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Bosnie-Herzégovine: « Nous sommes, et resterons, la Jérusalem de l’Ouest »

Publié le 7 décembre 2017

 Douze ans après la fin de la guerre qui a fait près de 100 000 morts, la Bosnie-Herzégovine porte encore les stigmates des affrontements qui ont opposé croates, bosniaques et serbes. Immeubles criblés d’impacts de tirs, quadrillage de la ville par origine ethnique, les habitants craignent que les tensions persistantes ne débouchent sur une nouvelle guerre. Dans ce contexte, l’Église catholique joue un rôle crucial. Elle est l’artisan de la paix, à travers la promotion du dialogue interreligieux.

Au sein du quartier dit ottoman de Sarajevo, à quelques mètres de la statue de Sa Sainteté le pape Jean Paul II, érigée devant la cathédrale de Sarajevo suite à sa canonisation en 2014, se situe le conseil interreligieux de Bosnie-Herzégovine (B&H). Fondé en 1997, il rassemble des représentants du culte catholique, orthodoxe, musulman et juif. « La diversité religieuse est mise en difficulté depuis la fin de la guerre. Le défi de notre institution est de renforcer les minorités religieuses dans les trois fédérations composant la Bosnie-Herzégovine, car ces groupes sont vulnérables. », explique Olivera Jovanovic, représentante de l’église orthodoxe au conseil et secrétaire générale de la présidence tournante. Des difficultés attisées à des fins politiques. « La guerre n’était pas une guerre de religion, celle-ci a juste été utilisée par les politiques afin de servir leurs intérêts », précise le père Hrvoje Vranjes, représentant catholique au conseil interreligieux.

Discriminés

Au quotidien, dans la capitale musulmane de la fédération de B&H, les catholiques font face à quelques difficultés. Mgr Simo Marsic, responsable du centre de la pastorale des jeunes à Sarajevo constate : « Les jeunes me rapportent que parfois, avec leur nom catholique, ils ne parviennent pas à trouver un emploi ou bien à devenir propriétaire. » Un constat partagé par les représentants chrétiens et juif du conseil interreligieux : « A Sarajevo nous sommes dans une ville musulmane, il y a des églises mais il n’y a plus les gens », indique Olivera. En 2012, le pape Benoît XVI avait notamment fait part de son inquiétude quant à l’affaiblissement de l’Église catholique en Bosnie-Herzégovine. En effet, avant la guerre de 92-95, le nombre de catholiques atteignait 800 000 personnes en B&H alors qu’aujourd’hui la moitié est partie, sur une population de 4,6 millions d’habitants.

Cathédrale du Sacré Cœur de Jésus à Sarajevo

Dans la capitale de la République serbe de Bosnie, Banja Luka, les catholiques constituent une minorité parmi la majorité orthodoxe. Durant la guerre, près de 45 000 catholiques sur les 120 000 résidant dans la fédération serbe de B&H ont fui. Aujourd’hui, ce sont les 40% de chômage qui inquiètent Mgr Miljenko Aničić, directeur de Caritas pour le diocèse de Banja Luka. En effet, si les problèmes économiques touchent toute la population, les minorités, telles les catholiques, sont les premières touchées.

L’Église catholique s’implique dans le dialogue interreligieux

Dans ce contexte de persistance des tensions confessionnelles, l’Église catholique appelle à la paix et au dialogue entre les différentes religions composant la Bosnie-Herzégovine. Ouvert en 2004 grâce au soutien de l’AED, le centre pour la jeunesse de l’archidiocèse de Sarajevo a permis la création du centre de la pastorale des jeunes de Sarajevo « Jean Paul II ». « On veut aider les jeunes à construire un futur ici, même si c’est dur. Ces jeunes vont ensuite travailler dans le domaine politique, économique, ils seront les piliers de la société du futur. », expose Mgr Simo Marsic.

Certains se sont inscrits à la toute nouvelle formation interreligieuse lancée en octobre 2017 à Sarajevo : un master en études interreligieuses et de paix, réunissant la faculté de théologie catholique de Sarajevo, la faculté des sciences islamiques ainsi que la faculté de théologie orthodoxe de St Basil d’Ostrog. « On doit travailler sur ces questions, peu importe d’où l’on vient. On ne fait pas que recevoir la paix, il faut travailler dessus. », explique le Père Pavle Mijovic, enseignant de théologie catholique au sein du master et un des fondateurs de cette formation. En dépit des tensions confessionnelles et des problèmes économiques, le Père Pavle demeure optimiste sur le caractère multiculturel de Sarajevo : « Nous sommes, et resterons, la Jérusalem de l’Ouest ».

Linda Lefebvre

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