APPARTENANCE RELIGIEUSE
Chrétiens : 85,5 %
Musulmans : 10,7 %
Animistes : 2,3 %
Autres : 1,5 %
Catholiques : 13 196 000
SUPERFICIE
241 038 km2
POPULATION
33 796 000
RÉFUGIÉS
127 345
DÉPLACÉS
437 000
Situation juridique
L’article 7 de la Constitution de 1995 énonce que l’Ouganda ne reconnaît aucune religion d’État, et son article 29 garantit aux citoyens une liberté religieuse totale aussi bien au niveau privé qu’au niveau associatif. Par ailleurs, la loi interdit la formation de partis politiques basés sur la religion ou l’appartenance ethnique.
Les fêtes nationales qui sont reconnues sont aussi bien les fêtes chrétiennes que quelques fêtes musulmanes.
Les communautés religieuses doivent se faire enregistrer pour obtenir un statut légal. Les plus importantes, telles que l’Église Catholique, l’Église Orthodoxe, l’Église Anglicane et le Conseil Suprême Musulman de l’Ouganda (UMSC) bénéficient de la législation prévue par le Trustees Incorporation Act, qui leur garantit l’autonomie dans leur organisation, des avantages fiscaux et la pleine liberté d’action. D’autres groupes, tels que les communautés évangéliques et pentecôtistes, bien qu’étant situés au même niveau que les ONG et jouissant donc des mêmes conditions d’action que le premier groupe, sont sujets au renouvellement annuel de l’enregistrement et à un contrôle des dons reçus.
L’instruction religieuse est facultative à l’école publique. Les écoles privées chrétiennes ainsi que les madrasas musulmanes sont très répandues dans le pays.
Le panorama religieux
Les rapports entre les diverses communautés religieuses sont cordiaux et ne présentent pas de problèmes significatifs. Beaucoup d’initiatives communes ont été entreprises dans le but de pacifier le pays et de mettre fin à la tragédie des enlèvements d’enfants et de leur utilisation comme « enfants soldats » par des mouvements sectaires armés.
L’initiative la plus récente a été la conférence des leaders religieux sur la question des guérilleros ougandais de la LRA (« Lord’s Resistance Army » ou « Armée de Résistance du Seigneur »), qui s’est tenue à Kisangani (chef-lieu de la province orientale, à l’est de la République Démocratique du Congo). Les leaders religieux des zones où la LRA est active y ont participé : le nord de l’Ouganda, l’est de la République Démocratique du Congo, le sud du Soudan et la République Centrafricaine. Les délégations étaient plus précisément composées de la manière suivante : 5 représentants du sud du Soudan ; 2 de l’Ouganda ; 3 du Centrafrique ; 8 de la République Démocratique du Congo, auxquels s’est ajouté le Ministre de l’Intérieur de la province orientale qui représentait le gouvernement provincial. Les participants à la conférence ont exprimé le fait qu’ils appréciaient l’initiative et ont souhaité qu’elle serve à ramener la paix dans la région. À la fin des travaux, un comité régional composé de 9 membres représentants les différentes délégations a été créé avec la mission de formuler des propositions de négociation avec la LRA. Dans son discours de clôture, l’archevêque de Kisangani, Mgr Marcel Utembi Tapa, a affirmé que les chefs religieux étaient prêts à servir d’intermédiaire dans les négociations de paix avec le groupe de guérilla si on le leur demandait.
Les rapports entre chrétiens et musulmans sont eux aussi gérés de manière amicale. Depuis 2003, un « Programme pour les relations entre Chrétiens et Musulmans » a été lancé dans le but de promouvoir les rapports humains entre les membres des deux religions et de favoriser la sensibilisation à la tolérance réciproque entre les jeunes. L’organisme est composé de représentants catholiques, orthodoxes et anglicans et de représentants de l’UMSC (Conseil Suprême Musulman de l’Ouganda).
Le problème des sectes armées
Il y a en Ouganda des centaines de mouvements religieux : beaucoup sont de type apocalyptique et millénariste. Et il ne faut pas s’en étonner : l’Ouganda a eu son apocalypse nationale avec le régime sanguinaire d’Idi Amin Dada et les atrocités de la guerre civile. Les mouvements apocalyptiques ougandais espèrent que la fin du monde leur apportera la justice.
Les spécialistes des mouvements ougandais déconseillent d’appliquer des standards occidentaux aux situations spécifiques de ce pays. La lutte entre les « sectes » et l’armée nationale, avec son lot de violences, reproduit sous des formes nouvelles des conflits préexistants de nature tribale, ethnique et politique. De façon plus générale, les tragédies ougandaises confirment que la violence liée aux nouveaux mouvements religieux naît d’une combinaison de facteurs extérieurs et intérieurs.
Les facteurs intérieurs comprennent la personnalité des leaders et leur interprétation littérale de thèmes apocalyptiques communs présents dans des révélations privées. Les facteurs extérieurs coïncident avec l’histoire récente et avec les intérêts économiques liés à l’exploitation des matières premières dont certaines zones du pays sont riches.
À partir de 1986, dans la région de l’Acholiland, dans le nord de l’Ouganda, une féroce guerre civile a eu lieu entre les forces gouvernementales et la « Lord’s Resistance Army » ou « Armée de Résistance du Seigneur », un mouvement sectaire soi-disant d’inspiration chrétienne, dirigé par Joseph Kony, qui a semé la terreur pendant plus de vingt ans dans les populations de la région en commettant des massacres, des razzias et des enlèvements d’enfants pour les enrôler de force dans ses rangs. Kony a été incriminé pour ces violences par le Tribunal Pénal International (TPI). La guerre a causé environ 300.000 morts et plus d’un million et demi de réfugiés.
En août 2006, les deux parties ont signé un premier cessez-le-feu. Cependant, les pourparlers de paix n’ont pas conduit à la cessation des hostilités. En juin 2007, les guérilleros de la LRA ont attaqué différents villages dans le nord de l’Ouganda, en tuant ou en enlevant des dizaines de civils. Le 23 février 2008, un accord de cessez-le-feu définitif a été trouvé, préalable à un accord final de paix que Kony a cependant refusé de signer, en l’absence de garanties sur son sort après sa condamnation par le Tribunal Pénal International. Les combats ont donc continué au cours des mois suivants, bien que sur un mode mineur, avant d’exploser à nouveau au printemps 2008 et en août 2009 dans la République Démocratique du Congo. Actuellement, la situation dans le nord de l’Ouganda retourne à une relative normalité, mais les forces de la LRA continuent leurs actions de guérilla contre les civils dans la République Démocratique du Congo et dans la République de Centrafrique.
Les « enfants soldats » et les réfugiés
Enfants soldats
Depuis 1988, plus de 30.000 enfants ont été enlevés par les rebelles. Les garçons sont forcés de devenir soldats et les filles des esclaves sexuelles. Les enfants sont violés, drogués, forcés de tuer et de torturer, ils sont punis avec brutalité à la moindre résistance ; beaucoup d’entre eux sont tués sans pitié.
Quelques-uns de ceux qui s’enfuient n’osent pas retourner dans leur famille parce qu’ils ont honte des atrocités qu’ils ont été forcés de commettre. Les rebelles forcent souvent les enfants et les jeunes qui ont été enlevés à tuer dans leurs propres villages, jusqu’à leurs propres parents et frères et sœurs, de manière à ce que leur retour devienne impossible.
En mars 2009, l’initiative de paix des leaders religieux Acholi (Acholi Religious Leader’s Peace Iniziative – ARLPI) a demandé à la communauté internationale d’intervenir pour la libération des enfants-soldats encore détenus par l’Armée de Résistance du Seigneur (« Lord’s Resistance Army » – LRA) de Joseph Kony. L’appel a été lancé par le Président du mouvement interreligieux qui est impliqué depuis des années pour la pacification de la région martyre du nord de l’Ouganda, Mgr John Baptist Odama, archevêque de Gulu. Il l’a fait en intervenant lors d’une cérémonie de prière pour la paix organisée par l’ONG « Invisibile Children » en souvenir des victimes du massacre accompli par la LRA en 2004 dans le camp de réfugiés de Lukodi. Pendant la cérémonie, en présence des ambassadeurs de France et de la République Démocratique du Congo ainsi que d’un haut fonctionnaire du gouvernement des États-Unis, l’évêque anglican Nelson Onono-Onweng a renouvelé son appel au leader rebelle à déposer les armes pour ramener enfin la paix dans la région.
Réfugiés
La violence et la guerre ont produit année après année un nombre énorme de réfugiés, causant des besoins d’assistance lors du retour des personnes dans leurs terres après des années d’absence.
Lors d’un récent entretien, Mgr Matthias Ssekamaanya, évêque de Lugazi et Président de la Conférence Episcopale Catholique d’Ouganda, a déclaré à propos de la situation dans le nord du pays : « La situation est en constante amélioration parce qu’il n’y a plus de combats ». Depuis quelques années, la LRA a déplacé ses activités à l’extérieur de l’Ouganda, en particulier au sud du Soudan, dans la République Démocratique du Congo et en Centrafrique. « Le problème majeur consiste en ceci que nous avons des millions de personnes qui vivent dans des camps de réfugiés depuis 20 ans. Nous avons besoin d’aide pour reconstruire leurs maisons et permettre aux gens de recommencer à cultiver. Ces gens sont très pauvres et ont besoin de tout. Je me dois de souligner l’urgence qu’il y a à reconstruire les écoles, parce que l’éducation est la clé de tout type de développement ».
Entre temps, l’Association pour les Peuples Menacés (APM) a fait savoir qu’après la fermeture des différents camps de réfugiés, au moins 190.000 réfugiés d’ethnie Acholi devaient encore revenir dans leurs villages d’origine du nord de l’Ouganda où il y a encore des conflits pour la possession de la terre. Dans une note, l’APM dénonce les graves violences que les civils ont subies pendant qu’ils étaient dans les camps, essentiellement de la part des soldats réguliers et non en raison des attaques de la LRA. Par ailleurs, l’Association demande que les Acholi retournés dans leurs villages aient accès aux terres cultivables, qui sont souvent aux mains d’ex-soldats ayant profité de 20 ans de conflit pour en prendre possession.
Dans un entretien accordé à l’association catholique internationale « Aide à l’Église en Détresse » (AED), Mgr Cosmas Alule, recteur du grand séminaire d’Alokolum, dans le nord de l’Ouganda, a déclaré que le camp de réfugiés apparu pendant la guerre civile autour du grand séminaire d’Alokolum, était en train de se vider parce que les réfugiés étaient pour la plupart déjà retournés dans leurs localités d’origine et que l’Église continuait à soutenir les réfugiés, y compris après leur réinsertion dans les villages, en aidant ceux qui venaient à peine de rentrer à commencer une nouvelle vie, par exemple en enseignant dans les écoles.
Mgr Alule a expliqué que de nombreux élèves étaient nés dans les camps de réfugiés sans connaître aucun autre mode de vie, et qu’ils avaient des problèmes de comportement parce qu’ils ne comprenaient pas le sens des mots effort, discipline, respect du prochain et de la propriété d’autrui. Même les adultes doivent affronter de nombreux problèmes : dans les camps, ils ont oublié comment on gagne sa vie, et toute une génération a grandi sans savoir ce que signifiait avoir une vie normale. Un autre problème est le traumatisme qui continue d’obséder beaucoup ceux qui ont assisté au viol de leur propre mère, de leur femme ou de leurs sœurs, à l’enlèvement d’enfants ou à l’accomplissement de massacres. Pour les aider, les évangélisateurs reçoivent une formation spéciale dans un centre créé à cet effet par le diocèse de Gulu. Le fait de maintenir le grand séminaire à Alokolum plutôt que de le transférer dans une région plus sûre a été le fruit d’une décision consciente que le recteur a définie comme « prophétique », parce que sinon les fidèles auraient pu avoir l’impression que l’Église abandonnait les nécessiteux pour se mettre à l’abri.
