religion d’État. En principe, la charia ne s’applique qu’aux musulmans, mais il arrive qu’elle empiète dangereusement sur le droit commun, en limitant la faculté donnée à chaque citoyen, par la Constitution, de choisir sa religion. On peut citer à ce propos le cas de Banggarma Subramaniam, une femme de 27 ans qui a épousé un hindouiste en 2001. L’officier d’état civil a refusé d’enregistrer son mariage, parce qu’elle figurait sur la liste des musulmans. Elle lui a répondu que les fonctionnaires de la sécurité sociale l’avaient enregistrée comme musulmane quand elle avait sept ans, mais qu’en réalité elle avait toujours été hindouiste. Il lui a alors conseillé de s’adresser au tribunal islamique pour y entamer la procédure d’abandon de l’islam. Le P. Thomas Philips, président du Conseil consultatif malais du bouddhisme, christianisme, hindouisme, sikhisme et taoïsme (MCCBCHST) a dénoncé cette situation en disant : « Les tribunaux islamiques sont compétents uniquement pour les personnes de religion musulmane. Or Banggarma […] se déclare hindouiste ». Elle ne doit donc pas effectuer cette procédure.

Les groupes religieux présents dans le pays

La Constitution malaise garantit à tout citoyen le droit de choisir et de pratiquer la religion de son choix. Mais par ailleurs, le gouvernement soutient l’islam, y compris du point de vue financier, et tend à limiter la liberté des autres confessions religieuses.

Catholiques

Pendant trois ans, le quotidien The Herald a mené une campagne pour obtenir du gouvernement le droit d’utiliser le terme Allah en parlant du Dieu des chrétiens. En 2007, le gouvernement avait interdit aux non musulmans d’utiliser ce terme au motif que « cela risque d’accroître les tensions et de semer la confusion dans l’esprit des musulmans malais ». Mgr Murphy Pakiam, archevêque de Kuala Lumpur, a porté l’affaire devant les tribunaux, en déclarant que son archidiocèse avait le droit d’utiliser le mot Allah aux termes des articles 10 (liberté d’expression) et 11 (liberté de pratiquer sa propre religion) de la Constitution. Il a fait valoir que les chrétiens utilisent ce terme depuis plus de quatre siècles sans que cela ait jamais causé le moindre problème : les chrétiens utilisaient déjà le terme Allah pour désigner leur Dieu bien avant la fondation de l’État de Malaisie. En outre, il n’existe aucun autre terme pour désigner Dieu en langue bahasa malaysia.
En février, certains journaux musulmans ont accusé The Herald de vouloir déstabiliser la nation par son prosélytisme. Le 31 décembre, à l’issue de plusieurs mois de tensions, la Haute Cour de Kuala Lumpur a décrété que The Herald pouvait utiliser le terme Allah en langue bahasa malaysia pour désigner le Dieu des chrétiens. Le gouvernement a annoncé son intention de faire appel de ce jugement, tout en demandant à la population de garder le calme. Une semaine après l’arrêté de la Haute Cour, des musulmans ont lancé un cocktail Molotov dans l’église catholique de l’Assomption à Petaling Jaya, sans faire de blessé et en ne provoquant que des dégâts légers.
Le 8 juillet, deux catholiques ont porté plainte contre la revue Al-Islam après la publication d’un reportage sur les soi-disant conversions forcées au christianisme. Se faisant passer pour des catholiques, deux journalistes musulmans ont participé à deux messes. Ils ont reçu l’hostie et l’ont profanée, en publiant même une photo. N’ayant pu présenter aucune preuve de ces conversions forcées, ces deux journalistes ont accusé les catholiques d’utiliser le mot Allah pour désigner leur Dieu dans leurs célébrations en langue locale. Contacté par AsiaNews, le P. Lawrence Andrew, directeur de The Herald, a déclaré que l’affaire de Al-Islam « avait humilié les catholiques malais, en bafouant les droits des chrétiens, et en transgressant la Constitution de la Fédération qui garantit la liberté de religion ».

Protestants

Dans le sillage de la polémique sur l’utilisation du terme Allah, trois églises protestantes ont été attaquées dans la semaine qui a suivi le jugement du 31 décembre. Une explosion a endommagé le siège administratif de la Metro Tabernacle Church, une église protestante de Kuala Lumpur.
En juillet, neuf chrétiens, accusés d’avoir voulu convertir des étudiants musulmans de l’Université Putra Malaysia à Serdang, en distribuant des tracts et des brochures sur le christianisme, ont été arrêtés. En Malaisie, le prosélytisme est interdit par la loi, et dans la plupart des États il est passible de peines de prison.
En octobre, la police malaise a saisi plus de 15 000 Bibles dans lesquelles le terme Allah était utilisé pour désigner Dieu. Ces Bibles étaient destinées aux chrétiens de langue bahasa malaysia de la Péninsule malaise (Semenanjung Malaysia) et des États de Sabah et Sarawak.

Hindouistes et bouddhistes

Les tribunaux islamiques ont toujours refusé de reconnaître les conversions des membres de l’ethnie malay à d’autres religions, car d’après la loi, tous les membres de cette ethnie sont considérés comme musulmans. La charia interdit les conversions de musulmans à une autre religion, y compris celles des non malay.
Le seul cas de conversion connu est celui de Tan Ean Huang en 2009. Née dans la religion bouddhiste, elle l’a abandonnée pour épouser un musulman iranien, qui l’a quittée. En 2006, elle a donc demandé de pouvoir revenir à sa religion d’origine. Après plusieurs tentatives infructueuses qui ont duré trois ans, la Cour d’appel islamique a finalement reçu sa requête le 19 mars 2009.
Au mois d’avril, le gouvernement a fait savoir que 29 temples hindouistes devaient être déplacés dans un délai de 30 jours, car sinon ils seraient démolis. Pourtant, la plupart de ces temples s’élevaient sur des terrains privés.
En avril, Indira Gandhi, une hindouiste, a protesté parce que son mari musulman, dont elle était séparée, avait « converti » leurs trois enfants en bas âge à l’islam sans son accord, en présentant leurs certificats de naissance aux Services religieux de l’État. D’après la charia, en cas de séparation, la femme reçoit la garde des enfants jusqu’à l’âge de 12 ans. Mais si elle n’est pas musulmane, elle perd son droit de garde. En cas de séparation, les enfants sont alors confiés aux « meilleurs », c’est-à-dire à la branche musulmane de la famille.

Musulmans

Ces dernières années, le gouvernement a taxé de « déviantes » 56 interprétations de l’islam, parmi lesquelles, entre autres, celles ahmadiyya, islamailiah, shia et bahaï. Depuis 2009, le nombre des visas accordés aux membres du clergé musulman étranger a été fortement réduit pour éviter que ces « militants » ne répandent dans le pays leurs interprétations « déviées » de l’islam.

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