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BURKINA FASO : L’assassinat d’un missionnaire, reflet de la situation alarmante du pays

Publié le 20 février 2019

Chapelles fermées, communautés abandonnées : les chrétiens du Burkina Faso sont de plus en plus effrayés. 

« Le véhicule revenait d’une réunion au Togo quand, quelques kilomètres après avoir franchi la frontière, il est tombé dans une embuscade de terroristes qui venaient de tuer quatre policiers et brûler un poste de douane. Les hommes armés ont arrêté le véhicule, fait descendre ses passagers, mis le prêtre de côté et lui ont tiré une balle dans la tête. » C’est ainsi que le père Jacob Lompo, économe du diocèse de Fada N’Gourma, raconte à l’AED l’assassinat du missionnaire Antonio Cesar Fernandez.

« C’est la première fois que quelque chose de semblable se produit dans la région »

Les événements se sont déroulés vendredi 15 février, alors que le prêtre espagnol de 72 ans revenait au Burkina Faso avec deux autres prêtres salésiens – qui sont sortis indemnes de l’attaque.

« C’est la première fois que quelque chose de semblable se produit dans la région. On n’avait jamais rien vécu de tel. Mais il est vrai que dernièrement, on avait constaté des mouvements inquiétants de groupes de terroristes », a déclaré une autre source proche de l’Eglise locale préférant rester anonyme pour des raisons de sécurité. « Il y a des zones limitrophes du diocèse de Tenkodogo, comme Fada N’Gourma, où les messes ne peuvent plus être célébrées en raison des pressions et du harcèlement exercés dans certains villages. »

Le père Lompo confirme cette situation à l’AED en précisant que « plusieurs communautés et chapelles ont dû fermer parce que des groupes djihadistes sont passés dans des villages en menaçant les habitants pour qu’ils se convertissent à l’Islam. »

« Il semble que les terroristes soient en train d’encercler les frontières du Burkina Faso »

Le meurtre du père Fernandez est un épisode de plus dans la chaîne tragique des événements qui affectent le pays. « Beaucoup de chrétiens effrayés ont fui. Le curé a dû aller à la recherche de catéchistes intimidés pour les transférer dans des lieux plus sûrs. Une congrégation de religieuses a dû elle aussi être déplacée parce que les sœurs avaient peur », confie le père Lompo.

Cette situation menaçante touche principalement le nord, l’est et la région du Sahel, où, selon le père Lompo, « 600 écoles et collèges publics ont dû être fermés à cause des menaces terroristes ».

« Les nouvelles les plus terribles de ces derniers mois provenaient du diocèse de Fada N’Gourma, surtout à la frontière nigérienne, où l’insécurité est grande, en particulier dans la zone de la jungle. La récente attaque et l’assassinat du père Antonio Cesar dans le sud, plus près de la frontière avec le Ghana et le Togo, sont vraiment préoccupants », explique Rafael D’Aqui, chef de projet de l’AED pour le Burkina Faso.

« Si l’on observe du point de vue géographique le problème de l’insécurité et de la radicalisation qui existait à la frontière avec le Mali, il s’est propagé vers l’est, à la frontière avec le Niger, et l’année dernière il a également atteint le sud-est du pays – par exemple les zones proches de Pama, où nous avons été informés de la radicalisation islamique et de l’insécurité frappant la communauté chrétienne. Mais le meurtre du prêtre salésien, ce vendredi, a eu lieu à 130 km de là. Il semble que les terroristes soient en train d’encercler les frontières du Burkina Faso. C’est quelque chose de nouveau et vraiment alarmant », explique Rafael D’Aqui. « Le meurtre d’un religieux qui avait donné sa vie pour aider au développement du pays et travailler avec les jeunes, qui aimait ce pays où le travail social de l’Église catholique dans l’éducation et la santé est important pour tous, pas seulement pour les chrétiens, est particulièrement choquant. J’en souffre beaucoup. Cette attaque n’affecte pas une seule personne, mais l’ensemble du pays », déclare le responsable de l’AED qui s’est récemment rendu en visite au Burkina Faso pour voir les projets d’aide de la Fondation. Il conclut en appelant à prier : « il faut demander la paix et la fin de cette situation qui génère une psychose nuisible pour le pays. »

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