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Bethléem : « La paix annoncée par les bergers a toujours été difficile »

Publié le 22 décembre 2017

Alors que la ville palestinienne de Bethléem s’apprête à fêter Noël, ses habitants restent troublés par la déclaration de Donald Trump de reconnaitre Jérusalem comme capital d’Israël. L’AED a interviewé le Frère Artemio Vitores à ce sujet, le gardien de la Basilique de la Nativité de Bethléem.

« Bonjour, je suis le gardien de l’enfant Jésus », ainsi se présente le Frère Artemio Vítores, franciscain espagnol habitant la Terre sainte depuis un demi-siècle. Parlant du « problème de Jérusalem en tant que capitale », le frère n’hésite pas un seul instant : « Jérusalem doit être la mère de tous et non la maîtresse d’un seul. L’image de Jérusalem en tant que mère vient de l’ancien testament, et une mère n’exclut aucun de ses enfants. Si elle devient la capitale d’Israël ou de la Palestine, elle sera exclusive et il n’y aura pas de place pour les autres ».  Le prêtre espagnol qui a vécu huit guerres et deux intifadas ajoute : « Ce sont des moments difficiles. La paix annoncée par les bergers dans ce lieu sacré a toujours été difficile ». Mais le Frère reste optimiste et espère « que la situation n’empirera pas davantage et que les gens réfléchiront ».

1.4% de chrétiens à Jérusalem

Car les conséquences des vagues de violence à Bethléem et à Jérusalem sont désastreuses pour les chrétiens. Après 1948, année de la création de l’État d’Israël, ce sont au total 350.000 habitants qui ont abandonné Bethléem et ses environs. Frère Artemio se rappelle à quel point les choses se sont mal passées pendant la deuxième intifada, « qui a laissé les lieux saints sans pèlerins ni visiteurs. » On estime qu’au cours de cette période, entre 2001 et 2005, « 80% des pères de famille de Bethléem sont restés sans salaire. S’il n’y a pas de pèlerins, beaucoup doivent partir, car il n’y a ni travail, ni nourriture ». Les chiffres sont tragiques : il y avait 20% d’habitants chrétiens à Jérusalem, il n’en reste plus que 1,4%. Le moine franciscain le dit clairement : « si nous ne coopérons pas, les chrétiens disparaîtront de Terre Sainte. Et comment collaborez-vous ? : par des visites sur ces terres, ce qui apporte un soutien moral et économique à leurs habitants ».

Le prêtre espagnol continue en citant Sainte Thérèse : « Un saint triste est un triste saint. Nous devons donner de la joie et de l’espérance aux chrétiens de Terre Sainte, c’est pour cela que nous sommes ici ».

Malgré les années qu’il a vécues en Terre Sainte, Frère Artemio semble un nouveau venu, tant est grande son émotion quand il parle de Bethléem : « s’il y a bien sur terre un lieu saint qui reste tel qu’il était, c’est Bethléem. La basilique a subi de nombreuses vicissitudes, mais n’a jamais été détruite, et la grotte de Bethléem a été préservée en tant que grotte ».

Si nous ne voyons pas l’enfant Jésus dans ceux qui souffrent, alors de quel Noël parlons-nous ?

Cette grotte, protagoniste du premier Noël, est un endroit qui attire : « Je suis ému, malgré les années, l’émotion me saisit chaque jour à nouveau. Maintenant, je célèbre la messe à cinq heures moins cinq du matin, et je pleure presque en pensant qu’ici, à cet endroit, Dieu a voulu devenir l’un de nous. Cette simplicité de Dieu qui se fait petit enfant ! Il n’avait même pas de berceau pour naître ! Cette pauvreté est émouvante ».

Parlant du travail de l’AED – et d’autres organisations qui aident les chrétiens en Terre Sainte et au Proche-Orient – le prêtre Franciscain nous exhorte « à être comme les bergers qui sont venus apporter leurs dons à l’enfant Jésus, dans la hâte et la joie. Les bergers ne connaissaient même pas cet enfant, mais ils ont tout laissé et sont venus avec empressement et joie, et votre aide aussi se doit d’être telle ». Et il ajoute : « Quand vous aidez les chrétiens qui sont dans le besoin et souffrent dans tant de parties du monde, souvenez-vous de l’Évangile : Ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait. Nous devons voir l’enfant Jésus dans chaque personne que nous aidons. C’est justement à Noël que nous devrions nous souvenir plus particulièrement des nécessiteux : Si nous ne voyons pas l’enfant Jésus dans ceux qui souffrent, alors de quel Noël parlons-nous ? »

La Fondation AED a alloué en 2017 plus de 16 millions d’euros à des projets en Terre Sainte et au Proche-Orient.

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