Ouzbékistan

OuzbékistanAPPARTENANCE RELIGIEUSE
Musulmans : 82,6 %
Agnostiques : 15,6 %
Chrétiens : 1,3 %
Autres : 0,5 %

Catholiques : 4000

SUPERFICIE
447 400 km2

POPULATION
27 794 000 habitants

RÉFUGIÉS
555

DÉPLACÉS
3400

L’Ouzbékistan est classé parmi les derniers pays au monde en ce qui concerne les libertés civiles et politiques, il est gouverné par l’un des systèmes politiques les plus répressifs d’Asie, comme cela est mis en évidence par les rapports 2009 du Département d’État américain, de la Commission des États-Unis sur la liberté religieuse internationale et de l’association « Freedom in the World ».
Le contrôle étatique de la vie des personnes et des communautés sociales est très élevé, et il règne une culture diffuse d’impunité à l’égard des graves violations en matière de droits de l’Homme, y compris concernant l’usage intensif de la torture et de la violence. Le parlement, dominé par les partis de gouvernement, n’est pas en mesure d’exercer sa fonction de contrôle du pouvoir exécutif. L’opposition politique est étouffée et la liberté de la presse est sérieusement limitée. Le gouvernement ouzbek exerce un contrôle très étroit, notamment du réseau Internet, en censurant les sites et les nouvelles non désirées.
La dureté de l’État à l’égard des citoyens, ainsi que la pauvreté en continuelle augmentation, ont créé une atmosphère encore plus tendue à l’intérieur du pays. Les relations avec les pays occidentaux se sont beaucoup refroidies ces derniers temps, et certaines ambassades occidentales en Ouzbékistan ont même été fermées.

Restrictions à la liberté religieuse

Arrestations, amendes exorbitantes, incursions de la police, perquisitions, menaces, saisies et destructions de matériel religieux : ce ne sont là que quelques-uns des épisodes représentant la difficile routine de nombreux groupes religieux, parfois même légalement enregistrés.
Pour les chrétiens, n’importe quel évènement ou activité collective est passible de sanctions : cette année, à diverses reprises, les tribunaux ont même puni en tant qu’activité religieuse illégale de simples réunions de fidèles pour un déjeuner ou pour fêter un anniversaire.
En même temps, la saisie et la destruction de littérature religieuse – y compris celle détenue chez soi pour un usage personnel – continuent massivement, ce qui est rendu encore plus grave par la difficulté de trouver du matériel religieux en Ouzbékistan, où l’importation de livres chrétiens est rigoureusement contrôlée et censurée.

L’enregistrement, dont l’obligation est prévue par l’article 8 de la « Loi sur la religion », représente pour l’État une arme contre la liberté de conscience des citoyens. En effet, l’activité non enregistrée est illégale et pénalement répréhensible, c’est pourquoi le fait de se réunir dans un appartement pour prier constitue même un délit.
Obtenir l’enregistrement officiel est un défi souvent insurmontable pour les groupes religieux, surtout s’ils sont minoritaires : même les communautés qui réussissent à satisfaire aux strictes conditions requises par la loi (parmi lesquelles un nombre minimum de membres d’au moins cent personnes), attendent souvent des années sans que l’enregistrement leur soit concédé. Le fait qu’un groupe religieux « ne soit pas apprécié » par la population locale est parfois la cause tacite du refus d’autorisation officielle.
La Commission des Droits de l’Homme des Nations Unies, en exprimant en mars 2010 des « préoccupations » pour « les limitations et les restrictions à la liberté religieuse, spécialement contre les groupes non enregistrés », a demandé à l’Ouzbékistan d’abolir la prison pour cause d’activité religieuse non autorisée.
La situation dans les prisons et dans les camps de travail ouzbeks, déjà très dure pour tous les détenus en raison du recours systématique à la torture, est encore plus difficile pour les croyants, du fait des nombreuses restrictions à la libre pratique religieuse qui ont lieu dans les centres de détention : en effet, on leur refuse jusqu’au droit de prier de manière visible, de détenir des textes religieux ou de recevoir des visites de la part de personnel religieux. L’accès aux prisonniers est également limité pour les communautés considérées comme « traditionnelles », c’est-à-dire liées au Conseil islamique et à l’Église orthodoxe russe. Les personnes ayant été condamnées pour des délits religieux sont contraintes de renoncer publiquement à leur foi. S’ils dirigent des activités religieuses en prison, les détenus sont accusés de « violation du régime carcéral », et sont souvent punis en étant frappés brutalement.

Église catholique

Les problèmes dus à la difficulté d’obtenir une reconnaissance formelle sont également ressentis par la communauté catholique. Dans une interview accordée à l’Osservatore Romano en 2008, Mgr. Jerzy Maculewicz, administrateur apostolique de l’Ouzbékistan, a raconté les difficultés qu’il a eues pour ouvrir deux autres paroisses, une à Navoi et une à Angren, en plus des cinq actuellement en fonction ; la première a présenté sa demande d’enregistrement en 2006, mais n’a pas encore reçu de réponse, la deuxième ne peut pas encore satisfaire à l’exigence d’un minimum de cent fidèles pour pouvoir demander l’enregistrement officiel. Même la constitution d’une antenne locale de la Caritas est restée jusqu’à présent sans succès. Neuf missionnaires de la charité de Mère Teresa de Calcutta s’occupent des pauvres et des détenus. Elles aussi voudraient ouvrir une autre maison pour recevoir les personnes convalescentes qui quittent l’hôpital, mais elles attendent une réponse des autorités depuis un an et demi. Pour Mgr Maculewicz, le problème de l’évangélisation est également très sensible, « parce que la loi défendant tout prosélytisme et activité missionnaire est en vigueur dans le pays. De ce fait, nous sommes contraints de nous limiter à agir à l’intérieur de nos églises. Nous accueillons et catéchisons les gens qui viennent chez nous, mais nous n’avons pas le droit d’annoncer l’Évangile en public ».

Autres communautés chrétiennes

Les autres communautés religieuses ont elles aussi de forts problèmes liés à l’enregistrement : les chrétiens qui appartiennent à l’Union Baptiste (le Conseil des Églises des Chrétiens Baptistes Évangéliques (CCECB) refuse par principe l’enregistrement) ont réussi à enregistrer 20 des 60 communautés existantes ; les témoins de Jéhovah n’ont qu’une seule communauté enregistrée, et dix autres demandes sont toujours sans réponse.
Surtout, l’activité des groupes non enregistrés est étroitement contrôlée et très souvent punie.
Dans la plupart des cas, les chefs d’accusation font référence à des violations des articles 240 et 241 du code administratif ; le premier de ces articles punit les violations des « lois en matière de religion », le second le fait d’avoir enseigné la religion « sans autorisation et sans une formation spécifique ». Les sanctions varient entre 10 et 100 fois le salaire mensuel minimum, qui, le 16 novembre 2008, a été établi à 28,04 Soms, soit environ 15 euros.
Cette année, nombreux sont les chrétiens à avoir été victimes de peines pécuniaires, parfois très élevées, pour avoir accompli une activité religieuse. En avril 2009, treize baptises d’Almalyk ont été condamnés au paiement de sanctions correspondant environ à 745 euros, après que la police du département anti-terroriste ait fait irruption dans la maison dans laquelle ils priaient ; les forces de l’ordre étaient également accompagnées par le prêtre orthodoxe Igor Skorik, qui a invité les personnes présentes à ne pas fréquenter de rencontres d’Églises non enregistrées, mais plutôt à se rendre dans la sienne. Toute la littérature religieuse (environ 190 textes) a été saisie. En mai 2009, le tribunal de Samarkand a infligé des amendes de 10 à 50 fois le salaire minimum à trois chrétiens protestants – Leysan Jurayeva, Khursid Umurzakov et Anzhela Daminova. Le même mois, neuf autres baptises ont été condamnés par la cour du district d’Ahangaran, dans la région de Tachkent, au paiement d’amendes allant jusqu’à 80 fois le salaire mensuel minimum, pour violation de l’article 202-1 du code administratif qui punit « l’inclination à participer à l’activité d’organisations illégales, qu’elles soient sociales ou religieuses ». En juillet, deux autres fidèles, Saïd Tursunov et Vladidmir Khanyukov, ont été condamnés au paiement de 130 euros par le tribunal de Mubarek, dans la région de Kashkadarya. À la fin de décembre 2009, le tribunal pénal de Termez, dans la région méridionale de Surkhandarya, a condamné le Pasteur Bakhrom Nazarov à une amende d’environ 1.270 euros pour avoir violé les articles 240 et 241.
Dans d’autres cas, quelques fidèles chrétiens se sont retrouvés accusés d’avoir développé une activité religieuse illégale pour le seul fait que la police les avait trouvés réunis dans des appartements pour des raisons non directement liées à la pratique de leur foi. En avril, la police a fait irruption dans l’appartement de Nargiza Abdurakhmonova, protestante de Tashkent, alors qu’elle déjeunait avec cinq autres amis. Trois jours après, le tribunal du district a condamné Abdurakhmonova et deux autres personnes présentes au paiement d’une amende de quasiment 1500 euros ; une quatrième personne, Rodion Sayfutdinov, ayant la citoyenneté kazakh mais résidant légalement à Tachkent, a été expulsée vers le Kazakhstan. Dans la région de Surkhandarya, le 23 octobre 2009, 11 protestants se sont vus infliger des amendes allant de 150 à 740 euros avec l’accusation d’avoir pris part à une rencontre religieuse non autorisée, parce qu’ils déjeunaient ensemble dans l’habitation d’un ami commun, Zoya Kogay.
Même fêter des anniversaires peut se révéler dangereux : en janvier 2009, la police a fait irruption dans l’appartement d’une fidèle chrétienne, Eleonora Zhumaniyazova, dans la région du Karakalpakstan, qui était en train de faire la fête avec quelques amis ; la femme s’est ensuite vue infliger une amende d’un montant équivalant à 69 euros, dans la mesure où elle avait été jugée coupable d’avoir violé l’article 241. En février 2009, 17 personnes, dont 13 membres de l’Église du Plein Évangile de Boukhara et 4 amis du propriétaire de la maison, se sont vus infliger une amende – chacun pour une somme équivalant à 100 fois le salaire minimum mensuel – à la suite de l’irruption de la police dans l’appartement de Parviza et Feruza Barakayeva, où les personnes étaient réunies pour fêter un anniversaire. Le 10 mars 2010, la police a fait un raid pendant une autre fête d’anniversaire, et dix femmes faisant partie d’une Église enregistrée se sont vues infliger une amende pour « avoir violé la procédure pour organiser et tenir des rencontres religieuses », amende dont le montant était très élevé (environ 1.565 euros chacune), surtout si l’on tient compte du fait que huit d’entre elles vivent avec une maigre retraite de fonctionnaire (par ailleurs, la plus âgée des femmes en question avait 76 ans).
D’autres chrétiens ont reçu des sanctions pour violation de l’article 184 du code administratif qui punit la possession illégale de matériel religieux : en plus des amendes, dans la quasi totalité des cas, les tribunaux ont également ordonné la destruction du matériel religieux saisi. À Kuvasai, dans la région de Ferghana, trois baptistes – Nikolai Savinov, Galina Tolstosheeva et Olga Rustamova – se sont vus infliger des amendes, en février, d’un montant allant de 360 à 905 euros. Au cours du même mois, deux autres baptistes, Vladimir Andoniu et Vladimir Potekhin, ont été condamnés à des peines respectivement de 270 et 130 euros. En juin, des amendes de 133 Euros par personne ont été infligées à 4 fidèles à Tachkent – Lidiya Markelova, Oksana Usmanova, Albina Akhmadieva et Vladimir Musatov. Dans la région du Karakalpakstan, le protestant Serik Kubaisinov s’est vu infliger en mars 2009 une amende d’un montant équivalant à 312 Euros ; et les chrétiens Kurbangul Aveniyazova et Valeri Adamia des amendes de 280 euros chacun. En janvier 2010, Medetbay Abdilbekov, leader de l’Église du plein évangile, et deux femmes faisant partie de sa communauté – Alfiya Atanazarova et Gulnaz Mambetnazarova – ont été incarcérés après avoir été trouvés réunis en train de prier dans un appartement. Le pasteur a reçu une amende, sur la base des articles 184 et 241, pour un montant équivalant à 365 euros, et les deux femmes pour un montant équivalant à 90 euros chacune. Le 5 octobre, 17 autres chrétiens protestants de la région d’Urgench ont été condamnés à une amende pour possession illégale du matériel religieux qui avait été saisi en mai par la police dans l’appartement de l’un d’entre eux, le chrétien Viktor Galaktionov : cependant le critère sur la base duquel les 16 autres confrères ont été jugés coupables n’apparaît pas clairement.

Au cours de l’année dernière, les autorités ont eu recours de plus en plus fréquemment à la condamnation à de brèves peines de détention – de dix à quinze jours – pour punir les personnes reconnues coupables d’avoir accompli une activité religieuse illégale.
Un cas particulièrement extrême est celui des quatre membres de la Communauté protestante Donam de Tachkent (le pasteur Vladimir Tyo, son frère Yuri et ses deux assistants, Andrei et Dmitri Sim), qui ont été condamnés le 24 août à quinze jours de réclusion chacun, avec l’accusation d’avoir transgressé l’article 201 du Code administratif (qui punit les violations de la procédure à suivre pour organiser et mener des rencontres). En réalité, la Communauté, légalement enregistrée, était en train de célébrer l’office dominical légalement autorisé par le Département de la justice, dans les locaux expressément enregistrés à cette fin. La même cour a par ailleurs ordonné la destruction de 28 vidéos et de 181 textes chrétiens saisis pendant le raid accompli par une vingtaine de policiers de l’équipe anti-terrorisme.
Toujours à Tachkent, un autre chrétien baptiste, le sud-coréen Roman Tsoi, a été condamné en mars à 10 jours de prison sur la base du même chef d’accusation, après qu’un raid mené par vingt agents de différentes agences officielles l’a trouvé en train de célébrer un office religieux avec sa communauté, légalement enregistrée. Le tribunal a en effet déclaré que toute activité religieuse autre que la messe dominicale devait faire l’objet d’une autorisation expresse au moins dix jours à l’avance.
Deux autres protestants – Azamat Rajapov et Abdusattor Kurbonov – ont été condamnés, en avril 2010, à 15 jours de peines de détention, à Termez, pour avoir accompli une activité religieuse non enregistrée.
Au début de Mars 2009, à Andijan, les protestants Mahmudjon Turdiev, Mahmudjon Boynazarov et Ravshanjon Bahramov, ont été condamnés à 15 jours de détention avec l’accusation d’avoir participé à une réunion dans une habitation privée et d’avoir parlé de sujets religieux, à la suite d’un raid effectué par les forces de l’ordre dans l’appartement de Turdiev. Trois autres chrétiens présents, qui étaient dépourvus de documents au moment de l’intervention, ont été condamnés à dix jours de détention dans un centre de réhabilitation pour sans-abri. Au moment du raid, ils étaient tous les six simplement en train de déjeuner ensemble.
Le 8 avril 2009, Pavel Nenno, diacre baptiste d’une communauté légalement enregistrée de Tachkent, a été condamné à 15 jours de prison, en régime de « surveillance spéciale », en étant accusé d’avoir enseigné des principes religieux à des enfants, après que la police a eu trouvé des enfants dans son habitation lors d’un raid. Le diacre a affirmé qu’il avait invité à déjeuner ces petits enfants, appartenant à des familles très pauvres. Le tribunal a aussi ordonné la destruction du matériel saisi chez lui : 77 livres et revues, 33 cd et dvd, 28 cassettes vidéo, un ordinateur et du matériel informatique.
La présence d’enfants a également coûté des peines à trois membres de « l’Église protestante de la plus grande Grâce », dans la ville de Samarkand, peines infligées le 2 février après une irruption de la police dans l’appartement de deux d’entre eux, Pavel et Tatyana Posrednikov, où étaient également présents cinq jeunes adultes et trois mineurs. Des sanctions allant de 90 à 140 euros ont été infligées aux trois membres pour avoir enseigné la religion sans permission officielle, en violation de l’article 241.
A la mi 2009, un procès a impliqué le chef de l’Union baptise ouzbeke, Pavel Peichev, et la responsable de l’administration du groupe, Yelena Kurbatova, en suscitant la compréhensible préoccupation des fidèles ouzbeks qui ont la conviction que le seul but de ce procès était de destituer le leadership de l’Union baptiste. Les deux importantes figures, ainsi que le baptiste laïc Dmitri Pitirimov, ont été accusés d’évasion fiscale et d’avoir impliqué des enfants dans des activités religieuses sans le consentement de leurs parents. Les problèmes pour les baptistes ont commencé après l’incursion des forces de l’ordre pendant le Camp d’été de la Joie. Les accusations, selon les trois baptistes impliqués, sont absolument artificielles. Certaines mamans, qui ont reconnu avoir signé des déclarations accusatrices, ont par ailleurs affirmé ne l’avoir fait que sous la pression des forces de l’ordre.
Le 11 février 2010, une émission dont le titre était « La douleur de la « Joie » » et qui passait sur la première chaîne de télévision ouzbeke, a accusé certains membres de l’Union baptise de Tachkent – en particulier Pavel Peichev et les deux autres baptistes en procès – « de transformer les gens en zombies » et de les encourager à vendre tous leurs biens pour les offrir à l’Église. « Ce qui est particulièrement dangereux – était-il dit dans l’émission – c’est qu’ils portent beaucoup d’attention à la diffusion de leurs idées, surtout parmi les enfants ouzbeks ». Il était demandé aux parents de faire plus attention à leurs enfants.

Témoins de Jéhovah

Dilshod Akhmedov, Fatima Akhmedov, Ilhamjan Akhmedov, Galina Fris, Ayshe Setablaeva, Mamlakat Nabieva, Angelina Farahova et Gulchehra Tashboltaeva, tous Témoins de Jéhovah, se sont retrouvés en prison pour des périodes allant de 5 à 15 jours ; dans certains cas, de lourdes peines économiques, avec des amendes de jusqu’à 50 fois le salaire minimum, ont été ajoutées à la peine de détention.
D’autres Témoins de Jéhovah ont reçu des condamnations encore plus sévères. Olim Turaev (médecin de 34 ans et père de trois fils) a été condamné en avril 2008 par le tribunal de Samarkand à 4 ans de réclusion dans un camp de travail pour violation des articles 216 et 229 du code pénal, qui punissent l’enseignement religieux illégal et l’organisation de rencontres religieuses non autorisées. En juillet 2008, pour les mêmes infractions, un Tribunal pénal de Margilan a condamné Abdubannob Ahmedov et Sergei Ivanov, respectivement à 4 et 3 ans et demi à purger dans un camp de travail.
Le 9 septembre 2009, les Représentants spéciaux des Nations Unies ont accusé Tachkent d’avoir torturé deux frères détenus dans un camp de travail, Nigmat et Sobit Zufarov, en prison pour avoir pratiqué leur foi. Le rapport rappelle que Nigmat, condamné en avril 2000, avait entamé une grève de la faim en mai 2009 contre l’interdiction de prier qui était en vigueur dans le camp. Sa protestation a continué, bien que les autorités du camp aient cherché à l’alimenter de force, jusqu’au 15 Juillet 2009 où il a été trouvé mort, avec d’évidents signes de torture sur le corps. Les autorités ont affirmé qu’il s’agissait d’un suicide. Son frère, Sobit Zufarov, même s’il est toujours en vie, se trouve dans des conditions physiques et psychiques vraiment difficiles, après les nombreux mauvais traitements qu’il a subis en prison, y compris les six mois passés en cellule d’isolement pour le punir d’avoir prié.

Visas et expulsions

Les autorités ont une politique systématique d’isolement des fidèles ouzbeks à l’égard de leurs coreligionnaires de l’étranger, que ce soit en refusant les visas d’entrée dans le pays aux citoyens qui ont l’intention d’y pénétrer pour des raisons religieuses, ou en expulsant les citoyens étrangers, même résidant légalement dans le pays, s’ils sont engagés sur le plan religieux.
Parmi les différents religieux qui ont été expulsés au cours de l’année 2009, en plus de Rodion Sayfutdinov qui a déjà été cité, le protestant russe Andrei Tsepurkin qui résidait légalement dans le pays avec sa femme et ses deux fils a également été expulsé après avoir été accusé par les autorités locales et la police secrète « d’être un terroriste et de vouloir subvertir l’ordre interne du pays par son activité missionnaire ». L’activité de Tsepurkin se déroulait à l’origine dans le camp de réhabilitation pour toxicomanes. Timur Chekparbayev, membre de la communauté Baha’i a été expulsé du pays en août, après avoir purgé une peine de 15 jours de prison pour résistance à un officier public, à la suite d’un raid effectué en juillet lors d’une rencontre pour garçons. En septembre, un article paru sur un situé web soutenu par l’État l’avait accusé d’avoir comme fin ultime de son activité religieuse le but de créer un terrain fertile pour l’Iran, avec le soutien de capitaux étrangers (bien que la foi Baha’i soit également persécutée en Iran). Sepehr Taheri, citoyen britannique et autre membre de la communauté Baha’i vivant dans le pays depuis 1990 avec sa femme ouzbeke et leurs enfants, tous nés dans le pays, a été expulsé en novembre 2009.
En juin, le Témoin de Jéhovah Irfan Hamidov, condamné à 2 ans de peine de détention en 2007 pour avoir illégalement enseigné la religion, a été expulsé vers le Tadjikistan, son pays d’origine, le jour suivant sa libération. Hamidov n’a pu voir que pendant une nuit son fils de deux ans qu’il ne connaissait pas encore.

Propagande anti-conversion

Le problème des conversions parmi les jeunes est vécu avec beaucoup de préoccupation par le gouvernement qui a réalisé différentes initiatives et des séminaires pour chercher à soustraire les jeunes générations à toute implication dans des « religions étrangères » à la tradition locale. Dans un lycée de la région, voisin de l’Université publique du Karakalpakstan, a été organisé un séminaire auquel ont pris part les leaders de la Mahalla locale et les fonctionnaires du Service de sûreté nationale (NSS), la police secrète. Au cours de ce séminaire, la mauvaise influence des religions étrangères a été expliquée aux jeunes, qui ont été invités à être vigilants contre le danger de l’extrémisme religieux. Ce fut aussi l’occasion de leur montrer un film qui attaquait l’extrémisme et l’activité missionnaire. Des rencontres semblables ont également eu lieu dans d’autres régions de l’Ouzbékistan, parmi lesquelles la région du Ferghana. Ces rencontres font partie d’un programme gouvernemental pour 2010, appelé « Année ouzbeke de la génération harmonieusement développée », approuvé en janvier 2010 par le Président Karimov, et contenant des mesures ayant pour but de contrecarrer l’influence des religions étrangères et extrémistes. Le site du Ministère de la Justice informait d’un séminaire qui s’était déroulé en octobre dans la ville de Jizzak sur le thème « Vaincre le trafic humain, l’extrémisme religieux et l’activité missionnaire », au cours duquel ont été abordés des thèmes tels que « l’activité missionnaire, le prosélytisme, la protection des jeunes contre la dangereuse influence des mouvements extrémistes, et la responsabilité de chacun dans l’éducation morale des jeunes générations ».

Communauté musulmane

Le contrôle que le gouvernement exerce sur la communauté islamique est vaste et systématique, que ce soit à travers la promotion d’une version modérée de l’Islam Halafi ou à travers le financement du Conseil musulman de l’Ouzbékistan (Mouftiat). Le Mouftiat gère la formation, la nomination et le renvoi des guides musulmans. L’État contrôle le nombre de mosquées et l’éducation religieuse. L’enregistrement de nouvelles mosquées est très difficile à obtenir ; il y a à peine 3.000 mosquées autorisées pour environ 26 millions d’habitants, à 90% musulmans. Un nombre limité de mosquées indépendantes réussit à agir malgré l’absence d’enregistrement officiel, mais sous la supervision constante des imams officiels locaux. L’obligation faite aux imams de soumettre le texte de leur prédication du vendredi (jour saint islamique) à l’approbation du Conseil suprême islamique (contrôlé par l’État) est même appliquée avec rigueur. Il y a 10 madrasas (dont deux pour femmes), qui fournissent l’instruction secondaire, et un Institut Islamique qui délivre une instruction universitaire. Le gouvernement limite à 5.000 fidèles le nombre de permis pour le pèlerinage annuel du hadj, soit 20 pourcents du nombre prévu pour l’Ouzbékistan.
D’autres limitations à la pratique religieuse sont également imposées au niveau local. Par exemple, la région de Namangan, en reprenant une initiative analogue de la Ferghana, a interdit aux enfants de prendre part aux rencontres de prière du soir pendant le mois du Ramadan. L’interdiction de fréquenter les mosquées pendant les horaires scolaires est déjà en vigueur pour les enfants. Selon ce que rapporte l’agence de presse « ferghana.ru », les autorités ont dit aux imams, dans leurs rencontres hebdomadaires, que « les enfants appartiennent au Président, pas aux leaders religieux ». Dans la région de Boukhara, il a été interdit aux femmes de prendre part à la prière du vendredi. Des pressions analogues sur les femmes et les enfants ont été effectuées dans la région de Kashkadarya.

Quelques formes d’Islam, considérées comme extrémistes, sont interdites, et leurs disciples sont punis par des peines de détention souvent très sévères.
Les principaux délits dont sont accusés ceux qui sont reconnus comme étant impliqués dans des activités religieuses de groupes islamiques non autorisés font référence à des violations de certains articles du code pénal, en particulier le 159, le 242, et le 244, qui punissent respectivement l’activité anticonstitutionnelle, l’organisation de sociétés criminelles, la participation à l’extrémisme, le séparatisme ou le fondamentalisme religieux, ou d’autres organisations de toute façon défendue. Il s’agit là de délits qui ont été pensés pour combattre le fondamentalisme islamique, mais qui sont parfois aussi utilisés pour réprimer les dissensions de la part de groupes religieux autres que ceux contrôlés par l’État.
Parmi les mouvements les plus combattus, il y a Hizb-ut-Tahrir et Akromiylar, plus d’autres groupes globalement définis de « Wahhabites ». Mais le gouvernement est également très soupçonneux à l’égard des musulmans qui opèrent en dehors des institutions approuvées par l’État, ou qui ont reçu une instruction religieuse à l’étranger.
Au cours de l’année dernière, un autre mouvement islamique a été au centre de l’attention officielle, en rentrant dans la liste des groupes interdits préparée par la Commission pour les Affaires religieuses : les forces de l’ordre et le pouvoir judiciaire ont en effet réprimé à une large échelle les disciples de l’interprétation islamique du théologien turc d’origine kurde, Saïd Nursi (1878-1960). En 2009, il y a eu au moins 47 lourdes condamnations à des peines de détention (normalement de 5 à 12 ans), contre les disciples de cette idéologie, incriminés pour violation de l’article 244. Par ailleurs, quelques-unes des personnes condamnées n’étaient pas directement impliquées dans le présumé mouvement Nur, mais avaient seulement été trouvées en possession d’écrits du théologien turc, publiés et vendus librement dans le pays jusqu’en l’an 2000. D’autres disciples du mouvement Nur sont retenus en prison en attente d’un procès. Parmi ceux-ci, il y a même Shokir Koraboyev, chef du Département pour la culture et le sport de la ville de Namangan, accusé d’avoir soutenu certains sportifs détenus qui étaient disciples des théories de Nursi. Un journaliste sportif, Hairulla Hamidov, risque aussi d’être condamné à plusieurs années de prison, toujours pour violation de l’article 244. Le procès, entamé le 29 avril 2010, s’est déroulé de façon très sécurisée, et l’accès à la salle d’audience n’était permis ni aux membres de la famille, ni aux journalistes, ni aux activistes de la défense des droits de l’Homme. Hamidov, célèbre commentateur sportif pour les journaux Interfootball et Champion, était également engagé dans d’autres domaines : par exemple, en 2004 il avait créé un programme radiophonique populaire, Kholislik Sari (la voix de l’impartialité), diffusé par la radio semi privée Navruz, dans lequel il répondait aux questions des auditeurs en tentant de leur donner des conseils basés sur les valeurs musulmanes traditionnelles. Ce faisant, Khamidov faisait transparaître des réalités habituellement cachées par les informations officielles : problèmes de santé publique, corruption, prostitution, crise sociale et morale, réactions de la communauté internationale. Déjà dans le passé, sous la pression du Ministère de la Presse et de l’Information, le journaliste avait été obligé de quitter la télévision où il présentait une émission semblable et, ensuite, de fermer son propre journal Odamar Orasida.

D’autres musulmans, opérant hors de la supervision directe de l’État, ont également subi des persécutions de la part des forces de l’ordre. Dans la région de Syrdarya, environ 57 musulmans ont été arrêtés et détenus en octobre 2009 dans le centre de détention de Khovos, pour des motifs jamais communiqués. Dans le Kashkadarya, trois musulmanes de la mosquée de Karshi ont été condamnées, le 12 avril 2010, à des peines allant de 6 ans et demi à 7 ans de camp de travail, parce qu’elles étaient coupables d’avoir violé les articles 159 et 244 du code pénal. Le procès contre ces femmes, détenues en régime d’isolement pendant la période de leur arrestation, s’est déroulé à huis clos et avec de grossières violations de la loi. Les trois femmes – Mekhrinisso Hamdamova, sa sœur Zulkhumor et Shakhlo Rakhmatova (cette dernière, célèbre activiste en faveur de la défense des droits de l’Homme dans la région) – avaient été arrêtées en novembre, après que 12 fonctionnaires de l’NSS avaient fait irruption à six heures du matin chez Mekhrinisso Hamdamova et saisi deux films et un livre qui lui avaient été donnés par l’organisation musulmane locale. Hamdamova avait été accusée d’avoir organisé une rencontre religieuse non autorisée. En même temps qu’elles, une trentaine d’autres femmes musulmanes, faisant partie de leur cercle familial de leurs amies, ont été arrêtées et détenues dans la prison de Karshi pendant environ une semaine. Des pressions ont été exercées sur elles pour qu’elles témoignent contre Mekhrinisso Hamdamova ; cette dernière était responsable de quelques cours autorisés pour femmes auprès de la mosquée Kuk Guymbaz de Karshi.

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