Tunisie :

La révolution déclenchée en décembre 2010, qui a mis fin au régime du président Ben Ali (janvier 2011), place les chrétiens de Tunisie dans l’incertitude quant à leur avenir, d’autant plus que les élections législatives du 23 octobre de cette même année ont donné la majorité aux partis islamistes. Dans ce pays, indépendant depuis 1956, l’islam n’a jamais cessé d’être religion d’Etat, mais le régime de Ben Ali, à la suite de celui de Bourguiba, avait modernisé le droit en l’écartant d’un certain nombre de dispositions prescrites par la charia (loi islamique) et il était possible à ceux qui le voulaient de vivre d’une manière laïque sans renoncer à leur identité musulmane. Quant à l’annonce de l’Evangile et au changement de religion, ils étaient officiellement interdits sans cependant être condamnés par la loi. En outre, l’importation de livres chrétiens, notamment en arabe, se heurtait à de nombreuses difficultés. Dans un tel contexte, les Tunisiens devenus chrétiens rencontraient de grandes difficultés dans leurs familles et souvent perdaient leur emploi.

Seule l’Eglise catholique a un statut officiel, alors que d’autres minorités, comme les chrétiens évangéliques, ne sont pas reconnues par l’Etat. La majorité des 25 000 à 30 000 chrétiens résidant en Tunisie sont des étrangers, mais il y a parmi eux un petit nombre de convertis. La victoire des islamistes d’Ennahda (Renaissance) et l’apparition de salafistes (islamistes radicaux) sera suivie de la rédaction d’une nouvelle Constitution qui risque de donner à la charia la première place, donc de remettre en cause les acquis, dont bénéficiaient les Tunisiens musulmans, et d’entraîner des conséquences préjudiciables pour les non pratiquants et pour les nouveaux chrétiens.

Certains convertis au christianisme ont fait part de leurs inquiétudes. « Sous la présidence de Ben Ali, la situation n’était pas bonne, mais nous avions un certain degré de liberté pour pratiquer notre foi. Il nous faut prier pour avoir plus de liberté à l’avenir et pour pouvoir partager notre foi avec les musulmans sans que cela ait de graves conséquences »[1].

Deux événements survenus durant la période révolutionnaire sont de nature à conforter ces inquiétudes.

Le 18 février 2011, un prêtre salésien polonais, le Père Marek Rybinski, a été assassiné à son domicile de Tunis. Le meurtrier avait emprunté 2000 dinars tunisiens au prêtre pour acheter du matériel professionnel, mais il avait utilisé cette somme pour autre chose. L’assassinat aurait été motivé par le refus de rendre la dette qu’il avait contractée auprès du P. Rybinski, mais en l’égorgeant il a donné une forme religieuse islamique à son assassinat. Une procédure est en cours pour faire toute la lumière sur ce tragique événement.

En septembre 2011, un groupe d’une vingtaine de militants salafistes ont envahi la basilique romaine du Kef (nord-ouest) dans le but d’y accueillir la prière musulmane du vendredi. Bâtie au VIème siècle, cette basilique avait été transformée en mosquée au XVIIème siècle avant de récupérer sa vocation première puis de devenir un lieu touristique et culturel[2].


[1] Zenit, 31/01/2011

[2] El Watan, 17/09/2011

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