Myanmar

MyanmarAPPARTENANCE RELIGIEUSE
Bouddhistes : 74,5 %
Animistes : 9,7 %
Chrétiens : 7,9 %
Musulmans : 3,8 %
Autres : 4,1 %

Catholiques baptisés : 689 000

SUPERFICIE
676 578 km2

POPULATION
50 496 000 habitants

RÉFUGIÉS
-

DÉPLACÉS
470 000

En 2009, la répression systématique des droits humains et de la liberté de religion s’est poursuivie au Myanmar. Aucune communauté n’a été épargnée par les violences et les abus. Après les manifestations de 2007 guidées par les moines bouddhistes, le bras répressif de l’État s’est abattu sur les monastères, les chefs religieux et les minorités ethniques comme les karens, qui sont en majorité chrétiens, mais aussi les rohingyas, qui sont musulmans. L’annonce d’élections parlementaires en 2010 n’a pas fait évoluer le système politique. Depuis 1962, le pays est gouverné par un régime militaire, malgré la victoire, aux élections de 1990, du parti d’opposition National League for Democracy (NLD) dont le chef, Aung San Suu Kyi, est toujours en résidence surveillée. La loi électorale, approuvée sans aucune consultation avec les partis d’opposition, a été spécialement conçue pour écarter du pouvoir le Prix Nobel pour la Paix. En 2009, pour la dixième année consécutive, le Département d’État des Etats-Unis a classé le Myanmar parmi les pays particulièrement à risque du point de vue des droits humains.

Situation politique

La junte militaire actuelle, dénommée State Peace and Development Council (SPDC), qui a pris le pouvoir en 1988 – à l’époque elle s’appelait State Law and Order Restoration Council (SLORC) –exerce un contrôle absolu sur le Myanmar. Après la prise du pouvoir par l’armée, un gouvernement en exil, le National Coalition Government of the Union of Burma (NCGUB), a été formé hors du pays pour intervenir au niveau international et faire ce que les leaders démocrates du pays ne peuvent pas faire, à savoir entretenir des liens avec les gouvernements amis, avec les diplomates, avec les groupes de la société civile et avec les activistes du monde entier. Il intervient surtout aux Nations Unies.
Au fil des années, les Nations Unies ont nommé plusieurs émissaires au Myanmar, parmi lesquels des représentants des Nations Unies pour les droits humains, des envoyés spéciaux du Secrétaire général, des diplomates comme Ibrahim Gambari, nommé par Ban Ki-moon. Lors de sa deuxième visite au Myanmar en 2008, Gambari a été durement critiqué par les partis d’opposition pour avoir soutenu le projet de la junte d’organiser des élections législatives en 2010 sans avoir aucune garantie qu’elles seront démocratiques. Lors de sa rencontre avec le premier ministre du NCGUB, Gambari a dit qu’il avait dû se référer à la feuille de route du gouvernement parce que l’opposition ne s’était pas mise d’accord sur une solution meilleure. Le gouvernement a alors décidé de rédiger un projet avec l’accord de tous les partis. En janvier 2009, les parlementaires en exil se sont réunis en Irlande. Le NCGUB a soumis une nouvelle proposition aux membres du Congrès, qui ont donné leur accord de principe. Le projet de proposition a été ensuite accepté par les principaux partis d’opposition, qui se sont réunis le 26 janvier 2009.
Pendant ce temps, au Myanmar, la situation politique a pris un tour critique. La visite de deux jours de Ban Ki-moon dans le pays n’a apporté aucun changement, hormis un nouveau procès à Aung San Suu Kyi. Le 3 mai 2009, John William Yethaw, un mormon américain, traverse le lac Inya à la nage et pénètre dans la propriété où le chef de la National League for Democracy est en résidence surveillée. Le 14 mai, Aung San Suu Kyi est arrêtée, et le 18 mai, trois jours avant l’expiration de sa peine, elle est traduite devant les tribunaux pour avoir enfreint les conditions de sa résidence surveillée. De l’avis des principaux quotidiens de la presse internationale et des représentants du parti NLD, la junte a profité de l’initiative de Yethaw pour neutraliser Aung San Suu Kyi avant de soumettre son projet de Constitution à un référendum qui, de fait, laisse le pouvoir aux mains des militaires, à la seule différence qu’ils porteront désormais des habits civils. Le 11 juin, Aung San Suu Kyi est jugée coupable et condamnée à trois ans de travaux forcés pour avoir enfreint les règles de sécurité. Sa peine est ensuite réduite à 18 mois de résidence surveillée, l’empêchant ainsi d’être candidate aux prochaines élections législatives, dont la date n’est pas encore connue. La nouvelle loi électorale approuvée en mars 2010 donne à la NLD la possibilité de rouvrir ses bureaux, fermés depuis mai 2003. Mais d’autre part, elle lui accorde un délai de 60 jours, ainsi qu’aux autres partis, pour faire enregistrer ses candidats aux élections, à condition que ceux-ci ne se trouvent pas en prison, comme Aung San Suu Kyi, par exemple.
Même la prière est interdite au Prix Nobel pour la Paix. Le 22 juin 2009, le tribunal de Twantay a condamné à 18 mois de prison Chit Pe, vice-président du NLD local, et Aung Soe Wai pour « insulte à la religion ». Tous deux avaient été arrêtés en avril pour avoir participé, avec 50 autres membres du NLD, à une cérémonie religieuse bouddhiste au cours de laquelle ils avaient lancé un appel pour la libération d’Aung San Suu Kyi et des autres prisonniers politiques.
L’entrée en vigueur de la Constitution de 2008 est un défi lancé à la communauté internationale. Le nouveau texte exclut plusieurs partis politiques birmans, dont ceux qui représentent les groupes ethniques, qui sont pourtant d’importants acteurs de l’Union du Myanmar. Elle ne garantit pas des élections libres et démocratiques, et ne protège pas les droits humains des citoyens.
Le système politique et juridique du Myanmar tend à entraver le développement économique de ce pays riche en ressources naturelles, où des millions de personnes vivent dans le dénuement. Toutes les richesses sont concentrées aux mains de l’oligarchie militaire, et la grande masse de la population reste à l’écart du développement et du bien-être. Les investissements intérieurs et étrangers sont découragés. L’activité économique se limite à l’exploitation des ressources non renouvelables, parmi lesquelles les forêts et les minéraux. L’agriculture, un secteur vital pour l’économie du pays, est négligée.
En août 2009, la junte a lancé une nouvelle offensive contre les mouvements de rebelles, en particulier contre les karens (kayin) et les shans dans les États où les chrétiens représentent un pourcentage important de la population, pour forcer les rebelles à se rendre avant les élections de 2010 et les obliger à collaborer avec l’armée pour défendre les frontières du pays. Le projet de transformer les groupes de rebelles en gardiens des frontières n’a pas produit les effets escomptés. Les petits groupes se sont rendus, mais les groupes plus nombreux continuent à résister. Le régime a donc décidé de recourir à la stratégie utilisée contre les karens, consistant à diviser pour mieux régner. Au début des années 1990, le Karen National Union (KNU), mouvement le plus puissant du point de vue politique, avait rejeté toutes les avances du gouvernement. La junte a alors cherché à l’infiltrer en corrompant certains de ses membres et à le diviser de l’intérieur. Ainsi, en 1994, un groupe s’est séparé de la Karen National Liberation Army (KNLA), l’aile combattante du KNU, pour former la Democratic Karen Buddhist Army (DKBA).
L’offensive lancée l’été dernier a provoqué un exode en masse : pour fuir les affrontements entre l’armée régulière et les rebelles shans, au moins 30 000 civils birmans ont franchi la frontière chinoise selon des sources non-gouvernementales, et 6 500 d’entre eux ont fui en Thaïlande.

Chrétiens

La nouvelle loi votée en 2009 interdit de fait les « églises domestiques » indépendantes. Beaucoup de communautés ont été acculées à la clandestinité en raison du refus systématique des permis pour construire leurs lieux de culte. En outre, depuis de nombreuses années, la junte militaire refuse de délivrer les titres de propriété des terrains sur lesquels les organisations religieuses pourraient construire une église ou un autre lieu de culte. C’est ainsi qu’une grande partie des fidèles et des pasteurs se réunissent ailleurs, et en particulier dans des habitations privées, généralement louées à des tiers.
D’après un rapport de l’association Burma Campaign UK, en janvier 2009, les autorités ont ordonné la fermeture d’au moins 100 églises à Yangon, dont celles de la Wather Hope Church et de l’Assemblies of God Church. Leurs pasteurs ont dû signer une déclaration par laquelle ils s’engagent à ne plus organiser de cérémonie religieuse, sous peine d’emprisonnement. En même temps, les fonctionnaires du ministère des Affaires religieuses ont convoqué les propriétaires des appartements où ces Églises se réunissaient, leur interdisant de les louer à des groupes religieux. La fermeture des églises domestiques s’inscrit dans le cadre d’un durcissement de la politique de la junte en matière religieuse visant à favoriser le bouddhisme aux dépens des autres confessions religieuses, dans le but de renforcer l’identité nationale. D’après la Chin Human Rights Organisation (CHRO), la politique de la junte peut se résumer en trois mots : Amyo, Batha, Thathana, c’est-à-dire « Une race (birmane), une langue (birmane), une religion (bouddhiste).
Pour certains observateurs, des considérations politiques et des questions d’image sont à l’origine de ce nouveau « tour de vis » contre les chrétiens. Bravant l’interdiction du gouvernement, les organisations chrétiennes continuent d’apporter de l’aide aux victimes du cyclone Nargis qui a dévasté le pays en 2008. Les autorités craignent en particulier que la présence de chrétiens dans les équipes de secouristes venues en aide aux réfugiés du delta de l’Irrawaddy, n’entraîne des conversions de bouddhistes vers le christianisme.
Les chrétiens sont visés parce que, comme tous les groupes organisés, ils sont soupçonnés de tramer contre le régime, surtout depuis les grandes manifestations de 2008. En outre, ils sont fortement représentés chez les minorités ethniques comme les karens et les chins qui se battent contre l’armée régulière pour obtenir leur indépendance. Beaucoup d’entre eux ont fui en Thaïlande ou en Inde, où ils vivent dans des camps de réfugiés. Dans l’État chin, les croix dressées au sommet des montagnes, expression de la foi des habitants du lieu, ont été enlevées et remplacées parfois par des pagodes. Les chrétiens sont tenus de payer une redevance annuelle pour financer le bouddhisme, mais s’ils se convertissent, ils bénéficient d’avantages tels que l’exemption du travail forcé pour l’armée, auquel ils sont astreints périodiquement.
D’après des sources protestantes, il existe aussi une persécution systématique contre les chrétiens dans les zones de conflit larvé, et en particulier contre les membres de l’ethnie chin, en majorité chrétiens. L’armée leur impose le travail forcé, et ils subissent des tortures et des persécutions religieuses. D’après un rapport Human Rights Watch (HRW) contenant les récits de témoins oculaires de l’ethnie chin, les membres de ce groupe sont soumis à toutes sortes d’abus et de violations des droits fondamentaux de la part de l’armée, sur l’ordre du régime militaire.
Ce rapport, qui contient les interviews données par 140 membres de la communauté chin entre 2005 et 2008 dans l’État chin et de l’autre côté de la frontière, révèle les intimidations et les menaces dont cette communauté fait l’objet de la part de la junte, qui entend éradiquer toute forme de dissidence. Les principales violations dénoncées dans ce rapport sont les restrictions à la liberté de mouvement, les confiscations de terres ou d’argent, les saisies de nourriture ou de terres, le travail forcé et les persécutions religieuses. « Nous sommes comme des esclaves, nous devons faire tout ce que [l’armée] nous dit de faire », raconte un membre de la communauté chin. Même ceux qui ont fui ailleurs, et notamment dans l’État indien de Mizoram, de l’autre côté de la frontière, subissent des discriminations religieuses et des abus. Des hommes et des femmes chins sont employés comme porteurs ou pour nettoyer les champs de mines. « Un jour, j’ai refusé d’avancer parce que j’étais trop fatiguée et que ce que je devais porter était terriblement lourd », a dit une femme chin de Thantlang. « Alors ils m’ont battue en disant : ‘Vous êtes sous notre autorité. Vous n’avez pas le choix. Vous devez faire ce que nous disons’ ».

Le bouddhisme à la fois soutenu et persécuté

Du fait que la junte utilise la religion à des fins politiques, ses initiatives n’affectent pas seulement les minorités, mais aussi la majorité bouddhiste du pays. Il n’y a pas de religion d’État au Myanmar, et la plupart des groupes ethniques ont leur propre religion. Mais depuis l’indépendance, les gouvernements qui se sont succédé ont soutenu le bouddhisme et cherché à s’y associer. En 1961, une tentative pour faire du bouddhisme la religion d’État a échoué à cause des protestations des minorités.
En 1988, quand l’armée réprime brutalement les énormes manifestations en faveur de la démocratie et abroge la Constitution, la liberté religieuse est supprimée du même coup. Le bouddhisme theravada, pratiqué par la majorité de la population, n’est pas la religion d’État, mais il est contrôlé et soutenu par le gouvernement qui, par ailleurs, persécute les minorités chrétiennes et musulmanes.
D’après le Rapport international sur la liberté religieuse de 2007, les autorités birmanes autorisent en général les membres des groupes religieux enregistrés à professer la religion de leur choix, mais elles imposent de fortes restrictions à leurs activités religieuses, violant souvent la liberté de religion.
Le gouvernement continue à infiltrer plus ou moins ouvertement la plupart des organisations religieuses et à surveiller leurs réunions et leurs activités. En particulier, il s’oppose systématiquement à tous les efforts des moines bouddhistes pour promouvoir les droits humains et la liberté politique, et décourage fermement (ou interdit catégoriquement) la construction de nouveaux lieux de cultes de la part des minorités religieuses.
Le régime, en représailles contre les moines bouddhistes, qui avaient participé aux manifestations pacifiques de 2007 réprimées dans le sang, menace leurs familles, limite leurs déplacements, et interdit à certains d’entre eux de diriger les prières traditionnelles. Ainsi, Ashin Thavara, secrétaire général de l’All-Burma Monks’ Representative Committee (ABMRC), une organisation basée en Inde, a déclaré au journal The Irrawaddy : « Les membres de ma famille doivent aller se faire enregistrer tous les mois auprès des autorités municipales et les informer de tous les contacts qu’ils ont avec moi. Des pressions sont exercées sur leurs employeurs pour qu’ils les licencient ».
Le 27 septembre 2007, la junte militaire au pouvoir au Myanmar depuis 60 ans a réprimé les manifestations des moines qui réclamaient le respect des droits humains et un régime plus démocratique. Les monastères ont été perquisitionnés, les moines arrêtés, beaucoup d’entre eux sont morts ou contraints à l’exil. Depuis lors, « les généraux n’ont pas cessé de réprimer et insulter les moines et la religion bouddhiste. À l’heure actuelle, 250 moines sont toujours détenus à cause de leurs soi-disant activités politiques », a dit Ashin Issariya, l’un des fondateurs de l’All Burma Monks Association (ABMA).
Le ministre des Affaires religieuses cherche à contrôler les monastères bouddhistes à travers le Comité national de coordination des moines (Sangha Maha Nayaka Committee), un organisme contrôlé par l’État qui limite la liberté de mouvement des moines et empêche le dharma, c’est-à-dire les commentaires publics des maîtres bouddhistes sur les enseignements du Bouddha. C’est ce qui est arrivé par exemple à Shwe Nya War Sayardaw, Doyen de l’Université bouddhiste de Shwe Nya War de Yangon. Les biens des moines considérés comme « subversifs » saisis par le régime en 2007, ne leur ont toujours pas été rendus. Le chef d’un monastère de Mandalay dit que « tous les jours, des agents des services de sécurité en civil surveillent et épient les activité de nos monastères ». En octobre 2009, l’All Burma Monks Association (qui avait pris la tête des manifestations pacifiques de 2007, parties de Yangon) reproche publiquement au général Than Shwe, l’homme fort de la junte, de ne pas s’être excusé pour les violences infligées aux moines et à la religion bouddhiste.
D’après les chiffres officiels, il y a 400 000 moines au Myanmar, et leur communauté, ou sangha, est l’une des institutions les plus respectées du pays.
En janvier 2010, la junte traduit devant les tribunaux huit activistes qui avaient pris part aux manifestations contre le gouvernement en 2007, appelées « révolution safran », parmi lesquels quatre moines. Kyaw Ho, l’avocat qui défend Thandar Htun et Ko Nyo, dit que ses clients, accusés d’avoir participé à une association illégale et d’avoir enfreint la loi sur l’immigration, risquent sept ans de prison. Les autres activistes jugés actuellement sont Ye Myint, U Yaywata, U Kawthita, U Withudi, U Waryama et Kyaw Khin. D’après leur avocat, ils sont accusés d’avoir eu « des contacts avec l’All Burma Monks Association et avec Generation Wave » deux organisations interdites par les généraux, et d’avoir « franchi la frontière clandestinement pour rencontrer les représentants de ces deux groupes ». Cinq des accusés n’ont pas eu d’assistance juridique pendant leur procès. Les avocats ont dit aussi que depuis qu’ils ont été arrêtés, leurs familles n’ont pas été autorisées à les rencontrer et à constater leur état de santé. D’après l’AAPP, une Association d’aide aux prisonniers politiques birmans basée en Thaïlande, plus de 250 moines sont encore détenus dans les prisons birmanes.

Musulmans

Comme les autres groupes minoritaires, les musulmans font l’objet de violences et de restrictions, leurs activités sont surveillées de près. Les plus touchés sont les musulmans de l’État de Rakhine, et en particulier les rohingyas, particulièrement discriminés. Beaucoup se sont vus confisquer leurs biens et ont été contraints à l’exil. En 2009, Médecins pour les droits de l’homme, une ONG américaine qui milite pour les droits humains et les soins de santé, dénonce la situation des milliers de rohingyas réfugiés au Bangladesh, où ils risquent de mourir de faim. Cette association accuse le gouvernement bengalais d’empêcher les réfugiés rohingyas de recevoir les soins médicaux nécessaires. Les autorités bengalaises ont rejeté ces accusations en réponse à un rapport de la même teneur de Médecins sans frontières (MSF).
Les rohingyas sont l’une des minorités ethniques les plus pauvres et les plus discriminées du Myanmar. La plupart d’entre eux vivent dans l’État de Rakhine, au nord-ouest du pays. Ne les considérant pas comme des citoyens à part entière de l’Union du Myanmar, le régime militaire ne leur donne pas la possibilité de posséder des terres, de se déplacer librement et de se marier sans un « permis spécial » des autorités. Plusieurs dizaines de milliers d’entre eux ont cherché refuge de l’autre côté de la frontière, en particulier au Bangladesh et en Malaisie, deux pays à majorité musulmane. Les autorités bengalaises ont accordé le statut de réfugié aux 28 000 rohingyas du camp de réfugiés des Nations Unies de Kutupalong. Cependant, on estime que le nombre des réfugiés pourrait atteindre 200 000, et peut-être même 300 000 personnes, dont la plupart vivent au Bangladesh dans la clandestinité.
L’armée bengalaise a lancé une opération destinée à éviter un nouvel exode en masse des réfugiés à l’occasion des élections législatives, prévues d’ici la fin de 2010 au Myanmar. Les activistes dénoncent une campagne d’« arrestations arbitraires, d’expulsions illégales et d’internements forcés » contre les musulmans rohingyas, parqués en grand nombre dans des « prisons à ciel ouvert ».
« En fait, la politique du gouvernement bengalais vise à faire disparaître ces réfugiés », dit Richard Sollom, responsable des enquêtes sur les conflits armés et la santé publique de l’association Médecins pour les droits de l’homme. Le gouvernement de Dhaka rejette ces accusations, les qualifiant de « totalement fausses ». « Le seul objectif de ces opérations est d’empêcher que des aides arrivent aux groupes de terroristes », dit Abdul Momen, représentant du Bangladesh aux Nations Unies. « Nous sommes les victimes. Nous sommes un pays pauvre, et malgré cela, nous faisons de notre mieux pour les aider ».
En 2008, les rohingyas font la Une de la presse mondiale à la suite des persécutions dont ils font l’objet de la part de l’armée thaïlandaise. Malgré les démentis officiels de Bangkok, un grand nombre de bateaux de réfugiés qui avaient pénétré dans les eaux territoriales thaïlandaises ont été escortés par la marine nationale en haute mer et abandonnés sans nourriture ni eau. Pour la Thaïlande, les rohingyas ne sont pas des réfugiés politiques, mais des immigrants clandestins. Pour Myanmar, ils ne sont pas une ethnie locale, mais un peuple arrivé au Myanmar quand le pays était sous la domination anglaise.
En 2009, neuf mosquées ont été fermées dans l’État de Rakhine. Au même moment, la junte a ordonné la destruction de plusieurs centres musulmans et madrasas (écoles coraniques). D’après le Département d’État américain, le gouvernement de Myanmar a décidé de créer des « zones interdites aux musulmans » dans certaines parties de cet État. Par ailleurs, là où les bouddhistes sont peu nombreux, l’armée a fermé les mosquées et les madrasas et construit des pagodes, recourant généralement au travail forcé.

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