APPARTENANCE RELIGIEUSE
Chrétiens : 86,1 %
Animistes : 8,8 %
Musulmans : 4,8 %
Autres : 0,3 %
Catholiques baptisés : 4 640 000
SUPERFICIE
26 338 km2
POPULATION
10 244 000 habitants
RÉFUGIÉS
54 016
DÉPLACÉS
-
Aspects juridiques et institutionnels
La Constitution proclame le droit à la liberté de religion, mais dans les faits, les autorités limitent parfois ce droit, notamment en arrêtant les Témoins de Jéhovah et les pentecôtistes qui refusent de remplir certaines obligations telles que la participation aux rondes nocturnes de citoyens. Une autorisation doit être demandée pour tous les rassemblements publics, y compris les rassemblements religieux. Toutefois, cette autorisation n’est pas nécessaire si la rencontre est organisée par un groupe religieux connu des autorités.
Les groupes religieux sont tenus de se réunir dans leurs lieux de culte, les réunions dans les habitations privées étant interdites. Ils doivent informer les autorités en temps utile de toute réunion qui se tient de nuit, y compris les rassemblements religieux, même dans des lieux privés.
De plus, le gouvernement veut intervenir dans les cérémonies religieuses. Ainsi, lors des mariages, les futurs époux doivent prononcer leur “oui” en posant la main sur le drapeau national. Comme les Témoins de Jéhovah s’y refusent, de graves conflits s’ensuivent. Une solution de compromis a été trouvée : elle consiste à poser la main sur la Bible, placée sur le drapeau national.
Déranger une cérémonie religieuse ou un ministre religieux dans l’exercice de ses fonctions est un délit passible d’une amende et/ou d’une peine pouvant aller jusqu’à six mois de prison.
Tous les partis politiques fondés sur une base ethnique, tribale ou religieuse sont interdits, de même que toutes les organisations susceptibles de favoriser les discriminations.
Les ONG, y compris celles d’inspiration religieuse, doivent se faire enregistrer. Le contrôle des organisations religieuses est très strict : elles doivent fournir des informations sur leurs objectifs et leur programme d’activités, afin d’obtenir une autorisation provisoire. Cependant, certaines communautés religieuses opèrent sans autorisation. La religion est enseignée dans les écoles publiques. Le cours de religion peut être remplacé par un cours de morale. Il existe à la fois des écoles catholiques et des écoles musulmanes dans le pays.
La tragédie de 1994
La guerre civile qui a éclaté en 1990 entre le groupe ethnique des Hutus, alors au pouvoir, et la minorité Tutsi a débouché, à partir de 1994, sur un massacre qui a fait plus d’un million de morts et trois millions de réfugiés. À ce jour, près de 120 000 personnes sont encore détenues dans l’attente de leur procès. En moins de 3 mois, entre avril et juillet 1994, les extrémistes Hutus ont massacré entre 500 000 et 800 000 personnes appartenant en majorité au groupe ethnique des Tutsis. Les survivants ont raconté que leurs communautés étaient attaquées non seulement par des unités de l’armée, mais aussi par des citoyens ordinaires qui suivaient les soldats. Ces tueries se sont poursuivies jusqu’à l’arrivée à Kigali des troupes du Front Patriotique Rwandais (RPF), composé en majorité de Tutsis qui, depuis lors, est au pouvoir. Par la suite, plusieurs milliers de Hutus ont été massacrés par les Tutsis en guise de représailles, y compris durant des incursions dans les camps de réfugiés du Congo (alors Zaïre). À la fin des massacres, près de 10 % de la population avait disparu. L’agriculture et les infrastructures du pays étaient détruites.
Le nouveau gouvernement Tutsi a fait arrêter plusieurs dizaines de milliers de personnes accusées d’être impliquées dans les massacres, ce qui a posé immédiatement le grave problème consistant à leur garantir un procès équitable. En 1996, une loi a été votée pour punir les crimes contre l’humanité. Des tribunaux civils et militaires ont été mis en place pour juger les accusés en fonction de quatre types de délits : les deux premiers concernaient ceux qui ont organisé le génocide ou participé à des massacres ou à des crimes individuels, les deux autres des crimes tels que le pillage et les coups et blessures. Le système de la justice ordinaire n’était pas en mesure de juger un nombre aussi élevé de personnes dans des délais raisonnables. D’autre part, il fallait aussi faire en sorte que la réconciliation nationale soit possible à l’avenir. Et enfin, il fallait tenir compte du fait qu’il y avait probablement un certain nombre d’innocents parmi les accusés. D’où la décision de recourir aux tribunaux traditionnels appelés gacacas (“herbe” en kinyarwanda, la langue locale). Ces tribunaux populaires réglaient en général les controverses locales. Un gacaca a été mis en place dans chaque ville du Rwanda pour juger les personnes accusées de délits appartenant aux trois dernières catégories, tandis que celles accusés d’avoir organisé le génocide devaient être jugées soit par les tribunaux ordinaires, soit par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (UNICTR) établi à Arusha, en Tanzanie. En réalité, ceux qui y comparaissent sont en général des acteurs secondaires qui ont exécutés les ordres de leurs supérieurs, soldats ou civils. La formule des tribunaux gacacas prévoyait la participation de toute la communauté locale, pour que la vérité soit rendue publique. Tous pouvaient prendre part à ce processus cathartique. De nombreux coupables ont demandé et obtenu le pardon de leurs victimes ou des membres de leur famille.
Devant juger plus de 818 000 accusés, le gouvernement a été contraint de déléguer un certain nombre de procès aux gacacas, en leur donnant même la faculté de prononcer des condamnations à perpétuité. Mais les procédures de ces tribunaux ne respectaient pas les critères internationaux garantissant un procès équitable. Ainsi, aucun avocat n’était présent durant leurs audiences, ni pour l’accusation, ni pour la défense, ces rôles étant remplis par les personnes qui assistaient au procès. Ce système pouvait être acceptable pour résoudre les litiges locaux, mais pas pour trancher sur des crimes très graves. La sentence était prononcée par un jury populaire formé de 9 personnes.
D’après les informations parues dans les médias, certains procès tenus devant les gacacas ont été viciés par de fausses accusations, la corruption et la difficulté de faire venir les témoins de la défense. Après la fermeture des gacacas, les nouveaux cas sont jugés par la justice ordinaire.
Le Tribunal pénal international pour le Rwanda, qui siège à Arusha, a commencé à fonctionner en 1996, et pendant la période examinée par ce rapport, il n’a statué que sur la moitié des 90 cas présentés, alors que la plupart des accusés se trouvent en prison. Initialement, son mandat devait durer jusqu’en décembre 2010, une période considérée suffisante pour conclure tous les procès. Mais en décembre 2009, il a dû être prolongé jusqu’en 2010, ce qui a suscité de vives critiques, d’autant plus qu’il ne juge que des accusés appartenant à l’ethnie Hutu.
Après le génocide, des lois très sévères contre les idéologies génocidaires et ceux qui les propagent ont été votées. Mais beaucoup se plaignent qu’en pratique, ces lois limitent excessivement la liberté d’expression et qu’elles suscitent chez les gens la crainte d’être accusés d’instigation au génocide, ce qui peut avoir des conséquences graves du point de vue social, et même dans certains cas les exposer à un vrai lynchage médiatique. Cette loi s’applique en effet non seulement aux actions, mais aussi aux déclarations et aux discours qui peuvent être considérés comme une incitation à la haine. En outre, les termes de la loi sont très vagues, et les incitations sont considérées comme un délit même si elles n’ont pas donné lieu à un acte de génocide. Ainsi, la loi punit d’une peine comprise entre 10 et 25 ans de prison ceux qui “déshumanisent” un groupe déterminé, qui “rient des malheurs d’autrui”, ou qui “instiguent à la malveillance”. Les enfants peuvent encourir des peines allant jusqu’à 12 mois d’internement dans un centre de réhabilitation, et les adolescents âgés de 12 à 18 ans, des peines de prison comprises entre 5 et 12 ans et demi. En outre, ceux qui tentent de rétablir un dialogue entre les deux groupes ethniques sont parfois accusés de “déni de génocide”.
Catholiques
Parmi les centaines de milliers de personnes accusées de génocide ou de crimes liés au génocide, il y a aussi des membres de l’Église catholique, parmi lesquels des prêtres. Tant les gacacas que l’UNICTR ont jugé des prêtres catholiques, quelques-uns pour des délits graves (mais jamais pour implication directe dans les massacres). Beaucoup ont bénéficié d’un non-lieu ou ont été acquittés. Cependant, les autorités, les hommes politiques et certains médias locaux et internationaux en ont profité pour accuser l’Église catholique d’avoir participé au génocide, en présentant la condamnation de certains de ses membres par ces médias comme la preuve d’un prétendu rôle secret de l’Église dans les massacres. Ils parlent d’“un prêtre” ou d’“une religieuse” sans même citer leur nom.
Plus en général, certains ont accusé l’Église catholique de vouloir protéger les prêtres et les religieuses reconnus coupables de génocide et de refuser de reconnaître ses responsabilités, tout en oubliant le lourd tribut de sang payé par l’Église rwandaise, qui a perdu un grand nombre de fidèles et 248 personnes consacrées (4 évêques, 103 prêtres, 65 religieuses et 47 religieux appartenant à diverses congrégations).
De son côté, l’Église critique la façon dont l’État a mené les procès contre les auteurs du génocide : des milliers de personnes ont été arrêtées et détenues, dont certaines pendant plusieurs années, dans l’attente de leur procès, et beaucoup de procès ont été bâclés. Mgr Servilien Nzakamwita, évêque de Byumba, a appelé le pays à la réconciliation, tout en rappelant que la responsabilité des massacres est largement partagée, y compris au niveau international. Il a ajouté que dès la fin des massacres, dès que les nouvelles autorités ont repris le contrôle de la situation, l’Église catholique a mis en oeuvre une action pastorale de réconciliation. Mgr Nzakamwita a également rappelé que quinze ans après les faits, “il y a des détenus qui attendent encore d’être jugés pour pouvoir sortir de cette situation d’incertitude, et que parmi eux il y a certainement des innocents”.
Bien que l’Église catholique soit activement impliquée dans le processus de réconciliation nationale et qu’elle s’efforce de guérir les blessures encore ouvertes, elle fait toujours l’objet de discriminations de la part des autorités. Ainsi, en avril 2009, pendant la semaine de la mémoire du génocide, le gouvernement a limité la célébration de certaines activités religieuses comme les baptêmes.
Évangéliques
Ces dernières années, des dizaines de membres des groupes chrétiens évangéliques ont été arrêtés pour avoir refusé de se faire enregistrer à l’état civil, pour des motifs religieux. Mais en 2009, la plupart d’entre eux ont accepté de se faire enregistrer.
Témoins de Jéhovah
Les Témoins de Jéhovah font l’objet de discriminations constantes parce qu’ils refusent de faire leur service militaire et de rendre hommage aux symboles de la souveraineté nationale.
Pour des raisons liées à leurs croyances, les Témoins de Jéhovah refusent de faire leur service militaire et de participer aux rondes nocturnes de citoyens. Plusieurs jugements prononcés ces dernières années ont établi que les Témoins de Jéhovah ne sont pas tenus de participer à ces rondes. Pourtant, en 2009, au moins 17 Témoins de Jéhovah ont été détenus pendant des périodes comprises entre un jour et une semaine pour avoir refusé d’y participer.
En 2008, les écoles publiques avaient renvoyé plus de 110 enfants des Témoins de Jéhovah qui avaient refusé de chanter l’hymne national. À partir de janvier 2009, les écoles ont commencé à réadmettre ces enfants, et à la fin de l’année presque tous étaient retournés à l’école.
