Tadjikistan

TadjikistanAPPARTENANCE RELIGIEUSE
Musulmans : 86,4 %
Agnostiques : 11,9 %
Chrétiens : 1,4 %
Autres : 0,3 %

Catholiques : 300

SUPERFICIE
143 100 km2

POPULATION
7 075 000habitants

RÉFUGIÉS
2 679

DÉPLACÉS
-

La situation de la liberté religieuse au Tadjikistan, qui est moins critique que celle des pays de la même région, a cependant subi une détérioration au cours de l’année dernière, notamment à cause de l’approbation d’une nouvelle loi en matière de liberté de conscience.

Cette année, le Tadjikistan a été le premier des États de la région à introduire à l’école un cours de religion, nouveau et obligatoire, sur la “Connaissance de l’Islam”. Le cours portera sur des sujets tels que l’histoire de l’islam, la vie du prophète Mahomet, les enseignements de l’imam Abu Hanafi. Le Président tadjik Emomali Rahmon avait sollicité en diverses occasions l’insertion d’un cours d’histoire islamique dans le curriculum scolaire, aussi bien pour augmenter la connaissance de l’Islam au sein de la population, que comme moyen de faire obstacle au rapprochement entre les jeunes et les groupes extrémistes.

Nouvelle loi sur “la liberté de conscience et sur les organisations religieuses”

En mars 2009, une nouvelle loi “sur la liberté de conscience et sur les organisations religieuses” a été promulguée.

Le ministre de la Culture Mirzoshohruh Asrori, en expliquant les motivations ayant inspiré la nouvelle loi, a mis en évidence que celle-ci était une réponse nécessaire au “récent radicalisme religieux, au nihilisme et aux autres idées religieuses étrangères à notre population”.
La loi, dont le processus législatif a commencé à l’initiative du Président Emomali Rahmon en 2006, augmente le rôle du gouvernement dans la supervision des organisations religieuses ; des dispositions et des restrictions particulières sont prévues pour les musulmans.
Dans son préambule, la loi mentionne “le rôle spécial de l’école de l’Islam Hanafi” dans la culture tadjike.
Parmi les aspects de la loi ayant suscité le plus de critiques et de préoccupations, il y a, avant tout, l’obligation d’enregistrement (et de réenregistrement, pour les groupes déjà existants), dans des conditions plus strictes : les groupes qui choisissent de ne pas se faire enregistrer ou qui ne réussiraient pas à obtenir la reconnaissance officielle seront considérés comme illégaux.
Les groupes religieux pourront se faire enregistrer auprès du Département pour les affaires religieuses du Ministère de la Culture, en tant qu’“organisation religieuse” ou “communauté religieuse”.
Pour atteindre le niveau le plus élevé d’enregistrement, c’est-à-dire celui d’“organisation religieuse”, il faut 10 membres fondateurs, en possession d’un certificat délivré par les autorités locales qui atteste de leur foi et du fait qu’ils vivent dans la zone en question depuis plus de cinq ans. Selon l’art. 13, les demandeurs devront aussi fournir une description de leur credo et de leurs pratiques religieuses ; ils devront en outre fournir une description de leur orientation en matière éducative, familiale, matrimoniale et en ce qui concerne la santé de leurs membres.
Les organisations religieuses qui pourront se faire enregistrer avec de tels statuts sont les centres religieux nationaux (dont dépendent au moins trois organisations religieuses enregistrées), les mosquées-cathédrales centrales, les institutions pour l’éducation religieuse, les Églises, synagogues et autres structures qui ne sont pas considérées comme contraires à la loi.
D’autres associations religieuses – parmi lesquelles les mosquées-cathédrales et celles dans lesquelles on récite la prière cinq fois par jour – peuvent se faire enregistrer comme “communautés religieuses”, définies à l’art. 3 comme des associations volontaires et indépendantes de citoyens, constituées dans le but de déployer des activités religieuses et de satisfaire les besoins spirituels. Elles pourront posséder des édifices et autres propriétés nécessaires à l’activité religieuse. Les communautés religieuses devront être enregistrées auprès des bureaux pour les affaires religieuses, aussi bien au niveau local que national, mais n’auront aucun statut légal.
Par ailleurs, seuls les citoyens tadjiks, à l’exception des fonctionnaires d’État, pourront diriger des groupes religieux.
Les groupes religieux qui existaient avant l’entrée en vigueur de la loi auraient dû être enregistrés avant le 1er janvier 2010 : toutefois à la mi-décembre 2009, seule une moitié d’entre eux avait réussi à se faire enregistrer. Les chrétiens ont souvent déploré la lenteur avec laquelle les fonctionnaires locaux leur délivraient les documents attestant de leur présence quinquennale sur le territoire.
Un autre aspect de la nouvelle loi ayant suscité de la perplexité concerne les restrictions appliquées à la production, l’importation, l’exportation, la distribution et la vente de la littérature religieuse, qui devra désormais être approuvée à l’avance par le gouvernement, lequel déterminera même quelle en est la quantité appropriée. Déjà dans le passé, les communautés religieuses avaient souvent rencontré de considérables difficultés pour obtenir du matériel religieux.
L’éducation religieuse des enfants ne sera permise qu’après autorisation écrite des deux parents.
La loi dispose en outre que les contacts avec les confrères de l’étranger nécessiteront une autorisation préalable de la part de l’État : les organisations religieuses doivent avoir le consentement de la Commission pour les affaires religieuses du Ministère de la Culture pour inviter des étrangers ou pour participer à des conférences à l’étranger.
La loi impose également des restrictions à la célébration des rites, qui ne pourront se dérouler qu’en des lieux approuvés par l’État.
Le rapport ambigu que la loi entend réaliser entre l’État et les Communautés religieuses est également critiqué. D’une part, elle prévoit une séparation nette entre les activités religieuses et celles de l’État : par exemple, à l’art. 5 elle interdit aux associations religieuses d’interférer dans les affaires d’institutions locales ou gouvernementales et de prendre part aux activités de partis ou de mouvements politiques. L’art. 9 défend aux fonctionnaires d’État et aux membres de partis d’être les fondateurs d’associations religieuses. Toutefois, en contradiction avec cette séparation, l’article 11 dispose par exemple que les imams soient choisis avec l’approbation des organes gouvernementaux s’occupant des affaires religieuses. La loi donne par ailleurs au gouvernement un vaste pouvoir de régulation de l’éducation religieuse, dans la mesure où toute institution ou organisation qui voudra fournir une instruction religieuse devra être autorisée par les autorités officielles, lesquelles se réservent le droit, sur la base de l’art. 17, de procéder à des enquêtes d’experts portant sur les enseignements religieux de l’association et sur la véracité des informations fournies, ainsi que sur la littérature et sur le matériel religieux.
Des restrictions particulières sont établies à l’art. 11 pour les communautés musulmanes, lesquelles représentent plus de 90 pour cents de la population : en plus de l’approbation officielle, déjà citée, pour la nomination des imams, le nombre des mosquées des différents types est limité en fonction du nombre des résidents locaux. Les mosquées, dont le lieu d’édification doit être autorisé par l’État, sont subdivisées en trois catégories : le niveau le plus élevé va aux mosquées cathédrales centrales (pas plus d’une par district), le niveau intermédiaire est pour les mosquées cathédrales (dans des zones où la population se situe entre 10.000 et 20.000 personnes, avec des limites plus élevées pour Duchanbé), et le niveau inférieur (dans des zones où la population va de 100 à 1.000 personnes, le taux étant un peu plus élevé pour Duchanbé) est réservé aux mosquées des “cinq fois” – c’est-à-dire celles où les musulmans se retrouvent cinq fois par jour pour prier, et où la prédication est interdite. Les mosquées qui excéderont les taux établis seront fermées.
L’étude du Coran, actuellement possible dans toutes les mosquées, ne pourra avoir lieu que dans les mosquées centrales possédant une licence appropriée délivrée par le Ministère de la Culture.
L’art. 21 établit que l’État sera responsable de l’organisation des pèlerinages à la Mecque.
La loi a été critiquée à plusieurs niveaux, aussi bien en raison de l’imprécision de certains de ses passages, que pour les limites qu’elle impose à la liberté de la pratique religieuse.
“Chaque article de la loi viole les droits religieux des citoyens”, a commenté Khikmatullo Saifullozoda, leader du “Parti du Renouveau Islamique”, principal parti d’une opposition qui est dépourvue d’un réel poids politique dans le Pays. “Au lieu d’une loi « sur la liberté de conscience » – a-t-il ajouté – il aurait fallu l’appeler « loi sur ses restrictions ».
La commission américaine sur la liberté religieuse a décrit la nouvelle loi comme étant “hâtive” et “rigide”.
Toutes les communautés religieuses, y compris l’Église catholique, avaient exprimé leurs réserves dès la phase de préparation de la nouvelle loi, mais leurs requêtes n’ont pas été prises en considération.

Église catholique

On ne signale pas de grandes difficultés dans l’activité de la petite communauté catholique. Les rapports avec la majorité musulmane sont corrects, et pour le moment la cohabitation reste paisible, avec des échanges réciproques d’invitations pour les fêtes et une collaboration loyale à l’intérieur du Comité qui réunit les représentants des différentes communautés et qui a pour but de favoriser leur cohabitation pacifique.

Communautés chrétiennes protestantes

Beaucoup de groupes religieux continuent à rencontrer des difficultés pour l’obtention – ou la conservation – de lieux de culte. Dans certains cas, les édifices religieux ont été confisqués par les autorités officielles qui n’ont offert aucune indemnité aux communautés religieuses.
C’est par exemple ce qui est arrivé à la communauté protestante Nani Hayat de Dushanbé, dont l’église a été rasée en août 2008, et qui n’a reçu aucune compensation plus d’un an après cet épisode. La démolition faisait partie d’un plan en vue de la construction d’un nouveau palais présidentiel, avec parc attenant. C’est pour la même raison que la synagogue de la communauté juive, qui était sur pied depuis 1900 et avait survécu à la période soviétique, avait été elle aussi abattue en juin 2008 : même si la communauté n’a reçu aucune compensation de l’État pour cause d’expropriation, elle pourra bientôt disposer d’une nouvelle synagogue, grâce à un don de Hasan Assadullozoda, propriétaire de l’Orient-Bank et beau-frère du président tadjik Imomali Rakhmon.
En juin 2009, le tribunal a ordonné à “l’Église de la Grâce” de Sunmin d’abandonner avant le 1er juillet sa maison de prière située dans la capitale. Le bâtiment, qui était une construction inachevée au moment de son acquisition en 1997, avait ensuite été complètement rénové par la communauté religieuse, avec des travaux ayant duré plus de neuf ans, et pour ALBANIA TADJIKISTAN une dépense totale estimée à un demi million de dollars ; la somme offerte par l’État en compensation de l’expropriation tourne autour de 4.700 dollars.
D’autres problèmes pour les groupes chrétiens sont nés de l’absence d’enregistrement.
Par exemple, le 26 octobre 2009, un tribunal de Dushanbé a interdit une congrégation baptiste appartenant au Conseil des Églises baptistes qui refuse, pour des raisons de principe, de se faire enregistrer dans les pays de l’ex-Union soviétique.
La décision du tribunal a fait suite à un raid effectué le 9 octobre 2009 par les forces de l’ordre et les autorités civiles dans l’appartement dans lequel les baptistes étaient en train de procéder à une célébration du soir. Outre la violation de la loi sur la religion, les baptistes ont également été accusés d’avoir violé l’art. 11 alinéa 2 du Code de l’urbanisme, lequel interdit que des habitations soient utilisées “au détriment des intérêts de l’État et de la société”.

Témoins de Jéhovah

La situation des témoins de Jéhovah, interdits en 2007, n’est pas simple non plus. À Khujand dans la région de Sughd, 17 témoins de Jéhovah ont fait l’objet d’enquêtes en septembre 2009 avec l’accusation d’incitation à la haine interreligieuse, délit pouvant impliquer une condamnation allant jusqu’à neuf ans de prison, après avoir été trouvés, en juin 2009, réunis dans l’appartement de l’un d’entre eux pour étudier la Bible. L’enquête, qui semblait avoir été suspendue, a été rouverte en mai 2010, comme indiqué dans une lettre envoyée à tous les accusés par le département régional de la police secrète du NSC.

Islam

Le Tadjikistan a dans son histoire des groupes islamiques modérés, ce qui est unique dans la région. Le Tadjikistan est également le seul pays à avoir un parti politique islamique officiellement enregistré. Toutefois, étant donné sa position géographique, la préoccupation principale du gouvernement est de freiner les tendances fondamentalistes et extrémistes.
En janvier 2009, la Cour suprême du Tadjikistan a interdit le courant salafiste de l’Islam, en interdisant également que soient introduites dans le pays des publications y faisant référence. Makhmadali Ioussoupov, porte-parole de la Cour suprême, a expliqué que la décision avait été inspirée “par la défense de la sécurité du Tadjikistan et des droits de ses citoyens, et par la prévention des conflits nationaux, raciaux et religieux dans le pays”. Le salafisme, qui compte environ 10.000 adeptes au Tadjikistan, prône une lecture rigide de la doctrine, avec un attachement littéral à la tradition du passé, en rejetant tout ce qui a été ajouté à la pratique religieuse au cours des années ultérieures.
Entre mars et mai 2010, 90 autres personnes ont été condamnées au motif de leur appartenance au mouvement islamique sunnite Jamaat-ut Tabligh, dont les activités ont été interdites en 2006, même si beaucoup d’entre elles soutiennent qu’on ne leur avait pas notifié une telle interdiction. Les chefs d’accusation font référence à des violations de l’art. 307 du Code pénal qui punit les activités pour le compte d’organisations religieuses extrémistes interdites. Le 18 mai 2010, un tribunal régional de Khatlon a condamné 32 personnes à des peines d’emprisonnement de 3 à 6 ans, et 4 autres au paiement d’amendes de 4.330 euros. En mars, 56 autres personnes avaient été condamnées par la Cour suprême : 23 d’entre elles devront purger une peine de 3 à 6 ans de prison, les 33 autres devront payer des amendes comprises entre 4.330 et 8.660 euros.
Depuis le 1er octobre 2009, le Ministère de l’éducation a interdit le port de la barbe aux professeurs d’universités, interdisant également aux étudiants l’usage des jeans, t-shirts et minijupes, symboles occidentaux. La loi concède aux personnes de plus de 50 ans le droit de porter “une barbe soignée, ne faisant pas plus de 3 centimètres”. La barbe, considérée comme un symbole clair d’appartenance à l’islam, est regardée avec suspicion par le gouvernement qui l’interprète plus comme le signe distinctif des intégristes que comme celui de simples fidèles. Abdulkhamid Nozimov, porte-parole du Ministère de l’éducation de Dushanbé, affirme que “toutes ces nouveautés sont introduites comme les parties d’une plus vaste réforme de l’éducation supérieure, et sont en ligne avec la mentalité et les coutumes de notre peuple”.
En juin 2009, quatre étudiantes de l’université d’État du Tadjikistan, à Dushanbe, ont été expulsées parce qu’elles avaient refusé de se rendre à des cours sans le hijab, le foulard traditionnel des femmes, autre symbole d’une forte dévotion islamique.

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