Russie

RussieAPPARTENANCE RELIGIEUSE
Chrétiens : 81,3 %
Musulmans : 10,4 %
Agnostiques : 7,1 %
Autres : 1,2 %

Catholiques : 421 000

SUPERFICIE
17 075 400 km2

POPULATION
140 367 000 habitants

RÉFUGIÉS
4 880

DÉPLACÉS
80 000


Situation juridique

La Constitution de la Fédération Russe, approuvée le 12 décembre 1993, dispose que l’État est aconfessionnel (art. 14) et garantit à tous les citoyens de la Fédération la pleine et entière liberté religieuse, conformément aux standards internationaux (art.28). En outre, elle dispose que les normes constitutionnelles et les lois fédérales ont la primauté sur l’intégralité du territoire de la Fédération (art. 4).

L’application concrète de ces dispositions générales est laissée à la Loi Fédérale n° 125-FZ du 26 septembre 1997. Même si cette dernière confirme la nature aconfessionnelle de l’État, elle reconnait à l’Église orthodoxe un rôle particulier dans la formation et le développement de la spiritualité et de la culture de la Russie, et elle dispose que le respect envers le christianisme, l’islam, le bouddhisme, le judaïsme et les autres religions fait partie intégrante de l’héritage historique des peuples de Russie.

La loi régit les organisations religieuses en introduisant trois catégories qui disposent de droits légaux différents :
– l’organisation de base est le “groupe religieux”, qui n’est pas légalement enregistré, et dont les membres ont le droit de pratiquer leur culte librement. Mais en l’absence de statut légal, il ne peut pas détenir de propriété, par exemple, ni ouvrir un compte en banque.
– le niveau suivant est celui “d’organisation religieuse locale” enregistrée. Pour obtenir cette reconnaissance, l’organisation doit avoir au moins 10 membres, exister au niveau local depuis au moins 15 ans ou bien appartenir à une “organisation religieuse centralisée”. L’organisation locale peut être propriétaire, ouvrir des comptes en banque, éditer des publications, bénéficier d’avantages fiscaux, et fournir une assistance spirituelle dans les prisons, les hôpitaux et les forces armées.
– le troisième type est “l’organisation religieuse centralisée”, qui peut être enregistrée s’il y a au moins trois organisations locales. Outre les droits assurés aux organisations locales, elles peuvent ouvrir des antennes locales sans avoir à respecter la limite des 15 ans. Si elles peuvent prouver qu’elles sont présentes dans le pays depuis au moins 50 ans, elles ont le droit d’utiliser le mot “Russie” ou “russe” dans leur dénomination officielle.

Une loi de 2006 sur les ONG contient des règles qui s’appliquent également aux organisations religieuses, comme par exemple l’obligation de fournir les noms, adresses et numéros de passeport de tous les membres de leur structure de direction. En avril 2009, le Président Medvedev a annoncé la constitution d’un groupe de travail ayant pour tâche de simplifier les règles prévues par la loi de 2006. Ces simplifications ont ensuite été introduites en juillet 2009.

Le 31 mars 2009 est entrée en vigueur la disposition prévue dans la loi fédérale 160-FZ de juillet 2008, qui transfère au Ministère de la Justice les compétences et le pouvoir de contrôle portant sur les organisations religieuses, et qui crée un Conseil d’experts chargé de surveiller les organisations religieuses, de contrôler les procédures d’enregistrement, et de vérifier – en analysant leur credo, le comportement de leurs membres, et la matérialité des déclarations faites pour l’enregistrement – s’il s’agit de groupes pouvant avoir la qualification de “religieux”.

De nombreuses personnes ont observé qu’il s’agissait là de pouvoirs très vastes et concernant des sujets sur lesquels il est difficile de garantir l’impartialité.

Le premier janvier 2009, le Ministère de la Justice a signalé qu’il y avait 23.078 groupes religieux enregistrés opérant dans le pays. En 2005, les organisations enregistrées étaient 3.526.

Le problème de l’éducation religieuse à l’école

Le problème de l’éducation, et plus spécifiquement le problème de l’éducation religieuse dans le système public, continue d’être très débattu par l’opinion publique, avec des prises de position vives de la part des représentants d’organisations religieuses et de personnalités du monde laïc.

Les thèmes de discussion sont multiples : avant tout, la question de savoir s’il est opportun d’introduire l’étude des religions en général ou bien seulement l’étude de l’orthodoxie, ou encore s’il est préférable de suivre une position culturelle et non confessionnelle (remplacée par l’étude de l’islam dans les régions à majorité musulmane) ; en deuxième lieu, la question des enseignants et des méthodes didactiques utilisées (en 2002, un manuel écrit par Alla Borodina avait été développé, mais il avait subi des critiques en grande partie négatives à cause de son agressivité et de son manque de professionnalisme. Un nouveau manuel a été publié en février 2007, préparé par l’Institut d’Histoire de l’Académie des Sciences, et révisé par des consultants des différentes religions. Il présentait un panoramique des principales religions mondiales et avait une approche plus scientifique et objective.

L’Église orthodoxe se bat depuis longtemps pour l’introduction à l’école de la matière facultative des “Fondements de la culture orthodoxe”, qui a été enseignée ad experimentum ces dernières années dans certaines provinces dans le cadre des matières “d’intérêt local”, tandis que le Ministère de l’Education opte pour un cours d’“Histoire des religions”.

Finalement, le 24 juillet 2009, au cours d’une rencontre avec les leaders des religions traditionnelles présentes dans le pays, le Président Dmitri Medvedev a annoncé pour septembre le lancement d’un projet pilote impliquant dix-huit régions et douze-mille écoles. L’année scolaire 2010-2011 sera la deuxième année “ad experimentum”. C’est au cours de cette année que sera prise la décision de savoir si, à partir de 2012, tous les élèves suivront le cours de “Formation spirituelle et morale”, en choisissant entre les quatre religions traditionnelles : christianisme orthodoxe, islam, judaïsme et bouddhisme. Les cours se dérouleront en suivant trois lignes directrices : les fondements de la culture religieuse, les fondements de l’une des religions traditionnelles (au choix de l’élève), les fondements de l’éthique publique.

La présence des aumôniers

Des développements positifs se sont manifestés en ce qui concerne la difficile question de la présence des aumôniers au sein des Forces Armées et dans les prisons. Les dernières informations, fournies en avril 2008, signalaient la présence de 950 prêtres orthodoxes présents à temps plein auprès des Forces Armées et assignés à un détachement militaire, et de plus de mille autres intervenant comme volontaires. En février 2008, il y avait dans les prisons 403 chapelles orthodoxes, 23 mosquées, sept lieux de prière bouddhistes et trois chapelles catholiques.

Développements positifs des rapports entre catholiques et orthodoxes

Le 3 décembre 2009, le Pape Benoît XVI a reçu en audience Dmitri Medvedev, Président de la Fédération Russe, avec lequel il a discuté “de thèmes culturels et sociaux d’intérêt commun, tels que la valeur de la famille, et de la contribution des croyants à la vie de la Russie”. Par ailleurs le Saint Père lui a offert une copie en langue russe de l’encyclique “Caritas in veritate”.

C’est à cette occasion qu’a été annoncée la décision d’élever les rapports diplomatiques entre le Saint-Siège et la Fédération Russe au niveau d’une ambassade du côté de la Fédération Russe et au niveau d’une Nonciature apostolique du côté du Saint-Siège. Comme l’a souligné Natalia Timakova, porte-parole du Président russe, une telle décision est le résultat d’un niveau élevé de dialogue entre la Fédération Russe et le Saint-Siège, ainsi qu’entre le Saint-Siège et l’Église orthodoxe russe.

Le 9 décembre 2009, cette décision a été rendue officielle par l’échange de notes diplomatiques.

Les actuelles bonnes relations, selon les déclarations des représentants catholiques, faciliteront également la recherche d’une solution aux problèmes encore pendants en ce qui concerne la restitution d’édifices confisqués par feu le régime communiste.

Mais il n’y a pas qu’avec les autorités de l’État russe que l’Église catholique entretient aujourd’hui des rapports définis comme “amicaux” par les deux parties.

Un nouveau printemps semble aussi avoir éclos avec l’Église orthodoxe de Moscou.

L’élection du nouveau Patriarche de Moscou et de toutes les Russie, Kirill Ier, qui a eu lieu le 27 janvier 2009, a marqué le commencement d’intenses rapports entre les deux Églises et a rendu plus proche la possibilité d’une rencontre entre le Patriarche et Benoît XVI.

Un signe important s’est justement manifesté pendant la visite de Medvedev en Italie. Le 2 décembre, le Patriarcat de Moscou a présenté à Rome un livre rassemblant les principaux discours de ces dix dernières années de Joseph Ratzinger, Cardinal et Pape, sur l’Europe.

Le volume est intégralement bilingue, en italien et en russe. Le titre reprend une expression employée par Benoît XVI à Prague : “Europe, patrie spirituelle”. Et sa longue introduction est signée du président du département pour les relations ecclésiastiques extérieures du patriarcat, l’archevêque Hilarion de Volokolamsk, une autorité de premier plan.

Par ailleurs, le 17 mai 2010, quelques mois après la publication des discours de Benoît XVI sur l’Europe, un volume publié par la Librairie Editrice Vaticane a été présenté à l’Université catholique du Sacré-Coeur de Milan. Il comprenait une sélection de discours du Patriarche orthodoxe Kirill. Le titre du livre est “Liberté et responsabilité : à la recherche de l’harmonie. Dignité de l’homme et Droits de la personne”. Il rassemble les discours les plus importants prononcés par le Métropolite Kirill, aujourd’hui Patriarche de Moscou et de toutes les Russie, sur le thème des Droits de l’Homme. “Avec le Pape, nous avons une vision commune de la protection de la dignité de l’homme en Europe”, écrit Kirill, pour lequel “aujourd’hui l’Église catholique et l’Église orthodoxe sont les seules alliées naturelles dans la difficile bataille” contre “l’idéologie libérale et sécularisée”.

Un concert de musique sacrée russe s’est tenu le 20 mai 2010 dans la salle Paul VI du Vatican. Le concert était donné en l’honneur du Pape Benoît XVI, à l’occasion des Journées de la culture et de la spiritualité russes au Vatican, organisées par le Patriarche Kirill et par le Département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou, en collaboration avec le Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens et le Conseil Pontifical pour la culture.

Le Pape, le collège cardinalice, le corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, et plus de 7.000 spectateurs en provenance de tous les pays étaient présents au concert.

Autres organisations

La situation des autres religions reconnues comme religions traditionnelles ne présente pas d’éléments critiques significatifs au cours de la période examinée. Des plaintes concernant le comportement de certaines autorités locales ont été signalées au bureau du Médiateur pour les droits de l’Homme, mais en 2009 seulement 5 % de tous les problèmes signalés concernaient des groupes religieux. Ces signalements concernaient pour la plupart le comportement d’autorités locales qui agissent parfois en ne respectant pas la législation fédérale sur les organisations religieuses. On déplore aussi le fait que les autorités fédérales ne soient pas très souvent intervenues pour mettre fin aux abus dénoncés.

Il faut également signaler la tentative de la part des diverses associations musulmanes présentes sur le territoire de la Fédération Russe de créer une coordination unitaire pour mettre fin à l’extrémisme des groupes radicaux islamistes. Cette décision, qui a été prise pendant la session des associations musulmanes réunies, qui a eu lieu en février 2010, a été positivement accueillie par des analystes et autorités qui y voient l’occasion de contrôler et contenir les poussées extrémistes présentes surtout dans le Caucase.

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