APPARTENANCE RELIGIEUSE
Musulmans : 96,2 %
Chrétiens : 2,2 %
Autres : 1,6 %
Catholiques : 1 098 000
SUPERFICIE
796 095 km2
POPULATION
184 753 000 habitants
RÉFUGIÉS
1 740 711
DÉPLACÉS
1 230 000
Officiellement, la République islamique du Pakistan est un État laïc. La Constitution approuvée après la partition de l’Inde, ainsi que diverses lois récentes réaffirment l’égalité de tous les citoyens devant la loi « sans distinction de race ou de religion ». À l’exception de la Ligue musulmane de Mawaz Sharif, tous les partis politiques se disent favorables à la neutralité religieuse. Le Parti du Peule dirigé par Asif Ali Zardari, veuf de Benazir Bhutto et actuel président du pays, appelle les citoyens à la « tolérance religieuse » et au « respect », tout comme la Ligue musulmane « Q » de l’ancien président, le général Parvez Musharraf. Mais comme le montrent les informations en provenance de ce pays et comme le prouvent un certain nombre de lois discriminatoires, il ne s’agit en fait que d’une façade. La loi sur le blasphème et l’ordonnance hudood, deux instruments juridiques redoutables en vigueur dans le pays depuis plusieurs décennies, ont fait et continuent de faire des victimes chez les non-musulmans et dans la minorité ahmadi dans l’indifférence des autorités. La loi sur le blasphème est le pire instrument de répression religieuse qui existe au Pakistan ; introduite en 1986 par le dictateur pakistanais Zia-ul-Haq pour défendre l’islam et le prophète Mohammed contre les offenses et les insultes, elle est devenue un instrument de discrimination et de violence. Cette disposition, qui se trouve à la section 295, paragraphes B et C, du code pénal pakistanais, punit d’une peine de prison à vie ceux qui offensent le Coran, et de la peine de mort ceux qui insultent le prophète Mohammed. Les accusations portées contre les prétendus blasphémateurs, souvent fausses ou motivées par l’intérêt personnel, provoquent des scandales et encouragent les foules excitées à se faire justice. Un seul témoin suffit pour provoquer la mise en état d’arrestation, et la personne accusée est alors exposée aux violences et aux tortures de la police. Sous la pression de la foule montée par les mullahs du lieu, certains juges ont prononcé des arrêts de mort en l’absence de preuve contre les accusés. Avec l’ordonnance hudood (code pénal basé sur le Coran qui punit les comportements incompatibles avec la loi islamique tels que l’adultère, les jeux de hasard ou la consommation d’alcool par la flagellation ou même par la mort par lapidation), la loi sur le blasphème est un exemple d’une législation sectaire et extrémiste qui ouvre la voie à l’islamisation du pays dans un sens radical.
D’après les chiffres recueillis par la Commission nationale Justice et Paix de l’Église catholique (NCJP), 993 personnes au moins ont été accusées d’avoir profané le Coran ou diffamé le prophète Mohammed entre 1986 et 2010. Parmi elles, 479 étaient musulmanes, 120 chrétiennes, 340 ahmadis, 14 hindouistes et 10 appartenaient à une autre religion. Cette loi sert parfois de prétexte à des attaques, vengeances personnelles ou exécutions extrajudiciaires : 33 personnes ont été assassinées par des individus ou lynchées par la foule déchaînée. La NCJP a calculé que 50 chrétiens au moins ont été mis à mort depuis 2001 en vertu de la loi sur le blasphème. Les croyants des autres minorités religieuses du pays sont aussi concernés par la violence des extrémistes islamiques qui, dans certains cas, s’en prennent même à d’autres musulmans. La communauté ahmadi, une confession d’inspiration musulmane qui ne reconnaît pas le prophète Mohammed et qui, pour cette raison, est considérée comme hérétique par les sunnites et les chiites, a fait savoir qu’au moins 12 de ses membres ont été assassinés en 2009. Depuis 1984, 107 ahmadis ont été tués et 719 ont été mis en prison.
Les problèmes découlant de cette loi sur le blasphème se sont beaucoup aggravés en 2001, quand les sentiments anti-occidentaux se sont accrus dans le pays, en atteignant un pic au moment des interventions de l’armée américaine en Irak et en Afghanistan. Le gouvernement reconnaît son échec dans ce domaine. Syed Mumtaz Alam Gilani, ministre des droits de l’homme, a déclaré au Parlement que plus de 11 000 cas de violations des droits de l’homme ont été constatés au Pakistan dans les trois dernières années, dont 8 000 sont encore en attente d’un procès. Le ministre des droits de l’homme a reconnu que les gouvernements provinciaux ont des résultats « désastreux » pour ce qui est de « livrer les coupables à la justice ». Répondant à l’interrogation d’un député de la Ligue musulmane Quaid, le principal parti d’opposition du pays, il a expliqué que « c’est dans la province de Sindh (au sud-est du pays) que la situation est la plus désastreuse : sur un total de 6 000 cas de violations des droits humains, seules 783 personnes ont été reconnues coupables et punies ». Dans la province frontalière du nord-ouest, théâtre des affrontements entre l’armée et les milices des talibans, seuls 730 cas de violations des droits humains ont été résolus sur un total de 2 000. Au Panjab 2 131 plaintes ont été enregistrées, dont 814 seulement ont donné lieu à un procès. Au Baluchistan, les tribunaux ont résolu 305 cas sur les 823 plaintes déposées pour violation des droits de l’homme. Gilani a dit que les actions légales sont entreprises directement par les juges, et non sur ordre du ministère qui a des difficultés financières et dépend de l’aide des ONG nationales et internationales. L’Église catholique, les confessions protestantes, les communautés ahmadis et plusieurs ONG ont tenté pendant un certain temps de s’opposer à la loi sur le blasphème et aux discriminations. Grâce au travail de la Commission nationale Justice et Paix, l’Union Européenne et l’administration américaine ont dénoncé cette loi. Mais Islamabad semble être sous l’emprise des extrémistes et ne semble pas vouloir changer cette situation.
Attaques contre les chrétiens
Le 30 juin 2009, une foule d’environ 600 musulmans a attaqué une centaine d’habitations chrétiennes à Bahmani, un village du district de Kasur, dans la province du Panjab. Les faits ont été dénoncés par la Commission nationale Justice et Paix, une organisation qui dépend de l’Église catholique pakistanaise, qui a ajouté qu’au cours de ces attaques, de graves dégâts ont été infligés aux habitations des chrétiens et que des objets de valeur et de l’argent ont été volés. L’imam de la mosquée du lieu avait incité les habitants musulmans du village à la violence en accusant les chrétiens de blasphème. La Commission Justice et Paix a fait savoir qu’à l’origine de ces attaques, il y avait probablement un incident qui s’était produit quelques jours auparavant. Irfan Barkat, un membre de la Commission, a expliqué à AsiaNews que les affrontements ont débuté le lundi 29 juin après une dispute entre un chrétien et un jeune musulman. Ce jeune, Muhammad Riaz, qui roulait à bicyclette, a croisé Sardar Mashi, un chrétien de 38 ans qui conduisait un tracteur. Riaz s’est mis en travers de la route, et quand Mashi lui a demandé de le laisser passer, le jeune musulman s’est énervé. D’après des sources locales, les affrontements qui ont débuté après que Riaz s’est adressé à l’imam du village, qui lui a suggéré d’accuser Mashi de blasphème.
Le 1er juillet 2009, Imran Masih, un jeune chrétien d’Hajwary (un quartier de Faisalabad) a été torturé puis condamné pour blasphème. Le P. Yaqub Yousaf, de la paroisse d’Hajwary, a confirmé à AsiaNews que cette accusation avait été « totalement inventée » et que les vraies raisons du conflit étaient de nature commerciale : la famille de ce jeune chrétien possédait en effet une boutique bien située et faisait de meilleures affaires que les autres boutiques du quartier. Par crainte de nouvelles attaques de la part des extrémistes, les parents d’Imran Masih sont partis se cacher dans un lieu tenu secret. « Imran était en train de nettoyer sa boutique de fruits et légumes », a dit le P. Yaqub, « ensuite, il a ramassé les vieux papiers et est allé les brûler dans la rue, comme c’est l’usage dans le quartier ». Le propriétaire de la boutique d’à côté s’est mis à l’accuser de brûler des pages du Coran, en attirant l’attention des autres musulmans. Très vite, la foule a commencé à tabasser et à torturer le jeune homme, qui a été sauvé uniquement par l’intervention de la police. À la suite du témoignage d’un autre musulman, une enquête a été menée sur Imran Masih. La nouvelle de son arrestation s’est répandue dans toutes les mosquées de la ville. La prison où le chrétien était détenu a été prise d’assaut par des milliers d’extrémistes furieux qui réclamaient la mise à mort du jeune homme. La foule a barré les principales voies d’accès et incendié des pneus. Le 18 janvier 2010, le tribunal de Faisalabad a condamné ce jeune chrétien à la prison à vie.
Toujours en juillet, Rao Zafar Iqbal, un activiste pakistanais hindou, avocat défenseur des droits humains, a reçu des menaces de mort à cause de ses activités en faveur des minorités. Ces lettres provenaient du Jan Nisaran-e-Nabuwat et du Aqeeda-e-Tahafuz-e-Kathme Nabuwat. L’activiste en a informé la police, qui a refusé d’ouvrir une enquête. Peu après, il a été assassiné par un tueur professionnel. Le 4 août, le quotidien Daily Pavel a publié un entrefilet revendiquant la « légitimité » du meurtre de Rao Zafar Iqbal, en affirmant que sa mort était « un service rendu à l’islam ».
Le 1er août 2009, une foule de musulmans a pillé et mis le feu à 75 habitations chrétiennes et incendié deux églises dans le village de Korian, dans le district de Toba Tek Singh, au Panjab. Cette attaque a été provoquée par une accusation de blasphème contre Mukhtar Masih, Talib Masih et son fils Imran Maseeh, qui auraient soi-disant profané le Coran pendant une cérémonie de mariage.
D’après des sources locales, les agresseurs provenaient d’un village voisin de Korian. Le 30 juillet, ils avaient attaqué des habitations de chrétiens, tandis qu’un membre du groupe tentait d’organiser une sorte de procès public pour obliger Talib Masih à demander pardon du geste dont il était accusé. La foule a ensuite barré la route reliant Faisalabad à Gojra et l’entrée de la caserne des pompiers, entravant les secours et empêchant l’extinction des incendies. Au cours des affrontements, huit personnes dont quatre femmes et un enfant de sept ans ont été brûlés vifs, et 20 autres ont été blessées. Au moins 50 logements de chrétiens ont été incendiés, et détruits et des milliers de fidèles ont pris la fuite pour éviter d’être tués. Les parents des victimes ont refusé de s’occuper des corps des victimes et d’organiser leurs obsèques tant que les coupables ne seraient pas arrêtés. Parmi les victimes identifiées, il y avait Hamed Masih, 50 ans ; Asia Bibi, 20ans ; Asifa Bibi, 19ans ; Imamia Bibi, 22 ans ; Musa, 7ans ; Akhlas Masih, 40 ans ; et Parveen, 50 ans.
Le 15 septembre 2009, un jeune chrétien, arrêté trois jours plus tôt dans un village du Panjab sous l’accusation de blasphème, a été assassiné en prison. Les enquêteurs venaient tout juste de confirmer que Fanish, 20 ans, devait rester en prison jusqu’à la fin de l’enquête. Le lendemain matin, les gardiens de la prison du district de Sialkot ont trouvé le corps sans vie du jeune homme, portant des traces évidentes de blessures. « C’est un meurtre légalisé », a dit Nadeem Anthony, membre de la Commission pakistanaise des droits de l’homme. En condamnant fermement cet énième acte de violence contre les chrétiens, cet activiste a expliqué à AsiaNews que « la police parle de suicide, elle prétend qu’il s’est pendu en prison, mais cela n’a pas de sens ». Nadeem a ajouté que ce jeune homme « a été torturé et qu’il est mort des suites des sévices qui lui ont été infligés ». Il a ajouté que « son cadavre portait des signes évidents de coups et blessures, comme l’attestent les photographies ». Fanish avait été arrêté le 12 septembre sous l’accusation de blasphème. La veille, une foule de musulmans s’était massée autour de l’église du village de Jaithikey, dans les environs la ville de Samberial, dans le district de Sialkot (Panjab), pour « donner une leçon » à la communauté chrétienne. Les extrémistes ont d’abord endommagé le bâtiment, puis ils ont mis le feu et pillé deux habitations situées à côté de l’église.
Le 22 janvier 2010, une jeune chrétienne de 12 ans est morte des suites des violences que lui a infligées son employeur, un avocat musulman riche et puissant de Lahore. Sa mort a suscité des protestations dans la communauté chrétienne, qui a organisé une manifestation devant le gouvernorat du Panjab. Les autorités ont tenté de calmer la foule en promettant que justice serait faite. Le Président Zardari a promis de dédommager sa famille. L’ONG protestante Sharing Life Ministry Pakistan (SLMP) a fait savoir que Shazia Bashir, 12 ans, travaillait depuis huit mois chez Chaudhry Muhammad Naeem, avocat et président de l’Association du barreau de Lahore. Des sources chrétiennes ont précisé que la jeune fille avait subi un harcèlement constant, et qu’elle avait été violée et torturée avant d’être tuée. Son employeur a été arrêté, mais le 13 février, Shafiq-ur-Rehman, juge adjoint au tribunal de Lahore, a décidé de le mettre en liberté sous caution. Son avocat a soutenu qu’à l’autopsie, le cadavre de la jeune fille « ne montrait aucun signe indiquant qu’elle avait été assassinée ». Le rapport a dit que sa mort était due à une infection causée par d’anciennes blessures, qu’il n’y avait pas eu de meurtre, et que la police, après une enquête de deux semaines, n’avait découvert aucune preuve de la culpabilité de Muhammad Naeem ou d’un membre de sa famille. La communauté chrétienne s’est élevée contre cette décision, mais en vain. Au cours des deux semaines d’audiences, les avocats chrétiens et ceux qui représentaient la famille de la victime ont subi des menaces et des intimidations. En outre, les activistes ont constaté des similarités, à la limite de la connivence, dans les témoignages des avocats, de la police, des juges et du gouvernement, dans la tentative (réussie) d’enterrer l’affaire.
Au début de février 2010, Riaz Masih, un chrétien de 26 ans de Kallur Kot, une petite ville du Panjab, a été brutalement tabassé par ses frères parce qu’il refusait de se convertir à l’islam. Les parents de Riaz Masih, tous deux chrétiens, sont morts quand il était petit. Avec ses frères et sœurs, il a été élevé par l’imam du lieu, Moulvi Peer Akram-Ullah, qui a tenté à diverses reprises de convertir le jeune homme à l’islam, sans succès. Le 8 février, des inconnus ont saccagé son logement à Kallur Kot, une petite ville du Panjab située à 233 kilomètres au sud-ouest d’Islamabad. « Ils m’ont menacé, en disant que je n’avais pas le choix : ou la conversion à l’islam, ou la mort », a dit le jeune homme. D’après son récit, ses frères cherchaient à l’intimider en lui disant que « tuer un infidèle n’est pas un péché », et qu’au contraire, c’est « parfaitement autorisé au nom du Dieu tout-puissant ». Auparavant, l’imam Akram-Ullah et ses frères lui avaient proposé un million de roupies (environ 12 000 dollars), une épouse de son choix et un logement s’il embrassait l’islam. Par ce procédé, l’imam avait convaincu ses frères de se convertir et d’embrasser l’un des courants les plus radicaux de l’islam. Pour avoir refusé de céder à leurs avances, ce jeune chrétien a dû passer six mois à l’hôpital.
Le 25 février 2010, Qamar David, un chrétien accusé de blasphème, a été condamné à la prison à vie. Ce jugement était motivé par le fait qu’il avait soi-disant « offensé les sentiments » des musulmans, tandis que son co-accusé a été acquitté par manque de preuve. La police l’avait arrêté en 2006, bien qu’il n’existe aucune preuve contre lui. Le juge adjoint du tribunal du district de Karachi a estimé que ce chrétien était coupable de « propos blasphèmatoires » à l’égard du prophète Mohammed et du Coran. D’après le quotidien pakistanais Dawn, le juge a émis son jugement après avoir entendu le plaidoyer de la défense et le réquisitoire du ministère public. Dans le verdict de culpabilité, on peut lire qu’Qamar David possédait un téléphone mobile avec une carte sim à partir duquel il aurait envoyé des messages de texte jugés offensants pour l’islam. Les preuves avaient été recueillies avec la collaboration de la compagnie des téléphones qui, d’après l’accusation, avait fourni la liste de ses appels adressés à des chrétiens. Une personne proche de l’accusé a affirmé que les faits, les preuves et la loi étaient tous en sa faveur. Les preuves recueillies, a-t-il ajouté, se basaient sur de simples rumeurs, et le musulman accusé du même délit avait été acquitté.
Le 2 mars 2010, le tribunal de Kasur, au Panjab, a condamné le couple chrétien de Munir Masih et Ruqqiya Bibi à 25 ans de prison pour blasphème. Le juge adjoint Ajmal Hussain les a condamnés parce qu’ils auraient touché le Coran sans s’être lavé les mains. En janvier dernier, Munir Masih et Ruqqiya Bibi ont été libérés sous caution et ont pu quitter la prison. Mais après quelques semaines, la police les a arrêtés de nouveau sur la base du jugement émis par le juge. Le mari est détenu dans la prison du district de Kasur, et la femme dans la prison des femmes de Multan. Ils passeront les 25 prochaines années derrière les barreaux. Des activistes du CLAAS, une organisation qui milite pour la défense des droits des plus défavorisés et des exclus, ont fait savoir que le mari et la femme étaient accusés d’avoir « contaminé » le Coran pour l’avoir touché sans s’être lavé les mains. Ces faits, qui remontent à décembre 2008, ont suscité la colère des franges extrémistes qui ont fait pression sur les forces de police. Des sources non confirmées ont fait savoir que les extrémistes auraient soudoyé la police pour qu’elle découvre de « nouveaux éléments » pour justifier le jugement. Une fois l’enquête achevée, ce couple a été jugé coupable de blasphème.
Le 11 mars 2010, une jeune fille chrétienne est morte après avoir été violée et brûlée vive par le fils du musulman chez qui elle travaillait comme servante. La jeune fille est morte à l’hôpital après deux jours d’agonie des brûlures qui couvraient 80% de son corps. Kiran George travaillait chez une famille musulmane de Sheikhupura, une ville du Panjab. Elle est morte à l’hôpital Mayo de Lahore où elle avait été hospitalisée le 9 mars dans un état critique. La rage meurtrière du fils de son employé a été provoquée par la menace d’être dénoncé à la police pour viol. Mohammad Ahmda Raza aurait violé la jeune chrétienne qui, dans un premier temps, se serait confiée uniquement à ses amies par crainte de perdre son emploi. Les conditions d’extrême pauvreté dans lesquelles se trouvait sa famille avaient poussé la jeune fille à garder le silence. Mais quand Kiran George a menacé son agresseur d’aller tout raconter à la police, le jeune homme l’a enfermée dans la maison pour l’empêcher de sortir, puis il l’a arrosée d’essence avec l’aide de sa sœur et a mis le feu. Au lieu d’emmener la jeune fille à l’hôpital, son employeur musulman a appelé ses parents en leur disant que ses vêtements avaient pris feu pendant qu’elle nettoyait la cuisine.
Le 19 mars 2010, un groupe d’extrémistes islamiques a brûlé vif Arshed Masih, un chauffeur employé par un riche homme d’affaires musulman de Rawalpindi. Sa femme travaillait comme servante dans la même propriété, située juste en face d’un poste de police. Il y avait eu récemment des dissensions entre ce couple et leur employeur, Sheikh Mohammad Sultan, au sujet de leur religion chrétienne. Les époux avaient subi des menaces et des intimidations pour les forcer à se convertir à l’islam. Arshed Masih est mort après trois jours de souffrances et d’agonie à l’hôpital de la Sainte-Famille de Rawalpindi. Sa femme Martha Arshed a été violée par le policier auprès duquel elle était allée porter plainte après les violences dont son mari a été victime. Les trois enfants du couple, âgés de 7 à 12 ans, ont été « forcés » d’assister aux tortures infligées à leurs parents. Depuis 2005, Arshed Masih et sa femme travaillaient et vivaient dans la propriété de Sheikh Mohammad Sultan. Dernièrement, les pressions pour qu’ils abandonnent le christianisme et se convertissent à l’islam allaient croissantes, et leur patron les avait même menacés de « conséquences terribles » pour tenter de les convaincre. Les époux avaient également été accusés récemment de vol dans la maison de cet homme, qui avait promis de retirer sa plainte s’ils se convertissaient.
Le 19 juillet 2010, Rashid Emmanuel et Sajid Masih Emmanuel, deux frères chrétiens accusés de blasphème dont le procès était en cours, ont été abattus devant le tribunal de Faisalabad au Panjab, par des tueurs non identifiés. Les deux hommes étaient menottés, en attendant de rentrer dans le tribunal à la fin de l’audience. Dans les jours qui ont précédé leur assassinat, la communauté chrétienne de la ville avait lancé un cri d’alarme, craignant de nouvelles attaques. Montés par les imams, les musulmans avaient organisé une marche de protestation pour exiger une sentence de mort contre les deux hommes. Dans l’attaque qui a coûté la vie à Rashid et à Sajid Masih devant le tribunal de Faisalabad où se déroulait leur procès, manifestement ciblée, un policier a été blessé. Les deux hommes avaient été arrêtés un mois plus tôt après que des tracts « blasphèmes » profanant la mémoire de Mohammed et portant soi-disant leur signature avaient été trouvés. D’après des sources locales, la police s’apprêtait à acquitter les deux hommes de l’accusation de blasphème après que les tests graphologiques sur les signatures des tracts avaient montré qu’elles ne correspondaient pas à leur écriture. Shahbaz Bhatti, ministre des minorités, a parlé de fausses accusations contre les chrétiens, fabriquées de toutes pièces par des personnes qui avaient des griefs personnels contre ces deux frères, dont l’un était un pasteur protestant. Leur famille a toujours clamé leur innocence.
Attaques contre les ahmadis
Au Pakistan, la persécution contre la communauté ahmadi continue. Cette école de pensée est considérée comme hérétique parce qu’elle ne reconnaît pas que Mohammed est le dernier prophète.
Le 1er avril 2010, trois commerçants ont été assassinés à Faisalabad, troisième ville du Panjab. Les chefs de la communauté ahmadiyya ont dit qu’il s’agissait d’un « meurtre sur commande » et que les assassins ont pris la fuite en faisant perdre leurs traces. Ashraf Pervez, 60 ans, Masood Javed, 57 ans, et Asif Masood, 24 ans, rentraient chez eux en voiture après la fermeture de leur magasin. Soudain les agresseurs les ont rejoints et ont tiré sur eux. Les trois hommes sont morts pendant leur transport à l’hôpital. Pervez et Javed étaient deux frères, et Masood était le fils de Javed. D’après le quotidien pakistanais Dawn, deux semaines avant cet attentat, les victimes avaient informé la police qu’elles avaient reçu des menaces. La police leur avait conseillé de « limiter leurs déplacements et de prendre des gardes du corps » pour veiller à leur sécurité. D’après les rapports des chefs de la communauté ahmadiyya, ces hommes avaient été enlevés récemment, puis relâchés après paiement d’une forte rançon. Les criminels auraient dit aux victimes qu’ils avaient été enlevés à cause de leurs croyances religieuses. Un communiqué (de la communauté ahmadiyya) dit : « On peut présumer que les criminels, ou en tout cas leurs complices, sont connus des autorités, car les groupes qui s’opposent aux ahmadis ne font aucun effort pour cacher leur hostilité ». Depuis un certain temps, Faisalabad est le théâtre d’agressions contre la communauté ahmadiyya. Neuf de leurs membres ont été tués ces dernières années sans que la police ou les autorités du gouvernement n’interviennent, bien qu’elles connaissent les responsables. Les chefs de la communauté pointent le doigt contre le mouvement musulman Khatme Nabuwwat, qui proclame que la prophétie s’est entièrement accomplie avec Mohammed et s’en prend à ceux qu’il considère comme des « musulmans hérétiques ». Au Panjab, les docteurs de la loi islamique peuvent inciter impunément à la violence contre les ahmadis, en affirmant qu’« ils doivent être éliminés » (Wajib ul Qatl). Les chefs de la communauté ahmadiyya soulignent l’indifférence des autorités qui ne punissent pas les coupables, et s’abstiennent même de condamner les violences. Depuis la promulgation de l’ordonnance anti-ahmadiyya en 1984, qui punit les persécutions contre ces soi-disant « hérétiques », 108 personnes ont été assassinées à cause de leurs croyances religieuses. Dans très peu de cas, les assassins ont été arrêtés, et les rares fois où ils ont été traduits devant les tribunaux, ils ont été acquittés ou relâchés à l’issue d’une courte détention.
Le 28 mai 2010, une attaque contre deux mosquées ahmadiyyas de Lahore pendant les prières du vendredi a fait au moins 93 morts. Raja Ghalab Ahmad, l’un des responsables de cette communauté, a dit que 93 personnes avaient péri dans ce massacre, et que 13 autres étaient mortes à l’hôpital. Au moins cent personnes ont été blessées, dont certaines grièvement. Pendant les prières du vendredi, un groupe d’hommes armés et de kamikazes ont attaqué les deux mosquées ahmadiyyas. Ces lieux de culte sont situés l’un dans le riche quartier de Model Town, l’autre dans le quartier populaire de Garhi Shahu. Les terroristes étaient « bien entraînés, armés de fusils AK-47, d’armes de poing et de grenades, et portaient des gilets bourrés d’explosifs ». Ils ont ouvert le feu sur la foule, occupant les mosquées pendant plusieurs heures et gardant les fidèles en otage. Lorsque la police a finalement fait irruption dans la mosquée, les kamikazes se sont fait exploser en provoquant un nouveau carnage. La police n’a repris le contrôle de la zone que vers 5 heures de l’après-midi. L’attaque contre la mosquée de Model Town a été plus rapide. Quatre terroristes ont ouvert le feu sur les fidèles et ont jeté des grenades. Un témoin oculaire a dit : « C’était comme à la guerre. Tout ce que je pouvais faire, c’était prier Dieu de me sauver ce cet enfer ». D’après les enquêteurs, les talibans ont été aidés par des complices qui ont réussi à prendre la fuite en se mêlant à la foule.
Discrimination contre les sikhs et les hindouistes
Les violences religieuses ne touchent pas seulement les chrétiens « philo-occidentaux » et les ahmadis « hérétiques ». Au cours de cette année, les talibans de la province frontalière du nord-ouest ont commencé à menacer aussi les hindous et les sikhs, en leur lançant un ultimatum : soit ils quittent la région, soit ils versent la jizya, la taxe islamique censée protéger les minorités religieuses. Nombre de familles hindoues et sikhs ont été contraintes d’abandonner la province et de chercher refuge à Peshawar ou dans les régions environnantes. Ces menaces contre les sikhs et les hindous ne sont que les dernières d’une série de menaces contre les groupes religieux minoritaires qui vivent dans la province frontalière du nord-ouest, parmi lesquels les chrétiens, obligés de verser la jizya et de vivre sous la loi de la charia. « Nous vivons dans la peur », a dit un chef religieux sikh à un journaliste d’un grand quotidien pakistanais. « Nous avons peur des talibans, du Laskhar-e-Islam, et des autres groupes armés. Près de 400 familles sikhs et 57 familles hindoues ont déjà quitté les villes de Bara et de Tirah, où elles tenaient des commerces de tissu, épicerie ou médecine traditionnelle. Et il a ajouté : « Des groupes extrémistes ont menacé les minorités d’Orakzai et de Khyber, en leur ordonnant de se convertir ou de quitter la région. En réalité, ils sont devenus comme une sorte de gouvernement parallèle. Les hindous et les sikhs ne se sentent plus en sécurité à Orakzai, Bara, et Tirah. Nous avons décidé de déménager, et ici au moins nous avons la paix et nous sommes tranquilles ». Dans la région d’Orakzai, les talibans imposent une taxe à tous les hommes adultes sikhs, en occupant leur boutique et leur domicile. Depuis quelques mois, cette pratique s’est répandue également dans la région de Khyber, la région tribale qui constitue un lien naturel avec l’Afghanistan, où le groupe Lashkar-e-Islam dirigé par Manghal Bagh a annoncé que les hindous et les sikhs ne seront plus autorisés à vivre dans la région s’ils ne versent pas la jizya. Mais comme les menaces ne cessent d’augmenter, plusieurs centaines de familles issues de ces minorités religieuses ont été s’installer ailleurs, notamment dans la région de Peshawar. Le mode d’action des Lashkar-e-Islam est très proche de celui des talibans. Ils forment une sorte de police religieuse, qui force les gens à prier cinq fois par jour et punit sévèrement les personnes accusées de prostitution ou d’autres vices. Aucune femme, musulmane ou non, n’est autorisée à sortir de chez elle sans être accompagnée d’un homme de sa famille. Toutes les femmes, même âgées, doivent porter la burqa. Les hommes doivent obligatoirement se laisser pousser la barbe et se couvrir la tête. Ceux qui refusent sont battus et doivent payer une amende comprise entre 200 et 500 roupies. La charia a été imposée à une grande partie de la population de la province frontalière du nord-ouest (dans le district de Malacan) à la suite d’un accord entre les talibans et le gouvernement régional, avec le soutien du gouvernement central dans un premier temps. Islamabad a ensuite révoqué cet accord et lancé une offensive contre les talibans, mais le gouvernement régional accepte toujours d’appliquer la charia à toute la population. L’Église catholique s’élève contre l’imposition de la charia aux non-musulmans, qu’elle considère comme une violence faite aux groupes minoritaires dont la liberté est garantie par la Constitution pakistanaise.
Attaques contre les médias
Au Pakistan, les accusations de blasphème concernent aussi l’Internet, actuellement « mis sous observation » par les autorités. Parmi les sites qui risquent la censure, il y a à la fois des sites mineurs et des sites très importants comme Google, YouTube, Yahoo!, Amazon, Bing, MSN et Hotmail, accusés de contenir du matériel offensif pour les musulmans et pour leur religion. En suivant les instructions du ministère de l’Information et des Technologies, le porte-parole de l’Agence de télécommunications pakistanaise, Khurram Mehran, a annoncé le 26 juin 2010 qu’à la suite d’un arrêté du tribunal de Bahawalpur, il avait engagé la fermeture de YouTube et de huit autres sites Internet en raison de la présence de matériel « contraire aux principes fondamentaux de l’islam ». « Si des liens et du matériel offensant pour l’islam continue d’apparaître sur ces sites, ils seront bloqués, sans toutefois empêcher le fonctionnement de ces sites Web », a expliqué Mehran. Le gouvernement pakistanais a fait savoir que les sites Web seront surveillés pour des raisons de sécurité nationale, tout en assurant qu’aucun des grands moteurs de recherche ne sera censuré. Ces déclarations n’ont pas rassuré les responsables des géants du Web. Scott Rubin, porte-parole de Google, a dit que « Google et Youtube sont des plates-formes d’expression libre et nous continuerons à garantir l’application de nos politiques autant que possible ». Yahoo a dit pour sa part être « fondée sur le principe que le libre accès à l’information améliore la vie des gens ». Actuellement, environ 17 adresses Internet ont été bloquées pour cause de « liens et contenus anti-islamiques et blasphèmes ». L’un des sites bloqués est islamexposed.blogspot.com, un blog créé sur Google qui contenait une pétition anti-islam en ligne et un post intitulé « islam, la dernière hypocrisie ». En mai dernier, la Haute Cour avait disposé la fermeture du réseau social de Facebook pendant deux semaines, après la publication d’une caricature blasphème de Mohammed. L’interdiction avait été révoquée après la protestation des centaines de jeunes musulmans qui utilisent ce réseau social. Pour justifier cette censure, le gouvernement et la Haute Cour se sont appuyées sur les « lois sur le blasphème ».
