Témoignage du directeur de l’AED,
Marc Fromager :

« Début juillet, j’ai visité le dispensaire de Sœur Hanan à Beyrouth. Il est situé en bordure d’un quartier chiite et on y croise des pauvres qui viennent de partout. Autrefois essentiellement au service des libanais, on y croise maintenant de plus en plus de réfugiés d’Irak et de Syrie. Même s’il s’agit d’abord d’un dispensaire médical, plusieurs activités ont été développées ces derniers mois pour répondre aux besoins des réfugiés, que ce soient des cellules d’accompagnement psychologique ou des écoles de fortune permettant la prise en charge de ces populations.

Au milieu d’innombrables histoires d’exode et de souffrance, deux témoignages m’ont particulièrement touché. Une chrétienne irakienne avait certifié à la directrice d’une école à Beyrouth que ses deux filles de 10 et 12 ans avaient un très bon niveau scolaire et qu’elles étaient parmi les premières de leur classe en Irak. Le premier jour de classe, leurs enseignants se rendent compte qu’il y a un problème : en réalité, l’une et l’autre ne savent strictement plus rien ! Elles ne savent même plus déchiffrer les lettres de l’alphabet. Traumatisées par ce qu’elles avaient vécu en Irak et par la violence de leur exode précipité, elles avaient tout simplement perdu l’ensemble de leurs connaissances acquises. Je tentais d’imaginer mes filles dans la même circonstance…

Une autre chrétienne avait dû fuir Mossoul début juin lors de la prise de la ville par l’Etat islamique. Elle était enceinte et avait fini par atterrir au Liban où elle avait donnée naissance à une petite fille. Comme les autres, elle avait tout perdu, y compris une bonne part d’espoir. Au moment de la naissance, elle s’était demandée quel nom elle pouvait lui donner. Et elle avait choisi le nom … d’Anastasie, ce qui signifie résurrection. En dépit de tout, croyons comme elle et prions afin que la résurrection finisse par triompher. »

15 août : Prions pour le maintien de la Paix au Liban

 

Notre-Dame du Liban, voici ton peuple.
Ils sont tes enfants, ceux qui sont brisés
par la haine et ceux qui apprennent à pardonner.
Ils sont tes enfants, ceux qui sont emmurés dans la peur
et ceux qui commencent à espérer.

Notre-Dame du Liban, voici ton peuple.
Si Dieu est le Père des commencements
tu es la Mère des recommencements.

Donne à ceux qui ont perdu le goût de vivre
la force de vivre encore plus pour les autres.

Notre-Dame du Liban, voici ton peuple.
Tu aides l’homme vieilli par le péché
à retrouver un coin fleuri de son enfance.

Tu aides l’homme révolté par la violence
à rendre à Dieu les armes de son destin.

Notre-Dame du Liban, garde ton peuple,
garde-le libre, dans l’intégrité de son corps
et l’unité de son âme.

Pour la gloire du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob,
Pour la gloire de ton divin Fils Jésus
Pour le service des peuples de l’Orient et de l’Occident.
Que le Liban vive du Liban
Pour que le monde entier vive de la paix.

Amen

 

O Mère, tu sais ce que signifie
de serrer dans ses bras
le corps de son fils mort.

Epargne à toutes les mères de cette terre
La mort de leurs enfants,
Les tourments, l’esclavage,
Les destructions de la guerre,
Les persécutions,
Les camps de réfugiés et les prisons.

Mère de la paix, nous t’en prions :
Sois avec nous à chaque instant.
Fais que la paix règne dans le monde.

Amen.

(extrait d’une prière de Saint Jean-Paul II pour le Liban)

 

La vocation des chrétiens d’Orient

Partout, les chrétiens servaient de passerelle entre les différentes communautés et permettaient aux uns et aux autres de vivre ensemble. Leur disparition mène irrémédiablement à la séparation des communautés, comme au Liban.

La plupart des villes et villages libanais étaient autrefois mixtes, avec leurs composantes chiite, sunnite, druze, alaouite et chrétienne. Avec la guerre et l’exode des chrétiens d’un certain nombre de localités, celles-ci sont systématiquement devenues mono-confessionnelles. En réalité, les populations locales ne peuvent coexister sans la présence des chrétiens.

Le patriarche melkite, Grégoire III Laham, a souligné l’importance de la présence chrétienne dans tout le Proche-Orient : « Nous autres chrétiens avons une vocation ici. Sans les chrétiens, il n’y aurait plus qu’un monde islamique, mais plus de monde arabe. Nous sommes les porteurs du pluralisme dans le monde arabe. Celui qui s’engage en faveur de notre présence, ne s’engage pas seulement en faveur des chrétiens, mais aussi en faveur des musulmans dans la région. »