APPARTENANCE RELIGIEUSE
Musulmans : 71,4 %
Chrétiens : 16,4 %
Animistes : 11,1 %
Autres : 1,1 %
Catholiques : 5 879 000
SUPERFICIE
2 505 813 km2
POPULATION
43 192 000 habitants
RÉFUGIÉS
186 292
DÉPLACÉS
4 900 000
Actualité
Portrait de Mgr Adwok, évêque auxiliaire de Khartoum, cliquez ici
Aspects juridiques et institutionnels
La Constitution nationale provisoire du Soudan, entrée en vigueur en juillet 2005, garantit la liberté de religion aux termes du Protocole sur les relations entre l’État et les communautés religieuses de l’Accord de paix global signé en janvier 2005. Cet Accord a mis fin à 22 années de guerre civile entre l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA) et le gouvernement islamique au pouvoir à Khartoum et ses alliés locaux. En juin 2005, les partis d’opposition du nord, regroupés dans l’Alliance démocratique nationale (NDA), ont adhéré à cet accord.
La Constitution provisoire reconnaît la loi islamique comme source de la législation dans les 16 provinces du nord du pays. Ce qui a permis au Gouvernement d’unité nationale, mis en place en juillet 2005, de voter et de faire appliquer dans le nord du pays des lois qui favorisent l’islam et l’islamisation de la vie publique et ne respectent pas le pluralisme religieux de ces provinces.
Dans le nord du pays, la loi islamique s’applique à tous les habitants, musulmans et non-musulmans. Elle prévoit la peine de mort pour ceux qui abandonnent l’islam et des châtiments corporels allant du fouet à l’amputation et à la mise à mort, selon la gravité des délits, ainsi que l’interdiction de consommer des boissons alcooliques et celle pour les femmes musulmanes d’épouser un non-musulman.
Depuis l’indépendance du Soudan en 1956, la peine de mort pour apostasie n’a été appliquée qu’une seule fois, en 1985, contre Mahmoud Mohammed Taha, un musulman réformiste dont les idées étaient considérées comme hérétiques. En général, les musulmans qui se convertissent à une autre religion, ou qui sont soupçonnés de l’avoir fait, sont punis d’une peine de prison ou d’une amende, mais il arrive aussi qu’ils subissent des menaces, des intimidations, l’ostracisme social, une surveillance et un contrôle de la police, ou qu’ils soient contraints de quitter le pays. Les personnes accusées de prosélytisme religieux auprès des musulmans risquent de subir le même sort. En revanche, la conversion à l’islam des membres de n’importe quelle autre religion est légale et autorisée.
En avril 2009, à Khartoum, 9 hommes originaires du Darfour ont été exécutés après avoir été reconnus coupables du meurtre de Mohammed Taha, directeur du quotidien Al-Wifaq, qui avait publié un article controversé sur l’ascendance du prophète Mahomet, critiqué les interventions des groupes armés dans la région du Darfour et mis en doute les viols et violences sexuelles exercés contre les femmes de cette région.
Dans les provinces du nord, la loi sur l’apostasie gène l’apostolat des missionnaires chrétiens présents dans le pays depuis plusieurs décennies, qui exercent des activités pastorales auprès des chrétiens ou se dédient à l’enseignement et à l’aide aux réfugiés. Les missionnaires chrétiens ont beaucoup de difficultés à obtenir un permis de séjour et doivent souvent attendre longtemps. Ils ne leur sont accordés qu’à condition qu’ils se limitent à exercer des activités sociales.
Dans le sud du pays, la Constitution provisoire du Sud-Soudan, entrée en vigueur en décembre 2005, garantit la pleine liberté de religion. Les lois et les politiques du gouvernement du Sud-Soudan sont d’inspiration laïque.
Les partis politiques qui promeuvent la discrimination pour motifs religieux sont interdits, tant par la Constitution du nord que par celle du sud. Cependant, au nord comme au sud, il n’existe aucune possibilité juridique de dénoncer les violations du droit à la liberté de religion proclamé par la Constitution.
Dans le nord du Soudan, le blasphème et la diffamation de l’islam sont passibles de peines de prison ; dans le sud, l’apostasie, le blasphème et la diffamation de la religion ne font pas l’objet de sanctions, et le prosélytisme est autorisé, tant de la part des chrétiens que des musulmans.
Dans le nord, la loi islamique s’applique à tous les habitants, musulmans et non-musulmans, mais les peines varient en fonction de la religion des contrevenants. Ainsi, la consommation d’alcool est punie de 40 coups de fouets pour les musulmans, et 20 pour les chrétiens.
En 2009 et dans les premiers mois de 2010, nombre de femmes qui ne respectaient pas la tenue vestimentaire imposée par la charia ont encore été arrêtées et fouettées. Le chef de la police de Khartoum a déclaré que 40 000 infractions ont été constatées en 2008 dans la capitale. Le cas qui a fait le plus de bruit a été celui de Lubna al-Hussein, une journaliste soudanaise employée des Nations Unies, arrêtée le 3 juillet 2009 en compagnie de 12 autres femmes, parce qu’elles portaient des pantalons. Dix d’entre elles ont été relâchées immédiatement après avoir reçu le fouet, tandis que Lubna et deux autres femmes ont décidé de comparaître devant les tribunaux, en risquant 40 coups de fouets et une amende. Le 7 septembre, la journaliste a été condamnée à verser une amende de 500 livres soudanaises (environ 180 €).
Le 27 novembre 2009, une jeune chrétienne de 16 ans, originaire du Sud-Soudan mais demeurant dans la banlieue de Khartoum, a été condamnée à 50 coups de fouet pour tenue indécente. Elle avait été arrêtée sur un marché alors qu’elle portait une jupe qui lui arrivait sous les genoux.
En 2007, afin de défendre leurs droits, une “Commission pour les droits des non-musulmans dans la capitale” a été instituée aux termes de l’Accord de paix global, réunissant des membres du “Gouvernement d’unité nationale” (GNU) et des chefs religieux chrétiens et musulmans. En 2007, la Commission a obtenu la remise en liberté de plusieurs centaines de femmes chrétiennes arrêtées pour avoir confectionné des boissons alcoolisées, ainsi que la restitution d’une partie du cimetière chrétien de Khartoum que les autorités avaient exproprié. La Commission s’est également penchée sur les difficultés que rencontrent les chrétiens pour obtenir l’autorisation de construire leurs lieux de culte, sur les mauvais traitements que subissent les non-musulmans de la part des forces de l’ordre, sur les programmes d’histoire pro-islamiques et tendancieux, et sur la faible présence d’enseignants chrétiens dans les écoles publiques.
Dans le nord du Soudan, le Gouvernement d’unité nationale fait respecter toutes les fêtes musulmanes, ainsi que la Pâque et la Noël coptes. Dans le sud, le Gouvernement du Sud- Soudan observe les principales fêtes chrétiennes et aucune fête musulmane.
Au nord comme au sud, la loi fait obligation aux groupes religieux de demander leur enregistrement en tant qu’organisations non gouvernementales (ONG), en leur accordant dans ce cas des exonérations d’impôts et de taxes d’importation. Néanmoins cette disposition n’est guère appliquée, et les groupes religieux opèrent généralement sans avoir le statut d’ONG.
Pour pouvoir construire des lieux de culte sur le territoire qui dépend du gouvernement de Khartoum, les groupes religieux doivent demander une autorisation au ministère de l’Action sociale, au ministère du Logement et de la Planification et à l’administration municipale locale. Entre 1975 et 2005, aucun permis n’a été délivré pour la construction d’une église chrétienne dans les provinces du nord du Soudan. Beaucoup d’églises ont donc été construites sans autorisation. Dans certains cas, les autorités les ont fait démolir, surtout celles des camps qui accueillent les déplacés du sud. Depuis 2005, trois demandes ont été acceptées, et les travaux de construction sont en cours. Les lieux de culte musulmans bénéficient de financements publics, et les permis sont plus faciles à obtenir, mais malgré cela, beaucoup de mosquées ont été construites sans autorisation pour éviter les lenteurs bureaucratiques.
Au sud, le gouvernement du Sud-Soudan encourage la tolérance religieuse. En général, les cérémonies officielles commencent par des prières récitées alternativement par des chrétiens et des musulmans.
Bien que les gouvernements du nord et du sud interdisent toute discrimination religieuse dans le recrutement des fonctionnaires, dans les faits les postes à pouvoir sont accordés en priorité aux membres ou aux sympathisants du National Congress Party, le parti islamique actuellement au pouvoir à Khartoum. Dans le nord, les musulmans jouissent également d’un traitement de faveur dans l’accès aux possibilités limitées de l’État providence, ainsi que dans les procès opposant des musulmans à des non-musulmans.
Le système éducatif au nord du Soudan fait obligation à toutes les écoles privées d’organiser des cours d’éducation islamique en arabe, depuis l’école maternelle jusqu’à l’université. Même les écoles chrétiennes doivent respecter cette disposition et engager le personnel nécessaire. En revanche, les écoles publiques n’ont pas l’obligation de donner une instruction religieuse aux élèves non-musulmans dans leur religion. Dans certaines écoles publiques, les non-musulmans ne sont pas tenus de suivre les cours d’éducation islamique, mais dans d’autres ils le sont.
Au nord, le jour de repos hebdomadaire est le vendredi ; au sud, c’est le dimanche. Les employés chrétiens qui vivent au nord, et employés musulmans qui vivent au sud, ont théoriquement droit à une pause de deux heures pour participer aux fonctions religieuses pendant leur jour de repos, s’il n’est pas reconnu localement, mais les employeurs ne respectent pratiquement jamais cette disposition, et les salariés n’ont aucun moyen légal pour faire valoir leur droit. Dans le calendrier scolaire du nord, le jour de congé est le vendredi, dans celui du sud, c’est de dimanche. Les élèves chrétiens du nord et les élèves musulmans du sud n’ont pas la possibilité de s’absenter des cours leurs jours de fête respectifs, s’ils ne sont pas reconnus localement.
Conversions forcées
En 2009, un certain nombre de conversions forcées à l’islam ont été signalées dans les camps de déplacés internes, dans les prisons, parmi les recrues des forces armées, et dans les centres pour enfants des rues. Le gouvernement permet que l’aide humanitaire soit utilisée pour induire les gens à se convertir à l’islam. Les orphelins dont la filiation est inconnue sont considérés automatiquement comme des musulmans et ne peuvent pas être adoptés par une famille non musulmane.
En mai 2009, 232 esclaves ont été libérés, en majorité des femmes et des enfants de l’ethnie Dinka. Ils avaient été enlevés et réduits à l’esclavage par des Arabes du Darfour et du Kordofan ; la plupart d’entre eux avaient été forcés à se convertir à l’islam. D’après James Aguir, membre du Comité du gouvernement soudanais pour l’éradication de l’esclavage des femmes et des enfants (CEAWC), on estime que 35 000 Dinka ont été réduits en esclavage et livrés à des maîtres qui considèrent que leur esclavage est justifié du fait qu’ils ne sont pas musulmans.
Atteintes à la liberté de religion
Le 1er février 2009, la Commission des affaires humanitaires du Gouvernement du Nord du Soudan a expulsé une ONG américaine dénommée “Thirst No more”, accusée de faire du prosélytisme chrétien auprès des musulmans.
Le 7 mars 2009, l’église épiscopalienne de Shatt Mazarik a été incendiée. Le 21 mars, une attaque similaire a été perpétrée contre l’église catholique de Shatt Dammam. D’après les chrétiens du lieu, la police de la ville voisine de Kadugli n’a mené aucune enquête pour découvrir les auteurs des actes criminels.
Le 27 mars 2009, les autorités de Chat, dans les montagnes de Nuba, ont encouragé la foule à prendre d’assaut deux lieux de culte chrétiens, qui ont été détruits. L’un appartenait à l’Église presbytérienne évangélique, l’autre à l’Église du Christ du Soudan. Ces attaques ont été menées en représailles de la mise en accusation du président soudanais al-Bashir par la Cour pénale internationale de La Haye.
En août 2009, des hommes armés appartenant à l’Armée de résistance du Seigneur, une secte ésotérique basée en Ouganda et financée depuis de nombreuses années par le gouvernement islamique du Soudan, a attaqué l’église Notre-Dame Reine de la Paix d’Ezo, en République Centrafricaine, alors que la liturgie de l’Assomption était en cours. Ils ont profané l’Eucharistie, détruit les habits liturgiques, endommagé l’édifice et enlevé 17 jeunes qui participaient à la messe. L’un d’entre eux a été tué, et 13 autres n’ont pas été relâchés.
Une semaine plus tard, l’Armée de résistance du Seigneur a fait prisonniers 18 personnes dans deux attaques distinctes près du village de Nzara. Six prisonniers ont été tués et crucifiés horizontalement, pour souligner la nature religieuse de cette attaque.
En décembre 2009, l’Agence Compass Direct News a fait savoir que Howida Ali, une Soudanaise qui s’était réfugiée en Égypte avec son fils de 10 ans après s’être convertie au christianisme, risquait d’être enlevée par un de ses frères et par son ex-mari et d’être ramenée au Soudan pour y être reconvertie à l’islam.
En avril 2009, Christian World News a signalé le cas de deux Soudanaises persécutées parce qu’elles s’étaient converties au christianisme. Halima Bubkier, de Sinar, près de Khartoum, a été contrainte de quitter sa famille et de se réfugier dans un lieu secret après avoir été enfermée pendant trois jours et menacée par son mari et par l’un de ses frères. Senah Abdulfatah Altyab, de Sahafa, près de Khartoum, étudiante de la Faculté de technologie de l’université du Soudan, a été enfermée chez elle avec interdiction de poursuivre ses études universitaires après que sa famille a découvert qu’elle s’était convertie.
