Vietnam :

Aspects juridiques et institutionnels

Les lois et la Constitution garantissent théoriquement la liberté religieuse. Cependant le gouvernement, dirigé exclusivement par le Parti communiste, interfère et réprime les activités qui échappent au contrôle de l’État. Tout comme en Chine, les autorités ne tolèrent et respectent que les groupes religieux enregistrés qui se soumettent aux restrictions imposées par le pouvoir exécutif. La loi de 2004 sur les religions accorde aux citoyens le droit de pratiquer librement leur foi, mais punit tout acte affectant l’harmonie, les traditions et la culture du pays.

En 2011, le gouvernement a lancé une proposition de révision du décret gouvernemental 22/2005 régissant les activités des organisations religieuses. Le 20 mai 2011, Mgr Jean-Baptiste Pham Minh Man, archevêque de Hô-Chi-Minh-ville, a rendu publique une lettre au Premier Ministre, dans laquelle il exprimait des doutes quant au projet de révision censé rétablir le système d’enregistrement obligatoire, annulant de facto les améliorations qu’il contenait.[1]

Cependant, malgré ces restrictions, des signes positifs ont été enregistrés au cours de la période examinée. Le gouvernement a autorisé la construction de centaines de nouveaux lieux de culte, l’expansion des activités de bienfaisance, et permis des célébrations religieuses rassemblant plus de 100.000 participants[2]. En 2011, le Saint-Siège et le Vietnam ont rétabli leurs contacts diplomatiques après plus de 30 ans. Le 10 janvier 2011, le Pape Benoît XVI a nommé Mgr Leopoldo Girelli Nonce Apostolique à Singapour, délégué apostolique en Malaisie et à Brunei, et représentant pontifical non-résident pour le Viêtnam. Au cours de l’année, il a visité tous les diocèses catholiques du pays. La nomination a coïncidé avec le jubilé de l’Église catholique vietnamienne, marqué par la cérémonie de clôture du 6 janvier 2011 au Sanctuaire marial national de La Vang, qui a attiré plus de 500.000 fidèles[3].

Minorités religieuses dans le pays

Le catholicisme est vivant et en pleine expansion. De nouveaux lieux de culte ont été construits ces dernières années et le nombre de personnes entrant dans les séminaires ou les couvents a également augmenté. Les statistiques officielles du Saint-Siège révèlent que ces 5 dernières années, plus de 1500 jeunes ont intégré un séminaire ou un centre de formation pour la vie consacrée, soit une augmentation de 50 %. Le pays compte un cardinal, deux archevêques, vingt-trois évêques diocésains, deux évêques coadjuteurs, quatre évêques auxiliaires, douze évêques émérites et environ 4000 prêtres répartis sur un total de 26 diocèses. Il y a plus de 10.000 lieux de culte, dont sept séminaires et quelques centres de formation pour le clergé.

Les deux plus grandes communautés protestantes reconnues par le gouvernement sont « l’Église évangélique du Vietnam du sud » et « l’Église évangélique du Vietnam du nord ». Le gouvernement tolère également la Vietnam Baptist Convention,  la United World Mission Church, la Vietnam Presbyterian Church, la Vietnam Baptist Society, l’Église adventiste du septième jour, et la Vietnam Christian Fellowship. L’Assemblée de Dieu est également présente dans le pays, mais n’est enregistrée qu’au niveau local et non pas national.

Le gouvernement reconnaît également les Témoins de Jéhovah. Ils sont environ 3.000 et ont 55 congrégations actives dans 18 provinces. À Hô-Chi-Minh-ville, il y a aussi une synagogue qui dessert une communauté juive de 150 personnes, presque exclusivement de nationalités étrangères.

 

Cas de violences et restrictions à la liberté religieuse

En raison de leur très grande diffusion et de l’importance de leur engagement dans des œuvres sociales et culturelles au sein de la société, les catholiques et les protestants représentent les groupes religieux les plus persécutés par le gouvernement communiste. Les cas de violation de la liberté religieuse comprennent des interruptions de messes, emprisonnements de prêtres, destructions d’édifices religieux, confiscations de terrains, agressions de fidèles et sessions forcées d’étude pour les séminaristes et les prêtres.

L’année 2010, qui avait commencé par la destruction du crucifix du cimetière de la paroisse de Dong Chiem (à 70 km au sud de Hanoi), s’est achevée par une série d’attaques contre les chrétiens qui célébraient Noël.

Le 19 décembre à Hanoï, environ deux mille protestants avaient prévu une célébration au Centre National de Convention du district de Tu Liem, qu’ils avaient loué pour l’occasion. Mais au dernier moment, les responsables de la structure publique leur ont opposé un refus. Les chrétiens ont commencé à prier et chanter devant le bâtiment. Pour disperser la foule, la police a commencé à frapper les gens à l’aide de matraques électriques. Six personnes, dont le Révérend Nguyen Huu Bao, censé conduire la réunion, ont été arrêtées[4].

Des événements similaires ont eu lieu à Thanh Hoa, Nghe An et Da Nang.

Les catholiques ont subi la même hostilité. À Hô-Chi-Minh-ville, les autorités ont fait plusieurs fois irruption dans l’église Notre-Dame du Perpétuel Secours, paroisse tenue par les rédemptoristes. Dans le village de Son Lang, du comté de K’Bang (diocèse de Kontum, Centre du Vietnam), la police a empêché l’évêque, Mgr Michael Duc Hoang Oanh, de célébrer la messe de Noël avec les montagnards, malgré l’approbation préalable des autorités qui, le 21 décembre, avaient autorisé le prélat à dire la messe dans un village voisin[5].

Des actes de violence, arrestations et discriminations se sont produits tout au long de l’année 2011. Les cas les plus fréquents concernent les propriétés de l’Église catholique, souvent réclamées par l’État pour satisfaire la soif d’argent du gouvernement et le développement effréné du pays.

Le gouvernement détruit des églises et des couvents pour s’emparer des terrains

 

Conformément au principe communiste selon lequel « toute la terre appartient au peuple et est gérée par l’État pour le bien-être du peuple », les autorités locales saisissent régulièrement les biens des institutions religieuses pour les transformer en hôtels, restaurants et boîtes de nuit, sans que les victimes puissent réagir. La même méthode est appliquée à toutes les minorités ethniques et religieuses qui tentent de s’émanciper grâce à des propriétés foncières.

Privés de leur cimetière et de leurs maisons pour faire place à un complexe touristique de luxe, les catholiques de la paroisse de Con Dau (ville de Da Nang) ont encore subi des violences en 2011.

Le 26 janvier, le tribunal populaire Da Nang a confirmé l’emprisonnement de six catholiques victimes d’expropriation, qui avaient été impliqués dans des affrontements entre la police et des citoyens en mai 2010, lors de la tentative de confiscation des terres de la paroisse. Les sources locales parlent d’un simulacre de procès au cours duquel le tribunal n’a même pas examiné les preuves présentées par l’avocat des six accusés, ce qui leur avait également été refusé en première instance. Pendant les jours qui ont précédé l’appel, les catholiques vietnamiens ont organisé des veillées de prière, surtout dans la paroisse de Thái Hà, à Hanoï, elle aussi victime d’expropriation par le gouvernement[6]. Le 26 juin, les paroissiens de Con Dau ont envoyé une lettre à la Conférence épiscopale vietnamienne, afin qu’elle raconte leur situation aux catholiques du monde entier. En plus du cimetière, déjà saisi, le gouvernement a confirmé la décision de démolir toutes les maisons situées à proximité de la paroisse. Même l’église, datant du XIXème siècle, sera démolie pour faire place à un complexe hôtelier de luxe.

La paroisse de Thái Hà a de nouveau été attaquée en octobre 2011. Auparavant, elle avait été au centre d’un conflit avec les autorités municipales qui s’était terminé par l’expropriation de terrains qui appartenaient à l’Église depuis 1928, et par un simulacre de procès au cours duquel huit catholiques avaient été condamnés. Le 8 octobre 2011, le Père Joseph Nguyễn Văn Phượng, curé de Thái Hà, a été convoqué au siège du Comité populaire de quartier de Dong Da, et informé qu’une usine de traitement des eaux usées de l’hôpital de la région serait construite sur des terres appartenant à l’ordre des Rédemptoristes – qui dirigent la paroisse depuis sa création. Au cours des jours qui ont suivi, cinquante fidèles ont organisé une manifestation sur le terrain qui faisait l’objet de l’expropriation. Le curé a écrit au Comité populaire de Dong Da pour lui demander de renoncer à ce projet et de restituer à l’Église les terres qui lui avaient été soustraites. Les manifestations et les appels ont continué pendant tout le mois d’octobre.

Le 3 novembre 2011, des centaines de policiers et de soldats avec des chiens et des hommes de main, suivis par une équipe de la télévision d’État, ont attaqué le monastère de Thái Hà. Ils ont fait irruption dans le bâtiment en fracassant la porte. Le Père John Luu Ngoc Quynh, le Frère Vincent Vu Van Bang et le Frère Nguyen Van Tang ont tenté d’arrêter l’assaut, mais ont été frappés et insultés par la police. L’attaque s’est terminée lorsque des milliers de catholiques des paroisses voisines sont intervenus.

Bien que l’Archidiocèse de Hanoï[7] ait condamné la violence et appelé plusieurs fois au calme, le 16 novembre la police a bloqué les routes menant au monastère. La nuit précédente, les autorités locales et les responsables de l’hôpital avaient invité les représentants de la communauté de Thái Hà à une réunion pour régler le différend. En quelques heures, plus de 600 policiers et fonctionnaires du gouvernement local sont venus dans la paroisse des rédemptoristes et ont occupé ses terres. Afin d’éviter les manifestations, les forces de l’ordre ont menacé et renvoyé toute personne s’approchant trop de la paroisse. Cependant, des centaines de fidèles ont continué de se rendre à Thái Hà pour prier et vénérer Notre-Dame du Perpétuel Secours. Pour intimider les catholiques, les fonctionnaires du Parti communiste local ont une nouvelle fois fait une descente dans le monastère, brisant le crucifix de Đồng Chiêm, renversant des poubelles sur la statue de la Sainte Vierge et profanant l’Eucharistie qui avait été amenée de la cathédrale de Hanoï[8].

Le 18 novembre, à Hanoï, des milliers de personnes ont protesté devant le siège du Comité populaire en réclamant justice pour la paroisse de Thái Hà et le monastère attenant des Rédemptoristes, et en dénonçant la campagne de diffamation contre l’Église catholique qui avait été lancée par la télévision d’État[9].

Le 2 décembre, le Père Joseph Nguyễn Văn Phượng, curé de la paroisse de Thái Hà, et des centaines de paroissiens se sont rendus au siège du Comité populaire de Hanoi pour y présenter une protestation officielle et dénoncer les actes de vandalisme et expropriations illégales. Les autorités les ont reçus et ont écouté leur requête. Cependant, une fois sortis du bâtiment, la police a encerclé le groupe et a arrêté le Père Joseph Nguyễn Văn Võ Văn Phượng, le Père Lương Văn Long, le Frère Vũ văn Bằng et environ 30 paroissiens. Tous les laïcs ont été poussés de force dans un bus et emmenés au centre de rétention de Đông Anh. Un autre groupe de laïcs a été arrêté près du lac de Hoàn Kiếm. Les abus contre les rédemptoristes et les paroissiens de Thái Hà ont suscité une vague de solidarité aussi bien au Vietnam qu’à l’étranger. L’archevêque de Hanoï, Mgr Peter Nguyen Van Nhon, a écrit une lettre dans laquelle il défendait les droits des religieux, et Mgr Michael Hoang Duc Oanh, évêque de Kontum, a fait de même. L’évêque émérite de Thai Binh, Mgr Francis Nguyen Van Sang, s’est rendu personnellement à l’église de Thái Hà. Des veillées de prière ont eu lieu à divers endroits au Vietnam, aux États-Unis et en Australie.

Un autre cas de violation de la liberté religieuse, en relation avec des expropriations de terrains appartenant à l’Église catholique, a concerné la paroisse de Cau Ram, dans le diocèse de Vinh, au nord du Vietnam. En 2009, les autorités y ont saisi des terres pour créer un parc où construire un monument dédié aux soldats de l’armée vietnamienne. Au cours de la guerre du Vietnam, l’église de Cau Ram a été transformée en base militaire, devenant la cible de l’armée des États-Unis. Après la guerre, le gouvernement de Hanoï a déclaré la zone « lieu de mémoire », à « préserver et protéger pour les générations futures, pour se souvenir des crimes de guerre américains ». Le gouvernement a toujours complètement ignoré les demandes de restitution des terres présentées par les catholiques. Au lieu de cela, la zone a d’abord été divisée en parcelles pour la construction d’une route reliant Hanoï à la ville natale de Ho Chi Minh, à 330 km au nord. Les autorités locales ont autorisé la construction d’un complexe résidentiel comprenant des appartements privatifs d’une valeur de plusieurs millions de dollars destinés à des fonctionnaires du gouvernement. Les protestations des catholiques, ces deux dernières années, ont entraîné l’interruption du projet[10]. Après des années d’appels et de protestations, le gouvernement provincial de Nghe An a décidé le 27 juillet 2011 de créer un parc public avec un monument dédié aux soldats.

Tout comme dans le cas de Con Dau et Thái Hà, l’attitude du gouvernement a suscité les protestations des catholiques et des militants pour la liberté religieuse et les droits de l’homme. Le 8 août, plus de 5000 catholiques des paroisses de Cau Ram, Yen Dai et Ke Gai ont organisé à Hanoï une grande manifestation pour demander la fin des expropriations et la restitution des biens de l’Église, et pour dénoncer les opérations secrètes de la police, destinées à arrêter sans mandat de jeunes militants[11].

La Congrégation des sœurs de St. Paul, dont le couvent est situé au centre de Hanoï, a également été touchée par des expropriations et des démolitions. Le bâtiment avait été presque entièrement confisqué par le gouvernement communiste en 1954, mais il y a quelques années, le gouvernement en avait accordé une petite partie aux sœurs, ce qui leur avait permis d’ouvrir un dispensaire pour les pauvres, un foyer pour les orphelins et des structures d’accueil pour jeunes femmes. Cependant, en mai 2011, le gouvernement a menacé de détruire tout le complexe afin de créer un hôpital de quatre étages. Ces dernières années, les sœurs ont demandé aux autorités la permission de récupérer la propriété, mais elles n’ont jamais reçu de réponse[12].

Ce sont surtout les citoyens ordinaires qui sont victimes d’expropriations, car ils sont souvent impuissants face à l’arrogance des autorités.

La seule note positive de 2011, en ce qui concerne les expropriations, est la construction d’une nouvelle église pour les catholiques de Tam Toa. Le bâtiment historique de la paroisse, partiellement détruit pendant la guerre, avait été proclamé « Mémorial en souvenir des crimes américains ». En 2009, il fut au centre d’attaques répétées contre les catholiques, avec un certain nombre de personnes blessées et d’arrestations. En février 2011, le Comité populaire provincial a décidé d’accorder à l’évêché un terrain au centre de la ville.

Le conflit entre catholiques patriotiques et catholiques fidèles au Pape.

Pour combattre l’Église catholique et décourager son action en faveur de la liberté religieuse et des droits de l’homme dans le pays, le gouvernement vietnamien tente depuis des années d’imiter la Chine en établissant une sorte d’Église patriotique indépendante de Rome. Le problème des « prêtres d’État » blesse les catholiques vietnamiens, et est combattu par les prêtres et les autorités ecclésiastiques qui cherchent à maintenir l’unité et la fidélité au Pape. Ces prêtres d’État sont des religieux qui usent et abusent des biens de l’Église et de leur rôle pour soutenir le Parti communiste, dont ils reçoivent en retour toutes sortes d’aides et qui, par leur comportement, éloignent les fidèles. Sur les quelque 4000 prêtres catholiques vietnamiens, pas plus de trois cents ont adhéré au Comité de solidarité des vietnamiens catholiques (CSVC), organisation favorable au régime qui cherche à créer une Église séparée de Rome sur le modèle chinois.

La preuve la plus flagrante de la situation a été la décision de plusieurs prêtres de briguer un siège à l’Assemblée populaire lors des élections qui ont eu lieu en mai 2011. En mars, trois prêtres se sont présentés : le Père Tran Manh Cuong, du diocèse de Ban Me Thuot, le Père Le Ngoc Hoan, de Bui Chu, déjà membre du Parlement, et le Père Phan Khac Tu, de l’archidiocèse de Saigon, qui participait pour la première fois aux élections[13]. C’est la candidature de ce dernier qui a suscité le plus de protestations dans l’opinion publique. En effet, Tu est éditeur de « Les catholiques et le peuple », magazine fondé avec le soutien du gouvernement en 1975, au moment de l’unification du pays, et qui s’est fait connaître pour ses fréquentes critiques du Pape Jean-Paul II et du Vatican. Pendant sa campagne électorale, il a souligné son implication pendant la guerre, puisqu’il prétend avoir géré durant le conflit une petite usine de grenades à main à utiliser contre les soldats américains. Dans une interview à Vietnam Net, journal pro-gouvernemental, le Père Tu se vante d’avoir géré l’usine à l’intérieur d’une église de Saigon sans éveiller les soupçons du gouvernement sud-vietnamien ni de la CIA. Le prêtre, qui est également membre du Parti communiste, a longtemps été en charge de l’église des Martyrs vietnamiens de Vuon Xoai, l’une des plus grandes de Hô-Chi-Minh-ville. On pense qu’il est le père de deux enfants qu’il aurait eus avec une femme qui a publiquement confirmé sa relation avec lui. Après des pressions réclamant des mesures disciplinaires contre le prêtre, en avril l’archidiocèse a démis le Père Tu de ses fonctions paroissiales[14].

Malgré les appels lancés par les évêques et les protestations des fidèles qui désertent souvent les messes dites par des « prêtres d’État », le nombre de prêtres qui se sont engagés à soutenir des candidats à l’Assemblée a augmenté entre avril et mai. L’un d’eux, le Père Vincent Pham Van Tuyen, du diocèse de Thai Binh (nord du Viet Nam) a suspendu la récitation du Rosaire pour inviter ses paroissiens à participer à une réunion électorale. Le prêtre est un membre éminent du front populaire de la province, et avait été auparavant le curé de Pho Hien, dans la province de Hung Yen, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus aucun fidèle dans son église. « À partir du moment où le Père Tuyen travaillait pour le gouvernement – a déclaré l’un de ses anciens paroissiens – personne ne voulait plus aller se confesser auprès de lui, de peur qu’il ne rapporte à la police ». « Nous nous demandions si les sacrements administrés par lui étaient valides ou non » et « nous sommes restés pendant des années sans confession ni communion, ce qui nous a peu à peu éloignés de l’Église »[15].

Au total, sept prêtres ont été élus à l’Assemblée nationale et aux conseils provinciaux, lors des élections du 22 mai 2011 : le Père Do Quang Chi à Hô-Chi-Minh-ville et le Père Phan Dinh Son à Can Tho, ville du sud du pays ; le Père Nguyen Van Vinh, le Père Nguyen Van Hau et le Père Hoang Thai Lan, respectivement des diocèses de Nha Trang, Ba Ria et Vinh, qui ont conservé leurs sièges à Khanh Hoa, Ba Ria-Vung Tau et Quang Binh. 20 autres prêtres ont obtenu des postes de représentation à un niveau inférieur. Cependant, tous les prêtres ayant été candidats aux élections n’ont pas gagné une place au Parlement ou dans un conseil. En plus du Père Phan Khac Tu, le Père Tran Van Qui a également perdu à Hué à cause d’une très forte campagne d’opposition menée par les catholiques locaux, opposés aux candidatures de prêtres.

Afin de semer la discorde entre les jeunes prêtres de l’Église fidèle au Pape, le gouvernement ne s’est pas limité à promettre le pouvoir et l’argent. Il a également utilisé des sessions d’étude sur le Parti communiste, la sécurité nationale, le patriotisme et le rôle des citoyens dans la société. Le 6 avril, le journal Dai Doan Ket (grande unité), voix du Front patriotique vietnamien, a publié un article sur le thème « 191 séminaristes du grand séminaire de St. Quy, dans la province de Can Tho, ont commencé un programme pilote sur la sécurité nationale, qui se tiendra jusqu’au 8 mai ». L’attitude du gouvernement vise à lutter contre l’augmentation des inscriptions dans les séminaires qui a suivi l’adoucissement des mesures prises à l’encontre de ces institutions. Depuis 2005, le grand séminaire Saint Joseph de Hanoï peut permettre l’entrée de nouveaux étudiants chaque année, et non plus tous les deux ou trois ans comme c’était le cas auparavant ; le grand séminaire Saint Joseph de Hô-Chi-Minh-ville, rouvert en 1986 après une fermeture de 11 ans, a obtenu le même « privilège » en 2007. Selon les derniers chiffres (datant de 2009), le nombre de jeunes qui étudient dans les six grands séminaires du pays a augmenté de 1580 en 2002 à 2186 en 2009.

Arrestations arbitraires

En 2011, la répression envers toute forme de dissidence et de demande pacifique de réformes démocratiques et de respect des droits de l’homme a continué. Les arrestations, perquisitions et raids se sont intensifiés à l’occasion du 11ème congrès du Parti communiste qui a eu lieu du 12 au 17 janvier.

Au cours de cette période, la police a arrêté des dizaines de militants des droits de l’homme, des blogueurs et des journalistes. Parmi eux, Cu Huy Ha Vu, un avocat et défenseur des droits de l’homme, accusé de propagande contre l’État pour avoir publié des articles et avoir accordé des entretiens à des journaux étrangers dans le but de « diffamer l’autorité du gouvernement populaire, en conduisant une guerre psychologique destinée à renverser le régime, et en exigeant un système multipartite ». L’avocat et son épouse sont célèbres parmi les catholiques vietnamiens. En 2010, ils avaient proposé de défendre les paroissiens arrêtés au cours d’affrontements à Con Dau, mais le gouvernement leur en avait refusé l’autorisation. Pendant le simulacre de procès, des veillées de prière et des manifestations pacifiques ont eu lieu à travers tout le Vietnam. Le 4 avril, Ca Huy Ha Vu a été condamné à sept ans de prison après une audience à huis clos qui n’a duré que quatre heures. À l’extérieur du tribunal, des milliers de personnes, dont de nombreux catholiques, ont protesté contre la sentence. Pour éviter les troubles, la police a attaqué les manifestants et arrêté 29 militants catholiques qui étaient venus pour suivre le processus. Le Quoc Quan, un avocat bien connu, faisait partie des personnes en garde à vue. À l’époque, il venait de poser sa candidature au congrès en tant que catholique. Ils ont été libérés le 13 avril 2011[16]. Pendant les jours de détention, les Pères Rédemptoristes ont organisé des messes et des veillées de prière dans tout le pays, en réclamant justice pour Ca Huy Ha Vu et pour les jeunes militants arrêtés et battus juste parce qu’ils voulaient suivre le procès contre l’avocat.

Le 26 juillet, les autorités ont arrêté pour la deuxième fois le Père Nguyen Van Ly, un des membres fondateurs du « Bloc 8406 », un mouvement réclamant la fin du système du parti unique au Vietnam.  Emprisonné en 2007 et condamné à 8 ans de prison, le prêtre avait été libéré en mars 2010 en raison de son mauvais état de santé, et placé pendant un an en résidence surveillée au bureau de l’évêque. Depuis sa résidence surveillée, le Père Ly a recommencé à écrire des lettres reprochant au Parti communiste et au gouvernement vietnamien de graves violations des droits de l’homme. Au terme du délai d’un an, la police l’a reconduit à la prison de Hà Nam, dans le district de Kim Bảng (province de Hà Nam)[17].

Le 24 décembre 2011, Pierre Nguyên Dinh Cuong, un jeune homme d’une paroisse de Vinh, a été enlevé alors qu’il se rendait chez un ami médecin. Trois hommes en civil l’ont menotté et emmené dans un taxi. Selon les amis du jeune homme, l’enlèvement devrait être l’œuvre de la sécurité publique, qui n’a pas peur d’utiliser ce genre de méthodes. L’arrestation a eu lieu sans mandat, et les parents de Pierre n’ont même pas été informés du lieu où l’adolescent était détenu. Le jeune homme était impliqué dans les activités caritatives et sociales du Centre Jean-Paul II pour la défense de la vie. Le cas de Pierre Cuong est similaire à celui de 15 autres personnes enlevées, dont neuf sont également originaires du diocèse de Vinh. Certaines de ces personnes avaient exprimé leur soutien à Cu Huy Ha Vu[18].

En plus des chrétiens et d’autres groupes religieux, l’État persécute aussi les bouddhistes, dont la religion est majoritaire au Vietnam, et les membres de sectes religieuses considérées comme subversives comme le Falun Gong, mouvement spirituel combinant des éléments de bouddhisme, de taoïsme et de confucianisme, et qui a quelques centaines de membres dans le pays. Le mouvement n’est pas reconnu par le gouvernement de Hanoï, et sous la pression du gouvernement chinois les policiers ont commencé il y a quelques années une rude campagne de répression contre ses disciples.

Le 12 novembre 2011, le tribunal de Hanoï a condamné deux activistes du mouvement, l’un à trois ans et l’autre à deux ans d’emprisonnement. Ils étaient accusés d’avoir collaboré à une émission de radio diffusant des nouvelles en Chine. Vu Duc Trung, 31 ans, et son beau-frère, Le Van Thanh, 36 ans, avaient été arrêtés en juin. Quelques jours plus tôt, la police avait arrêté 40 membres du Falun Gong alors qu’ils protestaient devant le tribunal[19].

Le 14 décembre 2011, dans la province de An Giang, dans le sud du pays, deux bouddhistes militants ont été condamnés, l’un à cinq ans et l’autre à trois ans de prison, en raison de leur engagement en faveur du respect de la liberté religieuse. Arrêtés en avril au cours d’une descente de police, Nguyen Van Lia et Tran Hoai An sont membres de l’Église bouddhiste Hoa Hao, reconnue par l’État vietnamien, qui l’a autorisée à pratiquer son culte. Cependant, ces dernières années, un groupe de fidèles a décidé de s’affranchir du mouvement officiel en signe de protestation contre le contrôle exercé par les autorités sur les religions. Selon l’agence Radio Free Asia, les deux militants diffusaient du matériel accusant les autorités communistes de persécuter toute forme de religion non soumise à leur contrôle[20].

Cependant, le système de répression du gouvernement communiste ne se limite pas à des arrestations arbitraires, des simulacres de procès et des expropriations forcées. Les personnes persécutées et emprisonnées par le régime sont souvent également privées de leurs droits fondamentaux, tels que leur droit de rencontrer les membres de leur famille ou de bénéficier de soins médicaux.

Un exemple est le cas de trois chrétiens protestants de la Agape Baptist Church (ABC), du village de Lai Tao (My Duc, Hanoï). Après avoir été blessés par des voyous lors d’une attaque, ils n’ont pas été autorisés à se rendre à l’hôpital. Lors de l’attaque, l’un d’eux, une femme du nom de Nguyen Thi Lan, a subi une fracture du bassin et des blessures aux organes internes. Thi Lan est une ancienne fonctionnaire du parti communiste local, convertie au christianisme en 2010. Après avoir entendu son témoignage, 50 personnes ont demandé le baptême. Cependant, son travail et son dévouement à proclamer la parole de Dieu ont attiré l’attention de Khoan, un chef de village impliqué avec des criminels et des membres du parti. Accompagné de son fils, il a mené une expédition punitive à la maison de prière chrétienne. Il a sauvagement frappé ses occupants, dont la femme, le pasteur Nguyen Danh Chau, et une troisième personne, leur causant de graves blessures et saccageant la maison. Trois hôpitaux de Hanoï ont refusé de traiter les trois chrétiens, les obligeant à faire un long voyage à Hô-Chi-Minh-ville.

La campagne de répression contre les chrétiens Hmong

Les Hmong, un des 53 groupes ethniques du Vietnam, sont environ 790.000. Ils se concentrent dans le nord-ouest du pays et au Laos. Pendant la guerre, ils ont collaboré avec l’armée des États-Unis et, à la fin du conflit, beaucoup d’entre eux ont émigré aux États-Unis. Ceux qui sont restés vivent en-dessous du seuil de pauvreté. Comme les autres minorités ethniques, les Hmong ont reçu l’enseignement de missionnaires protestants et catholiques, et beaucoup d’entre eux se sont convertis. Le gouvernement les persécute depuis des années et les accuse d’être des séparatistes, incités à opérer par des « réactionnaires qui trompent la crédulité populaire en diffusant des rumeurs sur la présence d’un pouvoir surnaturel, et en appelant à un empire hmong indépendant ».

Tout au long de l’année 2011, les autorités ont mis en place une campagne d’arrestations et de violence qui a atteint son point culminant entre avril et mai avec la répression de quelques manifestations pacifiques à Muong Nhe, dans la province de Dien Bien.

Le 30 avril, environ 8500 protestants chrétiens et animistes de l’ethnie hmong se sont rassemblés pour prier et demander des réformes et la liberté religieuse. Cependant, la manifestation a été interrompue par une violente intervention des forces de sécurité et de l’armée populaire. Le bilan est de 49 morts et de centaines d’arrestations. La plupart des prisonniers ont été déportés dans des localités inconnues du Vietnam et du Laos où, selon Christy Lee, directeur exécutif de Hmong Advance Inc. (HAI) à Washington D.C., « ils pourraient être torturés ou tués, ou tout simplement disparaître ». Parmi les personnes arrêtées, il y avait quelques ministres extraordinaires de l’Eucharistie qui desservaient quatre des communautés catholiques de la région. Environ 1000 catholiques sont enregistrés dans cette région, considérée comme une « zone blanche », ainsi appelée parce qu’elle a le plus haut niveau de répression de la liberté religieuse du pays.[21]


[1] AsiaNews, 23/05/2011

[2] Cfr. US Department of State, International Religious Freedom Report 2011, Vietnam

[3] Eglises d’Asie, 07/01/2011 ; AsiaNews,10/01/2011

[4]  Eglises d’Asie, 22/12/2010

[5]  AsiaNews,  27/12/2010

[6]  AsiaNews,  27/01/2011

[7]  Eglises d’Asie,  07/11/2011

[8] AsiaNews, 24/11/2011

[9] Eglises d’Asie,   09/11/2011

[10] AsiaNews, 25/05/2010

[11] Eglises d’Asie ; AsiaNews , 08/08/2011

[12] AsiaNews, 18/05/2011

[13] AsiaNews, 28/04/2011

[14] AsiaNews, 03/05/2011

[15] AsiaNews, 03/06/2011

[16]  Eglises d’Asie, 08/04/2011

[17] AsiaNews, 26/07/2011

[18]Eglises d’Asie, 28/12/2011

[19] AsiaNews, 12/11/2011

[20] Radio Free Asia, 13/122011;  AsiaNews, 14/12/2011

[21]AsiaNews, 09/05/2011


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