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BURKINA FASO : Chanter, pour évangéliser et réconcilier

Publié le 21 juin 2019

Au moins 15 personnes sont mortes au Burkina Faso au cours des dernières semaines dans différentes attaques contre des églises chrétiennes dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. Une situation d’angoisse et de désespoir que Soeur Anne-Marie Kabore, religieuse de la Congrégation des Sœurs de l’Immaculée Conception de Ouagadougou, tente de surmonter de la meilleure façon: chanter pour la paix.

 

Sœur Anne-Marie Kabore, religieuse depuis 2007, docteur en pharmacie depuis 2016, est aussi une artiste musicienne : une triple vocation qu’elle met au service de l’évangélisation et de la réconciliation du Burkina Faso.

Evangéliser

Fidèle au charisme des Sœurs de l’Immaculée Conception, Sœur Anne-Marie œuvre à l’évangélisation des peuples. Cette congrégation pontificale fondée en 1924 par un évêque savoyard compte aujourd’hui 450 religieuses à travers le monde – au Bénin, au Mali, en Algérie, en Italie, en France, et notamment à Chambéry. Celles-ci sont disponibles « pour toute œuvre jugée utile par l’Eglise locale », explique la religieuse lors de sa visite à l’AED. La catéchèse, l’accueil des femmes répudiées car accusées de sorcellerie, l’enseignement scolaire, l’accompagnement sanitaire, la pastorale par la musique etc.

Pharmacien, sœur Anne-Marie poursuit actuellement une spécialisation en bio-pharmacologie à l’université de Ouagadougou. Une formation destinée à améliorer la formulation des produits pharmaceutiques que la congrégation met à disposition de la population, à Ouagadougou.

Mais sœur Anne-Marie a surtout reçu le don de composer et de chanter, depuis la tendre enfance, explique-t-elle. Née dans une famille chrétienne de parents artistes, aînée de 5 enfants, attirée par la vie religieuse dès l’âge de 9 ans, sœur Anne-Marie considère que la musique constitue un formidable outil d’évangélisation. Dotée d’un talent certain, elle a fondé un groupe en 2011 et, depuis, compose et interprète ses titres, en moré ou en français, – que ce soit du reggae, du zouk, du slow. Ses albums sont disponibles sur Youtube et comptent plusieurs centaines de milliers de vues.

Réconforter

« J’ai à mon actif trois albums sur le marché discographique, explique-elle : ‘Magnificat’, paru en 2011, huit chansons sur le pardon mutuel, la charité ; ‘Shalom – la paix’, sorti en 2014, sur la tolérance interreligieuse, l’acceptation des autres religions pour vivre en harmonie malgré les différences ; et ‘Essaie toujours’, en 2017, pour inviter à garder confiance en Dieu malgré les difficultés et les échecs. »

Avec le soutien de sa congrégation et du cardinal Philippe Ouedraogo, archevêque métropolitain de Ouagadougou, sœur Anne-Marie se rend dans les 15 diocèses du pays, et participe à l’évangélisation de la jeunesse.  Un chœur – composé de six religieuses – et des instrumentistes – dont les musiciens ne sont pas forcément chrétiens – accompagnent Sœur Anne-Marie.

Réconcilier

« Je m’adresse aux jeunes, explique-t-elle, car ils ont besoin d’être accompagnés, mais mon public est diversifié, je m’adapte à ceux à qui je m’adresse. Je me rends par exemple dans les prisons, à la rencontre d’un frère, d’une sœur, qui vit une épreuve et qui a besoin de se sentir aimé, pour l’inviter à un changement de vie. » Dans un autre titre, Ra le yab ye, sœur Anne-Marie entend réconforter les femmes que rejette la société burkinaise d’aujourd’hui : en particulier les femmes stériles et les femmes accusées de sorcellerie.

Parmi les difficultés que connaissent aujourd’hui les Burkinabés, Sœur Anne-Marie évoque sans détour les attaques terroristes qui sont perpétrées sur le territoire, et les zones qui sombrent dans l’insécurité. « L’Église est appelée à accompagner, à travailler à la réconciliation des fils de la nation, affirme-t-elle. En février dernier, j’ai composé une chanson pour la réconciliation et la paix au Burkina Faso. La situation difficile que traverse le pays m’a inspirée. Dans ce single, je pousse un cri vers Dieu, afin qu’il nous donne la paix, la stabilité, qu’il réconcilie les cœurs. J’évoque aussi la nécessité de rester unis ». Un single dont le clip a été tourné fin avril et qui sera bientôt disponible. Un single à écouter, à méditer, et qui atteste de la nécessité de former des prêtres et des religieuses, pour qu’ils soient les leaders d’une population capable de créer un climat de paix. Et faire ainsi en sorte que le Burkina Faso renoue avec son histoire.

La fondation internationale Aide à l’Eglise en Détresse apporte un soutien constant à la congrégation des Sœurs de l’Immaculée Conception au Burkina Faso depuis des années, principalement à travers une aide aux transports et à la construction. Sœur Anne-Marie Kabore s’est rendue au siège international de l’AED afin de présenter un nouveau projet d’apostolat par le chant et solliciter un soutien financier, car elle a besoin d’aide pour faire l’acquisition d’équipement de sonorisation.

 

 

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