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BOSNIE-HERZÉGOVINE: Les oubliés

Publié le 15 juin 2020

25 ans après la guerre, la minorité Croate catholique de Bosnie-Herzégovine voit avec inquiétude son pays écartelé. Les Bosniaques musulmans se tournent de plus en plus vers la Turquie et le monde islamique. Les Serbes orthodoxes, sont soumis majoritairement à l’influence de la Russie.

De 1992 à 1995, une guerre brutale a fait rage dans la petite nation balkanique de Bosnie-Herzégovine. Cent mille personnes ont été tuées et plus de deux millions ont été déplacées.

Le journaliste croate Zvonimir Čilić, rapporte que même après la fin officielle de la guerre, alors que les Croates commençaient à revenir chez eux, des bandes d’extrémistes islamistes errants continuaient de les tuer : « Sept membres de notre communauté ont été tués sur leur lieu de travail en 1997, 1998 et même après, dans le but d’empêcher le retour de ceux qui avaient été chassés ». À ce jour, aucun de ceux qui ont commis des attaques terroristes contre les rapatriés catholiques de Travnik n’a été traduit en justice.

Idéologie islamiste importée

L’atrocité des violences infligées aux Croates catholiques est due en grande partie à une idéologie islamiste radicale, importée lors de l’arrivée de mercenaires moudjahidines étrangers. Cachés en périphérie des centres urbains tels que Sarajevo, Tuzla, Zenica et Bihac, et dans des villages isolés tels que Dubnica, Ošve, Gornja Maoča ou Bočinje, ces extrémistes se sont rassemblés dans 22 appelés « para-jamaats » où ils ont été et sont encore aujourd’hui financés par les États du Golfe.

Le Père Željko Maric, directeur de l’école Peter Barbaric, explique : « Ici [Travnik], il y a des familles divisées, de l’émigration, des lieux de travail détruits, et un manque d’emplois. Il n’y a pas de perspective et les jeunes partent ».

Émigration des jeunes chrétiens

Un autre problème est la discrimination à laquelle sont confrontés les rapatriés catholiques dans la vie civile et religieuse : alors que tous les biens des communautés musulmanes leur ont été restitués depuis la fin de la guerre, de nombreux biens de l’Église ne lui ont toujours pas été remis. Confrontés à un taux de chômage élevé, les jeunes catholiques croates sont ainsi poussés à émigrer. Selon le Cardinal Vinko Puljic, archevêque de Sarajevo, jusqu’à 10 000 catholiques quittent la Bosnie-Herzégovine chaque année. La capitale dont le caractère multiethnique était autrefois tant vanté abritait avant la guerre une population de 35 000 croates. Aujourd’hui, il n’en reste plus que la moitié. Au total, selon les données officieuses de l’Église catholique, il ne demeure plus que 380 000 catholiques dans les quatre diocèses de Bosnie-Herzégovine.

Mosquées financées par l’Arabie Saoudite et l’Iran

En revanche, le nombre de musulmans arrivant en Bosnie en provenance de Turquie ou des États du Golfe a fortement augmenté au cours des dix dernières années. Selon les données de 2018 publiées par la communauté musulmane locale, il y a 1 912 mosquées dans le pays, dont 554 ont été construites ou reconstruites après la fin de la guerre. L’architecture révèle l’origine étrangère des financements et les ambitions expansionnistes de courants musulmans nouveaux et concurrents : des courants conservateurs de l’islam sunnite venus principalement d’Arabie saoudite, et de l’islam chiite d’Iran. En taille, la mosquée Roi Fahd, construite par les saoudiens en l’an 2 000, est le deuxième lieu de culte musulman sur le territoire des Balkans.

Le professeur Dzemaludin Latic, de l’Université d’études islamiques de Sarajevo, soutient que : « La politique saoudienne en Bosnie est souvent erronée. La politique iranienne en Bosnie est souvent fausse. Les saoudiens n’ont aucune considération pour la société multiethnique qui existe ici. Et les iraniens n’ont aucune idée de notre destin sur place, car ils ont propagé le chiisme. Cela complique encore plus notre situation locale ».

Un « bastion arabe »

Le Dr Stipe Odak, de la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université catholique de Louvain, en Belgique, estime qu’un élément économique complique la situation : les para-jamaats financés par les États du Golfe offrent une sécurité économique à ceux qui acceptent leur idéologie.  La perspective d’un bastion arabe poussé par des idéologies fondamentalistes financées de l’étranger est particulièrement préoccupante pour les ambitions de la Bosnie d’être acceptée dans l’OTAN ou l’Union européenne.

 

 

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