EGYPTE : Une manifestation pacifique de chrétiens tourne au drame. 27 morts et 200 blessés au Caire

Dimanche 9 octobre, une manifestation pacifique de coptes qui protestaient contre l’incendie d’une église dans le gouvernorat d’Assouan, a dégénéré : 27 personnes ont été tuées et 200 autres blessées dans des affrontements avec les forces de l’ordre. Au moins 40 personnes ont été arrêtées dans la nuit, à la suite à cette nouvelle flambée de violence, la pire depuis la chute de Moubarak.

Ce dimanche-là, des milliers de manifestants, essentiellement des chrétiens, rejoints par un certain nombre de musulmans, étaient partis du district de Choubra, au nord du Caire, pour rejoindre le bâtiment de la télévision d’Etat, au Square Maspero. Ils réclamaient notamment le limogeage du gouverneur de la province d’Assouan, accusé de complicité au sujet de l’incendie criminel des églises.

Le père Rafic Greiche, porte parole de l’Eglise catholique en Egypte a affirmé à l’Aide à l’Eglise en Détresse : « Nous accusons l’armée et la police d’avoir laissé des personnes s’infiltrer dans la manifestation. Ils étaient munis d’épée, de bâtons, de pierre, et certains d’entre eux de fusils ».

« La télévision d’état égyptienne a accusé les Coptes d’avoir attaqué l’armée et tué des militaires, ce qui est complètement faux », explique à l’AED Sophia, jeune femme chrétienne habitant au Caire et dont le mari était dans la manifestation dimanche. « Nous hésitons à quitter le pays, beaucoup de nos amis sont partis. L’économie se fige puisque les investisseurs ne viennent plus, tout comme les touristes. […] C’est la première fois dans ma vie que j’appelle mon mari toutes les heures, pour lui demander où il est, ce qu’il fait. La police est devenue inexistante, c’est la loi de la jungle. C’est la peur qui règne sur le Caire. Je ne sors plus toute seule, j’ai peur, je porte la croix et je ne veux pas l’enlever ».

Le cardinal Antonios Naguib, patriarche des coptes catholiques d’Alexandrie, a affirmé sur Radio Vatican : «Aujourd’hui, les chrétiens d’Égypte sont confrontés à la montée en puissance des salafistes, ces musulmans extrémistes réapparus sur la scène politique à la faveur de la révolution. Les coptes vivent dans l’angoisse. Récemment, l’église de Sole, voisine du quartier du Mokattam au Caire, a été détruite, les deux églises d’Imbaba en plein cœur du Caire ont été attaquées et brûlées. A Qena, le gouverneur copte a été mis à l’écart en raison de l’opposition des salafistes, des chrétiens qui souhaitaient restaurer une église voisine d’Assouan ont été menacés, les deux gardiens d’une église près de Fayoum ont été assassinés».

Une foule estimée à 20’000 personnes a pris part lundi 10 octobre au Caire aux funérailles de 17 chrétiens coptes victimes des tirs des forces armées

Naguib Gébraïl, président de l’Union égyptienne des droits de l’Homme (UEDH), affirme que près de 100’000 coptes ont déjà quitté l’Egypte depuis mars 2011, craignant pour leur sécurité face à la montée des salafistes et autres intégristes musulmans.

Pour Marc Fromager, directeur de l’AED en France « les chrétiens d’Egypte ne doivent pas être les victimes de la révolution égyptienne qui devait ouvrir la voie à la démocratisation du pays, ni servir de boucs émissaires pour expliquer le retard dans la réalisation des promesses de la révolution ».

Lire le décryptage du père Henri Boulad du 17 octobre 2011

Revoir l’entretien du père Henri Boulad, sj, réalisé par l’AED en juillet 2011, au sujet de la révolution égyptienne.



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